CHAPITRE CINQUIÈME - La Vocation Religieuse est la preuve d’un amour privilégié de la part de Jésus
Tout est amour dans les rapports de Jésus avec les âmes. Jésus est Lui-même l’expression la plus authentique et la plus solennelle de l’amour de Dieu pour l’homme. « Dieu a tellement aimé le monde, lisons-nous en saint Jean, qu’il lui a donné son Fils unique » (Jean, iii, 16). Saint Thomas va jusqu’à dire que l’homme est en quelque sorte indispensable au bonheur de Dieu : « Dieu aime l’homme comme si l’homme était le Dieu de Dieu et qu’il n’y eût pas de bonheur pour lui sans l’homme ».
Saint Jean contemple le Verbe incarné et s’écrie : « Nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru » (I Jean, iv, 16). Il en donne la raison principale : « Nous avons connu la charité de Dieu, en ce qu’il a donné sa vie pour nous » (I Jean, iii, 16). Et, à sa suite, saint Paul chante la résurrection de tous les rachetés, que l'amour miséricordieux de Jésus a rendus à la vie : « Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause de l’amour extrême dont il nous a aimés, lorsque nous étions morts par nos péchés, nous a rendu la vie dans le Christ » (Ephés., ii, 4, 5).
Pour comprendre toute la conduite de Jésus à notre égard, il faut remonter à cette preuve suprême de l’amour de Jésus pour nous, puisque « personne ne peut donner une plus grande preuve de son amour que de mourir pour ses amis » (Jean, xv, i3). Il nous aime, et tout ce qu’il fait pour nous, Il le fait par amour ; même lorsqu’il nous éprouve et nous châtie, c’est son amour qui L’inspire. « Le Seigneur châtie celui qu’il aime... Dieu nous châtie pour notre bien, afin que nous participions à sa sainteté » (Hébr., xii, 6, 10).
Que dire alors du don suréminent de la vocation religieuse ! S’il ne nous aimait, Jésus nous attirerait-Il si près de Lui ; s’il ne nous aimait plus que d’autres, nous consacrerait-Il directement au service de sa divine Personne ; s’il ne nous aimait souverainement, établirait-Il entre Lui et notre âme ces relations d’intimité et de tendresse qui font le charme souverain de la vie religieuse ; s’il ne nous aimait miséricordieusement, fermerait-Il ainsi les yeux sur notre misère et nos infidélités, pour faire de nous les chambellans de sa cour, les compagnons de sa solitude au Très Saint Sacrement, les amis et les privilégiés de son Coeur ?
Considérées dans la douce lumière de l’amour divin, comme l’on comprend les plus sublimes vocations ! Comme l’on saisit l'action miséricordieuse de Jésus terrassant saint Paul sur le chemin de Damas, pour en faire un « vase d’élection » ; subjuguant le coeur de Madeleine, pour transformer la pécheresse en une amante passionnée de son divin Sauveur ; convertissant les pécheurs de tous les temps et préservant l’innocence des âmes vierges, pour les confondre en une même vie de pureté, d’amour et de sacrifice, dans tous les cloîtres du monde !
Ah ! qu’elle est vraie la parole de nos saints Livres, que « Notre Dieu est un feu consumant » (Deut., iv, 24). Et, comme s'exprime le Pape saint Grégoire : « Dieu est un feu qui consume, parce qu’il rend pure de tout péché l’âme qu’il remplit de son amour ».
« Je les lierai par des chaînes d'amour », dit le Seigneur par le prophète Osée (xi, 4). Toute l’essence de la vocation religieuse est là, tant de la part de Jésus qui appelle, que de la part de l’âme qui est appelée.
A SUIVRE...