Re: Sermon de saint Vincent de Paul sur la mort
Publié : lun. 06 nov. 2023 16:21
TROISIÈME POINT.
Eh bien ! dites-nous, Morts, où êtes-vous à présent ?- Nous sommes, répondent-ils, dans la maison que nous nous sommes bâtie pendant notre vie pour l'éternité ; les pierres qui ont composé cette demeure ont été nos actions ; ceux d'entre nous qui ont bien vécu se sont élevé un édifice pour l'éternité bienheureuse, où ils jouiront à jamais de toutes sortes de biens ; au contraire, ceux qui ont mal vécu se sont bâti un malheureux édifice dans l'enfer, où ils souffriront toutes sortes de supplices et de tourments effroyables aux siècles des siècles. La mort nous a servi de passage à l'éternité : Ibit homo in domum æternitatis suæ (Eccl., XII, 5) ; c'est le Saint-Esprit qui parle ainsi. « Si l'arbre, dit-il encore, tombe au midi ou au septentrion, en quelque lieu qu'il sera tombé, il y demeurera » : Si ceciderit lignum ad austrum aut ad aquilonem, in quocumque ceciderit, ibi erit. (Id., XI, 3.) L'homme est figuré par cet arbre ; il tombe en mourant, et, par la mort, dans l'éternité ; il tombe du côté du midi, dit saint Grégoire le Grand, lorsqu'il meurt dans la chaleur de l'amour divin ; et il tombe du côté du septentrion, lorsqu'il meurt dans le froid ténébreux du péché.
Ah ! que cette considération vous doit animer puissamment à vous bien disposer à ce redoutable passage ! Quoi ! ma foi et ma religion ne me laissent aucun lieu de douter que si je meurs dans la grâce de mon Dieu, je serai éternellement avec lui, et par conséquent éternellement dans son paradis ; tandis que si je meurs dans le péché, je ne sortirai jamais du péché, et par conséquent je serai éternellement dans les prisons obscures de l'enfer : Ibit homo in domum æternitatis sua ; et je m'endormirais dans l'insouciance ! Ainsi du moment de ma mort dépend mon bonheur ou mon malheur éternel ; si je fais une bonne mort, me voilà éternellement bienheureux ; si je fais une mauvaise mort, je suis éternellement malheureux. Qu'il est donc important que je fasse mon possible pour mériter une bonne mort ! Et puisque c'est la récompense d'une sainte vie précédée d'une bonne pénitence, il faut donc que je prenne incessamment mon parti.