Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour l’Épiphanie
Publié : dim. 12 janv. 2025 18:22
Il résulte de là, mes frères, que la grâce pourvoit admirablement par ses divers bienfaits à tous les besoins de notre âme. En même temps qu'elle inonde l'intelligence d'une lumière divine, elle embrase la volonté du feu de la charité, elle maintient l'ordre parmi les sentiments et les passions, et par les célestes délices dont elle nous remplit, elle nous dégoûte des plaisirs et des voluptés de la terre. Dans la prospérité, comme dans l'adversité, nous avons en elle un guide infaillible. Sommes-nous dans la prospérité, elle nous défend contre les dangers d'une vaine complaisance : sommes-nous dans la nuit du malheur, elle calme nos impatiences et elle raffermit notre résignation et notre vertu. Le Prophète a donc raison de dire que le Seigneur protégé de toutes parts le lieu où habite sa gloire, ou, selon une autre interprétation de l'abbé Rupert, que la protection, les soins paternels dont il nous entoure, sont au-dessus de toute gloire humaine, au-dessus de tous les biens de la terre, qui ne méritent même pas de leur être comparés.
Ces considérations bien approfondies dissiperaient aisément les prétextes et les difficultés qui s'offrent ordinairement, lorsqu'il s'agit de réformer sa vie et de régler sa conduite. La plupart, effrayés de la grandeur de l'entreprise, ne manquent pas de faire ces objections que leur inspirent la faiblesse et la lâcheté : Comment réussirai-je à me sevrer entièrement de ces voluptés qui sont ma vie ? Pourrai-je bien mortifier ma chair, persévérer dans la prière, retrancher de mes désirs et de mes convoitises, substituer à une vie molle et efféminée, une vie consacrée à porter la croix de Jésus-Christ ? Sans doute, mon frère, ce changement sera chose difficile pour vous, si vous n'avez égard qu'à vos propres forces. Il vous sera facile et agréable, si vous tenez compte de la vertu divine et du secours de l'Esprit saint, qui certes ne vous manquera pas. Vous avez tort de ne regarder qu'en vous-même : levez encore les regards vers le ciel. Ce serait insulter à la providence et à la sagesse de Dieu, ce serait lui refuser la connaissance de la faiblesse humaine, que d'imposer à l'homme de sa part l'obligation de maintenir ou de rétablir, abandonné à ses seules forces, la pureté et la sainteté dans sa nature viciée. Croyez-vous donc que le Seigneur vous ordonnera, à vous que les ténèbres du siècle environnent, que la mort assujettit à ses lois, que le péché enveloppe de ses liens, de vous diriger vers la terre des vivants, sans vous munir des armes et des provisions nécessaires à un voyage aussi périlleux ? Ecoutez plutôt cette comparaison, et vous verrez ce que vous devez penser de votre ignorance ou de votre défiance exagérée. Remettez-vous en mémoire, je vous prie, d'un côté les obstacles qui séparaient les Hébreux de la terre promise, de l'autre les merveilles devant lesquelles ils s'évanouirent tous. La mer leur barre le passage ; ils vont tomber entre les mains de leurs ennemis. Tout à coup la mer obéit à la voix de Moïse, et ouvre dans son sein un passage aux fugitifs.
Mais les ennemis les poursuivront. Une épaisse nuée s'interpose et dérobe aux Egyptiens la vue du peuple de Dieu. Le voilà dans le désert : quelle sera sa nourriture ? Impossible de travailler et d'ensemencer un sol aussi stérile. Ils n'auront pas de pain terrestre ; Dieu leur donnera un pain céleste et l'homme « mangera le pain des anges. » Ps. LXXVII, 25.
Cependant toujours du pain et de l'eau ; cette uniformité ne devait-elle pas engendrer le dégoût ? Oui, et voilà pourquoi le Seigneur fit pleuvoir au milieu d'eux des viandes et des oiseaux comparables par leur nombre à la poussière et au sable de la mer.
Ils n'auront pas de guide sur cette terre inconnue que ne foula jamais le pas de l'homme. Une colonne de nuée durant le jour, de feu durant la nuit, leur montrera le chemin. Dieu conduisit son peuple dans le désert de telle sorte, que Moïse parlait à ce même peuple en ces termes : « Le Seigneur ton Dieu t'a porté dans le trajet que tu as parcouru, comme un père porte son petit enfant. » Deut. I, 31. Il ne dit pas seulement son enfant, mais son petit enfant, pour montrer la tendresse et la sollicitude extrêmes de Dieu envers ses serviteurs.