Question sur le clergé français et la laïcité

Si vis pacem
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Re: Question sur le clergé français et la laïcité

Message par Si vis pacem »

 
Résultat que nous trouvons brossé par René Viviani devant la Chambre des Députés, le 8 novembre 1906 :
René Viviani – Discours tenu à la Chambre des Députés le 8 novembre 1906 a écrit : 
... La Révolution française a déchaîné dans l'homme toutes les audaces de la conscience et toutes les ambitions de la pensée. Cela n'a pas suffi. La révolution de 1848 a doté l'homme du suffrage universel, elle a relevé le travailleur courbé sur sa tâche et elle a fait du plus humble l'égal politique du plus puissant. Cela n'a pas suffi. La troisième République a appelé autour d'elle les enfants des paysans, les enfants des ouvriers, et dans ces cerveaux obscurs, dans ces consciences enténébrées, elle a versé peu à peu le germe révolutionnaire de l'instruction. Cela n'a pas suffi. Tous ensemble, par nos pères, par nos aînés, par nous- mêmes, nous nous sommes attachés dans le passé à une œuvre d'anticléricalisme, à une œuvre d'irréligion. Nous avons arraché les consciences humaines à la croyance. Lorsqu'un misérable, fatigué du poids du jour, ployait les genoux, nous l'avons relevé, nous lui avons dit que derrière les nuages il n'y avait que des chimères. Ensemble, et d'un geste magnifique, nous avons éteint dans le ciel des lumières qu'on ne rallumera plus ! Voilà notre œuvre, notre œuvre révolutionnaire.

Est-ce que vous croyez que l'œuvre est terminée ? Elle commence, au contraire, elle bouillonne, elle nous déborde. Qu'est-ce que vous voulez répondre, je vous le demande, à l'enfant devenu un homme qui a profité de l'instruction primaire, complétée d'ailleurs par les œuvres postscolaires de la République, pour confronter sa situation avec celle des autres hommes ? Qu'est-ce que vous voulez répondre à un homme qui n'est plus un croyant, grâce à nous, que nous avons arraché à la foi, à qui nous avons dit que le ciel était vide de justice quand il cherche la justice ici-bas ? Que voulez-vous répondre à l'homme doté du suffrage universel, mais qui compare avec tristesse sa puissance politique à sa dépendance économique ? Comment calmer ses souffrances ? Comment apaiser sa colère et sa douleur ?

Quelle œuvre tenter ? Ici, l'œuvre déborde le Gouvernement, la législature, notre temps et notre époque. Ce n'est pas une raison pour ne pas la mesurer du regard et pour ne pas s'avancer vers elle. Tournez-vous vers la Révolution française ; elle ne donne pas seulement des enseignements théoriques, elle est une perpétuelle leçon d'audace, de vaillance et de hardiesse.
 
à suivre ...
 
Si vis pacem
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Re: Question sur le clergé français et la laïcité

Message par Si vis pacem »

 
... tout aussi souligné côté catholique, par Jacques Piou, le 12 novembre :
Jacques Piou – Discours tenu à la Chambre des Députés le 12 novembre 1906 a écrit : 
... Votre loi de Séparation est une agression directe contre l’Église.

Elle couronne la politique qui, depuis vingt-cinq ans, a entassé ruines sur ruines. Que vous le vouliez ou non, que vous obéissiez à votre initiative propre ou à votre parti, elle est la victoire de la franc-maçonnerie sur l’Église catholique. Vous reculez, il est vrai, devant l'attaque ouverte, au grand jour ; vous ne cherchez pas à la détruire par le fer et par le sang, comme le conseillait Quinet ; mais vous espérez la faire périr lentement grâce à l'organisation mortelle que vous lui imposez, grâce au germe de mort que vous y avez déposé. Plus habiles ou plus timides que beaucoup de vos amis, vous avez mis sur les bords de la coupe que vous lui offrez un peu de miel, afin de rendre moins amer le poison que vous lui versez ; mais, grâce à Dieu, c'est de vos rangs qu'est sorti celui qui a fait justice de toutes les ruses. Votre collègue M. Viviani a déchiré tous les voiles, a soulevé tous les masques ; et la France va maintenant savoir la pensée qui vous guide et le but que vous poursuivez et que vous croyez avoir atteint aujourd'hui.

Vous, vous vous serviez de termes équivoques et presque séduisants pour la foule : libérer la personne humaine, affranchir la conscience humaine.

M. Viviani a répudié ces savantes formules et durement, presque brutalement, livré votre secret au grand public, qui l'ignorait encore. Tous ensemble, a-t-il dit l'autre jour à cette tribune même, nous nous sommes attachés à une œuvre d'anticléricalisme, c'est-à-dire d'irréligion. Nous avons arraché les consciences humaines à la croyance ; lorsqu'un misérable accablé sous le poids du jour ployait le genou, nous lui avons dit qu'il n'y avait rien derrière les nuages ; ensemble, nous avons éteint dans le ciel des lumières qu'on ne rallumera plus ...
 
 
à suivre ...
 
Si vis pacem
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Re: Question sur le clergé français et la laïcité

Message par Si vis pacem »

 
En un autre discours ce même orateur, ne se cache pas la difficulté de la situation :
Jacques Piou – Discours tenu le 23 avril 1908 a écrit : 
… Sans statut légal, l'Église est à la merci de tous les incidents, de tous les caprices. [...] L'essentiel est d'agir sur l'opinion par une propagande sans relâche et grâce à elle de préparer la revanche du bon sens et de la justice.

La tâche est difficile car le mal est profond. L'empoisonnement des esprits, on l'a dit, il y a longtemps, est pire que la persécution. Si la tradition chrétienne vient de prouver, à une heure décisive, sa puissante vitalité, il est trop vrai que la propagande antireligieuse de ces trente dernières années n'a pas été stérile. On a accrédité dans l'esprit public tant de préjugés et de défiances ; le terrain miné par un travail si patient ; l'indifférence a fait tant de ravages dans tous les rangs de la société, qu'un immense effort est nécessaire pour apporter aux uns plus de lumières, et rendre aux autres plus d'ardeur ...
 
 
à suivre ...
 
Si vis pacem
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Re: Question sur le clergé français et la laïcité

Message par Si vis pacem »

 
Déjà en 1888 Fernand Butel en dénonçant le péril de la séparation anticipait les conséquences :
Fernand Butel – Le péril de la séparation de l'Église et de l'État. Paris, 1888, pp. 129 ss. a écrit : 
… Autre chose est de lutter péniblement pour conquérir le droit à l’existence, autre chose est de défendre un domaine jusqu’alors incontesté, le domaine des âmes.

Car voilà l’enjeu : les âmes, leur liberté, leur grandeur future. Comment l’Église ne s’alarmerait-elle pas des efforts que l’on fait pour les lui arracher ? Sans doute l’Église ne périra pas ; ce n’est pas pour elle qu’il faut craindre. Mais, si son action est entravée, combattue, dépréciée aux yeux des peuples, comment n’en résulterait-il pas pour les individus et pour la société des maux certains ? Une minorité fidèle sentira son courage grandir avec l’épreuve ; elle se serrera autour de l’Église et formera ce noyau qui, dans toutes les persécutions, conserve les promesses de l’avenir. Mais se flatter que les masses résisteront indéfiniment à tous les dissolvants officiels qui les attaquent et les rongent serait une illusion …

L’Église luttera, cela est évident. Mais comment pourrait-elle le faire avec avantage ? Chassée de partout, de l’enseignement, des institutions charitables, de ses temples, où les chefs de la nation étaient jadis venus prier et qui serviront aux usages profanes, réduite à la mendicité, déchue de ce prestige extérieur dont aucune grandeur n’a le droit de se passer ici-bas, devenue presque étrangère au milieu d’un peuple emporté par un tourbillon de matérialisme, comment aurait-elle assez d’autorité pour parler aux consciences et leur imposer le frein d’une morale importune et démodée ?

Alors s’évanouira cet idéal de justice vers lequel soupirent toutes les âmes, et qu’elle seule peut mettre à leur portée ...
 
 
à suivre ...
 
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Re: Question sur le clergé français et la laïcité

Message par Si vis pacem »

 
Pour finir et en guise d’épilogue.

- la proposition de loi adoptée le 19 avril 1946 tendant à établir la Constitution, stipulait en son article 40 « La France est une République indivisible, démocratique et sociale. », elle fut soumis à référendum le 5 mai 1946, et rejeté ; suite à cela, un nouveau projet de constitution fut adopté lors du référendum du 13 octobre 1946 et la constitution promulguée le 27 octobre 1946. Elle énonce quant à elle, dans son premier article que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale » : la laïcité devient alors et pour la première fois, un principe constitutionnel ; ceci étant, le rejet de la loi divine et son corollaire évident, la méconnaissance volontaire de la loi naturelle, au profit d’une loi positive de quelque importance qu’elle soit, implique nécessairement des effets dévastateurs pour la société.

Pour rappel :
Saint Pie X – Vehementer Nos a écrit : 
... Qu'il faille séparer l’État de l’Église, c'est une thèse absolument fausse, une très pernicieuse erreur.

Basée en effet sur ce principe que l'État ne doit reconnaître aucun culte religieux, elle est tout d'abord très gravement injurieuse pour Dieu ; car le Créateur de l'homme est aussi le Fondateur des sociétés humaines, et il les conserve dans l'existence comme il nous y soutient. Nous lui devons donc non seulement un culte privé, mais un culte public et social pour l'honorer.

En outre, cette thèse est la négation très claire de l'ordre surnaturel. Elle limite en effet l'action de l’État à la seule poursuite de la prospérité publique durant cette vie, qui n'est que la raison prochaine des sociétés politiques; et elle ne s'occupe en aucune façon, comme lui étant étrangère, de leur raison dernière, qui est la béatitude éternelle proposée à l'homme quand cette vie si courte aura pris fin. Et pourtant l'ordre présent des choses, qui se déroule dans le temps, se trouvant subordonné à la conquête de ce bien suprême et absolu, non seulement le pouvoir civil ne doit pas faire obstacle à cette conquête, mais il doit encore nous y aider.

Cette thèse bouleverse également l'ordre très sagement établi par Dieu dans le monde, ordre qui exige une harmonieuse concorde entre les deux sociétés. Ces deux sociétés, la société religieuse et la société civile, ont en effet les mêmes sujets, quoique chacune d'elles exerce dans sa sphère propre son autorité sur eux. Il en résulte forcément qu'il y aura bien des matières dont elles devront connaître l'une et l'autre, comme étant de leur ressort à toutes deux. Or, qu'entre l’État et l’Église l'accord vienne à disparaître, et de ces matières communes pulluleront facilement les germes de différends, qui deviendront très aigus des deux côtés; la notion du vrai en sera troublée et les âmes remplies d'une grande anxiété.

Enfin, cette thèse inflige de graves dommages à la société civile elle-même, car elle ne peut pas prospérer ni durer longtemps lorsqu'on n'y fait point sa place à la religion, règle suprême et souveraine maîtresse quand il s'agit des droits de l'homme et de ses devoirs.
 
 
C’est in fine le message que cherchait à faire passer cette déclaration de l’Épiscopat français en s’adressant non aux seuls catholiques mais « à tous ceux qui veulent, de toutes leurs forces, travailler au relèvement de la patrie. »
 
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