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Re: Discernement des esprits
Publié : lun. 26 oct. 2015 18:05
par Abbé Zins
R.P. Barielle a écrit :
2. Tourments de conscience.
Le Père Louis Lallemant, le célèbre jésuite, disait : «Toute proposition conditionnelle vient du démon. » (Une proposition qui commence par un si ou un conditionnel : Qui sait si ? Qui sait si je me suis bien confessé ? ... si j'ai la vocation ? ... si je pourrai persévérer, etc.)
Voici votre femme qui arrive un samedi soir :
Qui sait, François, si je me suis bien confessée ? Qui sait si demain je puis aller communier ?
Pourquoi ?... As-tu caché, exprès, un péché mortel en confession ? (Et vous savez que pour rien au monde elle ne voudrait commettre un péché, même véniel.)
Oh non ! Mais le sacristain faisait du bruit, les enfants chahutaient, M. le curé a éternué, je me suis embrouillée. Qui sait si je me suis bien confessée ?
Répondez-lui :Rassure-toi, tu t'es très bien confessée ; tu peux aller communier.
Comment le sais-tu ?
Deuxième règle ! C'est le démon qui t'embrouille et le démon est un menteur ! Si tu avais fait une confession sacrilège, le démon te rassurerait, tandis que le Bon Ange te dirait pourquoi et en quoi tu aurais fait une confession sacrilège. Et donc sois bien rassurée.
Voilà un séminariste qui se dit : « Qui sait si j'ai bien la vocation ? » Cette pensée, telle quelle, vient du démon. Le Bon Ange lui dirait pourquoi et ce serait clair.
Re: Discernement des esprits
Publié : lun. 26 oct. 2015 18:08
par Abbé Zins
R.P. Barielle a écrit :
3. Les obstacles.
Le démon excelle à faire paraître la pratique de la vertu comme trop difficile, à grossir toutes les difficultés.
Que de gens croient qu'une vie vraiment chrétienne est impossible, qu'il y aurait des difficultés insurmontables à faire son salut, à pratiquer la chasteté selon son état, à vivre chrétiennement dans le mariage !
(Que l'on songe à la « panique » de ne pas être comme tout le monde qui a poussé tant de grandes chrétiennes se déshonorant par ces modes impudiques, à la « panique de l'enfant » qui aura poussé tant de femmes, qui se prétendent pourtant catholiques, à commettre des infanticides — ce crime qui crie vengeance devant Dieu ! — à se priver de ce trésor éternel, de cette joie inégalable pour toute une famille qu'est un enfant de plus et qui est en même temps, on le sait, la santé et le bonheur d'une femme ! Le démon grossit toutes les difficultés et cache en même temps tout ce qui rend facile la vie chrétienne : fuir les occasions, la prière, les sacrements, les joies intenses d'une famille chrétienne, les joies éternelles, etc.)
Cela paraît des obstacles insurmontables !
Re: Discernement des esprits
Publié : lun. 26 oct. 2015 18:10
par Abbé Zins
R.P. Barielle a écrit :
4. Le trouble.
« Tout trouble vient du démon » disait saint Jean Berchmans, même la griserie, l'émotivité sont des moyens dont le démon se sert.
Quelquefois en famille, il y a de l'électricité dans l'air. L'épouse s'énerve, les enfants sont plus particulièrement intenables, le mari calotterait tout le monde. Sachez-le : il y a le démon ! Là il gagne chaque fois...
On dit, on fait des sottises, des péchés plus ou moins graves et plus ou moins nombreux. Vigilate ! Priez !
Nous dirons plus loin ce que l'on doit faire quand les démons sont là. Il faut mettre même les enfants en garde contre certaines dissipations ou sentiments de colère ou d'orgueil dont le démon se sert...
Re: Discernement des esprits
Publié : lun. 26 oct. 2015 18:14
par Abbé Zins
R.P. Barielle a écrit :
5. Les raisonnements faux...
... sont un signe immanquable du démon. Nous devons nous défier beaucoup de certaines théories fausses, de certains slogans qui entraînent á de nombreux péchés, et souvent à des péchés très graves contre la foi, contre la justice ou la charité.
Par exemple :
— Quand ils seront grands, ils choisiront leur religion.
— Pardon. Savez-vous s'ils vivront ? Est-ce que dès maintenant ils n'ont pas le droit de savoir qu'ils ont un père dans le ciel ? ... de savoir qu'ils ont une destinée éternelle ? N'ont-ils pas déjà un petit coeur capable de pratiquer la vertu ? ... d'aimer le Bon Dieu ?
Ce n'est pas un acte de justice que vous préconisez ainsi, mais la plus horrible et criminelle des injustices.
Raisonnements faux !
De même : « Mon Père, nous n'en aurons qu'un, ainsi nous l'élèverons mieux ! » Rassurez-vous, on n'élève pas mieux un enfant que douze. Moi, toutes les calottes que j'ai reçues, je ne les ai pas recues de mon père ou de ma mère ; les frères et les soeurs, ça sert beaucoup à l'éducation !
De même : « Je n'ai pas demandé à Dieu de venir au au monde... » ou ce qui revient au même : « Je n'ai pas demandé à mes parents de me mettre au monde. » Outre que c'est d'une fatuité, d'un orgueil insupportable, « à quel moment, monsieur, devait-Il vous demander la permission de vous donner l'être ? Avant votre conception ? ... quand vous étiez dans le sein de votre maman ? ... quand vous vous suciez le doigt ? ... ou fallait-il attendre que vous ayiez vos vingt et un ans ? »
Mais il y a là, dans les deux cas, un grave blasphème contre Dieu, le Père de tout bien. La vie est un bien. Votre destinée éternelle est un bien au-dessus de tout bien. Tous les moyens que Dieu vous a préparés de toute éternité pour faire votre salut ! Et vos parents, également, n'ont fait que suivre le plan de Dieu...
Et vous qui posez si orgueilleusement cette question, en attendant, n'utilisez-vous pas tous ces dons de Dieu ? Et vous ne lui dites pas même merci ? Ita ut sint inexcusabiles ! disait saint Paul, au chapitre premier de sa Lettre aux Romains, en parlant de ceux qui ne veulent pas dire merci au Bon Dieu et qui tout de même en profitent depuis leur café au lait du matin jusqu'au soir. Ils respirent l'air du Bon Dieu, boivent le lait du Bon Dieu, le vin du Bon Dieu, l'eau du Bon Dieu, mangent'le pain du Bon Dieu, fument la cigarette du Bon Dieu, etc.
Re: Discernement des esprits
Publié : lun. 26 oct. 2015 18:15
par Abbé Zins
R.P. Barielle a écrit :
6. Le découragement.
Tout découragement vient du démon. Vous aviez bien commencé... Tout d'un coup plus de courage e démon est passé par là.
Et le Bon Ange ? Le Bon Ange, lui, donne le courage, la paix, la joie, rend tout facile !
Rappelez-vous la tentation de saint Augustin ! Il était dans son jardin. Il avait trente-deux ans, n'était même pas baptisé. Il avait mené une vie bien corrompue, était devenu manichéen. Mais il avait une maman qui était une sainte et qui avait prié pour lui pendant trente-deux ans.
Elle l'avait suivi à Milan oú il avait été nommé par l'empereur, directeur du lycée impérial. Là, elle l'avait mis en relation avec saint Ambroise et saint Ambroise n'avait pas eu de peine à montrer au jeune directeur de lycée, très intelligent et qui aimait entendre saint Ambroise, que s'il voulait se sauver il fallait à tout prix qu'il se décide à devenir chrétien, à quitter sa mauvaise vie, à se faire baptiser, etc. On l'avait donc inscrit au cathécuménat.
On devait le baptiser pour Pâques. Vous croyez que tout allait se passer comme cela ? Saint Augustin, dans le Livre de ses Confessions, nous raconte comment cela s'est passé : Il était dans son jardin, tout d'un coup il devient triste : « Tu n'es pas fou, est-ce que tu as assez réfléchi, est-ce que tu es assez loyal ? »
Et il versait des larmes, grosses comme des pois chiches, et se voit obliger de circuler pour pouvoir respirer. « Mais c'est impossible ! » Et toutes ces anciennes relations qui lui revenaient á la mémoire : « Comment feras-tu pour te passer de nous ? Augustin ! notre cher Augustin ! mais c'est impossible ! » Ce fut si fort qu'Augustin fut sur le point de renoncer au baptême et d'envoyer un mot à l'archevêque : « Monseigneur, je ne suis pas prêt, j'ai présumé de mes forces. »
Quel dommage ! Mais le Bon Ange n'abandonne pas les siens et, pendant qu'il se promenait dans ces allées, il eut une idée : Quod isti et istae, cur non ego ? « Après tout, ce que ceux-ci et celles-ci font, tous ces chrétiens... pourquoi ne le ferai-je pas ? Eh bien ! comme ceux-ci, je fuirai les mauvaises occasions ; je prierai ; si je tombe, j'irai me confesser ; je communierai, quelle chance ! Cette pensée lui donne la paix et la joie : « Pour Pâques je serai comme ma maman ! »
Notez bien, dans la première partie, les six signes du démon : la tristesse, les tourments de conscience, les obstacles, le trouble, les raisonnements faux, le découragement.
Tandis que dans la deuxième, c'est la paix et la joie. Voyez-vous, ce n'est pas par hasard, ce n'est pas de lui-même que saint Augustin a conservé sa résolution. C'est que le Bon Esprit est intervenu.
Re: Discernement des esprits
Publié : mar. 27 oct. 2015 8:10
par Abbé Zins
Saint Ignace de Loyola a écrit :
315 (suite) — ... Au contraire, c'est le propre du Bon Esprit de leur donner du courage et des forces, de les consoler, de leur faire répandre des larmes, de leur envoyer de bonnes inspirations et de les établir dans le calme ; leur facilitant la voie et levant devant elles tous les obstacles, afin qu'elles avancent de plus en plus dans le bien.
Il convient de ne pas oublier que cette 2e règle traite des
personnes qui travaillent courageusement á se purifier de leurs péchés et vont de bien en mieux dans le service de Dieu, Notre-Seigneur.
Autant le mauvais esprit cherche à les décourager et à entraver leur avancement, autant le Bon Ange s'applique à les fortifier, encourager, rassurer, guider dans le bien, à équilibrer, stabiliser et seconder leurs efforts.
En cela encore, cela nous indique ce que nous-mêmes devons faire avec des personnes en de telles bonnes dispositions, ce que nous devons éviter à l'opposé, et ce à quoi l'on peut reconnaître ceux qui agissent sous la mouvance au moins temporaire du démon ou sont ses suppôts, conscients ou non.
Re: Discernement des esprits
Publié : mar. 27 oct. 2015 8:12
par Abbé Zins
Saint Ignace de Loyola a écrit :
Troisième règle.
De la consolation spirituelle.
J'appelle consolation un mouvement intérieur qui est excité dans l'âme, par lequel elle commence à s'enflammer dans l'amour de son Créateur et Seigneur, et en vient à ne savoir plus aimer aucun objet créé sur la terre pour lui-même, mais uniquement dans le Créateur de toutes choses.
La consolation fait encore répandre des larmes, qui portent à l'amour de son Seigneur l'âme touchée du regret de ses péchés, ou de la Passion de Jésus-Christ, notre Seigneur, ou de toute autre considération qui se rapporte directement à son service et à sa louange.
Enfin, j'appelle consolation toute augmentation d'espérance, de foi et de charité, et toute joie intérieure qui appelle et attire l'âme aux choses célestes et au soin de son salut, la tranquillisant et la pacifiant dans son Créateur et Seigneur.
Commençons, à ce sujet, par cette fondamentale remarque visant à ne pas confondre
consolation et
avancement spirituel :
R.P. Barielle a écrit :
Beaucoup de chrétiens confondent : consolation et progrès dans la sainteté et désolation avec recul.
Or, ce n'est pas la même chose.
N'allez pas vous imaginer que vous êtes plus saint parce que vous ressentez des consolations spirituelles.
(Après la communion votre coeur rempli de bons sentiments.)
N'allez pas lâcher pied et croire que vous reculez en sainteté parce que vous avez des tentations, les plus vilaines soient-elles.
Re: Discernement des esprits
Publié : mar. 27 oct. 2015 8:14
par Abbé Zins
C'est principalement au commencement, pour attirer et encourager les débutants ou ceux revenant à la ferveur, que Dieu multiplie les consolations en une âme qui se dispose à Le mieux vouloir connaître et servir.
Comme en l'amour humain, on peut aimer surtout pour soi-même, pour son propre avantage, intérêt, plaisir, satisfaction, ou de façon gratuite et désintéressée, surtout pour celui ou celle qui en est le bénéficiaire.
La première forme d'amour intéressé est nommée par les Saints Docteurs amour de concupiscence, de désir ; et, sur le plan surnaturel, l'amour de l'Espérance, désirant obtenir pour soi-même l'union au Souverain Bien, le salut, le Ciel, la Béatitude éternelle.
La seconde forme d'amour désintéressé est nommée par les Saints Docteurs amour de bienveillance, de bienfaisance ; et, sur le plan surnaturel, l'amour de la Charité, se portant principalement à Dieu pour Lui-même et en Lui-même, recherchant sa Gloire, sa louange, l'accomplissement de ses Volontés et désirs, puis à faire du bien au prochain pour l'amour de Dieu et pour l'avantage même du prochain.
Re: Discernement des esprits
Publié : mar. 27 oct. 2015 8:17
par Abbé Zins
Saint Augustin a résumé en une célèbre et fort expressive formule que ce n'est point les consolations de Dieu qu'il importe de désirer et d'aimer mais le Dieu des consolations.
Autant les consolations peuvent être utiles comme moyen d'encouragement ou de soutien dans l'union à Dieu et le service du prochain, autant elles sont susceptibles de devenir un obstacle à la montée spirituelle quand elles sont désirées ou recherchées pour elles-mêmes.
De même le goût et le plaisir éprouvé en mangeant est utile pour cet acte nécessaire à la survie, qui deviendrait vite un supplice autrement comme on le voit en certains malades, mais si le plaisir n'est plus recherché que pour lui-même il se transforme en gourmandise, voire en boulimie, et devient par là dévoyé et nuisible.
Il en est également ainsi dans le domaine spirituel. La gourmandise spirituelle, le sensibilisme se complaisant en une émotion ou satisfaction interne, est propre à engendrer le narcissisme, l'auto-complaisance égocentrique et à éloigner du pur Esprit qu'est Dieu, à faire prendre un moyen pour la fin, à s'arrêter aux dons de Dieu au lieu de s'en servir comme simple tremplin vers Dieu Lui-même.
Re: Discernement des esprits
Publié : mar. 27 oct. 2015 10:03
par Abbé Zins
Le texte de Saint Ignace souligne bien cet aspect de simple moyen qu'est la consolation, en précisant ce à quoi elle doit faire tendre :
Saint Ignace de Loyola a écrit : par lequel elle commence à s'enflammer dans l'amour de son créateur et Seigneur et en vient á ne savoir plus aimer aucun objet créé sur la terre pour lui-même, mais uniquement dans le Créateur de toutes choses.. ; fait encore répandre des larmes, qui portent à l'amour de son Seigneur l'âme touchée du regret de ses péchés, ou de la Passion de Jésus-Christ, notre Seigneur, ou de toute autre considération qui se rapporte directement à son service et à sa louange.. ; toute augmentation d'espérance, de foi et de charité, et toute joie intérieure qui appelle et attire l'âme aux choses célestes et au soin de son salut, la tranquillisant et la pacifiant dans son Créateur et Seigneur.
Et comme le rappelle à nouveau le R.P. Barielle :
R.P. Barielle a écrit :"Vous le voyez : pleurer ses péchés, pleurer la Passion de Jésus, il l'appelle consolation spirituelle, car ce sont de douces larmes. Mais n'allez pas conclure que vous êtes plus saint pour cela. Vous, au contraire, malgré vos supplications, vous restez sec comme du bois, alors que vous voudriez pleurer vos péchés. N'allez pas en conclure que votre oraison est manquée."
Ultime indication qui va être l'objet de la règle suivante.