§437 a écrit : Elle [La vierge Marie] n'y fut pas plutôt qu'elle voulut commencer de pratiquer ce qu'elle avait promis en la présence du Seigneur ; ainsi elle alla trouver sa maîtresse et lui remit tout ce que sa mère sainte Anne lui avait laissé , tant pour ses nécessités que pour ses petites récréations, jusqu'à ses livres et à ses habits ; et la pria de les distribuer aux pauvres , ou de l'employer à ce qu'elle voudrait, et de lui commander ce qu'elle devait faire. La discrète maîtresse ( qui était, comme j'ai déjà dit, Anne la prophétesse) reçut par une divine impulsion ce que cette aimable fille lui offrait; elle la laissa fort pauvre, puisqu'il ne lui resta que les habits qu'elle portait, et ayant loué son action, elle résolut d'en prendre un soin particulier, comme de la plus dépourvue du nécessaire, parce que les autres vierges gardaient chacune leur pension, conservaient en leur propre leurs hardes, et en disposaient selon leur volonté.
§439 a écrit : [C'est la vierge Marie qui parle]
Le Seigneur agréa beaucoup ce désir que j'eus de faire les quatre voeux de pauvreté, d'obéissance, de chasteté et de clôture; par ce désir je méritai que les mêmes voeux seraient établis dans l'Église et dans la loi de grâce, en la manière qu'on le pratique aujourd'hui, et tout ce que vous autres religieuses faites maintenant, vient de là comme de son principe, selon ce qui est écrit dans le psaume XLIV : Adducentur Regi Virgines post eam, parce que le très-Haut ordonna que mes désirs fussent le fondement des religions de la loi évangélique. J'accomplis avec une très-grande perfection tout ce que je proposai de pratiquer dans cette occasion en la présence du Seigneur, autant que mon état me le permit; je ne regardai jamais aucun homme au visage, sans en excepter mon époux Joseph , ni même les anges; lorsqu'ils m'apparaissaient en forme humaine : je les vis et les connus tous néanmoins en Dieu; je n'eus point d'affection pour aucune chose créée ni de propre volonté, et l'on ne m'entendait point dire: Je veux faire cela, ou je ne veux pas le faire; parce que le Seigneur me gouvernait en toutes choses, ou par lui-même immédiatement, ou par l'obéissance qu'il me faisait rendre aux créatures, à qui je me soumettais agréablement pour son amour.