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Re: John Lane sur l'appartenance à l'Église
Publié : mar. 26 sept. 2017 10:11
par chartreux
John Lane traduit par le chartreux a écrit :
Munis de ces principes, nous pouvons maintenant passer à la considération des exceptions ou objections diverses, objections qui ne manqueront pas de traverser l'esprit du lecteur traditionaliste moyen, surtout en cette période de confusion et de tenèbres. Premièrement, ce lecteur pourra dire que toute cette théorie est bien jolie, mais l'Église d'après Vatican II est désunie sur le plan de la foi, si bien que quoi qu'en dise la théorie, il est possible pour l'Église d'être désunie à certains moments. Si ce lecteur connaît un peu plus de théologie, il pourra deuxièmement remarquer qu'il est possible sous certaines conditions de rester catholique tout en professant des idées hérétiques, tant qu'on affirme sa volonté de soumission au magistère. Si bien que l'unité de foi consisterait non pas en un accord commun sur la doctrine, mais en une profession commune de soumission au magistère. Troisièmement, il pourra demander où est la vraie hiérarchie catholique actuellement, elle qui est si nécéssaire à la continuation de l'Église elle-même, et pourtant absente de la hiérarchie officielle et apparente actuelle ?
Re: John Lane sur l'appartenance à l'Église
Publié : mer. 27 sept. 2017 9:19
par chartreux
John Lane traduit par le chartreux a écrit :
Pour répondre aux deux premières objections, commençons par remarquer qu'elles n'ont jamais été considérées par Léon XIII ou aucune autre autorité qui a expliqué l'unité de l'Église. L'affirmation de Léon XIII concernant l'unité de l'Église est absolue, et non pas conditionnelle. Cela vaut également pour S. Cyprien, S. Augustin, S. Robert Bellarmin, et tous les autres jusqu'à Pie XII dans Mystici Corporis Christi . L'Église est la cité assise sur une montagne, qui ne peut être cachée ; elle est une, sainte, catholique et apostolique. Elle est une sur le plan de la foi et de la charité, et cette unité est manifeste. En bref, la première objection citée ci-dessus est hérétique purement et simplement, par ce qu'elle nie que l'Église soit toujours une, et la deuxième objection étend abusivement un cas exceptionnel, comme si cette exception pouvait devenir générale sans entrer en conflit avec d'autres vérités immuables.
Re: John Lane sur l'appartenance à l'Église
Publié : jeu. 28 sept. 2017 7:19
par chartreux
John Lane traduit par le chartreux a écrit :
Le noeud de la difficulté se situe au niveau du statut des papes conciliaires et des évêques qui ont fomenté la révolution avec eux. Cela n'inclurait pas tous les évêques, mais certainement la grande majorité des ordinaires de rite latin. Comme ces hommes n'ont point enseigné la vraie foi, ils n'ont pas conservé ou défendu cette unité qui est le premier des liens extérieurs de l'Église. La désunion suivit, partout où leur activité fut effective . Là ou leur activité a été ignorée ou combattue, l'unité de l'Église est restée. Autrement dit, l'Église est restée. Cela est certainement vrai de beaucoup de diocèses orientaux, qui ont pu rester dans l'unité de l'Église grâce à leur isolement relatif et leur rareté de contacts avec l'Occident.
Ce que nous examinons ici, ce sont des faits manifestes et un enchaînement clair de cause à effet. Le fait de la désunion n'est plus contestable aujourd'hui. Il était notoire en 1970, au plus tard, mais la situation était alors si confuse, et les fidèles si abasourdis par ce qui venait d'arriver, qu'un voile de mystère recouvrait les choses les plus évidentes, comme par exemple l'hétérodoxie de la nouvelle messe. Le "bref examen critique" d'Ottaviani dénonca le fait que la nouvelle messe démantelait les protections érigées contre l'hérésie au concile du Trente. Les fruits de la nouvelle messe ont clos cet aspect de la question, en montrant surabondamment que cette nouvelle messe exprime une foi nouvelle, pas celle du dépôt révélé.
Re: John Lane sur l'appartenance à l'Église
Publié : ven. 29 sept. 2017 9:52
par chartreux
John Lane traduit par le chartreux a écrit :
Ce qui ne veut pas dire que tous ceux qui professent l'hérésie matériellement sont hors de l'Église. Ce dont il s'agit, c'est d'observer la cause et l'effet dans leur vrai rapport au lieu de l'inverser. Nous voyons alors que contrairement aux apparences l'Église est restée unie dans sa profession de foi. Nous ne voyons plus une soi-disant Église composée de 70% ou plus de "fidèles" matériellement hérétiques et d'une minorité orthodoxe, mais plutôt une Église qui a continué d'être une unité visible tout en ayant à sa périphérie un nombre plus ou moins grand de cas plus ou moins douteux. L'accroissement des cas douteux est chose prévisible en une période de grand nombre d'offices vacants pour cause d'hérésie. Le contraire voudrait dire que l'unité n'a pas besoin de la hiérarchie, alors que la hiérarchie est indispensable. L'unité extérieure de l'Église, sa profession de foi commune, est une conséquence de l'activité de la hiérarchie orthodoxe. L'unité ne peut apparaître ou subsister sans cette hiérarchie. La lumière du soleil ne vient que du soleil ; pendant une éclipse il y a inévitablement un obscurcissement. Bref, la désunion là ou elle sévit y montre l'absence de la vraie hiérarchie.
Re: John Lane sur l'appartenance à l'Église
Publié : sam. 30 sept. 2017 7:06
par chartreux
John Lane traduit par le chartreux a écrit :
Je me sens obligé de repéter encore une fois la doctrine de l'Église dans son vrai enchaînement logique et ontologique, étant donné le degré de confusion et d'erreur produit par cette crise, même chez ceux qui ont resisté à Vatican II et aux papes conciliaires. L'unité de l'Église est professée dans le Credo ; est l'Église ne peut exister sans cette unité. L'Église est indéfectible ; elle ne manque jamais à sa mission, et ne perd jamais aucun de ses attributs et perfections. L'Église est infaillible ; elle ne peut induire les hommes en erreur. L'unité de profession de foi de l'Église est une conséquence de sa prédication infaillible. La désunion partout où elle se trouve y montre l'absence de cette autorité agissante ; on peut dire de manière équivalente, l'absence de l'Église. Bien qu'il soit possible à un certain nombre de membres de l'Église de professer l'hérésie matériellement, puisqu'il peuvent être trompés par des loups en peau de brebis, il n'est pas possible que l'Église soit constituée majoritairement de telles personnes. Cela voudrait dire que l'Église aurait perdu la plus importante de ses unités - l'unité de foi.
Romano Amerio, bien qu'il n'ait clairement pas été jusqu'au bout de son raisonnement fondé sur des principes clairs, dit crument la terrible vérité lorsqu'il constate que
Romano Amerio, [b][i][color=green] Iota Unum [/color][/i][/b], p.143 a écrit :
La désunion de l'Église est un fait externe, constatable à la désunion des évêques entre eux et à la désunion entre les évêques et le Pape. Le fait interne qui produit ce fait externe, c'est la renonciation ou encore le non-fonctionnement de l'autorité papale elle-même, dont tous les autres renoncements découlent.
Re: John Lane sur l'appartenance à l'Église
Publié : lun. 02 oct. 2017 7:27
par chartreux
John Lane traduit par le chartreux a écrit :
Où est donc l'Église ? Là ou elle a toujours été. Le processus d'apostasie de prêtres et d'évêques qui a démarré à Vatican II et qui a continué sans interruption depuis, a progressivement créé une nouvelle religion de l'homme, en accord avec les bases modernistes jetées au concile. Les évêques fidèles, comme Mgr Castro Mayer en Occident, et tous les évêques orientaux qui ont refusé les hérésies de notre époque (rappelons que les rites orientaux n'ont pas connu l'équivalent de notre remplacement liturgique qui exprime une foi nouvelle et fausse), ont continué à exercer la magistère comme l'Église leur avait donné la mission de la faire, et le résultat fut comme toujours l'unité de foi, de profession, spécialement dans l'adoration publique, et la séparation des hérétiques. Même en Occident, cette séparation des catholiques d'avec les hérétiques s'est faite spontanément, inévitablement et irrésistiblement car causée par des principes immuables, et sur une grande échelle. Les catholiques qui resterent fidèles à la vraie liturgie se virent expulsés de leurs églises, et obligés de se rassembler autour de prêtres et d'évêques - Mgr Lefebvre et de Castro Mayer par exemple - restés fidèles.
Ainsi l'Église conserve sa hiérarchie (plus petite cependant qu'il y a cinquante ans) et en conséquence continue de manifester cette unité parfaite dans la foi qu'elle a toujours eu et qu'elle aura toujours.
Re: John Lane sur l'appartenance à l'Église
Publié : mar. 03 oct. 2017 11:17
par chartreux
John Lane traduit par le chartreux a écrit :
Nous pouvons maintenant retourner au sophisme de départ qui a donné lieu à l'exposé présent. Nous savons qu'il y a un grand nombre de personnes qui se disent soumises au magistère, et qui pourtant expriment toute sorte d'hérésies. Ces personnes sont-elles encore catholiques ? Si c'est le cas pour la majorité d'entre elles, on ne voit pas comment l'Église pourrait conserver son unité. Et il ne faut pas chercher la solution du côté du sophisme énoncé au début de cet article, qui dit que tout va bien si la hiérarchie ne réagit pas.
D'abord, une hiérarchie qui ne réagit pas à l'hérésie n'est pas la hiérarchie catholique, comme nous l'avons déja vu. Il y a deux grandes théories concernant le "magistère" post-conciliaire. La première école fait remarquer que ce "magistère" ne cherche pas à engager les consciences, et ne punit pas (en tout cas pas ouvertement) la non-acceptation de ses doctrines. Personne, par exemple, n'a jamais fait l'objet d'une monition canonique pour refuser de croire à la liberté religieuse, ou à tout autre hérésie ou erreur de Vatican II. Ce point de vue conclut en suggérant que seul un magistère obligatoire est protégé par le charisme d'infaillibilité, et donc que le "magistère facultatif" conciliaire n'est pas incompatible avec l' infaillibilité de l'Église. Mais c'est un argument à double tranchant, pour la simple raison que le magistère de l'Église est de soi obligatoire, si bien que si toute cette théorie est juste, le "magistère" conciliaire n'est pas celui de l'Église. Comme personne n'a vu d'autre magistère actif à Rome pendant la période conciliaire, il s'ensuit nécéssairement que le siège de Rome est vacant.
La deuxième théorie, quant à elle, affirme que les textes de Vatican II, la nouvelle messe, et le code du droit canon de 1983 sont tous obligatoires. Sous cette hypothèse Paul VI et Jean-Paul II n'étaient pas de vrais papes. Dans le cas de la nouvelle messe, cet argument semble un peu superflu, par ce qu'elle a été imposée pendant quarante ans, et même si l'on admet que Paul VI n'a jamais promulgué de loi obligeant à célébrer cette nouvelle messe (point que je concède), il est clair maintenant que la coutume a force de loi, la nouvelle messe ayant été tolérée (c'est le moins que l'on puisse dire!) par tous les papes conciliaires sans exception pendant quarante ans. Donc le siège de Rome est vacant dans ce cas de figure aussi.
Re: John Lane sur l'appartenance à l'Église
Publié : mer. 04 oct. 2017 9:37
par chartreux
John Lane traduit par le chartreux a écrit :
À Rome, l'absence d'enseignement dogmatique et obligatoire d'une part, et la présence d'un enseignement et d'une liturgie hétérodoxes d'autre part, sont toutes les deux compatibles avec une vacance du siège. Et les deux sont incompatibles avec la présence d'un vrai pape.
Deuxièmement, le refus du magistère se reconnaît à bien des indications, pas seulement à des affirmations explicites. Ce point ne devrait pas faire débat, étant universellement admis par tous les experts qui traitent d'hérésie et d'autres crimes. Remarquons d'abord que le type de certitude que l'on peut atteindre concernant l'hérésie pertinace d'une tierce personne n'est pas métaphysique mais morale. La certitude morale est fille de l'expérience et de la connaissance de la nature humaine : elle sait que les êtres humains agissent en conformité avec leurs croyances et leur volonté.
Re: John Lane sur l'appartenance à l'Église
Publié : jeu. 05 oct. 2017 10:10
par chartreux
John Lane traduit par le chartreux a écrit :
Regadez ces citations du Rev. Innocent Swoboda, tirées de son étude doctorale :
Rev. Innocent Swoboda, De la relation entre l'ignorance et l'imputabilité des délits, p.180 a écrit :
Comme des faits subjectifs et internes ne peuvent être prouvés par des arguments purement externes, ils ne peuvent être établis que par des présomptions ou des conjectures. La présomption est d'ailleurs en accord avec l'expérience habituelle. On présume d'ordinaire que quand un homme agit il le fait en possession de ses facultés, autrement dit il sait ce qu'il fait et perçoit les implications à la fois physiques et morales de sa conduite.
Pas plus qu'en droit moderne et séculier on ne présume l'ignorance de la loi. Tous sont obligés de connaitre la loi, particulièrement ceux qui sont responsables des autres.
Rev. Innocent Swoboda, De la relation entre l'ignorance et l'imputabilité des délits, p.180 a écrit :
Quand le législateur présume la connaissance de la loi, il ne fait que supposer que l'individu n'a pas manqué à son obligation.
Plus spécifiquement :
Rev. Innocent Swoboda, De la relation entre l'ignorance et l'imputabilité des délits, pp.185-186 a écrit :
Ainsi, on ne présumerait pas l'ignorance de quelqu'un qui a étudié la loi, ou de quelqu'un qui tient un office, en ce qui concerne les choses de son office. C'est pour cette raison que dans ces cas-là, même si l'ignorance est prouvée on la jugera crasse et inexcusable.
Re: John Lane sur l'appartenance à l'Église
Publié : ven. 06 oct. 2017 10:57
par chartreux
John Lane traduit par le chartreux a écrit :
Et aussi surprenant que cela puisse paraitre à certains - particulièrement ceux qui ont lu des textes écrits de nos jours pour excuser l'hérésie et les hérétiques - même dans le cas d'une censure ecclésiastique, un avertissement individuel n'est pas nécéssaire.
Encyclopédie catholique anglaise, Article : Censure ecclésiastique, vol. III, p.529 a écrit :
Être contumace implique d'être obstiné dans le crime, et ainsi pour être condamnable à ces punitions une personne doit non seulement être coupable du crime, mais aussi persister dans son attitude criminelle après avoir été dument avertie et reprimandée. Cet avertissement ( monitio canonica ), qui doit précéder la punition, émane soit de la loi elle-même soit du supérieur ou juge ecclésiastique. Il y a donc deux façons d'être contumace, soit que le délinquant ignore l'avertissement donné individuellement et personnellement par son supérieur ou juge ecclésiastique, soit qu'il viole une loi de l'Église en pleine connaissance de la loi et des censures impliquées, auquel cas la loi elle-même constitue un avertissement donné à tous ( Lex interpellat pro homine ).