Saint Louis-Marie Grignion de Montfort - Tricentenaire

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Laetitia
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Re: Saint Louis-Marie Grignion de Montfort - Tricentenaire

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Pour se discipliner, il ajoutera la pénitence à la prière. Dès qu'il eut connaissance des instruments de mortification : haires, cilices, chaînes de fer, il s'en servit avec une vigueur qui désarmera seulement devant la défense de son père spirituel, … le père Descartes qui ne les interdit pas absolument mais se contente d'indiquer les limites de la prudence. (1)

Sans être attiré vers les sommets comme Louis-Marie, Jean-Baptiste Blain saura le comprendre. Ils ne se lièrent que fort tard...
Mais l'intimité s'établit rapidement, grâce à l'ascendant de Louis-Marie.... plus tard … le pieux séminariste attirera son ami à Paris, où ils vivront ensemble les belles années préparatoires au sacerdoce....
Ensuite ... Montfort prendra le chemin de Nantes, et M. Blain se dirigera vers Noyon, puis vers Rouen, où il connaître Jean-Baptiste de la Salle, dont il deviendra le biographe. Mais Montfort et Blain resteront toujours unis de cœur ; et quand notre saint voudra fonder définitivement sa Congrégation de missionnaires, c'est à Blain qu'il demandera conseil ; il attachera tant d'importance à ses avis qu'il entreprendra, pour aller les recueillir, un long voyage à travers la Bretagne et la Normandie.

L'autre ami Poullart des Places, entra au collège un an après Louis-Marie ; il fut un des brillants élèves de Saint Thomas... Fils unique, à la tête d 'une grande fortune, il entra, malgré l'opposition de ses parents, dans la cléricature. Nous le retrouverons plus tard dans la capitale, établissant la Congrégation du Saint-Esprit, et en relations intimes avec M. de Montfort.
Blain et Poullart des Places ne furent pas les seuls amis du collège, mais ils furent les plus célèbres.

Les premières années du collège s'écoulèrent paisibles et régulières, dans une « admirable innocence », dans un travail sérieux... bientôt il fut rejoint par son cadet Joseph-Pierre, le futur dominicain. Louis-Marie en assumant la charge de veiller sur son frère, inaugurait son apostolat futur : c'était pour son cœur de missionnaire les prémices de la paternité spirituelle...

(1) Une vingtaine d'années plus tard, à Rennes, le P. Descartes s'entretenait des vertus de M. de Montfort avec son ancien condisciple M. Blain. Le Père rapporte celui-ci, « me parla avec admiration de son amour (de Louis-Marie) pour les croix et de sa fermeté à les soutenir : les plus grandes, me dit-il, sont pour cet homme-là comme une paille jetée dans un grand feu, qui y est dévorée à l'instant ». Et Blain ajoute : « Ce Père regardait M. de Montfort comme un saint. »
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A cette époque, vers 1690 ... les époux Grignion résolurent de s'établir à Rennes, au moins pendant l'hiver. Ils trouvèrent dans leur fils aîné une aide admirable. Louis donnait des leçons à son jeune frère Gabriel et … des exhortations de piété. Rien d'étonnant de voir Joseph et Gabriel, qui vivaient sous l'influence de leur saint frère, se consacrer plus tard au service de Dieu.

Quelle affection profonde unissait ces cœurs !

Dans ce ciel limpide, se rencontrait pourtant quelques nuages, qui venaient parfois assombrir la vie familiale. M. Grignion se laissait emporter à des accès de violence tels que Louis-Marie devait fuir, pour ne pas manquer de respect à l'autorité paternelle. Souvent ces scènes se passaient pendant les repas, l'étudiant se condamnait à un jeûne forcé, très pénible pour son tempérament vigoureux. Mais il le supportait avec vaillance : un jour M. Blain le rencontrant, encore sous le coup de l'émotion, lui offre quelques mets pour le dédommager ; le pieux jeune homme refuse par esprit de mortification, alliant ainsi le double mérite de la douceur et de la pénitence. (cité par Blain)
Une autre fois, M. Blain raconte que, lors d'une de ses visites à Château-Marquer, Louis-Marie passa au-dessus de la crainte du courroux paternel et jeta au feu un de ces livres illustrés de gravures pour le moins légères, que M. Grignion conservait chez lui et qui aurait pu tomber entre les mains de ses jeunes frères et sœurs.
A ce moment survint son ami, qui le trouva « timide et presque tremblant dans l'appréhension de la venue de son père, mais d'ailleurs fort content d'avoir fait son sacrifice. » (cité par Blain)

Voilà sous quel aspect se montre, tout jeune encore, le serviteur de Dieu. Il suit l'Evangile à la lettre, au risque de heurter l'opinion commune. Plus tard, tels actes de son zèle étonneront … et son vieux père, au calvaire de Pontchâteau, s'unira à l'enthousiasme des foules acclamant le grand missionnaire, et proclamera qu' « il ne lui avait jamais fait de peine ».
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Saint Louis-Marie avait un goût et un talent particulier pour la peinture. Il lui suffisait de voir pour reproduire.
Avec la peinture, et aussi la sculpture, il cultivait aussi la poésie. Grâce à sa vaste culture littéraire il deviendra « un écrivain de race et un véritable poète. »
Aux yeux de ses camarades, Louis-Marie était un élève très pieux ; mais, Dieu merci, dans un collège chrétien, la piété n'était pas chose exceptionnelle. Un jour cette piété se révéla dans un acte de charité saisissant et sans doute moins commun.

Au nombre des étudiants se trouvait un jeune homme, d'une pauvreté trop apparente, dont les vêtements, plus que fatigués, excitaient les railleries de la gent écolière. Le saint en eut compassion : il se fit mendiant pour son condisciple, et les camarades moqueurs, mais bons garçons, versèrent leur obole. La collecte ne « faisait que la moitié de la somme nécessaire ». Loin d'en être alarmé, M. Grignion conduisit le jeune écolier chez le marchand : « Voici mon frère et le vôtre, déclara-t-il sans préambule ; j'ai quêté dans la classe ce que j'ai pu, pour le vêtir. Si ce n'est pas suffisant, à vous d'ajouter le reste. »

… la charité produisit donc la charité, et le marchand s'exécuta. « Le jeune écolier fut vêtu, au grand étonnement des autres, qui commencèrent à regarder, avec un œil de vénération, l'auteur de cette bonne œuvre. » Cet acte de charité, conclut M. Blain, « fut le premier qu'on connaisse de mille autres, qui ont éclaté dans la suite ».
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Toute la vie intérieure de Louis-Marie était déjà à cette époque très profonde et basée sur la dévotion à Marie et soutenue par Elle.
Il ne faisait rien sans La consultait et la Sainte Vierge en retour savait exaucer les pieux désirs de son enfant.
Tous les biographes affirment que la Sainte Vierge lui a indiqué sa vocation, avec une telle évidence qu'il n'eut jamais aucun doute à ce sujet...

C'est aux pieds de Notre-Dame de la Paix que Montfort dirigea définitivement sa vie vers le sacerdoce : il y aspirait de toute son âme ; c'était la seule vocation pour laquelle « son cœur parla », la seule que Dieu lui montrait, par l'entremise de la Vierge Marie.

A la fin de leur cours de philosophie, aux vacances de 1692, Blain et Montfort allèrent visiter un de leurs amis : c'était un étudiant, qui, entré plus tard chez le Capucins, devait édifier sa communauté sous le nom de Père Joseph de Saint-Méen. Durant cette visite M. Blain découvrit la sainteté de Louis Grignion, et reçut de lui « de familières confidences ».

« Ses discours n'étaient que de Dieu et des choses de Dieu : il ne respirait que le zèle du salut des âmes ; et déjà, son cœur enflammé de l'amour de Dieu ne pouvant plus se contenir, il ne chercher qu'à le soulager, par des témoignages effectifs de charité pour le prochain ; mais il cherchait l'écart pour le contenter là-dessus et il se dérobait à nos yeux, pour aller en secret embrasser et caresser un pauvre mendiant innocent, hébété, et fort disgracié de la nature : il se jetait même à ses pieds pour les baiser, quand il se croyait hors des yeux des hommes ; mais il ne se put si bien cacher, que je ne le surprisse dans ces pieux transports de charité. »

Tel est bien Montfort : il veut tout pour Dieu. Il a un cœur jeune, « enflammé » ; mais ne pouvant donner, parce qu'elles seraient imprudentes, des marques d'affection trop sensibles à ses amis, il les prodigue à ce pauvre disgracié, à cet idiot, qui fut aussi le préféré du Christ Jésus.

Quelques temps après, c'est la visite de Jean-Baptiste Blain au Bois-Marquer. Louis-Marie venait de brûler le livre « obscène » de son père. Heureux de revoir son condisciple, il le promène affectueusement dans le « jardin » ; il lui montre les tonnelles, où il aimait à se retirer, pour réciter ses prières et se recueillir ; c'est sous ses ombrages qu'il passait la plus grande partie de la journée. Bientôt les deux amis n'ont plus de secrets. Jean-Baptiste parle de ses projets, de ses difficultés, de ses tentations ; et son condisciple lui confie ses désirs de perfection et d'apostolat. D'entendre ces paroles, de sentir ce cœur vibrer sous l'action divine, de contempler cette belle âme, M. Blain reste tout ému : « Je ne le regardais dès lors et je ne l'écoutais qu'avec admiration, et avec une espèce de désespoir de ne pouvoir suivre, dans le chemin de la vertu, un compagnon qui y marchait à pas de géant, et allait si vite qu'il échappait à nos yeux, bien loin de le pouvoir suivre. »
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Re: Saint Louis-Marie Grignion de Montfort - Tricentenaire

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A son retour de vacances, Louis Grignion entra en théologie. Ce cours devait durer quatre ans... Le futur missionnaire, comprenant l'importance de la théologie pour le ministère et la piété, se plongea dans cette étude, qui lui apporta dès les premiers contacts une joie abondante. Il avait l'intention de rester à Rennes, où il trouvait tant « d'avantage pour son âme … Mais la Divine Providence, qui voulait le rendre parfait en cette science des saints, l'appela à Paris, pour l'instruire dans l'Ecole des plus pures vertus ecclésiastiques. Je parle des Séminaires de Saint-Sulpice, où qui veut être saint y trouve et les plus grands modèles et les plus savants guides de la perfection ».

Mais avant de suivre Louis-Marie dans la capitale, il est bon de nous arrêter quelques instants, pour comprendre sa sainteté déjà éminente. On a beau les multiplier, les exemples de vertu ne reflètent qu'imparfaitement la richesse de son âme... nous possédons un « familier » du saint, un témoins qui l'a « connu à fond ». Le mémoire de M. Blain, qu'on ne se lasse pas de citer, trace un portrait merveilleux de la vie spirituelle de son ami.

« Dès lors, Monsieur, Grignion... se livrait à l'oraison et à la pénitence, et ne pouvait goûter que Dieu ; tout le reste lui était insipide, il n'en aurait pas pu même parler, n'en ayant aucune idée, car toute son enfance s'était passée dans une admirable innocence et éloignement du mal... Tous ceux qui l'ont connu à fond ont également admiré en lui l'union de ces deux vertus, si rares et si nécessaires dans l'état ecclésiastique, l'innocence et la pénitence. Il semble qu'il n'avait point péché en Adam, et qu'Adam n'eût laissé en lui aucune trace de sa désobéissance, car il ne sentait presque ni répugnance pour le bien, ni attrait pour le vice. Ses inclinations, dès que je l'ai connu, paraissaient toutes célestes, et rien de ce qui fait le penchant de la jeunesse et le charme de l'homme ne paraissait le toucher, ni même se faire apercevoir en son cœur. De là, cette grande facilité pour la vertu, ce grand désir de la perfection, qui le saisit presque aussitôt qu'il la connut.

D'abord qu'il entra en cette voie si étroite et si pénible, il marcha d'un si grand pas et avec tant de courage qu'il paraissait n'y rencontrer aucune épine, ou n'en pas sentir la pointe. Tout ce que la vertu a de plus héroïque, tout ce que la perfection a de plus sublime semblait être comme naturel en lui, tant sa grâce était éminente. Il parut en effet comme né avec le recueillement le plus profond, l'oraison la plus continue, la pénitence la plus rigide, la mortification la plus universelle, avec une paix, une douceur, une tranquillité d'âme que je n'ai jamais vu s'altérer … Il était encore écolier, et paraissait déjà un homme parfait, tenant tout ses sens sous une telle garde qu'on ne lui voyait échapper ni regard, ni parole, ni geste, ni manières inconsidérées.
»

… Quel travail intérieur laisse donc supposait ce portrait d'âme tracé par M. Blain ! Quérard a raison de dire : « Si d'un regard d'ensemble et réfléchi, nous considérons, résumons et harmonisons la vie et les œuvres de ce jeune homme de vingt ans, nous ne pouvons nous empêcher de croire qu'il était arrivé dès lors à un degré de perfection et de sainteté, où peu de saints du même âge sont parvenus. » (*)

(*) Quérard, Vie du Bx Louis-Marie Grignion de Montfort, t.I, p. 92-93
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Re: Saint Louis-Marie Grignion de Montfort - Tricentenaire

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Louis Le Crom, [i]Un apôtre marial, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort[/i] a écrit : Depuis plus d'un siècle, obéissant aux prescriptions du Concile de Trente, les évêques de France s'étaient efforcés de créer des séminaires... Les premiers essais... dataient de 1567... Vint alors M. de Bérulle qui présenta un merveilleux programme de sanctification du clergé. Mais la formule définitive et pratique des séminaires ne fut trouvée que vers le milieu du XVIIe siècle avec M. Olier, saint Vincent de Paul et saint Jean Eudes. Elle consiste dans la séparation des élèves d'humanités d'avec ceux de théologie : c'est ce que nous appelons de nos jours les petits et grands séminaires.

Le séminaire de Saint Sulpice remontait à 1641. M. Olier qui le dirigea jusqu'à sa mort , avait transmis son héritage à ses disciples d'élite ; et sur la fin du XVIIe s Saint Sulpice était en pleine splendeur.

Autour du « Grand Séminaire », réservé à ceux qui payaient une pension très élevée, étaient réunis le « Petit Séminaire », et diverses communautés pour les étudiants moins fortunés.
Mais tous ces établissements étaient dirigés par les mêmes maîtres, les prêtres de Saint-Sulpice ; on y recevait la même instruction et la même formation qu'au Grand Séminaire. C'est ce que Blain appelle les « saints lieux », où la jeunesse cléricale se trouvait entre « les mains des plus grands maîtres ».
Notre étudiant du Collège Saint-Thomas en eut connaissance par une pieuse personne de Paris, accueillie chez les Grignion lors d'un de ses passages à Rennes pour « quelques affaires ».
Frappée de la sainteté du jeune théologien, elle lui parla de ces séminaires de Paris … elle ne tarissait pas d'éloges sur cette « terre des saints ».

De telles révélations ne faisaient qu'enflammer le cœur de Louis-Marie, de plus en plus avide de recueillement … Avec confiance le pieux aspirant attendit l'heure de Dieu.
Mlle de Montigny avait rejoint la capitale emmenant avec elle, en remerciement des services rendus, l'une des sœurs de Louis-Marie, Guyonne-Jeanne dont elle assura l'éducation et la protection jusqu'à sa mort.
Cependant la charitable dame n'oubliait pas le frère aîné pour la vocation duquel elle réussit à intéresser une dame de ses amies et bientôt elle put écrire à Rennes que « la porte de Saint-Sulpice s'ouvrait au jeune étudiant. »
On devine les transports de reconnaissance avec les quels Louis-Marie accueillit cette heureuse nouvelle … Ses « vastes désirs de perfection » allaient donc se réaliser. Il résolut de ne s'accordait aucun délai : après avoir obtenu « aisément » l'approbation de ses parents, il prépara le départ.
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Louis Le Crom, [i]Un apôtre marial, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort[/i] a écrit :La distance de Rennes à Paris est de 76 lieues, plus de 300 kilomètres. On voulut donner au séminariste un cheval … il le refusa, n'acceptant qu'un habit neuf, dix écus, et un petit paquet qu'il porta sur le dos.
Il dit adieu à sa famille avec « un dégagement si grand » qu'il étonna même son condisciple, M. Blain. Sa famille pourtant, il la chérissait, sa mère surtout, elle dont il avait essuyé les larmes avec tendresse, lorsqu'il était tout enfant, elle qui venait de préparer amoureusement le modeste trousseau de son futur prêtre... Ce ne fut pas, non plus, sans serrement de cœur qu'il quittait Rennes … le Collège Saint-Thomas ... les différents sanctuaires de Marie … ; certes « il avait le cœur aussi tendre que personne mais l'amour de Dieu... transportait tous ses vœux et ses pensées au ciel. »

… seul sur la route de Paris … son premier mouvement est de s'abandonner à la Providence, non pas d'après une vaine formule, mais par un geste très concret. Les dix écus et le petit bagage sont bientôt distribués ; avec un indigent qu'il rencontre il échange son habit. Puis, « dans les transports de sa ferveur », il se jette à genoux, et fait vœu de ne jamais rien posséder en propre...

Alors, libre de tout, comme il prêchera lui-même, « sans père, sans mère, sans frères, sans sœurs, sans parents selon la chair, sans amis selon le monde, sans biens, sans embarras, sans soins » (*), Montfort chemine à grands pas, son chapelet à la main.

… il ne met que huit à dix jours pour atteindre la capitale …

Durant la route, il vécut d'aumônes ; et certes les rebuts, les humiliations ne lui furent point ménagés... Louis-Marie Grignion de la Bachelleraie faisait l'apprentissage de la pauvreté.

On était au début de l'hiver 1693 ; des pluies torrentielles avaient défoncé les routes. Trempé, boueux, cinglé par les rafales dans les plaines de la Beauce, le vaillant marcheur appuyait plus énergiquement sur son bâton, et ne se reposait que le soir, quelquefois dans un presbytère, le plus souvent dans une grange.

(*) Prière du saint pour demander à Dieu des missionnaires (dite Prière embrasée)
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Enfin, voici Paris... en cette fin du XVIIe siècle …. avec « cette opulence, cette magnificence, tant de raretés et de chefs-d'oeuvre de l'art, qui la rendent la plus belle ville du monde et qui y attirent tant d'étrangers et les y retient (sic) souvent captifs et enchantés par ses charmes ». (M. Blain)
Louis Le Crom, [i]Un apôtre marial, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort[/i] a écrit : Or, au témoignage de son ami, « le premier sacrifice de M. de Grignion, aux approches et à l'entrée de Paris, fut celui de la curiosité. Il fit un pacte avec ses yeux de ne leur laisser rien voir de ce qui eût pu leur faire plaisir, et il faut dire qu'il garda cette résolution comme un vœu, avec autant de fidélité et de fermeté. Comme il venait n'y chercher que la perfection, il ferma les yeux à tout ce qui en détournait.... il sortit, dix ans après, de la capitale de France, comme il y était entré, sans avoir rien vu qui pût satisfaire ses sens, comme s'il eût été aveugle ». Qu'on objecte peut-être des motifs très raisonnables conte l'opportunité d'un pareil sacrifice, il est impossible de n'en pas admirer la grandeur.

Avant d'aller saluer Mlle de Montigny, le jeune séminariste, pour se remettre de ses fatigues de la route, s'en « fut loger dans un petit trou d'écurie, où la Providence lui envoyait à manger sans qu'il demandât rien à personne ».(*)
Le voyage avait commencé par le voeu de pauvreté, il s'achevait dans un Bethléem.

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Louis-Marie fut logé dans un établissement destiné aux ecclésiastiques peu fortunés, fondé par M. de la Barmondière de la Société des prêtres de M. Olier.
On traversait le terrible hiver 1693-1694. La France, dressée contre la ligue d'Augsbourg, s'épuisait par ses victoires ; la famine sévissait dans la capitale et dans les provinces. Or ce fut en une telle période de détresse que la bienfaitrice de Louis-Marie, après quelques mois, cessa de payer sa pension … Tout autre que notre saint en eût éprouvé une véritable angoisse ; « pour lui, note son fidèle ami chroniqueur, il ne perdit rien de sa paix à la veille d'être mis sur le pavé ; il s'y attendait de jour à autre, et il n'en était ni moins recueilli, ni plus en souci ».

… M. de la Barmondière avait reconnu en Louis-Marie un sujet d'élite. Pour le conserver, il essaya de parer à une situation financière très critique : il choisit « M. Grignion avec trois autres, qui n'étaient guère plus riches que lui, pour veiller les morts sur la paroisse de Saint-Sulpice ». Les rétributions attachées à cet office contribueraient à payer leur pension.
M. Blain y qui participa quelquefois, nous fait savoir ce qu'étaient ces veillées funèbres :
Louis-Marie s'y dévouait trois ou quatre fois par semaine. Aux veilleurs on offrait une collation... mais M. Grignion s'abstenait d'y toucher et … ne prenait que la moitié du repas, pourtant frugal, servi à la communauté... De la veillée le jeune séminariste faisait trois parts : la première se passait en oraison, une oraison qui durait quatre heures, les mains jointes, à genoux à côté du mort, dans une immobilité parfaite ; il consacrait ensuite deux heures à la lecture spirituelle ; enfin, le reste de la nuit, il se livrait à l'étude de ses cahiers de théologie.
Devant des cadavres dont il se plaisait parfois à découvrir la face, à considérer à loisir la laideur ou à supporter l'infection, pour mieux se convaincre de la laideur du péché, telles furent les veillées d'armes de ce chevalier de la mort.
Cependant les ressources qui rétribuaient ces veillées mortuaires s'avérèrent insuffisantes, et le séminariste se résolut à tendre la main. Déjà à Rennes et pendant son voyage à Paris, il avait commencé l'apprentissage de son métier de quêteur. « La honte attachée à cette espèce de mendicité », comme parle M. Blain, le saint jeune homme voulut en goûter l'amertume.

… C'est ainsi qu'il savait découvrir « dans sa pauvreté des trésors pour les pauvres » : car il ne gardait lui-même de ces aumônes, que le strict nécessaire ; il s'empressait de distribuer la plus large part à d'autres étudiants peu fortunés. « L'argent et les habits, pour l'ordinaire, ne restaient en ses mains qu'autant de temps qu'il en fallait pour les faire passer dans celles des nécessiteux. »
… Selon le mot de son fidèle chroniqueur, notre saint est vraiment , dès le séminaire, le Frère quêteur des pauvres.
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Louis Le Crom, [i]Un apôtre marial, Saint Louis-Marie Grignion de Montfort[/i] a écrit : L'exercice de la charité ne le distrayait point de son union à Dieu ; son recueillement, au contraire, était continuel. Toujours enveloppé d'une profonde modestie, il ne voulait regarder personne en face. Dans les rues de Paris, il ne levait jamais les yeux ...il évitait d'aller faire visite à ses compatriotes ou ses condisciples, afin de ne pas gaspiller son temps à des entretiens inutiles. Des visites d'ailleurs, il n'en faisait point...

Les récréations même ne le dissipaient pas. Il y parlait très peu et toujours de Dieu et de la Sainte Vierge...

Une des plus douces émotions de sa vie fut d'avoir été choisi pour décorer la chapelle et l'autel de la Sainte Vierge en l'église de Saint-Sulpice, emploi qu'il conserva jusqu'à sa prêtrise... Par une réponse toute maternelle de Marie, cet autel serait un jour celui de sa première messe.

En dehors des récréations, il ne parlait que par nécessité en termes très succincts et à voix basse... Dès cette époque, il avait pris l'habitude de marcher la tête découverte, par respect pour la présence de Dieu.

Il vivait dans le recueillement et la mortification. Tous les instruments de pénitence lui devenaient familiers : cilices, chaînes de fer, bracelets : « il n'ôtait l'un que pour faire place à l'autre » ; il y ajoutait encore la discipline.

Le fervent séminariste, qui châtiait son corps, domptait aussi son cœur. « Tout ce qu'il y avait dans la communauté d'humiliant et de dégoûtant à faire devenait son partage, soit par son propre choix, soit par charité pour les autres ».

… Cette énergie surnaturelle, Louis-Marie la puisait dans la communion. Il avait en effet la joie de s'approcher de la sainte table trois ou quatre fois par semaine, ce qui était alors une faveur insigne, presque exceptionnelle. Sa préparation prochaine commençait la veille … Son action de grâce durait une heure entière et autant que possible à l'écart, dans la solitude la plus complète.
M. Blain a essayé de nous dévoiler l'intime splendeur de cette âme :
« Je crois pouvoir dire que M. Grignion a eu sa part de ces faveurs (que Dieu réserve à aux âmes les plus saintes). Si semblable aux saints dans leur vie, il est aisé de croire qu'il l'a été dans leurs grâces. La grande innocence, unie à la plus grande pénitence, son silence profond, son recueillement intime, son oraison presque continuelle, sans mortification sans bornes avaient préparé son âme aux approches de l'Epoux céleste, et présentaient au Saint-Esprit un cœur pur et disposé à toutes ses opérations. »
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