Homélie de S. Léon Le Grand sur la Transfiguration

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Laetitia
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Homélie de S. Léon Le Grand sur la Transfiguration

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Saint Léon Le Grand a écrit :
En ce temps-là, Jésus ayant pris avec lui Pierre, Jacques et Jean, son frère, les conduisit sur une haute montagne, et il fut transfiguré devant eux: Matth. XVII., 1, 2.

L'Évangile dont vous venez d'entendre la lecture, mes chers frères, en éclairant notre esprit, nous invite à méditer avec intelligence le mystère qui y est renfermé. Pour y parvenir plus facilement avec la grâce de Dieu, considérons attentivement ce qui nous a été dit dans les instructions précédentes.

Notre-Seigneur Jésus-Christ, Sauveur de tous les hommes, en établissant cette foi qui rappelle les impies à la justice et les morts à la vie, voulait persuader à ses Disciples, par les miracles qu'il opérait et les maximes contenues dans sa doctrine, qu'il était en même temps Fils de Dieu et Fils de l'homme (1).

La croyance d'un de ces articles sans l'autre, devient inutile pour le salut, et on se perd également en croyant que Notre-Seigneur est Dieu sans être homme, ou qu'il est homme sans être Dieu, Il faut, pour être sauvé, reconnaître en lui l'union des deux natures, parce que de même qu'en sa personne, l'humanité est unie à la divinité, la divinité l'est réellement à l'humanité.

Le Sauveur, pour confirmer ses Disciples dans cette confession de foi si salutaire, les avait interrogés pour savoir ce qu'ils pensaient de sa personne, malgré l'incertitude des jugements que les hommes portaient de lui. Ce fut alors que l'Apôtre saint Pierre, éclairé par la révélation du Père céleste, s'élevant au-dessus des choses sensibles et de la raison humaine, le reconnut pour le Fils du Dieu vivant. La lumière intérieure qui l'éclairait, lui fit rendre cet hommage à la divinité de son maître, parce que, sans s'arrêter à la chair et au sang, il éleva ses vues au-dessus de l'humanité du Seigneur Jésus. La sublimité de sa foi fut si agréable au Sauveur, que, déclaré bienheureux par Jésus-Christ lui-même, il reçut l'assurance qu'il serait une pierre inébranlable sur laquelle son Église serait bâtie, et que tous les efforts de l'enfer et de la mort ne pourraient jamais la renverser. Il lui fut aussi promis que tout ce qu'il lierait ou délierait sur la terre, serait lié ou délié dans le Ciel.

Mais, après avoir donné à l'intelligence que saint Pierre avait de sa divinité les louanges qu'elle méritait, il fallait aussi l'éclairer sur le mystère renfermé dans l'union de notre humanité avec sa substance divine, afin que la foi de cet Apôtre, qui l'avait élevé jusqu'à la connaissance de sa personne divine, ne regardât point comme indigne de Dieu ou peu convenable à sa majesté de faire l'épreuve de nos infirmités, et ne jugeât point que le corps de l'homme en lui, était tellement revêtu des qualités propres aux corps glorieux, qu'il fût incapable de souffrir et de mourir.

Car lorsque le Seigneur dit qu'il fallait qu'il allât à Jérusalem et qu'il y souffrît beaucoup de la part des Princes des Prêtres, des Scribes et des Docteurs de la loi, qu'il y fût mis à mort et qu'il ressuscitât le troisième jour, le bienheureux Pierre qui, éclairé de la lumière d'En-Haut, venait de confesser avec tant d'ardeur la divinité de Jésus-Christ, croyant avoir des pensées dignes de la grandeur de son maître, voulut le détourner du dessein où il était de s'exposer aux outrages et à la mort. Mais Jésus lui adressa une douce réprimande, qui excita même en lui le désir de participer aux ignominies de sa Passion.

L'exhortation que le Sauveur fit en cette occasion à ses Disciples leur inspira le détachement du monde, et leur apprit que tous ceux qui voudraient le suivre devraient faire abnégation d'eux-mêmes et mépriser la perte de toutes les choses passagères, appelés qu'ils étaient à la jouissance des biens éternels, parce que, pour sauver son âme, il ne fallait pas craindre de sacrifier sa vie
à Jésus-Christ (1).

(1) Matth., XVI, 25.
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Laetitia
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Afin donc d'armer ses Apôtres du courage et de la constance dont ils avaient besoin, et de dissiper les frayeurs que pourraient leur causer un jour les supplices qui leur étaient préparés, voulant aussi les prémunir contre le scandale de la croix, et les opprobres de la Passion qu'il devait souffrir avec une patience invincible sans rien perdre de la puissance qui était en lui, Jésus prit Pierre, Jacques et Jean, son frère, et les ayant conduits sur une haute montagne, il leur manifesta sa gloire.

Quoiqu'ils eussent compris que la majesté divine résidait en sa personne, ils ne savaient pas combien le corps, qui servait de voile à sa divinité, participait à la puissance divine. C'est pourquoi le Seigneur avait expressément promis, peu de jours auparavant, que quelques-uns de ses Disciples ne mourraient point qu'ils n'eussent vu le Fils de l'homme venir en son règne (1), c'est-à-dire dans l'éclat vraiment royal dont était susceptible la nature humaine qu'il avait prise, et qu'il voulut rendre visible aux trois Apôtres qu'il avait choisis.


Quant à cette vision béatifique et ineffable de la divinité, telle qu'elle est en elle-même, qui est réservée pour la vie éternelle à ceux qui auront le cœur pur, ils ne pouvaient en jouir en aucune manière, étant encore revêtus d'un corps mortel.

Le Seigneur rendit donc témoins de sa gloire ceux qu'il en avait jugés dignes, et répandit sur ce corps, d'ailleurs semblable aux nôtres, une lumière si éclatante, que son visage parut brillant comme le soleil et ses vêtements blancs comme la neige.

Son dessein principal dans cette admirable transfiguration, était de prémunir ses Disciples contre le scandale de sa croix, et de fortifier leur foi, afin que, connaissant l'excellence de sa nature divine cachée sous le voile de son humanité, elle ne fût point ébranlée lorsqu'ils verraient les abaissements volontaires auxquels il allait être bientôt réduit, dans le cours de sa Passion.

Cette révélation établissait aussi dans son Église l'espérance qui devait la soutenir; il voulait que tous les membres de son corps comprissent quel changement devait un jour s'opérer en eux, puisqu'ils étaient appelés à jouir de la gloire qui avait brillé dans leur chef. Le Sauveur avait déjà promis cette gloire, lorsque, parlant de la majesté de son avènement, il avait dit : Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de mon Père (2).


L'Apôtre saint Paul nous dit également à ce sujet : Quand je considère les souffrances de la vie présente, je trouve qu elles n'ont point de proportion avec cette gloire qui doit un jour éclater en nous (3); et dans une autre épître : Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu. Lorsque Jésus-Christ qui est votre vie, viendra à paraître, vous paraîtrez alors aussi avec lui dans la gloire (4).

Les Apôtres trouvaient encore dans cette manifestation éclatante, une instruction très-propre à confirmer leur foi et à répandre de nouvelles lumières dans leur esprit; car Moïse et Elie, qui représentaient la loi et les Prophètes, se firent aussi voir sur la montagne conversant avec le Sauveur, afin que, par la présence de ces cinq personnes, l'oracle qui avait dit : Tout est confirmé par l'autorité de deux ou trois témoins (5), fût pleinement accompli.

Que peut-il y avoir de plus certain et de mieux établi, qu'une vérité appuyée sur le témoignage de l'Ancien et du Nouveau Testament ? L'un et l'autre concourent et s'accordent à faire connaître que celui qui était figuré par les signes précédents, et promis sous le voile des mystères, se rend aujourd'hui visible dans l'éclat de sa gloire. Parce que, comme le dit l'Apôtre saint Jean : La loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité nous ont été procurées par Jésus-Christ (6), c'est en lui que les prophéties ont reçu leur accomplissement, et il est la raison des préceptes de la loi, puisque sa présence prouve la vérité de la prophétie qui l'annonçait, et que, par sa grâce, il rend possible la pratique de ses commandements.

(1) Matth., XVI, 28.
(2) Matth., XIII, 43.
(3) Rom., VIII, 18.
(4) Coloss., III. 3, 4.
(5) Deutér., XIX, 15.
(6) Joan., I, 17.
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Laetitia
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L'Apôtre saint Pierre, animé parla révélation de ces augustes mystères, méprisant le monde et dégoûté des choses de la terre, se sentait comme transporté hors de lui-même, et n'avait d'ardeur que pour les biens éternels. Comblé de joie d'une vision si agréable, il désirait fixer sa demeure avec Jésus dans le lieu où la manifestation de la gloire de son maître remplissait son âme d'un contentement ineffable; c'est ce qui lui fit dire : Seigneur, nous sommes bien ici : faisons-y, s'il vous plaît, trois tentes, une pour vous , une pour Moïse, et l' autre pour Élie (1).

Le Seigneur ne répondit pas à sa demande, lui faisant ainsi connaître que si l'objet de son désir n'était pas condamnable, il était mal réglé, puisque le monde ne pouvait être sauvé que par sa mort. Il faisait aussi comprendre par son exemple, à ceux qui devaient croire en lui, que quoiqu'il ne faille avoir aucun doute sur la félicité qui leur est promise, ils doivent néanmoins demander la patience au milieu des tentations inévitables en cette vie, avant d'aspirer à la gloire, parce qu'il faut être exercé par les souffrances pour parvenir au bonheur de régner dans le Ciel.

Comme Pierre parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit, et il en sortit une voix qui dit : Celui-ci est mon Fils bien aimé, en qui j'ai mis toute mon affection; écoutez-le (2).

Le Père était assurément présent dans le Fils; et dans cette glorification du Sauveur dont l'éclat était tempéré en faveur de la faible vue des Disciples, l'essence du Père n'était pas séparée de celle du Fils ; mais pour leur faire connaître la propriété de chacune des personnes divines, la splendeur dont le corps de Jésus- Christ était environné, leur mit pour ainsi dire le Verbe éternel sous les yeux, et la voix qu'ils entendirent leur fit comprendre que le père était réellement présent.

Si les Disciples tombèrent la face contre terre et furent saisis de frayeur en entendant cette voix, ce ne fut pas seulement la majesté du Père, mais encore celle du Fils qui leur imprima ce sentiment de crainte ; car l'intelligence qu'ils avaient de la divinité de l'une et l'autre personne, les élevait au-dessus d'eux-mêmes, et leur foi bien affermie rendait à l'unité d'essence un hommage égal, dans la crainte respectueuse dont ils étaient saisis.

(1) Matth., XVII, 4.
(2) Joan., I, 3.
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Laetitia
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Quel témoignage, mes chers frères, que celui du Père éternel en faveur de son Fils! quelle profondeur renfermée dans ces paroles dont le son se fait entendre ! Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection; écoutez-le. Ne fait-il pas évidemment "connaître que ce Fils lui est consubstantiel et qu'il a toujours été avec lui; parce qu'en Dieu celui qui engendre n'est pas avant celui qui est engendré, et celui qui est engendré n'est pas postérieur à celui qui l'a engendré.

C'est comme s'il avait dit : Celui-ci est mon Fils dont l'essence est inséparable de ma divinité ; sa puissance est égale à la mienne, et il est éternel comme moi. C'est mon Fils, non pas adoptif, mais mon propre Fils qui n'a pas été créé d'une autre substance, mais éternellement engendré de moi. Celui-ci est mon Fils, par qui toutes choses ont été faites, et sans qui rien n'a été fait (1), parce qu'il fait également tout ce que je fais (2),et dans tous les actes que je produis, il opère inséparablement avec moi; car le Fils est dans le Père, et le Père est dans le Fils, et jamais l'unité de notre substance ne peut se diviser. Quoique ma personne, qui engendre, soit différente de la sienne qui est engendrée, vous ne devez pas avoir des sentiments opposés sur la divinité dont les attributs nous sont communs. Celui-ci est mon Fils, qui n'a point usurpé le droit d'être égal à moi, qui ne l'a point enlevé par la force (3) ; mais qui, conservant la forme et la nature divine qui sont en lui, a abaissé sa divinité toujours immuable jusqu'à prendre la forme de l'esclave pour racheter le genre humain et exécuter ainsi le dessein que nous en avions formé ensemble.

Écoutez donc en tout temps ce Fils qui est l'objet de mes complaisances; sa doctrine vous apprend à connaître mes divins attributs, et il me glorifie par ses humiliations; il est la vérité et la vie ; il est ma force et ma sagesse.
Écoutez celui que les mystères de la loi ont annoncé, et dont les Prophètes ont chanté la gloire.
Écoutez ce Fils qui fait de son sang le prix de la rédemption du monde entier, qui enchaîne le démon et enlève ses dépouilles, qui déchire la cédule du péché et abolit la dette contractée par la prévarication du premier homme.
Écoutez celui qui vous ouvre le chemin du Ciel; en souffrant le supplice de la croix, il vous a fait connaître les degrés. par lesquels vous devez monter pour parvenir au royaume éternel.

Quoi donc ! craignez-vous d'être rachetés à ce prix ? vous êtes couverts de blessures ! Avez-vous peur d'être délivrés de vos maux ? Si vous voulez être déchargés du fardeau de vos péchés, dites : 0 mon Dieu ! Que ma volonté s'accomplisse , puisqu'elle est conforme à celle de Jésus Christ ! Chassez toute crainte humaine, et armez -vous d'une constance à toute épreuve ; ne redoutez pas, dans la Passion de votre Sauveur, des tourments que sa grâce vous donnera dans la suite la force de supporter vous-mêmes jusqu'à la mort.

(1) Joan., I, 3.
(2) Joan., V, 19.
(3) Philipp., II, 6.
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Re: Homélie de S. Léon Le Grand sur la Transfiguration

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Ces paroles, mes chers frères, n'ont pas seulement été proférées pour l'instruction de ceux qui les ont entendues, mais dans la personne de ces trois Apôtres, l'Église universelle a vu et entendu ce qu'elle doit croire et pratiquer.

Ranimons donc en nous la foi que la prédication de l'Évangile a fait naître ; et que personne ne rougisse de la croix de Jésus-Christ, puisqu'elle est le moyen dont il s'est servi pour racheter le genre humain. Qu'on ne craigne pas de souffrir pour la justice, ou de perdre la récompense promise à l'exercice des vertus, puisqu'on ne parvient à jouir du repos que par le travail, et qu'il faut passer par la mort pour arriver à la vie : notre adorable Sauveur a pris le premier sur lui nos infirmités, et il s'est anéanti pour nous : si nous avons le bonheur de persévérer dans son amour et dans la confession de son saint nom, en lui et par lui, nous vaincrons le monde comme il l'a vaincu lui-même, et nous recevrons de ses mains la récompense promise aux serviteurs fidèles.

Ainsi, soit que dans la pratique de ses commandements nous ayons des difficultés à surmonter, soit que les adversités de cette vie viennent éprouver notre patience, la voix du Père céleste doit toujours retentir à nos oreilles, cette voix qui a dit : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection; écoutez-le. C'est lui qui vit et règne avec son Père et le Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles.

Ainsi soit-il !
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