Voilà donc le premier accusateur, le premier témoin déposant contre nous, le démon ; mais cela ne doit point nous surprendre, car il est pour nous un ennemi cruel et acharné à notre perte. D'autres vont se présenter, et ceux-là sont nos amis, cependant. Les cieux feront connaître nos iniquités, dit Job, et la terre s'élèvera contre nous. (Job, x, 27. ) Ces témoins, ce sont : Les bons anges. Levez-vous, Seigneur, s'écrieront-ils ; levez-vous donc pour juger et défendre votre cause : Exsurge, Deus, judica causam tuam. (Ps. LXXIII, 22. ) Rappelez à votre souvenir les outrages dont ces insensés vous ont abreuvé tous les jours de leur vie, tout en se disant vos enfants et vos serviteurs. Gardez-vous bien d'oublier les blasphèmes de vos ennemis, les paroles horribles qu'ils avaient sans cesse à la bouche, qui montraient un orgueil superbe et toujours croissant. (Ibid. ) Nous savons tout, Seigneur ; nous avons tout vu, tout entendu, tout écrit, même leurs actions les plus secrètes, et vous pouvez compter sur nous nous sommes des témoins fidèles, et nous ne saurions mentir : Testis fidelis non mentitur. (Prov., XI, 5. ) Quel langage, mes frères, et que n'avons-nous pas à craindre de pareils accusateurs ?
Et votre ange gardien, ce bon ange que Dieu vous avait donné, qu'il avait chargé de prier pour vous, de veiller aux besoins de votre corps, et surtout de votre âme, il ne vous a pas quitté un seul instant. Cet ange gardien, vous deviez le respecter, l'honorer, l'invoquer, le remercier et suivre ses inspirations. Eh bien ! mon frère, comment avez-vous respecté et honoré ce prince de la cour céleste, ce ministre de Dieu, chargé de vous communiquer les ordres du Très-Haut ? Vous êtes, vous aussi, l'ange de la terre, et vous deviez imiter la pureté de votre frère du ciel. L'avez-vous fait ? Hélas ! que de fois, au contraire, ne l'avez-vous pas fait rougir par vos péchés ! Que de fois ne l'avez-vous pas forcé à se voiler la face de ses ailes pour n'être pas témoin de ces actions abominables, que vous n'auriez pas osé commettre en présence d'une personne tant soit peu respectable, de ces débauches, dont vous rougissiez même en présence de ceux qui les partageaient avec vous ? L'avez-vous invoqué comme vous le deviez dans vos tentations et vos dangers ? Vous vous êtes laissé entraîner par la fougue de vos sens, par des conseils perfides et les mauvais exemples que vous aviez sous vos yeux ; mais c'est votre faute. Votre ange gardien vous aurait protégé, si vous l'aviez voulu, si vous l'aviez prié. Il avait reçu de Dieu l'ordre précis de vous guider dans toutes vos voies ; il vous aurait porté sur ses mains et dans ses bras, dans la crainte que les pierres du chemin, les scandales qui inondent la terre ne vous fissent tomber. Avec son secours, vous eussiez marché sans danger au milieu des aspics et des basilics ; vous n'auriez eu rien à craindre, ni du lion, ni des plus affreux serpents. (Ps. XC, 11, et seq. )
L'avez-vous remercié ? Car, enfin, quoique vous ne l'ayez point invoqué, il veillait sur vous, cependant. Ses soins charitables, empressés, gratuits et nullement demandés ont éloigné de vous des dangers sans nombre qui menaçaient et votre corps et votre âme. Vous deviez suivre ses inspirations, et vous les avez méprisées, Oui, sachez-le bien : cette crainte salutaire du mal, cette peine intérieure, ce remords secret, ce tremblement involontaire, qui vous ont saisi au moment de commettre le mal ; cette répugnance, comme instinctive, qu'il a fallu surmonter pour contenter une passion coupable, était le fruit de ses prières pour vous. Et vous, vous n'avez pas voulu de ses secours, vous les avez repoussés, vous avez étouffé la voix de la conscience, qui, après le mal commis, vous rappelait à Dieu. Eh bien ! aujourd'hui, en ce moment suprême, votre ange gardien, votre ami, mais avant tout l'ami de Dieu et de la vérité, s'élève contre vous devant le tribunal de votre juge, et il est votre accusateur et un témoin à charge. J'ai tout vu, dit-il, tout entendu, tout écrit. Levez-vous donc, Seigneur ; jugez votre cause et condamnez ce coupable : Exsurge, Deus, judica causam tuam.
Et les anges gardiens de vos frères, de ces petits enfants, d'une humble domestique, d'une pauvre servante, d'une ouvrière simple et naïve que vous avez perdus par vos scandales, sollicités au désordre par la crainte, les menaces, des promesses et votre or. Et les anges gardiens de ceux auxquels vous avez appris la pratique d'un vice qu'ils n'auraient point connu sans vous, ou dont vous avez favorisé, entretenu, développé les désordres en les partageant avec eux, en leur fournissant les moyens, les occasions, les facilités pour contenter leurs passions. Ils s'élèveront aussi contre vous, ils seront vos accusateurs et des témoins à charge. Seigneur, nous avons tout vu, tout entendu, tout écrit. Levez-vous donc, jugez votre cause, et condamnez ces coupables : Exsurge, Deus, judica causam tuam.