Jesus subditus illis erat …

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Laetitia
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Re: Jesus subditus illis erat …

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La sainte Vierge comblée d'une double joie, et d'avoir recouvré son cher Fils, et de voir la gloire que tout le monde lui rendait, l'aborde et l'embrassant avec une tendresse incroyable : ah ! Mon très-cher enfant, nous étions presque morts de douleur de vous avoir perdu de vue, nous vous cherchions partout avec un mouvement plein d'inquiétudes. Pourquoi nous avez-vous causé une affliction si sensible ? Et lui , recevant des paroles si douces et si amoureuses, répond à sa mère : pourquoi me cherchiez-vous ainsi ? Ne savez- vous pas qu'il faut que je vaque aux affaires de Dieu mon Père ?

Mais il semble, dit Carpophore, que cette réponse marque un peu de sévérité, et je ne comprends pas ce que je vois dans l'Évangile, que Jésus-Christ parle toujours avec quelque sorte de rigueur à sa divine mère, sans qu'il lui ait jamais fait paraître aucune tendresse, ni qu'il lui ait jamais donné aucune louange.
Car en cette occasion-ci ne semble-t-il pas lui faire une réprimande qu'elle ne méritait pas, au lieu de lui savoir gré du soin que son amour lui faisait prendre pour le chercher ? Quand elle l'avertit que le vin manquait aux conviés dans le festin des noces de Cana, il lui répondit : Qu'avez-vous affaire de cela, femme, et qu'en ai-je affaire ? Nous ne voyons pas le respect d'un fils dans cette réponse : car il ne daigne pas même l'appeler sa mère.

Quand elle fut le chercher pour lui parler, tandis qu'il prêchait, comme il est rapporté au douzième chapitre de saint Matthieu, non-seulement il refusa de parler, mais il répondit à celui qui l'avertissait : Voilà votre mère et vos frères qui désirent vous parler. Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? car quiconque fait la volonté de mon Père céleste, est ma mère, mon frère et ma sœur. Par-là il ne marque pas une grande estime ni une grande tendresse pour sa sainte mère, puisqu'il lui préfère des étrangers (Matth. 12).

Quand une femme s'écria tout haut en plein auditoire, toute hors d'elle-même d'avoir entendu sa ravissante prédication : Bienheureux le ventre qui vous a porté ; il lui répartit : Dites plutôt, bienheureux ceux qui entendent la parole de Dieu et qui l'observent. Enfin dans la dernière extrémité, tout prêt d'expirer sur la croix, où il devait, ce semble, s'attendrir sur elle, voyant qu'elle mourait de compassion à la vue de ses tourments, il se contenta de la recommander à saint Jean, et de lui dire : Femme, voilà votre fils ; et il lui refusa la consolation de l'appeler sa mère, au moins dans cette occasion. Ne semble-t-il pas qu'il a affecté de la traiter toujours avec indifférence et avec rigueur ! Qui peut comprendre une si étrange conduite d'un tel fils envers une telle mère ?

J'avoue, répondit l'ecclésiastique, que cela paraît d'abord un peu étonnant, mais vous n'en serez pas surpris, si vous considérez que le véritable amour ne consiste pas dans les paroles, mais les œuvres, selon cette belle sentence du bien-aimé disciple : Non diligamus verbo neque lingua, sed opere et veritate. Regardez les œuvres admirables que Jésus-Christ a faites pour sa sainte mère, et vous avouerez qu'il l'a plus aimée elle seule que toutes les créatures ensemble. 1. L'avoir prédestinée au plus grand honneur qu'il puisse faire à une pure créature , en la choisissant pour être sa mère. 2. L'avoir préservée de la coulpe originelle par un privilège qui n'appartient qu'à elle seule. 3. Lui avoir conservé sa pureté virginale avec sa maternité, en renversant pour cela toutes les lois de la nature. 4. N'avoir pas permis qu'elle soit jamais tombée dans le moindre péché véniel. 5. L'avoir comblée de la même plénitude de grâce qu'il avait en lui-même, selon le langage des pères. 6. Enfin s'être rendu son inférieur et son sujet et vivre en terre dans sa dépendance pour lui donner le premier trône de la gloire dans les cieux. C'est par ces grands effets qu'il faut juger de l'amour qu'il lui porte, et vous avouerez qu'il est impossible de voir jamais un si parfait amour d'un fils pour sa mère.
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Laetitia
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D'où vient donc, reprit Carpophore, qu'il nous a fait voir si peu de marques sensibles de l'estime et de l'amour qu'il avait pour elle durant tout le cours de sa vie mortelle ? Il a donné de si grands éloges à saint Jean-Baptiste. Il a fait paraître des tendresses si particulières pour l'autre saint Jean, son disciple. Ne semble-t-il pas qu'il était juste qu'il donnât de plus grands éloges et des marques plus sensibles de son amitié à sa sainte mère ?

Considérez, répartit l'autre, le grand dessein qui l'attirait du ciel sur la terre. C'était en premier lieu, pour procurer la gloire de son Père céleste, et pour le faire aimer d'un parfait amour. C'était secondement, pour établir son Église au-dessus de la nature sur les fondements solides de la grâce. C'était enfin pour procurer le salut et la perfection des âmes.
Or pour faire réussir efficacement ces grands desseins, il avait à combattre non-seulement l'amour criminel, mais encore l'amour naturel. Car comme il est certain que l'amour criminel est la ruine absolue de l'amour divin et du salut des âmes, il est certain aussi que l'amour naturel, tandis qu'il règne dans un cœur et qu'il l'attache aux choses sensibles, empêche absolument la perfection de l'amour divin et la perfection des âmes. Et on peut dire qu'il est plus difficile, en quelque façon, de combattre et de vaincre l'amour naturel qui paraît innocent, que l'amour criminel qui paraît de soi si horrible, qu'il est aisé d'en faire concevoir de l'aversion.

C'est pour cela que Jésus-Christ n'a pas seulement employé son zèle à déclamer contre tous les vices ; mais il s'est beaucoup plus attaché à dégager les âmes des liens de l'amour naturel, jusqu'à dire, que qui ne hait pas son père et sa mère, ne peut pas être son disciple. Cette manière de parler qui nous parait excessive, montre combien il veut qu'un cœur soit libre de ces attaches naturelles à la parenté, que la nature inspire aux animaux aussi bien qu'aux hommes. C'est pour cela qu'il promet à quiconque aura quitté père et mère, frère et sœur, et le reste pour l'amour de lui, qu'il recevra le centuple en ce monde, et la vie éternelle en l'autre. C'est pour cela qu'il nous déclare qu'il ne vient pas apporter la paix, mais la guerre, et qu'il vient séparer le père d'avec l'enfant, et le frère d'avec son frère. Sa parole est une épée tranchante qui vient couper tous les liens de ces attaches à la chair et au sang, qui retiennent une âme dans la pure nature, et qui sont un poids qui l'atterre, de sorte qu'elle ne peut jamais s'élever à Dieu, pour vivre d'une vie divine, et pour arriver à la perfection de l'amour de Dieu.

Mais parce qu'il voulait instruire les hommes aussi bien par ses exemples que par ses paroles, il a lui-même plongé cette épée dans ses propres entrailles, comme parle l'auteur du livre de la vraie Circoncision, qui est dans les œuvres de saint Jérôme. Et quoiqu'il eût pour sa sainte mère un amour infiniment plus grand que jamais aucun enfant n'a eu pour tous ses parents ; quoique étant infiniment parfait, il eût bien pu le laisser régner dans son cœur, et le faire paraître en ses actions et en ses paroles avec toute la perfection convenable à un Homme-Dieu : néanmoins il n'a voulu en laisser paraître aucune démonstration extérieure, de peur qu'il ne semblât autoriser par son exemple ce qu'il condamnait par ses paroles, et que les hommes qui ne sont pas capables de faire d'un amour naturel un amour parfait, ne prissent sujet d'un bon exemple mal entendu, d'appuyer leurs imperfections véritables.
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Laetitia
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Re: Jesus subditus illis erat …

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Qui sait si cette divine mère qui n'avait qu'un cœur et une âme avec son cher Fils, connaissant le secret de ses intentions, ne s'accordait pas avec lui dans ce grand dessein de réprimer les mouvements de l'amour purement naturel, pour ne souffrir dans son cœur que ceux du divin et surnaturel ? C'est pour cela que de son côté elle n'a pas fait paraître la moindre démonstration extérieure et sensible, qu'on eût pu attendre d'une telle mère pour un tel Fils.

Oh ! si nous savions combien une âme parfaite a de mépris pour tout ce qui n'est qu'une production de la nature ! autant presque que les bonnes âmes du commun ont d'horreur des plus grands péchés.
On nous souffre, quand nous invectivons contre l'amour criminel, parce qu'il est de soi-même si infâme, que ceux qui s'y abandonnent, en ont honte ; il n'y a que les brutaux qui s'en offensent. Mais quand on vient à vouloir condamner l'amour naturel, tout le monde presque réclame ; on dit que c'est être cruel, qu'il n'est pas nécessaire d'être de bronze pour être un saint, que ceux qui sont dans les églises sur les autels, sont insensibles ; mais que ceux qui conversent parmi les hommes, ont du sentiment. On se défend par raison, on allègue les grandes tendresses qu'on a estimées dans plusieurs saints ; on va chercher des exemples jusque dans les brutes, qui ont tant d'amour naturel ; on demande quel mal il y a à cela, si ce n'est pas plutôt un reproche honteux à une personne, de lui dire qu'elle n'a point de naturel ; en un mot, l'amour naturel a tant d'avocats qui le défendent, qu'il semble que c'est une grande injustice de le condamner.

Mais on ne le condamne pas à la mort, on veut qu'il vive d'une vie plus noble, étant changé en un amour surnaturel. Défendre absolument à un cœur d'aimer, ce serait lui faire souffrir le plus rude de tous les supplices dont cet ancien priait les dieux de frapper le cœur de son ennemi : Nec amet, nec ametur ab ullo. Qu'il soit condamné à n'aimer jamais, et à n'être jamais aimé de personne. Mais est-ce lui défendre d'aimer, quand on veut qu'il aime plus parfaitement ? est-ce vouloir qu'il n'aime personne, quand on l'oblige d'aimer tout le monde ? est-ce être privé de l'amour, qui est la plus douce consolation du cœur, de ne suivre plus les seules inclinations de la nature, qui sont toujours faibles, fort limitées et très-imparfaites, mais de laisser emporter son cœur aux mouvements sacrés de la grâce et aux impressions de l'esprit de Dieu, qui lui font goûter les douceurs d'un amour plus fort, plus étendu et plus parfait sans comparaison ?

Ceux qui pensent qu'on n'a point d'amis, si on ne les aime d'un amour naturel fort sensible et fort empressé, ne se persuadent pas qu'on puisse les aimer autrement. Je leur pardonne de s'attacher à aimer de cette façon ; mais je voudrais leur demander, si les bienheureux qui sont dans la gloire, où les sentiments de l'amour purement naturel n'ont plus aucun lien, n'ont aucun ami. Peut-on aimer ses amis plus parfaitement qu'ils les aiment ? Je voudrais leur demander ensuite, si les âmes saintes, qui vivent toujours dans l'état surnaturel de la grâce, où elles s'efforcent de ne s'entretenir que du même amour divin, qui doit régner éternellement dans le ciel, bannissant tant qu'elles peuvent tous les sentiments de l'amour purement naturel, n'ont aucun ami. Ne les aiment-elles pas plus parfaitement, quand elles aiment comme les bienheureux, que si elles les aimaient à la façon des animaux ? Hélas ! le moyen qu'un cœur se contente de l'amour naturel, puisqu'il est si pauvre qu'il est contraint de se limiter à n'avoir que fort peu d'amis, pour les aimer parfaitement, laissant tous les autres dans l'indifférence ? car sa maxime est, que qui aime tout, n'aime rien. N'est-il pas mille fois plus content, quand il s'attache uniquement à l'amour surnaturel, dont l'étendue n'a point de bornes et dont les richesses sont inépuisables ? Il ne sait ce que c'est d'exclure personne, car sa maxime est toute contraire : Qui n'aime pas tout, n'aime rien.
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Laetitia
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Re: Jesus subditus illis erat …

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Ce que fit Jésus-Christ depuis son retour en Nazareth, jusqu'à l'âge de trente ans.

Il nous arrive ici comme à la sainte Vierge, qui perdit la présence de son cher Fils, sans qu'elle s'en aperçut durant le temps de son oraison. Tandis que nous parlions de Dieu, Jésus-Christ s'est absenté ; il n'est plus au temple ni dans la ville de Jérusalem : allons le chercher, nous trouverons qu'il est retourné avec ses père et mère en la ville de Nazareth, comme dans une profonde retraite où le monde ne sera plus digne de le voir, ni d'entendre parler de lui durant l'espace de dix-huit ans.

Mais que faisait-il là, demanda Carpophore ? Tous les anges du ciel qui le connaissaient et qui l'adoraient comme leur Dieu, ne descendaient-ils point tous les jours pour le servir, pour avoir l'honneur de converser avec lui, et pour lui rendre leurs profonds hommages ? Ce divin soleil pouvait-il si bien se cacher, que tout au moins la ville de Nazareth ne s'aperçût point des éclats de sa majesté, et que tout le monde ne vînt pas se rendre à ses pieds ?

Nous ne savons rien, répondit l'ecclésiastique, de tout ce qui s'est passé en sa personne adorable durant tout ce long espace, que ce que saint Luc nous dit en deux mots : Et erat subditus illis; qu'il vivait dans la dépendance de la sainte Vierge sa mère et de saint Joseph. Quoique dans la vérité il ne dût ni soumission ni obéissance à personne qui fût sur la terre, ni même à son Père éternel qui est dans les cieux, selon sa personne divine, selon laquelle il n'est pas son inférieur, mais son égal en tout. Néanmoins afin de nous enseigner l'obéissance et l'humilité, qui sont des leçons que nous apprenons si difficilement, il a voulu passer la plus longue partie de sa vie dans un état qui paraît tout anéanti, et dont on ne dit autre chose sinon qu'il obéissait.

C'est là-dessus que saint Bernard s'écrie, ravi d'admiration et de joie : Ecoutez ce que dit saint Luc : Il leur était sujet. Mais qui ? mais à qui ? Dieu était sujet aux hommes, non-seulement à Marie, mais encore à saint Joseph. Quel étonnement ! Quel miracle de côté et d'autre ! que Dieu obéisse à une femme, c'est une humilité sans exemple; et qu'une femme commande à Dieu, c'est une sublimité sans pareille. Rougis de honte, poussière superbe. Dieu s'humilie, et tu t'exaltes. Dieu veut bien se soumettre aux hommes, et tu voudrais t'ériger un trône sur la tête des hommes. Dieu cache exprès sa gloire , et demeure inconnu la plus grande partie de sa vie pour vivre dans le mépris; et tu ne cherches qu'à te produire au jour pour paraître, et pour te concilier l'estime des hommes.

Saint Basile, dans les constitutions qu'il a faites pour ses monastères, a fait comme un petit abrégé de toute la vie de Jésus-Christ, durant le temps qu'il demeura à Nazareth comme dans un cloître , soumis à saint Joseph et à la sainte Vierge , comme à son supérieur et à sa supérieure, où il dit qu'il supportait avec douceur et avec humilité tous les travaux corporels qu'un enfant de basse naissance a coutume d'endurer, en rendant les services qu'il doit à ses père et mère. Car comme ils étaient très-riches des biens de la grâce, mais assez pauvres des biens de fortune, ils se rendaient assidus au travail, pour gagner les choses nécessaires à la l'entretien de leur petite famille, et Jésus-Christ travaillait avec eux, pour contribuer de sa part à gagner leur vie.
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Re: Jesus subditus illis erat …

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C'a été l'opinion commune de tous les anciens pères de l'Église, qu'il a vraiment travaillé de ses mains, et qu'il a exercé un art mécanique : ce qui est une consolation indicible à tous les artisans, que cette majesté adorable et cette sagesse infinie ait préféré leur condition à celle des riches, des nobles, des princes et des monarques, qui s'estiment si élevés au-dessus des pauvres artisans, mais qui auront toujours le désavantage, que ce Dieu qu'ils adorent a estimé les grandes conditions indignes de lui; et qu'il a choisi celle des simples artisans, qui gagnent leur vie avec le travail de leurs mains. O mille fois heureux ceux qui sauront bien travailler de compagnie avec Jésus-Christ, imitant sa fidélité, suivant ses exemples, et unissant de tout leur cœur leurs intentions avec les siennes !

Quand il commença de prêcher, les Juifs tout surpris d'entendre les oracles qui sortaient de sa bouche, se demandaient l'un à l'autre : Comment est-il possible que cet homme soit si savant, n'ayant jamais fréquenté les écoles ? n'est-ce pas le fils de ce charpentier ? ne l'avons-nous pas toujours vu travailler avec lui dans sa boutique ? d'où lui vient cette profonde érudition ? Sur quoi saint Pierre Chrysologue s'élève, à son ordinaire, à une sublime considération des grandeurs de Dieu. (Chrysol. ser. 48). Il est vrai, dit-il, ces gens disaient bien mieux qu'ils ne pensaient. C'est là vraiment le fils du charpentier, non pas celui qu'ils ont vu travailler dans une boutique ; mais c'est le Fils unique du grand Architecte du monde, qui a travaillé sur le néant, et qui en a tiré toutes les pièces dont il a bâti ce grand univers, non à coups de marteau, mais par la vertu toute-puissante de sa parole. C'est le Fils de ce grand Artisan du monde, qui n'a mis que le bout des doigts pour bâtir les cieux , qui tient allumé dans le soleil ce feu qui ne s'éteint jamais, qui fait naître tous les animaux instruits sans étude à travailler en perfections à leurs ouvrages différents, selon leur nature, et qui distribue les emplois divers à tous les êtres qu'il conduit lui-même à réussir très-sagement en tout ce qu'ils font. Il fait tout cela pour vous, o homme, afin que vous sachiez estimer le prix de l'ouvrage par l'artisan qui en est l'auteur.
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Re: Jesus subditus illis erat …

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Je sais qu'il y a des auteurs qui tiennent que Jésus-Christ ne s'est point employé aux œuvres manuelles, et que tout le cours de sa vie cachée n'a été qu'une contemplation continuelle des grandeurs de Dieu (Paulus Burgens in cap. 6 , Marc. Berradius in cap. 2, Luc ). Mais outre qu'ils vont contre le sentiment universel de tous les pères et de toute l'antiquité : il est bien difficile d'accommoder leur opinion avec les paroles de l'Evangile, qui dit expressément que les Juifs étonnés des merveilles qu'il opérait, demandaient : D'où vient cela ? celui-ci n'est-il pas charpentier, fils de Joseph ? ne connaissons-nous pas Marie sa mère, et sa parente (Marc, 6) ? Comment l'eussent-ils appelé un charpentier, s'ils ne l'eussent jamais vu exercer cet art, et s'il n'eût fait tous les jours que contempler ? Les hommes qui ne jugent que de l'extérieur, et surtout les Juifs qui ne connaissent pas l'excellence de la vie intérieure, qui donne toute son application à Dieu, ne l'eussent-ils pas blâmé de fainéantise ? n'eussent-ils pas dit qu'étant assez robuste, il eût dû s'appliquer au travail pour aider à. vivre à ses pauvres parents ? Mais ils l'avaient toujours vu travailler avec saint Joseph ; c'est pour cela qu'ils étaient persuadés qu'il était de sa profession.

J'accorde bien que la contemplation est un exercice beaucoup plus digne d'un Dieu, d'un bienheureux et du Saint des Saints, que le travail des mains, et que s'il eût fallu balancer entre les deux pour prendre l'un et abandonner l'autre, il eût préféré la contemplation. Mais ils n'étaient pas incompatibles dans sa personne adorable ; ils s'accordaient si bien, qu'il contemplait aussi parfaitement que s'il n'eût pas travaillé ; et travaillait aussi parfaitement que s'il n'eût pas contemplé. C'est ainsi qu'il nous a instruits admirablement qu'on peut joindre ensemble la vie active et la contemplative, sans que l'une fasse aucun préjudice à l'autre. On travaille mieux quand on est bien appliqué à Dieu, et l'application à Dieu s'entretient et se perfectionne dans le travail quand on fait toutes choses en sa présence et pour son amour.

Oh ! qui pourrait savoir quelle était la sublimité de la contemplation de Jésus-Christ, interrompit Carpophore ! Je donnerais tout pour voir la beauté de son intérieur ; car je suis assuré que c'est un spectacle qui ravit les anges du ciel ; mais c'est un sanctuaire fermé pour tous les hommes : Jésus-Christ, solitaire dans la maison de saint Joseph, est un Dieu caché, et sa vie contemplative toute retirée dans le plus intime secret de son cœur, c'est le mystère le plus caché d'un Dieu tout caché. Il faut l'adorer de loin : ce serait une témérité à nous de prétendre y avoir quelque entrée.

Il est bien vrai, répartit l'ecclésiastique, qu'il se plaît à cacher les secrets de ce divin sanctuaire aux prudents et aux sages, c'est-à-dire, aux âmes superbes, selon la parole de notre Seigneur ; mais il a la bonté de les révéler aux petits, c'est-à-dire aux âmes bien humbles. Souvent les plus simples, qui vont traiter avec Dieu dans l'oraison sans artifice, et avec l'innocence des enfants, en sont mieux accueillis, en reçoivent plus de caresses, et en apprennent plus de merveilles que les plus grands docteurs du monde.
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