Re: Jesus subditus illis erat …
Publié : lun. 16 janv. 2017 18:43
à suivreLa sainte Vierge comblée d'une double joie, et d'avoir recouvré son cher Fils, et de voir la gloire que tout le monde lui rendait, l'aborde et l'embrassant avec une tendresse incroyable : ah ! Mon très-cher enfant, nous étions presque morts de douleur de vous avoir perdu de vue, nous vous cherchions partout avec un mouvement plein d'inquiétudes. Pourquoi nous avez-vous causé une affliction si sensible ? Et lui , recevant des paroles si douces et si amoureuses, répond à sa mère : pourquoi me cherchiez-vous ainsi ? Ne savez- vous pas qu'il faut que je vaque aux affaires de Dieu mon Père ?
Mais il semble, dit Carpophore, que cette réponse marque un peu de sévérité, et je ne comprends pas ce que je vois dans l'Évangile, que Jésus-Christ parle toujours avec quelque sorte de rigueur à sa divine mère, sans qu'il lui ait jamais fait paraître aucune tendresse, ni qu'il lui ait jamais donné aucune louange.
Car en cette occasion-ci ne semble-t-il pas lui faire une réprimande qu'elle ne méritait pas, au lieu de lui savoir gré du soin que son amour lui faisait prendre pour le chercher ? Quand elle l'avertit que le vin manquait aux conviés dans le festin des noces de Cana, il lui répondit : Qu'avez-vous affaire de cela, femme, et qu'en ai-je affaire ? Nous ne voyons pas le respect d'un fils dans cette réponse : car il ne daigne pas même l'appeler sa mère.
Quand elle fut le chercher pour lui parler, tandis qu'il prêchait, comme il est rapporté au douzième chapitre de saint Matthieu, non-seulement il refusa de parler, mais il répondit à celui qui l'avertissait : Voilà votre mère et vos frères qui désirent vous parler. Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? car quiconque fait la volonté de mon Père céleste, est ma mère, mon frère et ma sœur. Par-là il ne marque pas une grande estime ni une grande tendresse pour sa sainte mère, puisqu'il lui préfère des étrangers (Matth. 12).
Quand une femme s'écria tout haut en plein auditoire, toute hors d'elle-même d'avoir entendu sa ravissante prédication : Bienheureux le ventre qui vous a porté ; il lui répartit : Dites plutôt, bienheureux ceux qui entendent la parole de Dieu et qui l'observent. Enfin dans la dernière extrémité, tout prêt d'expirer sur la croix, où il devait, ce semble, s'attendrir sur elle, voyant qu'elle mourait de compassion à la vue de ses tourments, il se contenta de la recommander à saint Jean, et de lui dire : Femme, voilà votre fils ; et il lui refusa la consolation de l'appeler sa mère, au moins dans cette occasion. Ne semble-t-il pas qu'il a affecté de la traiter toujours avec indifférence et avec rigueur ! Qui peut comprendre une si étrange conduite d'un tel fils envers une telle mère ?
J'avoue, répondit l'ecclésiastique, que cela paraît d'abord un peu étonnant, mais vous n'en serez pas surpris, si vous considérez que le véritable amour ne consiste pas dans les paroles, mais les œuvres, selon cette belle sentence du bien-aimé disciple : Non diligamus verbo neque lingua, sed opere et veritate. Regardez les œuvres admirables que Jésus-Christ a faites pour sa sainte mère, et vous avouerez qu'il l'a plus aimée elle seule que toutes les créatures ensemble. 1. L'avoir prédestinée au plus grand honneur qu'il puisse faire à une pure créature , en la choisissant pour être sa mère. 2. L'avoir préservée de la coulpe originelle par un privilège qui n'appartient qu'à elle seule. 3. Lui avoir conservé sa pureté virginale avec sa maternité, en renversant pour cela toutes les lois de la nature. 4. N'avoir pas permis qu'elle soit jamais tombée dans le moindre péché véniel. 5. L'avoir comblée de la même plénitude de grâce qu'il avait en lui-même, selon le langage des pères. 6. Enfin s'être rendu son inférieur et son sujet et vivre en terre dans sa dépendance pour lui donner le premier trône de la gloire dans les cieux. C'est par ces grands effets qu'il faut juger de l'amour qu'il lui porte, et vous avouerez qu'il est impossible de voir jamais un si parfait amour d'un fils pour sa mère.