Re: Sermon de Bourdaloue pour la fête de Saint Pierre.
Publié : ven. 04 juil. 2025 23:08
Le Sauveur du monde, comme il s'y était engagé, veut établir saint Pierre pasteur de son troupeau et chef de son Eglise ; mais pour cela que fait-il ? Il ne demande plus à cet apôtre : Que disent de moi les hommes ? mais il lui demande : M'aimez-vous ? Simon Joannis, amas me (Jean., XXI, 17.) ? Et, sans se contenter d'un amour ordinaire, il ajoute : Avez-vous plus d'amour pour moi que tous ceux-ci ? c'était des autres apôtres qu'il parlait : Simon Joannis, diligis me plus his (Ibid., 15.) ? Non pas, dit saint Chrysostome, que cet Homme-Dieu eût besoin d'interroger de la sorte saint Pierre pour être instruit de ses sentiments, puisqu'il n'ignorait rien de tout ce qui se passait dans son cœur; mais il l'interroge, pour donner lieu à saint Pierre d'effacer, par une protestation d'amour jusqu'à trois fois réitérée, le crime qu'il avait commis en renonçant trois fois ce divin Maître; il l'interroge pour faire voir quel doit être celui à qui cet adorable pasteur veut confier ses ouailles, puisque ce n'est qu'à celui qui aime Jésus-Christ, et qu'on ne mérite de conduire ce troupeau fidèle qu'autant qu'on aime Jésus-Christ; il l'interroge pour montrer par là combien Jésus-Christ aime lui-même son troupeau, puisqu'il n'en veut donner le soin qu'à celui qui lui témoigne plus d'amour; mais que répond saint Pierre ? Vous savez, Seigneur, que je vous aime : Etiam Domine, tu scis quia amo te (Joan., XXI, 15.). Eh bien ! répond le Fils de Dieu, paissez donc mes agneaux, c'est-à-dire mes fidèles : Pasce agnos meos (Ibid.). Car ce sont les miens, et non pas les vôtres, et je veux que vous les gouverniez comme étant à moi et non point à vous; et qu'en les conduisant, vous n'y cherchiez point votre intérêt, mais leur utilité et ma gloire. Ce n'est pas assez : le Fils de Dieu lui demande une seconde fois : M'aimez vous ? pourquoi ? afin qu'il paraisse davantage que l'amour de saint Pierre est un amour éprouvé et solide ; et pour une troisième fois il lui demande : M'aimez-vous plus que tous les autres ? afin de tirer de lui cette parole si vive et si animée : Vous savez toutes choses, Seigneur, et par là même vous savez que je vous aime, et que je suis prêt à donner ma vie pour la vôtre ; sur quoi Jésus-Christ ne lui dit plus seulement : Paissez mes agneaux : Pasce agnos meos (Ibid.); mais : Paissez mes brebis : Pasce oves meas; voulant ainsi lui faire entendre qu'il ne lui donnait pas seulement le soin de son troupeau, mais des pasteurs de son troupeau, marqués sous la figure des brebis qui nourrissent les agneaux.
C'est donc sur l'amour de saint Pierre pour Jésus-Christ qu'est fondée la prééminence de sa dignité et de la juridiction qu'il a eue sur toute l'Eglise. Mais quelles furent les qualités de cet amour ? c'est ce que nous devons considérer, et ce qui doit servir à votre édification. En deux mots, ce fut un amour humble, et ce fut un amour généreux. Amour humble, et par là opposé au zèle présomptueux de cet apôtre pour Jésus-Christ, dans le temps de sa passion. Amour généreux, et par là opposé à la faiblesse et à la lâcheté de cet apôtre lorsqu’il renonça Jésus-Christ. Or, dans l'une et dans l'autre de ces deux qualités, l'amour de saint Pierre doit être le modèle du nôtre. Appliquez-vous.