Les Oblats de Marie-Immaculée chez les Esquimeaux

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Abbé Zins
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Re: Les Oblats de Marie-Immaculée chez les Esquimeaux

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INUK "Au dos de la terre ! "

par le R.P. ROGER BULIARD, O.M.I.



CHAPITRE II


COPPERMINE

DES LARMES ET DU SANG...



Mais il poursuit : « ... Cependant il faudrait les suivre chez eux, les contacts sont trop brefs... »

C'est bien aussi l'opinion du R. P. Le Roux qui écrivait, un peu amèrement, l'année suivante à son évêque :

« — On fait fausse route... on fait tous les métiers : bûcherons charpentiers, chasseurs, pêcheurs, voyageurs, conducteurs de chiens, mais en vérité nous ne faisons qu'arpenter le désert comme des bergers sans troupeaux...

« — Vous avez tout pouvoir, répondit finalement l'évêque, avec combien de crainte et avec cette sensation de pressentiment qu'il ne peut s'expliquer. Allez donc si c'est nécessaire. Que Marie Immaculée guide vos pas et vous protège !... »


Aussi quand une autre lettre de ce navigateur de Coppermine, leur arrive, insistante, appelant leur venue sur la côte, le P. Rouvière ne peut plus y résister. Vite, il écrit à Mgr Breynat... Ce sera sa toute dernière lettre « — Bénissez-nous, nous partons vers la mer. Ne soyez pas surpris si personne ne vient vous rendre visite cet hiver ! ... »

Cet hiver... et d'autres, tous les autres. Les Pères ne devaient jamais revenir.

Trois ans on attendit un mot, un signe. Rien ! Le grand Silence Blanc avait comme enroulé les missionnaires dans son linceul de brume et de gel... Qu'étaient devenus les deux Oblats ?
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Abbé Zins
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CHAPITRE II


COPPERMINE

DES LARMES ET DU SANG...



En 1914, l'explorateur Arcy Arden rencontra des Esquimaux affublés de morceaux de soutanes et d'ornements sacerdotaux...

Peut-être la cabane des Pères avait-elle été pillée ! Mais on craignait déjà le pire.

Au printemps de 1915, la Police Montée partit à leur recherche. La baraque du Lac Imaernek était détruite ! Les Esquimaux furent interrogés : impassibles, ils ignoraient tout et paraissaient profondément surpris.

Tout d'un coup, le voile tomba : « — Qui a tué les Pères ? » demanda à brûle-pourpoint l'un des policiers. « — Sinisiak et Uluksak ont tué les Longues-Robes ! » lui déclara-t-on.

On retrouva quelques lambeaux du Journal du P. Rouvière ; les Esquimaux lâchèrent peu à peu, par bribes, les détails de la tragédie...
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Abbé Zins
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Le 8 octobre 1913, les deux Pères avaient quitté leur asile sur le lac. Le Journal mentionne « une longue marche de douze jours sur terre pour atteindre l'Océan Glacial..., des temps
affreux..., des chemins difficiles..., des chiens affamés ! »
et, à la date du 23 octobre : « Désenchantement de la part des Esquimaux ; nous sommes menacés de famine ; que faire ?... »

Une nuit, leur carabine leur est volée, ils la reprennent de force ; rester sans fusil dans ce pays, c'est se condamner à mourir de faim !

Kromek, le voleur, se jette sur le P. Le Roux ; à temps Kohasak saisit l'agresseur à bras-le-corps.

Ce bon vieillard conseille alors aux missionnaires de s'éloigner au plus vite ; fatigués, affamés, ils s'en vont avec leur attelage de quatre chiens.

Il leur restait quatre jours à vivre.

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Abbé Zins
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CHAPITRE II


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DES LARMES ET DU SANG...



Ils sont rejoints la deuxième nuit par Sinisiak et Uluksak.

Les Pères les connaissent et s'en méfient, mais les deux fourbes prétendent qu'ils vont à la rencontre de quelques-uns de leurs parents restés en route ; n'ont-ils pas amené deux chiens pour les aider ?...

Malgré ces belles affirmations, ils campent à part.

Le troisième jour, on se surveille, mais curieusement, le soir venu, on couche sous le même iglu.

Le lendemain, un vent de tempête balaie la rivière, la neige tourbillonne, la marche devient de plus en plus difficile.

Le P. Rouvière bat la piste devant les chiens ; le P. Le Roux reste au traîneau pour le guider et le retenir dans les cahots...

Dans l'aveuglante poudrerie, les Oblats peinent dur à remonter la ravine : c'est le moment que choisissent les deux Esquimaux pour se débarrasser de leur harnais (ils tiraient avec les chiens).


Sinisiak s'approche du traîneau ; le P. Le Roux, intrigué, le suivant des yeux, il détache sa ceinture : « — J'ai, dit-il, à satisfaire un besoin naturel, c'est tout !

Le Père détourne la tête ; le scélérat le rejoint d'un bond et lui plante son coutelas jusqu'au manche dans le dos ; le blessé se précipite en avant en poussant un grand cri :

« — Achève-le ! ordonne Sinisiak à Uluksak ; moi, je vais à l'autre ! »

Le P. Le Roux saisit les épaules du sauvage et fait appel à sa pitié, mais Uluksak, froidement, lui porte deux nouveaux coups de couteau, le premier dans le ventre, le second en plein coeur ; l'Oblat s'écroule, mort.
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Le P. Rouvière a entendu le cri de détresse de son confrère ; il accourt, mais se rend compte qu'il est trop tard ; comme il voit d'autre part Sinisiak se saisir de la carabine fixée au traîneau, il s'enfuit vers le fleuve.

Une première balle le manque, la seconde l'atteint dans les reins, il s'affaisse et, assis sur la neige, attend ses bourreaux : « — Achève-le ! » commande de nouveau Sinisiak, et Uluksak, à coups redoublés, l'éventre de sa lame toute rouge encore.

Le Père s'étend alors de tout son long dans la neige sanglante, les bras en croix, dans l'attitude du prêtre à la Préface durant la messe.

Comme il respire encore et que ses lèvres prient, Sinisiak court au traîneau chercher la hache des missionnaires et, revenant au moribond, il lui coupa les jambes, les mains et la tête : cela l'empêchera de ressusciter pour venir troubler ses assassins !...

... En mourant, le P. Rouvière se rappela-t-il ces paroles qu'il avait écrites, novice encore, le matin de la Fête de Saint Etienne, après sa méditation :

« La foi vive porte le missionnaire au delà des Océans, ne reculant devant aucune fatigue, ne redoutant rien, ni froid, ni tempêtes, ni la faim, ni la soif, ni la maladie, ni la mort même... Quelle est le genre de mort que j'ambitionne ? En vérité, quelle belle mort que celle de Saint Etienne...»

Sa mort !
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Abbé Zins
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... Mais les monstres n'avalent pas fini leur triste besogne.

S'acharnant sur les cadavres, ils en arrachèrent le foie et le coeur qu'ils mangèrent en ricanant. Puis ils jetèrent les deux corps dans le ravin et regagnèrent leur camp, annonçant négligemment : « — Nous avons déjà tué les Blancs ! »

Ceci se passait un après-midi de novembre 1913, aux Chutes du Sang.

Le lendemain, toujours avides de butin, les Esquimaux se rendirent sur le lieu du crime ; les quatre chiens des Pères, accroupis dans leur harnais, veillaient encore, silencieux, attendant que leurs maîtres se lèvent.

Pendant que les autres se livraient au pillage, Kohasak se contenta de regarder avec douleur « comment les bons blancs étaient morts.»

... C'est ainsi qu'au coeur d'une poudrerie, à des milliers de lieues de leur douce France, seuls, épuisés, saturés d'ingratitude, deux missionnaires tombèrent sur la neige, égorgés comme des caribous, ébranchés comme des arbres dont on veut faire une croix... (1)



(1) Sinisiak et Uluksak, quatre mois après leur crime, furent traduits en justice. Condamnés à mort, ils furent graciés sur la demande de Mgr Breynat, et plus tard, renvoyés dans leur tribu où ils vécurent disgraciés. J'ai eu le bonheur quand même de baptiser leurs femmes et leurs enfants.
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Des deux victimes, on ne retrouva que quelques morceaux d'ossements, tombés de la gueule des renards et des loups et oubliés sur la mousse de la Toundra.

— Komayak, le sorcier converti, ne retrouva jamais la force de me conduire là où il avait caché la tête du Père Rouvière.

En passant sur le lieu du crime, les Policiers avaient confectionné, avec les débris du traîneau des Pères, une Croix qu'ils plantèrent à l'endroit même où ceux-ci étaient tombés.

Cette croix-là, la toute première jamais dressée sur les bords de l'Océan Glacial..., pauvre croix branlante toute ébréchée par les dents des fauves, sans cesse renversée par la furie des tempêtes arctiques, devait rester là longtemps, solitaire et comme oubliée.

Ses bras étendus vers le ciel semblaient appeler à l'aide, des successeurs... qui ne venaient toujours pas.

Ce n'était pas faute de volontaires pourtant, car dès que la nouvelle de l'immolation des premiers missionnaires eut fait le tour du Vicariat, tous les autres, sans exception, s'étaient offerts pour la relève ; mais ce n'est qu'en 1919, après la guerre, que leur offre put être considérée et que l'élu, le P. Frapsauce, put aller s'installer au Lac d'Ours pour y attendre le compagnon qui lui avait été choisi : le P. Fallaize...
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Parti du Fort Norman, celui-ci mit hélas ! cinquante-huit jours pour franchir ses derniers cent cinquante kilomètres !

Et quelle épreuve en arrivant !

Voici la baie où, la veille encore, le P. Frapsauce avait été aperçu cherchant ses filets ; mais le voyageur n'y trouve plus personne !

Il tire des coups de fusil : aucune réponse ! Personne non plus à la Mission !

Il fouille les alentours jusqu'à ce qu'il rencontre des pistes sur la glace du lac ; elles mènent droit à la tente du Père où, sur une caisse, les signets de son bréviaire indiquent l'office du jour ! Vite, il suit les traces en sens inverse.

Un point noir là-bas : c'est une tête de chien qui émerge de la glace.
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II était aisé de reconstituer la catastrophe : le P. Frapsauce avait prudemment arrêté son attelage pour aller en avant sonder la glace suspecte ; ses chiens, impatients, le rejoignirent ; leur poids provoqua l'effondrement du trop mince plancher de cristal !

Entortillé dans cette avalanche de chiens pris de panique, de harnais et de cordes emmêlées, le missionnaire ne put s'arracher de l'eau glaciale devenue son tombeau !

Trois missionnaires, trois morts ! Trois essais, trois échecs !

Et l'oeuvre moins avancée que jamais, puisque toute l'expérience qu'avaient acquise déjà les trois défunts — exploration des lieux, connaissance des gens, rudiments de la langue esquimaude — avait, avec eux, disparu !
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Abbé Zins
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Durant huit années, au Lac d'Ours, sur terre, dans les steppes, à Coppermine, le P. Fallaize lutta seul, baptisant quelques adultes et des enfants moribonds.

Les Esquimaux lui racontèrent lugubrement comment ses prédécesseurs avaient été supprimés ; joignant le geste à la parole, ils lui disaient :

« — Cela ne te ferait-il rien si on te mettait un couteau, là, entre les côtes ? »

Le Père les désarmait par son flegme imperturbable et par son sourire.

Il les mit au courant de nos mystères chrétiens, leur parla de notre Dieu, du bon Dieu que seul il faut prier : — Pourquoi négliger les mauvais Esprits qui peuvent et veulent nous nuire ? lui répondaient-ils.

Célébrait-il la messe ? Les sorciers organisaient, à quelques pas de lui, une de leurs séances ! Soignait-il un malade ? Il s'était à peine retiré que l'homme de la médecine entrait à son tour pour étrangler peut-être celui qui avait eu l'audace de se confier à la science de la Longue Robe.

Autour de sa tente, l'on complotait ; quand il circulait de-ci de-là, de mauvais yeux le suivaient comme pour étudier le plus sûr endroit où le frapper ; on lui déclarait parfois carrément qu'il était un intrus, qu'il n'avait qu'à s'en aller, qu'il était indésirable !
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