Re: Comme au temps de Noé
Publié : lun. 04 déc. 2017 18:02
Revue Sub Tuum Praesidium, n ̊ 39 (Mai 1994)
1. L ’ ECH0 DE LA TRADITI0N
AU TEMPS DE NOÉ
Violence faite à la Miséricorde du Juste Seigneur :
"Saint Jean Chrysostome" a écrit :
52. " "Et le Seigneur se demanda pourquoi il avait fait l'homme sur terre".
Voyez quelle expression ordinaire et appropriée à notre faiblesse ! "Il se demandait" signifie : Il se repentit.
Ce n'est point que Dieu puisse se repentir non certes !
Mais l'Ecriture Sainte nous parle suivant les habitudes humaines, pour nous montrer combien étaient énormes les péchés qui avaient excité à ce point la colère du Dieu de clémence.
53. "Le Seigneur Dieu se demanda pourquoi il avait fait l'homme".
Ne l'ai-je donc créé que pour qu'il tombât dans un malheur pareil et qu'il fût lui-même l'auteur de sa perte ?
Est-ce pour cela que dès les premiers jours je l’ai honoré de tant de gloire, je l'ai environné de ma Providence dans l'intention de lui faire choisir la vertu et fuir sa destruction ?
Puisqu'il a abusé de ma Bonté, il vaut mieux couper court désormais à sa perversité.
54. "Le Seigneur Dieu réfléchit et dit : J'enlèverai de la surface de la terre l'homme que j'ai créé, et avec l'homme les troupeaux, les reptiles et les oiseaux du ciel, parce que je me suis demandé pourquoi je les avais créés."
J'ai fait, dit-il, tout ce qui dépendait de Moi.
J'ai amené l'homme du néant à l'existence ; je lui ai donné l'idée naturelle de ce qu'il lui faut faire et de ce qu'il ne faut pas faire, je lui ai donné le libre arbitre, j'ai employé une patience ineffable ; après un délai bien long, après ma colère et mes menaces, j'ai encore accordé un autre sursis, désirant pouvoir révoquer mon arrêt s'il comprenait ses péchés.
Mais puisque tout cela ne sert à. rien, il faut accomplir mes menaces et les détruire entièrement : je ferai disparaître, comme un mauvais levain, cette race criminelle, pour qu'elle ne puisse enseigner le mal aux créations futures."
(Saint Jean Chrysostome, hom. 22 in Gen.)
"Saint Thomas" a écrit :
55. "C'est là une manière humaine de parler.
C'est une manière figurée que l'on nomme anthropologique, quand les passions humaines sont attribuées à Dieu ...
"Et touché d'une douleur intérieure du Coeur, il dit : Je détruirai l'homme que j'ai créé ... "
Ce qui est dit ainsi, parce que, en nous, l'acte de détestation suit la passion de la douleur."
(Saint Thomas in Gen. 6,6s.)
56. Voici deux admirables versets exprimant de manière sublime un ineffable contraste en Dieu, qu'il est bon de faire remarquer et méditer à ceux qui tentent d'obnubiler la notion de la Justice Divine par celle de sa Miséricorde, qui cherchent à se rassurer à mauvais compte en écartant l'idée des supplices éternels de l'Enfer par ces quatre mots si souvent employés comme un impie rempart à leur conversion intérieure : Dieu est trop bon !
Or, c'est justement parce qu'il est infiniment Bon que Dieu ne peut supporter le mal, qu'il l'écarte absolument de Lui-même et le châtie beaucoup plus fortement que nul ne saurait châtier :
"Car la dilection est forte comme la mort, et l'émulation dure comme l'Enfer" (Cant. 8,6), ainsi que le déclare l'Epouse du Bien-Aimé.
57. C'est ce que montre magnifiquement ce passage : "Touché d'une douleur intérieure de Coeur", il s'agit bien là du Sacré-Coeur déplorant les péchés et l'endurcissement des pécheurs qui ne veulent point se corriger.
A quoi s'attendrait une mentalité moderne et libérale devant cette profonde douleur intérieure de Coeur, sinon à une rémission sans condition, à un pardon sans exigence de contrition et de ferme propos de ne plus recommencer ?
Or que dit le Sacré-Coeur devant cette impénitence opiniâtre ?
"Je détruirai l'homme que j'ai créé..." ! .... Je le condamnerai aux supplices éternels de l'Enfer !
Comme l'Apôtre Saint Pierre nous le rappellera plus loin, tant le déluge d'eau sur toute l'humanité pré-diluvienne que celui de feu sur Sodome et Gomorrhe nous démontrent qu'il ne s'agit point là de simple menace en l'air.
"Saint Jean Chrysostome" a écrit :
58. "Je détruirai l'homme... car je me repens de les avoir faits".
Voyez comme ce verbe est approprié à notre faiblesse.
Je ne voulais pas, dit Dieu, leur infliger une punition si terrible.
Ce sont eux-mêmes qui M'ont irrité à ce point par l'excès de leur iniquité."
(Saint Jean Chrysostome, hom. 22)