§ IX. — Variabilité du Dogme.
R. — «Comme l’absolu, ajoutent les modernistes, qui est l’objet de ce sentiment, a des aspects infinis sous lesquels il peut successivement apparaître ; comme le croyant, d’autre part, peut passer successivement sous des conditions fort dissemblables, il s’ensuit que les formules dogmatiques sont soumises à ces mêmes vicissitudes, partant sujettes à mutation. »
D. — Mais alors c’est la variation substantielle dans les dogmes ?
R. — « Ainsi est ouverte la voie à la variation substantielle des dogmes. Amoncellement infini de sophismes, où toute religion trouve son arrêt de mort. »
D. — Mais cette variation substantielle du dogme est-elle non seulement possible, mais encore nécessaire ?
R. — « Evoluer et changer, non seulement le dogme le peut, il le doit : c’est ce que les modernistes affirment hautement et qui d’ailleurs découle manifestement de leurs principes. »
D. — Quel est le principe fondamental duquel les modernistes déduisent la nécessité de la variation substantielle des dogmes ?
R. — « Les formules religieuses, disent-ils, pour être véritablement religieuses, non de simples spéculations théologiques, doivent être vivantes, et de la vie même du sentiment religieux : ceci est une doctrine capitale dans leur système, et déduite du principe de l’immanence vitale.»
D. — Mais puisque ces formules doivent être vivantes de la vie même du sentiment religieux, il faudra donc les construire en vue du sentiment ?
R. — « Ne l’entendez pas en ce sens qu’il soit nécessaire de construire les formules surtout si elles sont imaginatives, précisément en vue du sentiment : non, leur origine, leur nombre, jusqu’à un certain point leur qualité même, importent assez peu ; ce qu’il faut, c’est que le sentiment, après les avoir convenablement modifiées, s’il y a lieu, se les assimile vitalement. »
D. — Qu’est-ce que cette assimilation vitale par le sentiment ?
R. — « Cela revient à dire que la formule primitive demande à être acceptée et sanctionnée par le cœur ; le travail subséquent, d’où s’engendrent les formules secondaires, à être fait sous la pression du cœur. »
D. — Comment la nécessité de cette assimilation vitale entraîne-t-elle la variation substantielle des dogmes ?
R. — « C’est en cette vue surtout, c’est-à-dire afin d’être et de rester vivantes, qu’il est nécessaire qu’elles soient et qu’elles restent assorties et au croyant et à sa foi. Le jour où cette adaptation viendrait à cesser, ce jour-là elles se videraient du même coup de leur contenu primitif : il n’y aurait d’autre parti à prendre que de les changer. »
D. — Mais alors, quelle estime font les modernistes des formules dogmatiques ?
R. — « Etant donné le caractère si précaire et si instable des formules dogmatiques, on comprend à merveille que les modernistes les aient en si mince estime, s’ils ne les méprisent ouvertement. »
D. — Que les voit-on exalter sans cesse ?
R. — « Le sentiment religieux, la vie religieuse, c’est ce qu’ils ont toujours aux lèvres, ce qu’ils exaltent sans fin. »
D. — Quelle est l’attitude des modernistes vis-à-vis de l’Eglise, touchant les formules dogmatiques ?
R. — « En même temps, ils réprimandent l’Eglise audacieusement, comme faisant fausse route ; comme ne sachant pas discerner de la signification matérielle des formules, leur sens religieux et moral ; comme s’attachant opiniâtrement et stérilement à des formules vaines et vides, cependant qu’elle laisse la religion aller à sa ruine. »
D. — Quel jugement définitif devons-nous porter sur les modernistes en ce qui regarde la vérité dogmatique ?
R. — « Aveugles et conducteurs d’aveugles » qui, enflés d’une science orgueilleuse, en sont venus à cette folie de pervertir l’éternelle notion de la vérité, en même temps que la véritable nature du sentiment religieux ; inventeurs d’un système « où on les voit, sous l’empire d’un amour aveugle et effréné de nouveauté, ne se préoccuper aucunement de trouver un point d’appui solide à la vérité, mais, méprisant les saintes et apostoliques traditions, embrasser d’autres doctrines vaines, futiles, incertaines, condamnées par l’Eglise, sur lesquelles, hommes très vains eux-mêmes, ils prétendent appuyer et asseoir la vérité (Grég. XVI, Enc. VII, k. Jul. 1831.). »