SWS, Livre VII, II, C1, §248 a écrit :
II. Comme l'efficacité des sacrements dépend entièrement des mérites du Christ, il est naturel de se demander si l'hérésie ou le péché mortel rendent inapte à administrer les sacrements, une personne par ailleurs qualifiée ; et de se demander plus précisément ce qui est nécessaire pour exercer ce ministère. En d'autres termes, nous entrons ici dans le domaine complexe des questions sur la foi, la valeur et l'intention du ministre. Pour bien les comprendre, il faut soigneusement distinguer le valide, l'invalide, le licite et l'illicite. Un sacrement peut être réellement et validement conféré tout en étant en même temps un acte illicite. Ainsi, un laïque exécutant sans raison le rite du baptême sur un enfant non baptisé conférerait vraiment et réellement le sacrement, mais pécherait en faisant cela. Dans ce qui suit, nous traiterons seulement de la question de la validité.
Résumé de théologie dogmatique, Livre VII : L'Église et les Sacrements
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SWS, Livre VII, II, C1, §248 a écrit :
II. 1. La question de savoir si l'hérésie rend impossible l'administration valide des sacrements a donné lieu à la fameuse controverse entre S. Cyprien et le pape S. Stéphane. Le premier soutenait qu'il n'y avait pas de vrais sacrements en dehors de l'Église ; et que par conséquent ceux qui avaient été baptisés par des hérétiques devaient être rebaptisés, ou à proprement parler, baptisés purement et simplement, puisque le rite précédent était nul et non avenu. Le pontife Romain, consulté, condamna cette pratique.
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SWS, Livre VII, II, C1, §248 a écrit :S. Vincent de Lérins, [i]Adv. Haeres.[/i], n. 6 a écrit : Il y a longtemps, Aggripinus, de bienheureuse mémoire, évêque de Carthage, est le premier de tous les hommes mortels contre le canon divin [c'est-à-dire la sainte Écriture], contre la règle de l'Église universelle, contre le sentiment de tous ses collègues prêtres, contre la coutume et les institution de nos ancêtres, qui a tenu que la baptême doit être répété (...) Et ainsi, quand on a protesté de tous côtés contre cette pratique nouvelle, et quand partout chaque prêtre s'y est opposé, chacun suivant son zèle, alors le pape S. Stéphane, de bienheureuse mémoire, prélat du Siège apostolique, a lui aussi soutenu le mouvement, mais plus que les autres (prae ceteris) ; estimant, je suppose, qu'il devait dépasser tout le reste autant en la dévotion pour la foi qu'en l'autorité dont il disposait (quantum loci auctoritate superabat). Il envoyé alors in fine un épître à l'Afrique, contenant un décret en ces mots : "Pas d'innovation sauf en ce qui été transmis" (nihil innovandum nisi quod traditum est)». Quel fut donc la conclusion de toute cette affaire ? Quoi d'autre que l'habituelle et la traditionnelle ? L'antiquité fut retenue, et la nouveauté pulvérisée
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SWS, Livre VII, II, C1, §248 a écrit :
Les termes exacts de la réponse de S. Stéphane ne nous sont pas parvenus. D'après S. Cyprien (Ep. 74), ils seraient : "Si quis ergo... quacumque haeresi venerit ad vos, nihil innovetur nisi quod traditum est, ut manus illi imponatur in pœnitentiam". En Labriolle, Vinc. de Lérins, p. 22, ce passage est rendu par "Si un hérétique vient à vous se convertir, qu'on ne lui applique aucune nouveauté, mais qu'on fasse ce qui a été transmis, etc." Pour un point de vue un peu différent, cf. Franzelin, De Trad., note de la p.77 ; et Benson, qui traduit la réponse de S. Stéphane par "Pas d'innovation ; seule la tradition doit être maintenue" (Cyprian, p. 424).
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SWS, Livre VII, II, C1, §248 a écrit :
S. Augustin commente l'épisode ainsi :
S. Augustin, [i]De Bapt.[/i], lib. ii, c. 7 a écrit : Ne nous opposez pas l'autorité de Cyprien quand il défend la réitération du baptême, mais suivez comme nous l'exemple de Cyprien quand il préserve l'unité de l'Église. Car cette question sur le baptême n'avait pas encore été examinée avec soin ; mais l'Église n'en adhérait pas moins à un usage très sain - corriger ce qui était mauvais dans les hérétiques et schismatiques eux-mêmes, mais sans répéter ce qui avait été déjà donné ; redonner l'intégrité à ce qui était blessé, mais sans soigner ce qui est déjà sain (corrigere quod pravum est, non iterare quod datum est; sanare quod vulneratum est, non curare quod sanum est)
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SWS, Livre VII, II, C1, §248 a écrit :
Le décret de S. Stéphane était à l'origine une simple décision disciplinaire, mais il a pratiquement tranché la question de doctrine au cœur de la controverse. Le concile d'Arles (an 314) a réaffirmé cette décision, et malgré la sainteté, l'érudition et l'influence des adhérents de S. Cyprien, la pratique de rebaptiser les hérétiques disparut. Nous verrons cependant bientôt que la question de la réitération du baptême est réapparue plus tard sous une nouvelle forme. Tous les doutes qui pouvaient rester encore concernant cette question sont maintenant balayés par la décision du concile de Trente que le baptême conféré par des hérétiques, avec l'intention de faire ce que fait l'Église, est un vrai baptême (sess. 7, De Bapt., can. 4).
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SWS, Livre VII, II, C1, §248 a écrit :
Il faut noter que le concile ne mentionne ici que le baptême. Bien que nous puissions logiquement présumer qu'il en est de même pour les autres sacrements, nous ne pouvons pas dire que c'est strictement de foi. Le baptême conditionnel parfois conféré aux convertis anglais n'est pas un vrai re-baptême. Si le premier baptême conféré par un ministre hérétique a été exécuté correctement, le deuxième rite est sans effet. Cette pratique du baptême conditionnel a été introduite en raison d'un doute concernant la validité de son exécution dans le contexte d'une secte pour laquelle certains soutiennent que la régénération par le baptême ne fait pas partie de sa doctrine.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VII : L'Église et les Sacrements
SWS, Livre VII, II, C1, §248 a écrit :
II. 2. Tandis que S. Cyprien rejetait le baptême conféré par un hérétique, les Novatiens sont allés plus loin en soutenant l'invalidité du baptême conféré par un pécheur. Cette erreur fut reprise au début du siècle suivant par les Donatistes, au moins en ce qui concerne les pécheurs notoires. Beaucoup plus tard, les Vaudois, Wyclif et Hus ont tenu des positions semblables, et ont été condamnés par les conciles de Constance, Florence et Trente (sess. 7, De Sacr. in Gen., can. 12). Les donatistes ont trouvé un opposant irréductible en S. Augustin, dont les écrits sont parsemés d'attaques contre eux :
S. Augustin, [i]De Bapt.[/i] lib. iii, c. 10 a écrit : Cette eau sur laquelle est invoqué le Nom de Dieu n'est pas profane ou adultère, même si celui qui invoque est adultère et profane ; car ni la chose créée ni le nom ne sont adultères… la lumière du soleil, ou même d'une lampe, quand elle brille dans des endroits ignobles, n'en est nullement salie. Comment alors le baptême du Christ pourrait-il être sali par le crime de quiconque ?
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VII : L'Église et les Sacrements
SWS, Livre VII, II, C1, §248 a écrit :S. Augustin, [i]In Joan.[/i], tract. v. 6 ; cf. [i]Contra Cresconium, passim[/i] a écrit : Le baptême doit sa qualité à Celui au nom duquel il est donné, pas à celui dans le ministère duquel il est conféré (Baptisma tale est qualis est ille in cujus potestate datur; non qualis est ille per cujus ministerium datur) ... Ce qui a été donné par Pierre et ce qui a été donné par Paul, sont tous deux du Christ ; et même si cela avait été donné par Judas, cela serait encore du Christ
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre VII : L'Église et les Sacrements
SWS, Livre VII, II, C1, §248 a écrit :
En d'autres termes, le ministre joue le rôle d'instrument ou de canal ; par conséquent, la force et la valeur de l'acte dépendent entièrement du premier moteur ou encore de la cause principale. De même qu'un médecin, bien que malade lui-même, peut encore guérir d'autres ; de même qu'un tuyau, qu'il soit fait de bronze ou de plomb, peut toujours conduire de l'eau ; de même les ministres de l'Église peuvent conférer les sacrements, même s'ils sont eux-mêmes pécheurs (S. Thomas, IIIa, q. 64, art. 5).
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