Biographie Mgr Thuc ?

Si vis pacem
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Re: Biographie Mgr Thuc ?

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Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
Mon frère Diêm confirma Luyên dans son rôle d'ambassadeur, rôle à lui confié par Bao-dai, avec résidence à Londres, tout en représentant son pays en Belgique, Hollande, Autriche et Tunisie. Les relations entre Bao-dai et Luyên avaient commencé quand tous les deux étaient en France, mon frère collégien à Juilly et Bao-dai, prince héritier, habitant Paris, chez Monsieur Charles, ancien Résident Supérieur de l'Annam, sous le règne de Khâi-dinh. Celui-ci avait confié le prince héritier à M. Charles pour s'occuper de son éducation. J'étais, alors, à Paris, à l'Institut Catholique pour préparer une licence d'enseignement et, les dimanches, conduisais Luyên passer ce jour de congé avec le prince héritier qui s'appelait, alors, Vinh-Thay, dont le nom de règne fut, plus tard, Bao-Dai. Les deux garçons jouaient ensemble aux billes et aux autres jeux.

Ces relations permirent à Luyên d'indiquer à Bao-dai le choix de mon frère Diêm à la tâche de s'opposer à l'absorption du Sud-Vietnam par le Nord communiste gouverné par Ho-chi-Minh.
 
 
Si vis pacem
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Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
Grâce à son rôle diplomatique en Europe, Luyên échappa au sort de mes trois frères restés au Vietnam et assassinés par les généraux félons payés par la CIA américaine, tandis que moi-même, retenu à Rome comme membre du concile de Vatican II, eus aussi la vie sauve quoique j'eusse fait tout mon possible, auprès du Gouvernement du Sud et auprès de S.S. Paul VI pour pouvoir retourner à Hué, vivre ou mourir avec mes ouailles étant leur Pasteur comme Archevêque.

Luyên est, aujourd'hui, à la tête d'une famille de douze enfants. Le 13e, une fille, mourut dans un accident d'auto en 1976. Les aînés sont mariés ou bien gagnent leur vie à part. Il ne reste à Luyên que les derniers, deux garçons et deux jeunes filles. Luyên, vieilli et d'une santé fragile, reste toujours fidèle à notre Sainte Religion et communie tous les dimanches. Il a une bonne mémoire et j'essaie de le convaincre d'écrire ses Mémoires politiques, car il connaît, parfaitement le sujet tandis que moi-même m'occupais, exclusivement, de mes devoirs d'évêque.
 
 
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Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
Après ces quelques pages consacrées à mes parents et à mes frères et sœurs, je reviens aux souvenirs de ma pauvre vie, vie comblée des miséricordieuses attentions du Bon Dieu.

J'ai raconté, brièvement, mes études à Rome, à Paris, les débuts de mon ministère sacerdotal à Hué, d'abord professeur chez les Frères vietnamiens (congrégation fondée par mon père spirituel Mgr Joseph Allys, vicaire apostolique de Hué), sous le supériorat du Père Hô-ngoc-Cân’, plus tard premier évêque de Bnû-Chu, au Tonkin. Devenu professeur au Grand Séminaire de Hué, directeur officiel du Collège secondaire de la Providence de Hué, je fus ensuite nommé Vicaire apostolique à Vinhlong. Ce Vicariat contenait les provinces de Vinhlong, de Bentri et une petite partie de Sadec - territoire détaché du vicariat apostolique de Saïgon - qu'on appelait, autrefois, Vicariat de la Cochinchine occidentale, tandis que le Vicariat apostolique de Quinhon se dénommait Vicariat apostolique Oriental et celui de Hué, Vicariat apostolique Septentrional.
 
 
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Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
Mon Vicariat possédait, en 1938, date de ma possession, une soixantaine de prêtres et moins de 100.000 catholiques sur plus d'un million d'habitants. Pays de beaux jardins et surtout de bonnes rizières. Nos prêtres de Cochinchine sont de caractère affable et simple ; ils ne sont pas cérémonieux et compliqués comme ceux du Tonkin parce que les Cochinchinois étaient de la race des colons envoyés pour coloniser le Sud-Vietnam arraché aux Cambodgiens et aux Chams, tandis que les Vietnamiens du Centre (dont je suis) sont des gens sérieux, durs au travail, car le centre n'est pas fertile comme le Sud : pays pauvre, race courageuse et réfléchie.
 
 
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Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
C'était le Centre qui fournit les gouvernants du Vietnam et, aussi, les révolutionnaires, tel Ho-chi-Minh.

Cela s'est vérifié aussi du point de vue ecclésiastique. Parmi les quatre premiers évêques vietnamiens, trois étaient du Centre : Mgr Dominique Hô-ngoc-Can', Mgr Lê-hùn-Tu' et moi-même. Un seul, le premier était du Sud, Mgr Nguyên-ba-Tong. La Cochinchine, pays très riche, était administrativement, lors de ma promotion comme évêque de Vinhlong, une Colonie française. Les Cochinchinois étaient "sujets français" et bon nombre d'entre eux obtinrent la nationalité française, dont ils étaient fiers, regardant leurs compatriotes du Centre, qui n'étaient que "protégés français" comme citoyens de deuxième degré appelés, par dérision : "bân’", c'est-à-dire : peuple des jonques, faisant allusion aux rameurs de jonques qui venaient du Nord et du Centre-Vietnam au Sud pour commercer.

Or, comme premier évêque indigène, le St-Siège a jeté les yeux sur un " bân’ " fils de jonquier (quoique j'étais fils d'un ministre de l'Empereur et docteur des Universités de Rome). Les français de Cochinchine s'étonnaient aussi de ce choix, et un journal français de Cochinchine prédisait un avenir très triste pour le nouvel évêché, car - confié à un fils de néophytes - cet évêché risquait de perdre la Foi qui était l'apanage des Français... Or, je ne connaissais pas cette mentalité des gens du Sud et me trouvais, seul de mon espèce, sans ami, sans connaissance. Peut-être cette ignorance me sauva-t-elle, car je me conduisis simplement comme un frère parmi d'autres frères. Ne connaissant aucun prêtre en particulier, je les traitais en amis.
 
 
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Mgr Thuc est donc sacré le 4 mai 1938 en l’église cathédrale de Hué par Mgr Drapier (O.P.) délégué apostolique de l’Indochine assisté de Mgr Dumortier (M.E.P) vicaire apostolique de Saïgon et de Mgr Hô Ngoc Cân, vicaire apostolique de Bùi Chu.

Cependant un problème se pose que n’aborde pas Mgr Thuc et qui trouve sa place ici : les pouvoirs qui lui auraient été concédés, selon certaines sources, par le pape Pie XI le 15 mars 1938.

Afin de ne pas surcharger l’autobiographie de Mgr Thuc, l’étude de ces pouvoirs sera étudié dans un autre dossier, les documents nécessaires à la bonne compréhension de cette affaire, dans celui ouvert pour les recueillir.
 
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Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
Comme je l'ai dit dans les premières pages de "Misericordias", Mgr Dumortier, vicaire apostolique de Saïgon, chargé par le St-Siège de constituer le personnel du nouveau Vicariat apostolique de Vinhlong, a pris chez lui la fleur du clergé cochinchinois et retiré tous ses missionnaires français. J'arrivais à Vinhlong, ville-siège de l'évêché, sans une maison pour l'évêque, sans un prêtre pour me recevoir, car le curé de Vinhlong, un missionnaire, était parti rejoindre la France, en congé.

Tous les prêtres du nouveau Vicariat m'ont reçu à l'église de Vinhlong pour la cérémonie d'obéissance puis nous avons déjeuné ensemble avec Mgr Dumortier et tout le monde partit rejoindre ses chrétiens. Je restais seul, n'ayant personne pour préparer le souper... J'avais encore la grippe, j'avais avec moi mes deux grands frères Khôi et Diêm. Dans le petit presbytère sans curé, il n'y avait qu'un seul lit. J'amenais mes deux frères chez le chef de la paroisse, un gros richard qui s'appelait Nuôi. Riche ne signifie pas toujours charitable ; il indiqua à mes frères deux bancs de bois nu. Mes frères, le ventre vide, mais fatigués par le long voyage du Centre-Vietnam jusqu'à l'Ouest de la Cochinchine, se jetèrent sur les bancs tous habillés et furent plongés dans un lourd sommeil.

Rentré au presbytère, je m'étendais sur mon lit, sur une simple natte. C'est ainsi que se passa mon premier contact avec mon siège épiscopal. J'avais 41 ans. J'étais loin de prévoir que Vinhlong deviendrait ma consolation, que son clergé m'aiderait de tout cœur à organiser ce no man's land et que nos rapports seraient très fraternels, enfin que de Vinhlong j'irais travailler, les mains nues et la bourse vide, à la fondation de l'Université de Dalat : miracle de la bonté de Dieu envers les descendants de trois siècles de martyrs.
 
 
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Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit : 
Mes débuts à Vinhlong étaient très simples : trouver un cuisinier. Ma famille m'envoya de Hué le cuisinier Vinh, très bon cuistot, mais très ami de l'alcool de riz : le chum-chum des troupiers français, puis ma mère fit le sacrifice du petit cuisinier, ancien gardien de chèvres, qu'elle avait formé elle-même.

Il s'appelait An, son père était aussi le cuisinier du Père Stoefler, alsacien successeur de Mgr Allys à la cure de Phûcam. An était bon cuisinier, intelligent, mais d'un caractère grincheux ; il me fallait, de temps en temps, lui passer quelques sous pour faire apparaître un petit sourire sur ses lèvres. J'avais aussi un jeune boy, il se nommait Tri et était le neveu de ma mère. Chez nous, servir un curé était considéré comme un honneur, comme un aide et non pas comme un serviteur ou domestique. Tri était doué d'une paresse extraordinaire. Mon oncle, qui était son père, était l'homme le plus patient du monde. Dans sa petite famille, il était brimé par sa femme et peu respecté par ses enfants et il en avait une ribambelle. Excédé par la paresse de Tri, son aîné, la seule solution pour s'en débarrasser était de me le confier. Or, Tri balayait l'évêché une fois la semaine, l'exception à cette règle étaient les visites du Président de la République, mon frère Diêm. Donc, pratiquement, pour que régnât la propreté à l'évêché, je balayais moi-même, chaque jour, la maison. Tri se cloîtrait alors dans sa petite chambre où régnait un désordre indescriptible.
 
 
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