Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le IIIe dimanche après l'Épiphanie

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Laetitia
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Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le IIIe dimanche après l'Épiphanie

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SERMON POUR LE TROISIÈME DIMANCHE APRES L'ÉPIPHANIE.



Cum descendisset Jesus de monte, secutæ sunt eum turbæ multa.
Lorsque Jésus fut descendu de la montagne, une foule nombreuse se mit à le suivre.
Matth. VIII, 1.



MES TRÈS-CHERS FRÈRES,

L’Évangile qui est soumis aujourd'hui à vos méditations contient deux miracles où reluisent admirablement la piété et la miséricorde divines. Sous la forme dont l'historien sacré les a revêtus, se cachent d'utiles enseignements. C'est à vous les exposer en peu de mots que sera consacré cet entretien. Implorons auparavant l'assistance de la Reine des vierges. Ave Maria.


PREMIER POINT.


« Lorsque Jésus fut descendu de la montagne, une foule nombreuse se mit à le suivre. » La montagne d'où le Sauveur descend, est celle où il s'était assis pour développer à ses disciples ce magnifique discours où est renfermée en abrégé toute la sagesse évangélique. Tant qu'il resta sur ce lieu élevé, nous ne voyons pas que la foule se soit pressée autour de lui. Mais dès qu'il reparaît dans la plaine et dans des lieux plus bas, une foule nombreuse l'environne et s'attache à ses pas. Si simples qu'ils vous semblent, mes frères, ces faits ne sont pas sans mystères. Voici les instructions qu'ils renferment. Tant que le Seigneur demeura sur la montagne sublime de la divinité, avant qu'il descendît vers nous pour se revêtir de notre chair ; tant qu'il habita cette lumière inaccessible, cette majesté éblouissante d'où il lançait sur les méchants les traits de sa fureur et de sa justice, d'où il déchaînait sur le monde corrompu les eaux du déluge, il comptait un bien petit nombre de serviteurs : ils étaient en bien petit nombre, ceux qui lui rendaient les hommages, le respect et l'amour qui lui étaient dus. Mais, lorsqu'il eut incliné les cieux et qu'il fut descendu ; lorsqu'il se fut abaissé jusqu'à nous ; lorsqu'il eut quitté les hauteurs des cieux pour notre petitesse, la majesté des cieux pour notre bassesse, la colère pour la douceur; lorsque le Verbe eut été fait chair ; lorsque la beauté suprême se fut altérée, la lumière incréée obscurcie, la toute-puissance affaiblie, alors une foule nombreuse le suivit; alors le monde se réveilla du long sommeil dans lequel il avait été plongé, et leva les yeux vers le ciel ; alors il reconnut la bonté, la miséricorde, la charité, l'amour de Dieu envers lui, et il se mit à l'aimer de tout son cœur, à l'adorer et à lui témoigner son obéissance. Ainsi l'amour que nous révèle l'incarnation du Verbe est l'attrait qui a conduit les hommes à Dieu. Les bienfaits divins ont été ces liens dont parle le Prophète : In funiculis Adam traham eos, in vinculis charitatis. Ose. XI, 4. Des cordes sont les liens par lesquels on vient à bout des taureaux et des autres animaux indomptés ; mais, pour attirer les hommes à leur Créateur, il suffit de ses bienfaits. L'âme humaine est naturellement fière : on la dirige, mais on ne l'entraîne pas. Voilà pourquoi le Seigneur semble nous dire ici : J'attirerai les hommes à moi, non à force de menaces, de frayeurs et de coups, mais à force d'amour, de miséricorde et de bonté : ces liens seront plus puissants que des liens formés du meilleur acier. Nous pouvons en effet nous en convaincre aisément par l'exemple des saints et en particulier des martyrs, que les tourments et la mort la plus affreuse ne séparèrent jamais de la charité de Jésus-Christ. Oh ! oui, Seigneur, vous avez plus fait par l'humilité que par la majesté, par l'amour que par la crainte, par la miséricorde que par la sévérité, par les bienfaits que par les fléaux, par les abaissements de votre humanité que par l'élévation de votre divinité. Et certes une pareille chose mérite bien notre admiration : car comment expliquer que votre divinité jointe à la nature humaine, semblable à un vin généreux étendu d'eau, ait eu plus d'efficacité pour enivrer les hommes d'amour, que votre divinité dans tout son éclat ?

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Avouez-le, mes frères ; Jésus en descendant de la montagne vous paraît bien aimable, et ce qui nous intéresse encore davantage, bien digne de notre imitation. Or en ces deux choses, je veux dire dans l'amour et dans l'imitation de Dieu, consiste, s'il faut en croire le Prince des philosophes, le secret de notre félicité. Et qu'imaginer de plus noble, de plus sublime, que l'amour de cette nature si pure et si belle, et l'imitation de ces œuvres si parfaites ? Est-ce que l'homme ne se rapproche pas en quelque sorte par là de son auteur ? Ordinairement, nous devenons de plus en plus semblables aux objets que nous tâchons d'aimer et d'imiter. D'ailleurs, il est hors de doute que Dieu exige de nous que nous agissions en ce sens. De là ce précepte tant de fois répété dans l’Écriture : « Soyez saints, parce que je suis saint, » Levit. XI, 44 ; et cette parole de l’Évangile : « Soyez parfaits vous aussi, comme votre Père céleste est parfait. » Matth. v, 48 ; et enfin ce mot de saint Paul : « Soyez les imitateurs de Dieu, comme ses fils bien aimés. Ephes. v, 1 ; Phil. 111, 17. Suivant un des principaux oracles de la sagesse antique, conforme en ce point à la sagesse révélée, le principal devoir de l'homme est « de suivre son Dieu. » Mais est-il bien possible à l'homme, embarrassé comme il l'est de ce corps fragile, d'imiter un Dieu qu'il ne voit pas ? Il est, ce semble, indispensable de voir celui que l'on veut imiter, et dont l'on veut suivre les traces. Or il est au-dessus de la capacité de l'homme de comprendre l'infinité divine, et son faible regard ne saurait contempler cette pure lumière, inaccessible à des yeux corporels. Vous me direz peut-être que nous connaîtrons Dieu par ses œuvres. Mais je vous demanderai à mon tour en quoi nous devons l'imiter. Faudra-t-il pour cela créer une autre terre, d'autres animaux, d'autres astres, d'autres cieux ? ─ Assurément non, me répondrez-vous; imitez-le en tant qu'il est le principe de tout bien. ─ Et c'est précisément sous ce point de vue que je voudrais mieux le connaître. De cette manière seulement, je connaîtrai le genre de vertus qu'il préfère.

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Il était donc convenable, mes frères, pour que les hommes n'eussent rien à désirer de ce côté, que Dieu se montrât à nous sous une forme humaine. Revêtu de notre nature, il pouvait nous enseigner les voies de la justice, et par sa parole, et par la sainteté de sa vie ; il pouvait, par son exemple, nous exhorter plus efficacement à y entrer. Effectivement, que nous offre l'innocente vie et la mort cruelle de l'Homme-Dieu, sinon l'image des vertus que nous devons pratiquer, de la charité, de l'humilité, de la douceur, de la patience, de l'obéissance, de la miséricorde, du dénuement, du mépris du monde, du zèle pour le salut des hommes et de la prière ? Le Seigneur étant descendu du faîte de sa divinité jusqu'à la bassesse de notre humanité, et nous ayant proposé sa vie pour règle, alors une foule nombreuse s'est mise à le suivre ; alors les hommes ont pu imiter leur semblable, tandis qu'ils ne pouvaient imiter Dieu. Ayez donc à cœur, mes frères, de reproduire dans votre vie la très-sainte vie du Sauveur : ayez sans cesse devant les yeux les exemples de vertu qu'il vous a donnés ; et que votre plus ardent désir soit de marcher sur ses traces.

Ici pourtant se présente une observation qui n'est pas sans importance. Parmi les vertus qui ont brillé dans l'humanité sainte de Jésus-Christ, quelques-unes sont difficiles et dignes par leur excellence de la sainteté et de la majesté du Dieu fait homme; d'autres sont plus faciles et plus aptes à devenir l'objet de notre émulation. En conséquence, je conseillerais aux âmes ferventes de s'adonner, autant que la grâce divine le leur permettra, à la pratique de toutes les vertus du Sauveur, et de suivre l'Agneau partout où il ira, soit qu'il marche dans la plaine, soit qu'il gravisse des lieux escarpés. Ainsi le suivait l'Apôtre qui écrivait : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis de Jésus-Christ.» I Corinth. IV, 16. Celui-là le suivait véritablement à travers la gloire et l'ignominie, la bonne et la mauvaise renommée, l'abondance et la disette. II Corinth. VI, 8. Heureux, mille fois heureux le chrétien qui s'efforce de suivre Jésus avec cette fidélité ; qui, attiré par le parfum délicieux qu'exhalent ses vêtements, monte avec lui sur la montagne pour y contempler dans l'oisiveté sainte de la contemplation les choses célestes, et qui ne craint pas d'en descendre lorsque le devoir ou la charité l'exige, pour être utile au prochain, pour soulager les pauvres, pour endurer volontiers avec son Maître la faim et la soif, le froid et le chaud, les chagrins et les fatigues. Vivre avec Jésus-Christ dans le ciel par la pensée et le désir, et ne se refuser ici-bas à aucune des inspirations de la charité, telle est la règle de conduite offerte à notre piété. Ces deux points s'aident admirablement l'un l'autre, comme le dit saint Grégoire : « La charité ne s'élève jamais plus haut, que lorsqu'elle s'abaisse miséricordieusement jusqu'au prochain ; et plus elle manifeste sa bonté dans les petites choses, plus elle a de puissance pour les grandes. »
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Si votre faiblesse ne vous permet pas de suivre le Christ sur le sommet de la montagne,suivez-le du moins lorsqu'il en descend, comme le suivit la foule dont parle l’Évangile. C'est trop pour vous que de jeûner quarante jours comme le Sauveur, Moïse et Élie ; imitez au moins la sobriété que montrait le divin Maître, lorsqu'il mangeait avec les pécheurs et les publicains. C'est trop pour vous que de veiller toute la nuit avec lui; arrachez du moins quelques instants au sommeil, et occupez-vous dès le matin à la prière. C'est trop pour vous que de reproduire la pauvreté de la crèche ; soyez du moins contents de votre condition, et, lorsque vous avez le nécessaire, ne recherchez pas le superflu. C'est trop pour vous que d'imiter l'obéissance parfaite que Jésus pratiqua jusqu'à la croix ; du moins portez toujours spirituellement votre crois, et donnez à votre chair la mortification pour vêtement. C'est trop pour vous que d'imiter la charité qui a poussé le Sauveur à répandre son sang pour le salut des hommes ; ayez du moins celle qui partage avec bonheur son pain aux malheureux. De la sorte vous suivrez Jésus descendant de la montagne, et vous imiterez la foule dont parle l’Évangile, si vous ne pouvez imiter les Apôtres. Jésus-Christ est le fleuve mystique aperçu par Ezéchiel, dont les flots coulent de plusieurs sources, et où l'agneau et l'éléphant peuvent également se baigner. Ezech. XXIX, 3. Il est encore l'arbre de vie planté au milieu du paradis, dont les branches sont accessibles à la fois aux oiseaux du ciel et à la main de l'homme, Gen. II, 9. Miroir sans tache, exemple parfait de toutes les vertus, les âmes ferventes y trouvent de quoi exciter leur admiration, et les âmes faibles de quoi provoquer leur imitation. De même que dans la nature divine sont renfermées les idées de toutes les créatures, du plus humble des vermisseaux non moins que du plus beau des séraphins; de même la vie du Sauveur renferme des exemples proportionnés à tous les degrés de vertu. Avec plus de raison que saint Paul, l'Homme-Dieu peut nous dire : « Je me suis fait tout à tous, pour donner à tous le salut. » I Corinth. IX, 22. La robe du grand prêtre de l'ancienne loi, qui représentait le monde entier, comme nous l'apprend l'auteur de la Sagesse, Sap. XVIII, 24, était une belle figure de ce mystère. Elle annonçait aux Juifs que l'éternel et souverain pontife Jésus-Christ devait être en même temps le sauveur et le modèle de tous les hommes. C'est pour cela que nous le voyons, dans l'histoire évangélique, fuir en se cachant la vengeance de ses ennemis, trembler à l'approche de la mort, en proie à une tristesse extrême qui lui arrachait ces paroles : « L'esprit est prompt, mais la chair est faible. » Matth. XXVI, 41. Ces exemples devaient un jour faire la consolation et l'espoir de la plupart de ses membres. S'il y a plusieurs places dans la maison de son Père, destinées à récompenser les saintes âmes malgré les différences de leur sainteté, il y a aussi dans le corps du Christ plusieurs membres de fonctions diverses, et d'autant plus nobles que leurs fonctions le sont davantage : ce qui n'empêche pas que les plus humbles n'aient encore une noblesse remarquable, par cela seul qu'ils ont Jésus pour chef et qu'ils ont droit à la possession de son royaume.

Maintenant,mes frères, suivons le Sauveur descendu de la montagne, et considérons ses actes avec l'attention qu'ils méritent.

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SECOND POINT.

« Voilà qu'un lépreux s'approche de Jésus et l'adore en disant : Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me guérir. » Vous avez, mes frères, dans ces paroles un exemple parfait de la manière dont il faut prier. Que ce point soit de la plus haute importance, nous ne pouvons en douter, après ces paroles de saint Jacques : « Vous demandez, et vous n'obtenez rien, parce que vous demandez mal. » Jacob. IV, 3. Quelle est donc la manière de bien demander ? Celle qu'employa le lépreux : car certainement sa prière n'eût pas été aussitôt exaucée, si elle n'eût été parfaite. D'abord, il apporte dans sa prière la plus profonde humilité ; il se prosterne la face contre terre, il adore le Seigneur, et lui expose ensuite sa demande. Matth. VIII, 2. L'humilité de cœur est, mes frères, une condition essentielle de toute bonne prière. « Dieu, selon la parole du Psalmiste, regarde la demande des humbles et ne méprise pas leur prière. Ps. XXI, 25. « Vous sauverez votre peuple à cause de son humilité, lui disait-il, et vous confondrez les yeux des superbes. » Ps. XVIII, 28. Le caractère des natures généreuses est de se laisser fléchir par l'abaissement et l'infortune. Comme le dit le Poète, « Plus une âme est grande, et plus son courroux est facile à apaiser. Il suffit au lion d'avoir terrassé son ennemi : la lutte finit, dès que son adversaire est à terre. Il n'y a que les loups, les ours et les animaux aux instincts bas et rampants qui s'acharnent sur le corps de leurs victimes. » Si tel est le caractère des grandes et nobles natures, quelle sera donc, chrétiens, la conduite de Dieu envers sa créature suppliante ? Achab, l'impie Achab, déjà dévoué à la mort, s'humilie devant le Seigneur, et le Seigneur dit à Elie : « As-tu vu Achab s'humiliant devant moi ? Va le trouver, et déclare-lui que les maux prêts à fondre sur lui n'arriveront pas de son vivant. » III Reg. XXI, 29.
Voilà le pouvoir de l'humilité sur le cœur de Dieu, même chez les plus criminels des hommes.

A l'humilité le lépreux joignit cette foi inébranlable dont le divin Maître nous marque ainsi la puissance : « Tout ce que vous demanderez par la prière, croyez que vous l'obtiendrez, et on vous l'accordera. » Marc. XI, 24. Ce qui montre la foi du lépreux, c'est qu'il ne dit pas, comme un autre sans doute l'eût fait : « Si vous pouvez quelque chose, ayez pitié de moi et secourez-moi; » mais il confesse hautement sa divinité, en lui attribuant ce qui ne convient qu'à Dieu : « Si vous voulez, vous pouvez me guérir. » Il n'y a que Dieu en qui la puissance égale la volonté. De Dieu seul il est écrit : « Vous n'avez qu'à vouloir, pour qu'une chose soit exécutée. » Et remarquez, mes frères, que le lépreux ne prie pas le Sauveur, comme le fit le Centurion, de dire une seule parole ; il le prie simplement de vouloir : « Si vous voulez, vous pouvez me guérir. » Je ne doute pas de votre puissance, mais de votre volonté ; ou plutôt, le jugement que porte votre sagesse est le seul point qui me laisse quelque incertitude. Je sais que vous êtes tout-puissant, que vous êtes la bonté souveraine. Par conséquent, vous aimez le bien partout où il se présente. Ce que j'ignore, c'est la nature de ma demande. Est-elle sage, ou ne l'est-elle pas ? La chair m'affirme qu'elle l’est, mais l'esprit doute et hésite. Vous, Seigneur, dont la sagesse n'est pas moins grande que la puissance et la bonté, vous savez ce qui me convient le mieux : c'est pourquoi je vous remets ma cause en toute confiance, et je m’abandonne entièrement à votre volonté. » Ici se révèle une troisième disposition de l'âme, l'obéissance qui couronne l'humilité et la foi. C'est en effet par l'obéissance que la volonté propre se soumet entièrement au bon plaisir de la volonté divine. D'ailleurs cette troisième disposition résulte des deux autres, et elle les accompagne inséparablement dans toute prière parfaite. Nous ne devons jamais demander, sans nous soumettre entièrement au bon plaisir de notre Dieu. Ne sachant pas prier comme il convient, Rom. VIII, 28, il faut nous reposer de la légitimité de nos désirs sur la sagesse de la Providence, et accepter d'avance ses décrets.

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Telles sont, mes frères, les trois qualités que nous découvrons dans la prière du lépreux, que nous devons reproduire dans nos prières. En premier lieu, humilions-nous profondément devant la Majesté infinie, et reconnaissons-nous indignes de paraître en sa présence, de nous entretenir avec elle et d'implorer son secours. Puis ouvrons notre âme à la confiance, à la pensée de cette miséricorde qui est pour nous, suivant une expression ingénieuse, la garantie des bienfaits à venir. Que cette confiance relève notre âme abaissée par l'humilité, et comptons pour le succès de notre demande sur le trésor infini de la bonté de notre Dieu. Il faudrait que notre confiance fût semblable à la confiance de cette sainte femme dont parle l’Écriture, qui, après avoir instamment demandé un fils au Seigneur, « conserva désormais sur son visage, ajoute l'historien sacré, une expression de paix inaltérable ; » I Reg. 1, 18, et cela, observe saint Augustin, parce qu'elle ne douta plus de l'efficacité de sa prière. Ainsi, loin de se combattre, ces deux vertus, la confiance et l'humilité, se soutiennent mutuellement. Si l'une se déclare indigne de toute faveur, et si l'autre ne doute jamais, c'est que la première ne considère que l'homme et ses misères, tandis que l'autre considère Jésus-Christ et ses mérites infinis.

Quant à la troisième disposition, qui est la soumission pleine et entière à la volonté divine, c'est principalement lorsque nous demandons la santé ou tout autre bien corporel, qu'il faut en être pénétré. Abandonnez-vous alors aux soins paternels du Seigneur, ne lui fixant ni temps, ni lieu, ni autre condition déterminée. Il y a des chrétiens qui marquent à Dieu toutes ces choses dans leurs prières, comme s'il n'avait qu'une seule manière de nous aider et de soulager nos besoins.

Ce n'est pas ainsi qu'agit le lépreux de notre Évangile. Quoique affligé d'un mal terrible, il ne s'obstine pas à demander sa guérison, et il s'en remet pleinement à la volonté du Sauveur. Il ne tarda pas à être exaucé. « Jésus étend sa main, le touche et lui dit : Je le veux, soyez guéri. Et aussitôt il fut guéri de sa lèpre. » Pourquoi,mes frères, le Sauveur touche-t-il cet homme, quand il pourrait le guérir d'une seule parole ? D'abord, afin de nous apprendre par son exemple avec quel dévouement nous devons agir envers les personnes atteintes de maladies contagieuses. Parmi les œuvres de miséricorde, il en est peu qui lui soient aussi agréables que celle-ci ; et saint François, dans le testament où il énumère toutes les grâces dont le Seigneur l'avait comblé, met en première ligne celle de servir les lépreux avec joie, et de faire avec bonheur ce qui ne lui avait autrefois inspiré que de la répugnance. La lèpre étant l'image du péché, Jésus-Christ a voulu nous apprendre encore par cette action que personne ne peut être délivré du péché que par le secours du Seigneur et par le contact de sa main puissante. Si Dieu n'intervient, l'âme demeure sans cesse sous l'influence corruptrice du péché, sous le joug pesant du démon. Si Dieu n'intervient, le dragon infernal maintient sa demeure dans l'âme des malheureux pécheurs, et l'entoure de ses inextricables replis. De là cette parole de Job : Obstetricante manu ejus, eductus est coluber tortuosus, Job. XXVI, 13. C'est avec raison que l'auteur sacré emploie cette expression, obstetricante manu ejus. De même qu'une personne en mal d'enfant a besoin du secours et de l'art de la sage-femme pour être délivrée de son fruit; de même l'âme qui se propose d'exécuter le dessein de changer de vie, de briser les chaînes de Satan, de rompre avec les mauvaises habitudes, de fouler aux pieds les entraves que lui suscitent les passions et les plaisirs, a besoin du secours de la toute-puissance divine, sous peine de n'aboutir qu'à de vains résultats.

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Rappelez-vous, mes frères, l'exemple de saint Augustin. Il y avait longtemps qu'il pensait à se convertir, avant de se donner entièrement à Dieu ; mais ses efforts demeurèrent inutiles, jusqu'à ce que Dieu lui prêtât son appui. Que de chagrins, que d'angoisses il eut à souffrir, livré à lui-même ! combien de tempêtes bouleversèrent son esprit ! que de fois il renonça à l'espérance ! que de fois il s'arrêta au milieu du chemin ! que de fois il essaya d'imiter la chasteté d'autrui, et qu'il retomba vaincu par ses mauvaises habitudes ! Mais dès qu'il eut éprouvé le contact salutaire de la main de Dieu, sa faiblesse disparut, et il remporta autant de victoires qu'il avait éprouvé de défaites.

Voilà, mes frères, ce que nous enseigne aujourd'hui le Sauveur, en touchant de sa main le lépreux qu'il veut guérir. Le troisième enseignement que nous en recueillons encore regarde la vertu admirable du sacrement de l'Eucharistie. Dans ce sacrement, en effet, est renfermé le même corps duquel sortait une vertu qui guérissait tout le monde. Luc. VI, 19. A l'époque où la foi commençait à se répandre sur la terre, cette vertu se manifestait visiblement par des guérisons corporelles. De nos jours elle ne guérit que les âmes, prodige tout aussi admirable, tout aussi précieux. Autrefois la foule des malades se pressaient autour du Sauveur afin de le toucher, et d'être délivrés par ce contact de ses infirmités. Nous devrions maintenant témoigner un empressement plus grand encore à accourir auprès du sacrement de l'autel pour guérir notre âme de ses infirmités spirituelles. La guérison de notre âme n'est pas moins importante que la guérison de notre corps ; la santé de l'une n'a pas moins de droits à notre vigilance que la santé de l'autre ; d'ailleurs les maladies de l'âme l'emportent d'autant plus en gravité sur les maladies du corps, que celui-ci est moins élevé en dignité que celle-là. Par suite, la lésion la plus grave sera celle qui affecte la meilleure partie de nous-mêmes. Approchons-nous donc à l'envi du corps du Seigneur; nous trouverons dans son contact la santé, la vie, la joie, la force, le courage, les dons du Saint-Esprit, et enfin un gage de la gloire éternelle.

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TROISIÈME POINT.


Mais revenons au récit évangélique. Le lépreux ayant été guéri, le Sauveur lui dit : « Prends garde de n'en rien dire à personne. Va plutôt te montrer au prêtre. » Quelle est, ô divin maître, la raison du silence que vous lui' commandez ? Est-ce que la gloire de votre majesté n'exigeait pas que la magnificence de vos œuvres fût connue de tous les hommes ? Aviez-vous à redouter la vaine gloire, vous à qui tout honneur et toute gloire sont dus ? Non, Seigneur, vous ne craigniez pas pour vous,mais pour nous, qui sommes plus légers que la paille, plus mobiles que la feuille emportée par le vent. C'est pourquoi il nous faut couvrir du voile du silence le bien que nous faisons et les grâces dont Dieu nous favorise, de crainte de rechercher notre propre gloire sous le prétexte de rechercher la gloire de notre Dieu. Il faudrait même, au jugement de saint Bernard, mettre plus de soin à cacher nos vertus qu'à cacher nos vices. Or, comme nous mettons le plus grand soin à dissimuler nos vices, pour ne pas : perdre l'estime des hommes ; avec quel soin devrions-nous dissimuler nos vertus, pour ne pas perdre l'estime de Dieu ! Ayons plutôt les yeux sur nos misères, que sur les bienfaits que Dieu nous accorde ; et de même que l'on conseille aux personnes qui ont vécu autrefois dans le désordre, de se rappeler leurs égarements passés avant de s'approcher du tribunal de la pénitence ; de même, considérons les dons de Dieu en toute réserve et humilité, de peur que, au lieu d'en remercier le Seigneur, nous ne nous complaisions en notre propre mérite. C'est de la sorte que le Pharisien de l’Évangile, tout en voulant remercier Dieu de ce qu'il n'était point semblable au reste des hommes, tomba dans le piège grossier de l'orgueil. Luc. XVIII, 11 et seq. Pour soustraire ses amis à ce péril, le Seigneur ne les comble quelquefois de ses faveurs, qu'à la condition d'ignorer eux-mêmes la préférence dont ils sont l'objet. Tous les Hébreux voyaient les rayons de lumière qui s'échappaient de la face resplendissante de Moïse ; Moïse seul ne les voyait pas. Exod, XXXIV, 29. Dans ces cas, Dieu ajoute un bienfait à d'autres bienfaits, et il ne permet notre ignorance, que pour sauvegarder notre humilité. C'était donc pour remédier à notre faiblesse, que Jésus-Christ recommandait au lépreux de tenir secret le miracle qui venait d'être accompli.

Il est encore question dans cet évangile de la guérison du serviteur du Centurion. « Le Seigneur étant venu à Capharnaüm, un centurion s'approcha de lui pour le prier et lui dire : Seigneur, mon serviteur est chez moi paralytique, et il souffre beaucoup. » Jésus lui ayant répondu avec sa bonté ordinaire : « J'irai moi même et je le guérirai, » cet homme lui repartit avec la foi et l'humilité la plus touchante : « Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit.. . » Jésus l'ayant entendu fut dans l'étonnement, et se tournant vers ses disciples, il leur dit : « En vérité, je n'ai pas trouvé une pareille foi dans Israël. » Et vraiment elle était bien admirable, cette foi du Centurion. Marthe avait une foi très-vive, lorsqu'elle proclamait ainsi la divinité du Christ cachée sous les traits de son humanité : « Oui, je crois que vous êtes le Christ Fils du Dieu vivant, venu en ce monde. » Joan. XI, 27. Mais elle a dit aussi : « Şi vous aviez été ici, mon frère ne serait : pas mort,» ibid. 21.La foi du prince de la synagogue qui implorait la guérison de sa fille était encore bien vive ; mais il demandait en même temps la présence corporelle du Sauveur : « Venez, lui disait-il, imposez vos mains sur sa tête, et elle vivra. » Marc. v, 23. Mais le Centurion ne demande ni présence corporelle, ni imposition de mains. « Dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. » Or la foi en la toute-puissance de Jésus ne pouvait être plus explicite. Comment, mes frères, une pareille lumière a-t-elle pu briller au milieu de si épaisses ténèbres ? Il faut en rapporter la gloire à cette même toute-puissance. De même qu'elle guérit le serviteur malade, elle éclaira le maître au point d'entrevoir et d'exprimer cette vérité avec la plus admirable foi, avec une foi si surprenante, qu'elle excite l'admiration du Sauveur : Audiens autem Jesus, miratus est. Remarquez,mes frères, que les empires, les royaumes, l'univers lui-même, ne sont rien aux yeux de Dieu. Eh bien ! celui qui ne daigne pas accorder un regard aux biens de la terre, s'arrête avec admiration devant un acte de foi. Apprenez ici le prix de ce don que vous en avez reçu au jour de votre baptême : il est l'objet de l'admiration de celui duquel il est écrit : « Rien n'est admirable à ses yeux. » Eccli. XXXIX, 28.

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Message par Laetitia »

Mais la foi dont je parle n'est pas une foi quelconque ; c'est la foi qui ressemble à la foi du Centurion. Le caractère particulier à cette foi, est d'enflammer la volonté en même temps qu'elle illumine l'intelligence. La foi déclarait d'abord au Centurion que la science et la puissance de ce Dieu caché sous une enveloppe mortelle ne reconnaissaient aucune limite. Or la conséquence pratique de cet enseignement était qu'il fallait implorer la guérison désirée d'une simple parole de Jésus, laquelle ne pouvait pas demeurer sans une pleine efficacité. La conséquence pratique de cet enseignement était encore de témoigner à une majesté si haute la plus grande humilité et le plus grand respect. En disant au Sauveur : « Prononcez une seule parole, et mon serviteur sera guéri, » le Centurion accomplissait la première de ces choses : il accomplissait la seconde en ajoutant : « Seigneur, je ne mérite pas que vous entriez sous mon toit. Je ne me suis même pas jugé digne de venir moi-même à vous, poursuit-il dans saint Luc. Luc. VII, 7. Considérez, chrétiens, la perfection de son humilité, qui ne lui permet pas de paraître, lui Centurion, en présence du fils du charpentier, malgré le danger où était son serviteur. C'est qu'il comprenait que Jésus-Christ joignait à une puissance infinie une science sans bornes, dont la lumière découvrait à ses yeux les profondeurs de l'âme, les pensées secrètes des cœurs, les désirs et les images vaines dont ils sont remplis. Voilà pourquoi, dans la conscience de sa bassesse et de son imperfection, il redoutait sa présence. C'est le même sentiment qui inspirait à saint Pierre, après la pêche miraculeuse, ces paroles où se trahissent la crainte et l'effroi : « Éloignez-vous de moi, Seigneur, car je ne suis qu'un homme pécheur. » Luc. v, 8.

Un respect si profond envers le Sauveur jaillissait, mes frères, du foyer intérieur d'une vive foi. Tâchons de ranimer en nous ce foyer amorti, afin que désormais, outre l'éclat qu'il répandra sur notre intelligence, il communique à la volonté une ardeur qui la détermine à suivre en toutes choses pour règle les enseignements de l'amour divin. Ainsi, après avoir marché ici-bas selon la foi, nous atteindrons la couronne qui nous est offerte ; et après avoir contemplé Dieu sur la terre d'une façon énigmatique, nous mériterons de le contempler à découvert avec les esprits bienheureux dans la céleste patrie.
Ainsi soit-il.
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