Jamais, je te l'assure, pour une
âme vraiment évangélique, l'attente
de la souffrance et la pensée
de la mort ne jetteront une ombre
trop épaisse sur la vie. Les plus
forts, ceux qui affrontent d'un
coeur vaillant les luttes, les déchirements
et les épreuves, ceux qui
savent sourire à la mort et en
faire pour eux et pour les autres
une suprême oblation ce sont les
êtres qui, une fois pour toutes,
ont compris que la souffrance est
intimement mêlée à notre vie,
qu'elle est la loi divine et la bonne
ouvrière de rédemption et de
sanctification, et que la mort
détruit seulement la douleur.
Ceux-là savent d'une foi tranquille
que Dieu Seul est Beauté, Vérité,
Amour, que la mort est le chemin
qui mène à Lui, et, en Lui, à la
plénitude de bonheur et de vie,
et que c'est en Lui aussi que nous
retrouverons pour ne jamais les
perdre les bien-aimés qu'Il a rappelés
avant nous.
Comme tout le monde, le chrétien
souffre, mais il ne souffre pas
comme tout le monde, « comme
ceux qui n'ont pas d'espérances, »
Les nôtres sont bien grandes et
belles, ma chérie, et outre le bonheur
que l'épreuve nous prépare,
nous avons, pour nous aider à la
supporter, le dogme catholique de
la Communion des Saints.
De ce dogme je te dirai, ainsi
que je l'ai fait pour l'Eucharistie,
que tu le connaîtras seulement
lorsque tu l'auras, pour ainsi dire,
vécu. Par lui, il s'établit une
douce communication, un échange
mystérieux de mérites et de
prières entre tous les enfants de
Dieu : ceux qui ont déjà reçu leur
récompense, ceux qui se purifient
encore, et ceux qui luttent ici-bas.
Nos sacrifices, nos actes, nos
efforts portent en eux, lorsqu'ils
ont une fin surnaturelle, une force
purifiante et sanctifiante dont nous
pouvons disposer en faveur de
nos frères, vivants et morts. Et
cela est ineffablement beau et consolant
de sentir , en pleurant , que
nos larmes retombent peut-être
sur une âme aimée ou lointaine
pour l'apaiser ou la transformer,
que nous ne souffrons ou n'agissons
pas pour nous seuls, ce qui,
ainsi que le disait ta marraine, « ne
serait pas suffisant. » Elle a beaucoup
souffert et offert pour vous
nombre de ses souffrances. Nous
ne saurons que dans l'éternité, à
l'heure des intimes révélations,
tout ce qu'elle vous aura ainsi
obtenu et par quelles épreuves
vous ont été acquises la foi, la vie
chrétienne, et peut-être aussi les
joies humaines qu'elle n'a pas
connues.
À SUIVRE...