LE MOIS DU COEUR AGONISANT, par le P. Blot (1876)

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Re: LE MOIS DU COEUR AGONISANT, par le P. Blot (1876)

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TROISIEME JOUR

LE MONT DES OLIVIERS.



Où se rend le divin Maître, en sortant de
Jérusalem, suivi de ses disciples ? sur le
mont des Oliviers, in montem Olivarum
(Luc. XXII, 39). Comme l'olive sous le pressoir,
son Cœur veut y être serré, pressé, torturé
par toutes les douleurs morales, pour répandre
plus abondamment l'huile de la miséricorde et
de la paix, l'huile de l'espérance et de l'amour.

Lisez dans L'Agonie de Jésus, liv. III, ch. IX,
L'Espérance.


Méditation.

I. Pourquoi le Sauveur choisit-il une montagne,
pour en faire le lieu de sa prière ? Il
nous avertit de rechercher dans nos prières
ce qui est haut et sublime, c'est-à-dire de
faire des biens célestes, des intérêts éternels,
l'objet principal de nos demandes. A mesure
qu'il gravit la hauteur sur laquelle il va
prier durant trois heures, il nous crie :
Sursum corda, les cœurs en haut !
Ne permettez pas que vos cœurs soient
appesantis ou abaissés par le soin des choses
inférieures ; mais que la sainte prière soit
toujours pour vous une ascension de l'âme
vers Dieu, une élévation des pensées et des
désirs
!
Hélas ! combien de fois nos prières
ont-elles été boiteuses, ou se sont-elles
traînées sur la terre ?...



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Message par InHocSignoVinces »

II. Pourquoi l'Homme-Dieu choisit-il une
montagne, pour y commencer sa passion,
pour y livrer son Cœur à l'agonie ? Il nous
apprend que son corps mystique doit se
transfigurer sur le mont Olivet, comme son
corps réel se transfigura sur le Thabor ;
il nous apprend que les lieux où nous
souffrons, sont pour nousle chemin de
la gloire, et que la douleur prépare nos corps
eux-mêmes à l'ascension glorieuse. Car de
ces mêmes sommets où ils vont le voir souffrir
cruellement, ses disciples le verront bientôt
remonter glorieusement dans les deux. Partout
où nous souffrons, disons donc avec
saint Pierre sur le Thabor : Bonum est nos
hic esse,
il est bon que nous soyons ici
(Matth. XVII, 4). Ne nous tarde-t-il pas, au
contraire, de changer de lieu ou d'emploi ?
Nous descendons du mont des Olives, où la
patience nous aurait transfigurés, nous rampons
dans la plaine , nous restons des chrétiens
vulgaires, parce que nous ne voulons faire
effort ni pour rectifier notre conduite,
ni pour élever nos sentiments, ni pour mettre
notre cœur en harmonie avec le Cœur agonisant
de Jésus...



III. Pourquoi encore le mont des Oliviers ?
parce que l'olivier est le symbole de l'espérance
et de la paix. Des hauteurs du mont Olivet,
le Sauveur découvre tout l'univers et l'histoire
de tous les siècles, tous les lieux et tous les temps
où nous serons agités, battus, brisés par les tempêtes ;
il promène ses regards sur la mer orageuse du monde,
où il voit tant d'âmes en péril, où il compte tant de
malheureux qui ont déjà sombré, par imprudence
et par faiblesse. Il leur crie : Espérance, espérance,
ô pauvres naufragés ! Je vous apporte la paix et le
pardon, je vous envoie deux planches de salut,
qui sont la souffrance et la prière : profitez-en, vous
reviendrez tranquillement au port ! En profitons-nous ?
Savons-nous espérer, souffrir et prier ?...



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Message par InHocSignoVinces »

Pratique.

Quels que soient mes troubles, mes tentations,
mes adversités, j'espérerai en Dieu quand même.
— Dans mes prières pour moi et les autres,
je demanderai surtout les biens
spirituels et célestes.— Après mes exercices
de piété, si agonisant que soit mon cœur, je
montrerai à tous quelque chose de plus
pacifique et de plus confiant, aux miens
plus d'amabilité, aux malheureux plus de
dévoùment.



Exemple.

L'exercice de l'heure-sainte fleurit maintenant
dans l'Église entière. Il a donné naissance à
une archiconfrérie, dont le siège est à Paray-
le-Monial, et que le pape Grégoire XVI, en 1831,
dota de précieuses indulgences. Chaque semaine,
au jour et à l'heure où le Fils de Dieu, prosterné
la face contre terre, répandait une sueur de sang,
un grand nombre d'âmes pieuses se dérobent aux
douceurs du sommeil, pour tenir compagnie à
Jésus agonisant, pour appliquer activement
toutes leurs facultés à ses souffrances intérieures,
et pour échapper au reproche qu'il adressa aux
premiers témoins de son agonie : Quoi ! vous
n'avez pu veiller une heure avec moi

(Matth. XXVI, 40) ? En certaines paroisses,
comme à Bréauté, au diocèse de Rouen,
cet exercice se fait collectivement le jeudi
soir par les hommes seuls, par les confrères, qui
passent une heure devant le saint Sacrement,
en prières ou méditations, à genoux ou assis.
Ils se proposent, de consoler ainsi le Cœur du
bon Maître, et d'obtenir une part de ses miséricordes 1.
Dans plusieurs communautés, comme celle du Cœur
agonisant, à Lyon, toutes les religieuses se rendent
à la chapelle vers le milieu de la nuit. L'une d'elles
lit à haute voix ce que les Évangélistes nous
apprennent, sur l'agonie de Notre-Seigneur au
jardin des Olives. Toutes se prosternent,
unissent leur prière à sa prière, leur sacrifice
à son sacrifice, et s'offrent avec lui comme
victimes à son divin Père. Avant de se retirer,
on fait une amende honorable au Cœur agonisant
de Jésus, qu'on adore dans le tabernacle,
comme dans la grotte de Gethsémani 2.



A SUIVRE...


1 Archiconfrèrie de la Sainte Agonie, p. 168-170.
2 Le Cœur agonisant, salut des moribonds, section III, ch. X.
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Message par InHocSignoVinces »

QUATRIÈME JOUR

LE JARDIN DE L AGONIE.



Sur le mont des Olives, Notre-Seigneur
laissa huit de ses apôtres dans une ferme
nommée Gethsémani, en leur permettant
de s'asseoir ; il prit Pierre, Jacques et Jean,
leur recommanda de veiller avec lui, et les
introduisit dans un jardin, ubi erat hortus
(Joan. XVIII, 1). Le premier Adam nous avait
fait tomber avec lui dans le jardin de délices:
le second Adam nous releva par ses expiations
volontaires, dans le jardin de l'agonie.


Lisez dans L'Agonie de Jésus, Liv. IV, ch. V,
Le jardin de délices et le jardin de l'agonie.


Méditation.


I. Dans le paradis terrestre, nos premiers
parents laissèrent s'allumer en eux cette
soif de jouissances, qui ne devait plus s'éteindre
dans leur postérité ; pour jouir ils foulèrent aux
pieds leur devoir, leur bonheur et le nôtre.
Jésus-Christ fait du jardin des Olives le lieu
de sa pénitence, le temple et l'autel de son
sacrifice; il est lui-même le prêtre et la victime
de son holocauste. Comme le premier châtiment
infligé par le Seigneur à nos coupables parents,
fut de les abandonner à eux-mêmes, en sorte qu'ils
devinssent leurs premiers bourreaux, et que
le remords fût leur première peine : ainsi le
divin Réparateur veut paraître abandonné,
se tourmenter lui-même, être son propre
sacrificateur. N'hésitons pas non plus à nous
imposer à nous-mêmes, par esprit de pénitence,
des sacrifices et des privations...



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Message par InHocSignoVinces »

II. Dans le jardin de délices, l'homme se cacha et Dieu se montra, l'homme par honte
et Dieu par justice. Dans le jardin de l'agonie, c'est l'homme qui se montre et Dieu qui se cache.
Dieu se cache, Deus absconditus (Isaï. XLV, 15), pour laisser souffrir son Fils notre Rédempteur ;
l'homme se montre, vir dolorum (Isaï. LIII, 3), pour endurer toutes les souffrances morales,
être garrotté par les bourreaux et conduit au supplice. Quand aurai-je le courage de dire à Dieu :
Cachez- vous pour moi, Seigneur? Retirez-moi vos consolations, vos douceurs, toutes les délices
sensibles de la dévotion, le sentiment même de votre assistance, pour que je souffre davantage,
pour que mon sacrifice et ma fidélité soient plus méritoires !...



III. Au milieu de l'Éden, nous étions en Adam comme les rameaux dans l'arbre, et
il nous communiqua le virus du péché originel. Chacun de nous n'est plus qu'un olivier
sauvage, oleaster, suivant l'expression de saint Paul ; Jésus-Christ seul est l'olivier
franc, sur lequel il faut que nous soyons entés pour porter de bons fruits (Rom. XI, 17, 24).
Pourquoi dans le jardin des Olives ouvre-t-il toutes ses veines, tous ses pores ? pour s'unir
et s'incorporer par toutes ces ouvertures, pour enter sur sa propre tige, tous ces oliviers
sauvages et stériles qui sont les rejetons d'Adam. Il entre en agonie pour nous rendre
participants de sa sève vitale, pour nous remplir du suc de sa grâce et de son amour.
Demeurons en lui pour porter du fruit, et souffrons avec lui pour en porter plus encore.
Cœur agonisant de Jésus, mon âme est devant vous comme une terre sans eau (Ps. CXLII, 6);
visitez-la par votre miséricorde, pour l'enivrer de générosité, pour la rendre de plus en
plus féconde !...



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Message par InHocSignoVinces »

Pratique.


Me bien convaincre que, si Dieu paraît
m'abandonner ou se cacher dans mes
épreuves, c'est pour mieux les marquer au
coin de son Fils, c'est pour en faire une
monnaie qui ait plus de valeur. — Ne jamais
blâmer les austérités des saints, mais esti-
mer le droit à la souffrance innocente et
libre, en user même quelquefois comme
le divin agonisant.


Exemple.


Une âme pieuse qui a expérimenté la manière
passive de faire l'heure-sainte, écrivait
à son directeur : « Je commence par me
rendre en esprit au jardin de l'agonie,
et je m'offre tout entière à Notre-Seigneur
avec mon âme, mon esprit, mon cœur, mon
corps, pour éprouver tout ce qu'il voudra pendant
cette heure. A peine ai-je fait cette offrande,
que mon âme est saisie d'effroi, d'épouvante;
elle se sent comme mourir, à la pensée des
tourments qu'elle commence à endurer, et
qui ne sont rien pourtant en comparaison de
ceux qu'elle aura à souffrir, vers le milieu
et vers la fin de cette heure d'angoisses. Le
péché universel se montre à ma vue, et
Notre-Seigneur me fait comprendre l'outrage
qu'en reçoit la Majesté divine. C'est là le plus
grand des supplices ; car il nous semble
que Dieu nous revêt de ce péché, qu'il est nôtre,
et qu'il nous en reste l'expiation. Je ne
saurais vous dire ce qui se passe alors.
On se sent accablé de tout le poids de ce
péché, une sueur froide s'étend sur tout
le corps, et l'âme est livrée à une telle
torture intérieure que l'enfer semblerait
un paradis, s'il était permis d'échanger
un instant les tourments de l'enfer, pour
ce supplice absolument inexprimable.
L'esprit est enveloppé de ténèbres,
livré à la crainte, à la tristesse, au
dégoût, sans savoir précisément de quoi.
On se sent plutôt écrasé par la justice du Père
éternel, que sous la dépendance de Notre-Seigneur
lui-même, pour partager toute son
agonie. Il est rare que, dans ces moments
indicibles, j'aie le sentiment de moi-même;
je ne saisplus si j'existe, je suis comme
transsubstantiée en douleur."



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CINQUIÈME JOUR

L'AFFLICTION DU CŒUR DE JESUS.



Le Cœur de l'Homme-Dieu avait toujours
été agonisant; mais dès qu'il entre au jardin
des Olives, avec trois disciples choisis,
il commence à sentir plus vivement la tristesse
et le chagrin, cœpit contristari et mœstus
esse
(Matth. xxvi, 37), parce que rien ne
l'y soulage plus de ses ennuis et de ses craintes,
de ses dégoûts et de ses douleurs.
Lisez dans L'Agonie de Jésus, Liv. II,
ch. II, Jésus a vraiment souffert intérieurement.



Méditation.

I. Pourquoi Notre-Seigneur veut-il tant
souffrir au jardin des Olives, sans même
attendre son arrestation ? Victime totale et
universelle, il aurait voulu souffrir depuis
le commencement du monde jusqu'au dernier
jugement, afin d'égaler le plus possible sa
souffrance à son amour. Ce vœu ne pouvant
être exaucé, il entre volontairement en
agonie, pour compenser la durée par
l'intensité, pour récapituler en soi toutes
les afflictions, et faire de son Cœur le
confluent de toutes les douleurs. Il s'enferme
dans le jardin comme dans une prison, afin que
toutes les tortures morales viennent l'y assaillir,
comme les soldats viendront l'y prendre.
Nous aussi, quand nous avons moins longtemps
à souffrir, désirons-nous souffrir plus violemment ?
Ne cherchons- nous pas à diminuer la violence
comme la durée de nos peines ?...



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II. Si pour cette agonie le Sauveur choisit
le temps, qui précède immédiatement son
arrestation, c'est afin de mettre plus en évidence
et la générosité de sa conduite, et la liberté de
son sacrifice: sa générosité, quand
il ira lui-même au-devant de ses persécuteurs ;
sa liberté, quand il achèvera sur le Calvaire,
au milieu des bourreaux, le sacrifice qu'il
commence lui-même, sans nulle violence du
dehors, sur le mont Olivet. Il est
le maître des agitations de son Cœur,
et tandis que ce sont nos passions qui nous remuent,
c'est lui qui remue ce qui dans son Cœur tient
lieu de nos passions ; il souffre quand il lui plaît,
autant qu'il lui plaît et de la manière qu'il lui plaît.
Il s'émeut comme un homme, mais avec la générosité
et la liberté d'un Dieu. Nous, au contraire, nous
usons le plus souvent de la liberté qui nous
est laissée, pour nous soustraire à la peine, à
la souffrance.....



III. Durant tout le cours de sa vie, le bon
Maître avait parlé de sa passion avec joie,
comme d'un baptême désiré, comme d'une
heure impatiemment attendue. Maintenant
il avoue que son âme est troublée, il prie
son Père de le préserver de cette heure-là
(Joan. XII, 27). Mais ne faut-il pas qu'il aille
à la mort avec tremblement, puisqu'il doit y
aller comme un criminel ? Sur la croix il
montrera la grandeur de son pouvoir divin ;
au jardin il veut montrer la faiblesse de sa
nature humaine. Là nous le verrons dans
l'acte même de sacrificateur; ici nous le
voyons dans l'état de victime. Aimons-nous
cet état de victime ? Pour mieux ressembler
à Jésus agonisant, acceptons-nous volontiers
d'être victimes des événements, de l'injustice
et de la calomnie ?



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Message par InHocSignoVinces »

Pratique.


Baisons quelquefois la terre avec respect,
en souvenir de cette terre bénie sur laquelle
Notre-Seigneur colla ses lèvres, et répandit
la précieuse rosée de son sang : il s'en exhalera
un parfum de patience et d'humilité,
qui embaumera notre âme et ranimera notre
courage. — Pour mieux puiser un surcroît
de forces dans le Cœur agonisant, tenons-lui
compagnie, veillons souvent avec lui, dans
nos joies comme dans nos peines.



Exemple.


Plusieurs âmes illustres ont éprouvé dans
l'extase les afflictions du Cœur de Jésus, ont
fait l'heure-sainte d'une manière extatique.
Marguerite du Saint-Sacrement, carmélite
de Baune, fut transportée dans un ravissement
au jardin des Olives, où le Sauveur lui
communiqua la tristesse de son âme,
ses craintes, sa sueur de sang, son agonie,
et les imprima en elle autant qu'elle fut capable
de les supporter. Pendant les deux premières
heures, elle demeura le visage collé contre
terre, versant des larmes avec tant d'abondance
que toute la communauté en était vivement
émue. Elle se releva ensuite, se tint droite
pendant un quart d'heure, les yeux élevés au
ciel, tremblante et paraissant fort effrayée;
après quoi elle se prosterna de nouveau.
Insensiblement on vit son corps se courber,
et sa tête se pencher à terre avec une
indicible expression de terreur, jusqu'à
ce que ne pouvant soutenir le spectacle
déchirant de l'agonie et des douleurs infinies
de son Maître, elle retombât la face contre
terre, s'abandonnant à Dieu, comme avait
fait Jésus-Christ, pour porter sa croix et
le fardeau des péchés du monde. Au moment
où elle aperçut en esprit la troupe conduite
par Judas, elle se leva calme, sereine, avec
un front plein de majesté. Peu d'instants
après, ses mains se fixèrent l'une sur l'autre,
comme si elles eussent été liées avec des
cordes, dont les marques s'imprimèrent
si fortement dans les chairs, que les carmélites
apercevaient très-dictinctement deux longues
enflures, qui semblaient suivre toutes les
sinuosités de la corde et former deux espèces
de bourrelets
1.


1 Louis de Cissey, Vie de Marguerite du St. -Sacrement, n° XI.


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SIXIÈME JOUR

LES CRAINTES DU CŒUR DE JÉSUS.



Celui que l'Écriture appelle le lion de la tribu
de Juda (Apoc. v, 5), daigne commencer son
agonie par la crainte, cœpit pavere
(Marc, XIV, 33). Tel est l'excès de sa frayeur
qu'il en est ébranlé, qu'il implore l'assistance
de ceux mêmes dont il n'espère rien. C'est
ainsi qu'il expie notre présomptueuse sécurité.

Lisez dans L'Agonie de Jésus, Liv. V, ch. III.
Utilité de cette crainte.


Méditation.

I. Si le démon avait connu la divinité du
Fils de Marie, s'il avait su que sa mort serait
le salut du monde, il n'aurait point poussé
les Juifs à le mettre en croix. Mais trompé
par les apparences, il crut qu'il ne risquait
rien en traînant au supplice un homme, dont
la doctrine et les vertus excitaient sa haine.
La crainte de Jésus est un appât pour prendre
Satan à l'hameçon. Quel est cet hameçon ?
la divinité, que le Sauveur cache sous
le ver de son corps timide et tremblant. Le
démon tout joyeux accourt pour dévorer
l'humanité, le ver qu'il voit plongé dans
les eaux de la douleur et de la crainte ;
mais il est pris lui-même par l'hameçon,
par la divinité. En manifestant son effroi,
sa crainte de la mort, le Fils de Dieu provoque
ses ennemis invisibles à le faire mourir,
par un supplice qui anéantira leur empire.
Et nous, dans nos combats pour la conquête
du ciel, ne négligeons-nous point la prudence,
le discernement, l'habileté ?...



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