Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le XVe dimanche après la Pentecôte
Publié : sam. 16 sept. 2023 15:09
Quant au mode de ce jugement et à la sentence qui y sera prononcée, le Prophète royal s'exprime ainsi : « Dieu a parlé une fois, j'ai entendu ces deux choses, que la puissance appartient à Dieu, et que vous êtes, Seigneur, rempli de miséricorde ; car vous rendrez à chacun selon ses œuvres, » semel locutus est Deus, duo hæc audivi, quia potestas Dei est, et tibi, Domine, misericordia ; quia tu reddes unicuique justa opera sua, Ps. LXI, 12, 13; et cette sentence est proclamée à chaque page des saintes Écritures. Celui donc qui pendant sa vie n'aura fait presque aucun acte de vertu et de piété, qui aura la conscience toute chargée de crimes, qui aura passé sa vie presque tout entière dans le sommeil, le jeu et l'oisiveté, qui aura toujours fait, non la volonté de Dieu, mais la sienne, toujours servi, non le Seigneur, mais le siècle, de quelle angoisse, de quel tremblement ne sera-t-il pas saisi à la pensée de tant d'iniquités dont il va rendre compte ? Est-il possible que des chrétiens admettent ces vérités, et demeurent insensibles devant un si grand danger ? Comment n'ont-ils pas la plus vive appréhension d'un jugement qui décide de la vie ou de la mort éternelle ? Comment n'y songent-ils pas et le jour et la nuit ? Comment cessent-ils un seul instant de s'y préparer ? Car enfin ils ne sauraient, quoi qu'ils fassent, ni échapper à ce tribunal, ni s'y faire remplacer par des serviteurs ; il faut qu'ils y comparaissent en personne, et cela presque dans un moment.
Pour vous peindre l'aveuglement de ces hommes, je rappellerai à votre souvenir l'histoire de Sédécias, roi de Juda. Pendant qu'il était assiégé par le roi de Babylone, le prophète Jérémie, parlant au nom du Seigneur, lui annonça clairement qu'il tomberait au pouvoir de cet ennemi implacable et perdrait son royaume. Cette prédiction ne tarda pas à s'accomplir : Jérusalem ayant été prise, des soldats s'emparèrent de lui et le conduisirent au roi de Babylone. Et que fit ce roi barbare ? Il commença par faire égorger tous les enfants de Sédécias sous les yeux de leur père ; puis il fit massacrer à Reblata tous les princes de Juda, et, pour comble d'horreur, il donna l'ordre d'arracher les yeux de l'infortuné prince, de le charger de chaînes et de l'amener à Babylone, où il le tint en prison jusqu'au jour de sa mort. Quoi de plus épouvantable, je vous le demande, quoi de plus affreux qu’un pareil sort ? Supposons que Dieu envoie quelque prophète semblable à Jérémie annoncer à quelqu'un des rois qui règnent aujourd'hui sur la terre, que, en punition de ses crimes, il va le frapper d’un désastre semblable, c'est-à-dire, le dépouiller du trône et de la liberté, et le livrer au sultan des Turcs, lequel, abusant de sa victoire, le chargera de chaînes, le condamnera à prendre soin de ses écuries et à se nourrir du pain noir des esclaves, sans le distinguer en rien des autres captifs. Si ce roi ajoutait une foi entière à cette prédiction divine, quel tourment intérieur, quelle angoisse n'éprouverait-il pas à la pensée de tomber, d'une si haute fortune, dans un si triste et si dur esclavage ? En quoi ! se dirait-il à lui-même, je vais donc perdre mon beau royaume et devenir l'esclave du sultan des Turcs ! Je vais être séparé de mon épouse, de mes enfants, des princes de ma cour ! On me chargera d'entraves et de chaînes ! Moi dont la table se couvrait chaque jour des trésors de la terre et des mers, je n'aurai plus à manger qu'un pain noir et rebutant ! Quelle est donc la cause de cette horrible infortune ? — Il n'est pas douteux que ce malheureux roi ne roulât le jour et la nuit ces pensées dans son esprit, sans pouvoir les écarter ni à table, ni pendant son travail, ni même dans le sommeil. Pour lui, plus de mets délicieux, plus de sommeil tranquille, plus d'agrément d'aucune sorte. Et si alors se présentait à son souvenir la pénitence des Ninivites ; s'il réfléchissait qu'en imitant leur conduite il pourrait apaiser la colère du Seigneur, quel repentir n'exciterait-il pas dans son cœur !
Quelles prières, quels vœux ne ferait-il pas monter vers le ciel ! Comme il s'efforcerait, et par le jeûne, et par les larmes, et par l'aumône versée dans le sein des pauvres, selon le conseil du prophète Daniel, de racheter ses crimes et ses iniquités !