SERMON POUR LE TROISIÈME DIMANCHE APRES L'ÉPIPHANIE.
Cum descendisset Jesus de monte, secutæ sunt eum turbæ multa.
Lorsque Jésus fut descendu de la montagne, une foule nombreuse se mit à le suivre. Matth. VIII, 1.
MES TRÈS-CHERS FRÈRES,
L’Évangile qui est soumis aujourd'hui à vos méditations contient deux miracles où reluisent admirablement la piété et la miséricorde divines. Sous la forme dont l'historien sacré les a revêtus, se cachent d'utiles enseignements. C'est à vous les exposer en peu de mots que sera consacré cet entretien. Implorons auparavant l'assistance de la Reine des vierges. Ave Maria.
PREMIER POINT.
« Lorsque Jésus fut descendu de la montagne, une foule nombreuse se mit à le suivre. » La montagne d'où le Sauveur descend, est celle où il s'était assis pour développer à ses disciples ce magnifique discours où est renfermée en abrégé toute la sagesse évangélique. Tant qu'il resta sur ce lieu élevé, nous ne voyons pas que la foule se soit pressée autour de lui. Mais dès qu'il reparaît dans la plaine et dans des lieux plus bas, une foule nombreuse l'environne et s'attache à ses pas. Si simples qu'ils vous semblent, mes frères, ces faits ne sont pas sans mystères. Voici les instructions qu'ils renferment. Tant que le Seigneur demeura sur la montagne sublime de la divinité, avant qu'il descendît vers nous pour se revêtir de notre chair ; tant qu'il habita cette lumière inaccessible, cette majesté éblouissante d'où il lançait sur les méchants les traits de sa fureur et de sa justice, d'où il déchaînait sur le monde corrompu les eaux du déluge, il comptait un bien petit nombre de serviteurs : ils étaient en bien petit nombre, ceux qui lui rendaient les hommages, le respect et l'amour qui lui étaient dus. Mais, lorsqu'il eut incliné les cieux et qu'il fut descendu ; lorsqu'il se fut abaissé jusqu'à nous ; lorsqu'il eut quitté les hauteurs des cieux pour notre petitesse, la majesté des cieux pour notre bassesse, la colère pour la douceur; lorsque le Verbe eut été fait chair ; lorsque la beauté suprême se fut altérée, la lumière incréée obscurcie, la toute-puissance affaiblie, alors une foule nombreuse le suivit; alors le monde se réveilla du long sommeil dans lequel il avait été plongé, et leva les yeux vers le ciel ; alors il reconnut la bonté, la miséricorde, la charité, l'amour de Dieu envers lui, et il se mit à l'aimer de tout son cœur, à l'adorer et à lui témoigner son obéissance. Ainsi l'amour que nous révèle l'incarnation du Verbe est l'attrait qui a conduit les hommes à Dieu. Les bienfaits divins ont été ces liens dont parle le Prophète : In funiculis Adam traham eos, in vinculis charitatis. Ose. XI, 4. Des cordes sont les liens par lesquels on vient à bout des taureaux et des autres animaux indomptés ; mais, pour attirer les hommes à leur Créateur, il suffit de ses bienfaits. L'âme humaine est naturellement fière : on la dirige, mais on ne l'entraîne pas. Voilà pourquoi le Seigneur semble nous dire ici : J'attirerai les hommes à moi, non à force de menaces, de frayeurs et de coups, mais à force d'amour, de miséricorde et de bonté : ces liens seront plus puissants que des liens formés du meilleur acier. Nous pouvons en effet nous en convaincre aisément par l'exemple des saints et en particulier des martyrs, que les tourments et la mort la plus affreuse ne séparèrent jamais de la charité de Jésus-Christ. Oh ! oui, Seigneur, vous avez plus fait par l'humilité que par la majesté, par l'amour que par la crainte, par la miséricorde que par la sévérité, par les bienfaits que par les fléaux, par les abaissements de votre humanité que par l'élévation de votre divinité. Et certes une pareille chose mérite bien notre admiration : car comment expliquer que votre divinité jointe à la nature humaine, semblable à un vin généreux étendu d'eau, ait eu plus d'efficacité pour enivrer les hommes d'amour, que votre divinité dans tout son éclat ?
(à suivre)