LE SACRE DE MUNARI (Sodalitium, n°18)

alexandro89
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LE SACRE DE MUNARI (Sodalitium, n°18)

Message par alexandro89 »

LE SACRE DE DON MUNARI par Don Francesco Ricossa
(Sodalitium, n°18, avril 1989, p. 66–72)

Depuis combien de temps Monseigneur nourrissait-il ce projet ? Certainement bien avant de manifester son intention. Mais il hésitait à nous en parler car il ne voulait pas, comme il nous le confia ensuite, imposer prématurément à l'Institut et à Don Munari la Croix de l'acceptation : il savait, par expérience personnelle quelle souffrance comporte chaque jour l'acceptation de l'Episcopat catholique. Mais il s'était "trouvé intimement et irrésistiblement poussé à conférer la CONSECRATION épiscopale à Don Franco Munari" (attestation et déclaration du 15-XII-1987) : il s'agissait donc seulement d'attendre que Dieu signifie le moment de réaliser Son désir.

Malheureusement il ne reste aucune trace des longs colloques avec lui, par téléphone ou face à face : mais il nous reste ses lettres, dont je me servirai abondamment.

Le jour de la fête à lui si chère, de Saint Dominique, sa santé commença à décliner irréversiblement (4 août 1987). Malgré la souffrance, il nous écrivait le jour-même :

"J'ai une crise de foie, pour fêter Saint Dominique. Cela ne rend pas les idées plus claires. Mais cela n'empêche pas de vous renouveler ma constante et profonde union dans la prière et dans la Croix, avec les deux communautés de Nichelino et Orio, avec chacun d'entre vous.

Je pense très particulièrement à vous, Don Franco, à la si lourde charge qui pèse sur vos épaules encore jeunes... et à la charge plus grande encore que JESUS vous demandera certainement d'accepter, pour sa GLOIRE, et pour le bien des âmes. Je confie ce dessein à MATER BONI CONSILII. Depuis plus de dix ans, je l'invoque chaque jour, lui demandant instantanément de me garder de toute errance ; aussi bien par l'inspiration intérieure que par les événements, je n'ai donc aucun effort à faire pour me tourner vers ELLE, en sorte que ce qui vous concerne soit conforme à ses désirs. ELLE nous "doit" deux fois cette grâce, puisque nous l'invoquons, vous et moi,... (à Don Franco Munari, le 4 août 1987).

Octobre : les souffrances augmentent. Je rapporte textuellement une lettre de Monseigneur adressée à Don Munari. La première partie concerne "Sodalitium" (et plus précisément l'éditorial du n° 14) et non le thème que nous traitons à présent, mais je publie aussi ce premier paragraphe pour mettre en évidence la pensée de Monseigneur à propos d'une éventuelle rupture entre Ecône et Wojtyla, comme celle du 30 juin.

+ M.L. GUERARD DES LAURIERS
S. Jean de Kenty
20.X.87

Don Franco Munari

Cher Don Franco,

J'ai reçu SODALITIUM Septembre 87 vers midi, le jour même où vous m'aviez téléphoné le matin. Je n'ai donc pu vous exprimer ma fervente approbation et mon religieux remerciement pour l'éditorial si pertinent, dans lequel vous rappelez quels sont les véritables principes auxquels doit se référer tout jugement sur la "situation". Les accusations mutuelles entre le Vatican et Ecône ne sont qu'un jeu scénique... à fin "tactique" : malheureusement la plupart (au moins en France) des fidèles s'y laissent prendre, et se trouvent ainsi de plus en plus fixés dans des psychoses passionnelles qui paralysent et faussent leur jugement. Vous rendez un grand service en perçant cette baudruche. Ensuite, l'alternative, hérésie ou schisme, pour Ecône agréant ou repoussant Wojtyla, est mise en vive lumière par vos lignes simples et accessibles à tous. Je ne peux malheureusement pas vous proposer (j'arrive à grande peine à faire ce que je dois), de rédiger une édition française de Sodalitium. L'éditorial, pour le moins mériterait d'être diffusé, et serait fort apprécié.

Telle est donc la raison qui m'incite à vous écrire : non sans un retard de plusieurs jours provoqué par une forte crise de foie. Ces choses (physiques) me rongent. Je pense donc, d'autant plus, à l'avenir. Et vous savez TOUT ce que cela implique, pour vous comme pour moi : puisque, justement, nous nous efforçons de penser et d'agir ecclésialement, et non pour telle œuvre particulière. Persévérons dans la prière (dans l'état de prière), afin que Dieu manifeste, par quelque signe assez clair, quelle est l'Heure du Dessein dont nous avons à être les instruments.

Je me permets de vous communiquer une pensée concernant la parabole du Festin. Le festin est un partage matériel ; mais celui-ci, entre personnes éduquées, n'est que l'occasion d'une communication qui est d'ordre spirituel. S. Augustin le rappelle dans sa "Règle" - ceux qui refusent l'invitation, font affront. Cet affront consiste à rendre vaine la peine que l'on avait prise pour leur être agréable ; mais il consiste surtout à méconnaître l'intention du Maître, laquelle comportait dans la médiation de la commensalité, un échange spirituel transcendant tous les signes sensibles. Les premiers invités sont durement châtiés : "aucun ne goûtera le festin..." ; le vrai festin qui était l'intention du Maître, ils ont blessé l'AMOUR, comme les vierges folles. Ils ont jugé la situation créée par l'invitation reçue, dans la lumière de leur oeuvre. comportant inéluctablement un secret intérêt pour soi-même un amour propre étranger à l'AMOUR. Les motifs précisés par S. Luc sont tous légitimes ; ils l'emportent sur l'assistance à un festin, si on ne voit dans ce festin qu'un partage matériel. L'erreur des invités qui refusent, vient donc bien de ce qu'ils ne comprennent pas quelle est l'inspiration véritable du Maître.

Cela étant, il m'est apparu que le festin est, en direct, le Festin de la Croix, laquelle est pour nous sur terre, non seulement la preuve, mais la substance de l'AMOUR.

Cela ne peut évidemment être VRAI, c'est-à-dire être REALITE, que dans la très sainte Foi. L'erreur d'une très grande partie (la plus grande malheureusement) du traditionalisme actuel, d'Ecône en particulier, consiste à réduire le Festin de la Croix et de la très sainte Foi, à celui des sacrements. Cependant, ce qui sauve, c'est la Foi.

Les sacrements ne sont instruments (quasi nécessaires) du salut qu'étant Sacrement Fidei. Ils se désintéressent EN FAIT de la Croix, de la Foi, ceux qui ne considèrent que les sacrements. Et ils nous mesurent d'ailleurs la portée des sacrements en ordonnant ceux-là à l'utilité (spirituelle) de tel groupe particulier, en méconnaissant en pratique que les sacrements ont EN DROIT une portée ecclésiale, et qu'on en altère la nature si on accepte qu'ils puissent EN PRINCIPE être le privilège d'un groupe particulier.

Le Festin est celui de la Croix, de l'AMOUR CRUCIFIE qui est pour nous sur terre la substance de l'AMOUR. "Omnia parata sunt" s'interprète aisément dans cette perspective. Le Maître a préparé le Festin avec son coeur, avec sa Mère ; et Il a, pour chaque convive, un Regard lui faisant ressentir la saveur de la croix qu'Il lui offre comme étant le partage de la Sienne.

Les invités jugés dignes de cette faveur, et qui la refusent parce qu'ils tiennent avant tout à "leurs" sacrements, ne goûteront jamais le véritable Festin. Nescio vos !

Aidons-nous mutuellement à accueillir le Festin de la Croix, dans la très sainte Foi qui donne accès à l'AMOUR CRUCIFIE.

De tout coeur, je demeure avec vous, tous et chacun. Et je vous bénis.

+ M.L.G.L. O. P.

Le Banquet de la Croix auquel Jésus invitait Mgr Guérard et le futur Mgr Munari, était précisément, dans la situation concrète l'administration et l'acceptation d'un Sacre, dans la lumière de la Foi, pour le bien de l'Eglise ; tandis qu'un tel Banquet semble être refusé par qui recherche plutôt la survie de son oeuvre, d'un point de vue purement humain.

Comment refuser l'offre ? Ce n'était pas possible, sans entendre le terrible "Nescio vos ! Je ne vous connais pas" comme une menace du Maître. Quant à l'heure choisie par la Providence, elle ne devait pas tarder. Le jour de la Toussaint Mgr Guérard se sentit mal tandis qu'il se rendait à Etoilles, près de Paris, pour célébrer la Messe. Avec le zèle qui le caractérisait il voulut à son retour célébrer aussi, et même confesser une âme que le Seigneur attendait depuis longtemps. Le jour suivant il n'eut pas la force de dire la Messe et l'on comprit que Jésus était à la porte et frappait. Alors il n'était plus temps d'hésiter : l'heure était venue pour Mgr Guérard de réaliser, comme un testament, son dernier désir.

Le 10 novembre Mgr Guérard propose explicitement l'épiscopat à Don Munari, à Raveau. Celui-ci accepte le 13 du même mois, rassuré dans ses doutes et encouragé par Monseigneur qui fixe, quatre jours après la date du 27 Novembre, fête de la Médaille miraculeuse, date, comme on le verra, qui sera anticipée de deux jours.

Quels étaient les sentiments de Mgr Guérard des Lauriers en cet heureux 25 novembre 1987 ? Qui a eu le bonheur de voir son sourire, que dis-je sa vraie joie débordant sur ses douleurs physiques et sur toutes celles que son coeur avait pâties, celui-là n'a point d'hésitations. Mais comment exprimer de tels sentiments sur le papier ? Je m'en sens incapable. Je laisse alors à Monseigneur le soin de nous révéler lui-même une nouvelle fois son coeur, avec ses propres paroles. Le texte que nous publions est une attestation d'ordination que Mgr Guérard a voulu ajouter aux classiques et bureaucratiques "litterae ordinationis". Son caractère est personnel, comme celui des lettres publiées ci-avant. Certes, il est embarrassant de rendre publiques de telles paroles. Mais nous ne réussirions pas à exprimer autrement qu'avec ses propres paroles ce que Mgr Guérard pensait de l'Institut, de l'importance que prenait dans sa vie le sacre qu'il venait d'effectuer et la tâche qu'il nous a confiée. Voici donc ce texte ; non pas pour exprimer ce que nous pensons de nous-mêmes (pauvres de nous !) mais ce que Monseigneur pensait et ressentait dans son coeur :

"AVE MARIA INVIOLATA"
Octave de l'Immaculée Conception
mardi 15.XII.1987
Sedes Sapientiae

Nous, soussigné, Raymond Michel Charles Louis Guérard des Lauriers, né à 92150 Suresnes, le 25.X.1898, ayant fait profession solennelle, dans l'Ordre de Saint Dominique, le 22.IX.1927,
ayant reçu l'ordination sacerdotale (de Mgr G. Rasneur, Tournai), le 29.VII.1931, ayant été consacré Evêque par Mgr Pierre Martin NGO DINH THUC, Evêque titulaire de Hué (Annam)(depuis le
24.XI.1960), à Toulon, le jeudi 7 mai 1981, ayant consacré toute ma vie à l'Adoration, à l'étude et à l'enseignement de la Doctrine sacrée, NOUS ATTESTONS ET DECLARONS CE QUI SUIT :

Considérant d'une part que la célébration de l'OBLATIO MUNDA (messe traditionnelle NON "una cum"), et celle de tous les autres Sacrements, se trouvent actuellement dans l'Eglise même réputée "traditionnelle", en imminent péril,

Considérant d'autre part que dans le fourmillement d'hypothèses dont l'enfer, en Europe, est pavé, une minuscule phalange - David contre Goliath ! - s'est providentiellement élevée pour exposer à TOUS, expliquer à TOUS, communiquer à TOUS (pauperes evangelizantur !) l'irrésistible zèle de la terrifiante réalité : K. Wojtyla, le colporteur d'hérésies ne peut être en acte, N'EST PAS EN ACTE LE VICAIRE DE JESUS-CHRIST,

C'est vers cette phalange que DIEU par miséricorde nous fait paraître désespérée, afin que nous ayons, de surcroît, la très sainte joie d'y CROIRE ["Credidit Abraham Deo in spem contra spem" (Rom. IV, 18) Credidit... contra ! Tout est là ! Toute la Force, toute la Joie, toute la Victoire dans cette très sainte Nescience qui est la Virginité de soi].

C'est donc vers cette phalange que je me tourne, afin que DIEU daigne réaliser par autre que par moi ce que signifie cela MEME qu'Il me ramène miséricordieusement à être : "Vox clamantis in deserto". Que le très sublime : "HOC EST ENIM CORPUS MEUM" ne cesse pas un instant de parcourir tout l'univers, comme un resplendissant éclair que contemple avec JOIE, DIEU LUI-MEME et les anges et Sa Mère. Que dure l'OBLATIO MUNDA USQUE AD ULTIMA SAECULA.

Et comme la véritable SAGESSE lit les choses dans leurs principes, et contemple avec AMOUR ceux-ci dans celles-là, je ne peux évoquer la phalange du SAINT TEMOIGNAGE sans la désigner par un nom de la terre, dont le SECRET ne sera révélé qu'au bienheureux émerveillement d'être enfin changé en LUI MEME, en la lumière du PERE ET DU FILS ET DU SAINT-ESPRIT.

Ce nom n'est ni un panégyrique, ni même un programme. Son vrai nom est : SECRET - Ima Summis - Secretum meum MIHI. Ce nom est Don Franco Munari.

Le lecteur comprendra beaucoup mieux "entre les lignes" pourquoi je me suis trouvé intimement et irrésistiblement poussé à conférer la CONSECRATION EPISCOPALE à Don Franco Munari, validement ordonné Prêtre par Mgr Marcel LEFEBVRE à Ecône le 29 juin 1982. Cette extraordinaire
"filiation" met en plus vive évidence, s'il en était besoin, l'acuité de jugement et le virginal dépouillement de l'élu à qui DIEU confie, positis ponendis, la garde du troupeau, dans l'irréfragable LUMIERE de l'immuable Vérité et dans la très SUAVE ONCTION qui conquiert tous
les coeurs.

Cher Don Franco, qu'elle demeure toujours ouverte en vous "la pupille de l'oeil de la très sainte FOI". La LUMIERE DU VERBE éblouit, mais, ô divine merveille, plus encore elle nourrit. Et que le Saint Padre Pio, et le merveilleusement original COTTOLENGO gardent votre coeur dans cette innocence si divinement candide que tous trouvent naturel d'y puiser l'AMOUR.

J'ai dû vous consacrer le vendredi 27, Fête de la Médaille miraculeuse... Ai-je manqué de Foi ? Quoi qu'il en soit, MARIE BENIT... Car la neuvaine qui devait expirer le 27 se poursuit, inspirée par le Feu que Jésus a allumé sur terre, et riche de signes et d'espoirs qui sont l'aurore de SA VICTOIRE. A DIEU, A TRINITE ALLELUIA AMEN.

+ M.L.G.L. O.P.

Cette lettre-attestation, je le répète, en aucun cas ne veut être une autoexaltation. Elle exprime où allaient les espérances ici-bas de Monseigneur, où allait son coeur. Prétendre qu'il est parti sans successeurs c'est faire injure aux trois Evêques qu'il a sacrés (avec les deux autres qui descendent de lui), et c'est faire injure à tout ce que lui-même a dit, écrit et voulu, et qui est éloquemment et surabondamment exprimé dans les paroles que nous avons lues.
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alexandro89
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