John Lane traduit par le chartreux a écrit :
Cela explique la pratique du Saint Office dans son traitement des cas d'hérésie ; le cardinal de Lugo nous dit que le Saint Office ne faisait pas toujours précéder ses condamnations par des avertissements :
De Lugo, disp. XX, sect.IV, no 157-158, traduction de John Daly a écrit :
Il n'est pas non plus exigé au for externe qu'il y ait avertissement et réprimande comme décrits plus haut pour que quelqu'un soit puni comme hérétique pertinace, et la pratique du Saint Office s'en dispense fort bien parfois. Car si on peut établir par d'autres voies que l'accusé est conscient que sa thèse va contre l'Église, par exemple si la doctrine est bien connue, ou d'après les particularités personnelles de l'accusé ou d'après les circonstances, cela peut suffire pour le condamner pour hérésie ... La raison de ceci est claire : c'est que l'avertissement public ne peut remplir d'autre fonction que de rendre la personne consciente de l'opposition entre son erreur et l'enseignement de l'Église. Si la personne connait déja bien le sujet, par la lecture de livres et de définitions de conciles, un avertissement donné par une tierce personne n'ajouterait rien, il n'y aurait aucune raison de requérir un avertissement supplémentaire pour qu'il devienne pertinace contre l'Église.
John Lane sur l'appartenance à l'Église
Re: John Lane sur l'appartenance à l'Église
Re: John Lane sur l'appartenance à l'Église
John Lane traduit par le chartreux a écrit :
Observez que de Lugo parle ici d'avertissement supplémentaire . La loi promulgée est considérée comme un avertissement perpétuel à tous, et une réprimande individuelle est donc un avertissement supplémentaire. Dans les cas, certes assez fréquents, où un avertissement supplémentaire semble nécéssaire pour assurer la certitude de la condamnation pour hérésie, cet avertissement peut fort bien être donné par un laïque agissant en qualité de témoin, aussi bien que par un clerc autorisé.
Cette vision doctrinale des hérétiques et de la façon de les démasquer est ancienne. S. Grégoire de Nazianze, par exemple, dit la même chose dans la citation ci-dessous, qui fait partie d'un discours prononcé pendant la crise arienne. Il est en train d'expliquer pourquoi l'ignorance ne peut constituer une excuse pour les évêques hérétiques.
Re: John Lane sur l'appartenance à l'Église
S. Grégoire de Nazianze, Discours 21, Panégyrique d'Athanase a écrit : A l'exception d'un bien petit nombre, trop obscurs pour qu'on daignât les corrompre, ou trop vertueux pour qu'on le pût, semence et racines d'Israël, destinées à lui conserver un reste de vie, et à le faire reverdir un jour sous la propice influence de l'Esprit, tous obéirent au vent qui soufflait alors : les uns plus tôt, les autres plus tard; les uns se posant audacieusement chefs et pontifes de l'impiété, les autres placés au second rang, soit qu'ils eussent cédé à l’intimidation, soit qu'ils eussent capitulé devant l'or et les dignités, soit qu'ils se fussent laissé surprendre par la flatterie, ou enfin circonvenir par l'ignorance. Ces derniers sont les moins coupables, si toutefois, chez les pasteurs des peuples, l'ignorance peut être regardée comme une excuse. Car, de même que l’on ne s'attend point à trouver le même caractère, les mêmes allures, la même vigueur chez le lion et chez les autres animaux, chez l'homme et chez la femme, chez les jeunes gens et chez les vieillards ; de même on est en droit d'exiger autre chose des gouvernants que des gouvernés. Qu'un homme du peuple accueille une erreur, sa faute est pardonnable, puisque, pour la masse des chrétiens, l'intérêt même de leur salut exige qu'ils se tiennent en garde contre les dangers et la témérité de l'esprit d'examen : mais le docteur, comment l'absoudre, lui qui doit corriger l'ignorance d'autrui, à moins que son titre ne soit une usurpation et un mensonge? Eh quoi ! il n'est permis à personne, si rustique et illettré qu'il soit, d'invoquer son ignorance de la loi civile; aucune législation n'admet qu'un criminel se justifie en disant : J'ignorais que ce fut un crime; et les pontifes, les docteurs, chargés de guider les âmes, pourraient échapper au blâme par ces seuls mots : Nous ne connaissions pas les règles du salut ! Mais enfin, j'y consens, ayons quelque indulgence pour les esprits dépourvus de tact et de discernement; pardonnons leur une adhésion surprise à leur ignorance. Excuserez-vous aussi les autres· qui, revendiquant le titre d'hommes éclairés et d'intelligences supérieures, prêtèrent les mains à l'empereur pour les divers motifs que nous avons énumérés plus haut, et après avoir longtemps joué le rôle de pieux personnages, sitôt que l'épreuve a surgi, sitôt que la tentation est survenue, se sont lâchement démentis?
Re: John Lane sur l'appartenance à l'Église
FINJohn Lane traduit par le chartreux a écrit :
Le contexte de ce discours de S. Grégoire est à noter. L'archévêque de Constantinople était arien à cet époque, et les ariens étaient au pouvoir depuis 30 ans. Les fidèles catholiques se rencontraient dans leurs maisons privées ; ils ne pouvaient pas assister aux messes publiques à cause de l'hérésie du clergé. Ils appelerent S. Grégoire à l'aide. Il répondit favorablement à cette demande, et commença sa mission dans une maison privée, ou il donna une série de sermons sur la foi de Nicée, et sur les champions de la foi orthodoxe comme S. Athanase. Bref, il faisait face à un problème très proche de celui que nous subissons aujourd'hui, et contrairement à tous nos défendeurs modernes de l'hérésie, il expliquait aux fidèles que les évêques qui professaient des thèses ariennes ne pouvaient être excusés, qu'ils étaient hérétiques et non catholiques.
La crise présente est assez semblable à la crise arienne, avec une différence évidente - pendant cette crise, l'évêché de Rome resta occupé, si bien que la majorité des évêques, même quand ils avaient lâchement omis de professer la foi à Rimini, furent ramenés à l'orthodoxie par l'action énérgique de Rome. C'est précisément l'absence de cette action énergique pour la vraie foi qui a dévasté les vignes du Seigneur ces cinquantes dernières années, laissant l'Église paralysée, dramatiquement diminuée, et sans défense face à ses ennemis, dans l'attente de la résurrection, une attente qui est joyeuse pour les fidèles car fondée sur une espérance certaine et invincible.
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