Il résulte de là, mes frères, que la grâce pourvoit admirablement par ses divers bienfaits à tous les besoins de notre âme. En même temps qu'elle inonde l'intelligence d'une lumière divine, elle embrase la volonté du feu de la charité, elle maintient l'ordre parmi les sentiments et les passions, et par les célestes délices dont elle nous remplit, elle nous dégoûte des plaisirs et des voluptés de la terre. Dans la prospérité, comme dans l'adversité, nous avons en elle un guide infaillible. Sommes-nous dans la prospérité, elle nous défend contre les dangers d'une vaine complaisance : sommes-nous dans la nuit du malheur, elle calme nos impatiences et elle raffermit notre résignation et notre vertu. Le Prophète a donc raison de dire que le Seigneur protégé de toutes parts le lieu où habite sa gloire, ou, selon une autre interprétation de l'abbé Rupert, que la protection, les soins paternels dont il nous entoure, sont au-dessus de toute gloire humaine, au-dessus de tous les biens de la terre, qui ne méritent même pas de leur être comparés.
Ces considérations bien approfondies dissiperaient aisément les prétextes et les difficultés qui s'offrent ordinairement, lorsqu'il s'agit de réformer sa vie et de régler sa conduite. La plupart, effrayés de la grandeur de l'entreprise, ne manquent pas de faire ces objections que leur inspirent la faiblesse et la lâcheté : Comment réussirai-je à me sevrer entièrement de ces voluptés qui sont ma vie ? Pourrai-je bien mortifier ma chair, persévérer dans la prière, retrancher de mes désirs et de mes convoitises, substituer à une vie molle et efféminée, une vie consacrée à porter la croix de Jésus-Christ ? Sans doute, mon frère, ce changement sera chose difficile pour vous, si vous n'avez égard qu'à vos propres forces. Il vous sera facile et agréable, si vous tenez compte de la vertu divine et du secours de l'Esprit saint, qui certes ne vous manquera pas. Vous avez tort de ne regarder qu'en vous-même : levez encore les regards vers le ciel. Ce serait insulter à la providence et à la sagesse de Dieu, ce serait lui refuser la connaissance de la faiblesse humaine, que d'imposer à l'homme de sa part l'obligation de maintenir ou de rétablir, abandonné à ses seules forces, la pureté et la sainteté dans sa nature viciée. Croyez-vous donc que le Seigneur vous ordonnera, à vous que les ténèbres du siècle environnent, que la mort assujettit à ses lois, que le péché enveloppe de ses liens, de vous diriger vers la terre des vivants, sans vous munir des armes et des provisions nécessaires à un voyage aussi périlleux ? Ecoutez plutôt cette comparaison, et vous verrez ce que vous devez penser de votre ignorance ou de votre défiance exagérée. Remettez-vous en mémoire, je vous prie, d'un côté les obstacles qui séparaient les Hébreux de la terre promise, de l'autre les merveilles devant lesquelles ils s'évanouirent tous. La mer leur barre le passage ; ils vont tomber entre les mains de leurs ennemis. Tout à coup la mer obéit à la voix de Moïse, et ouvre dans son sein un passage aux fugitifs.
Mais les ennemis les poursuivront. Une épaisse nuée s'interpose et dérobe aux Egyptiens la vue du peuple de Dieu. Le voilà dans le désert : quelle sera sa nourriture ? Impossible de travailler et d'ensemencer un sol aussi stérile. Ils n'auront pas de pain terrestre ; Dieu leur donnera un pain céleste et l'homme « mangera le pain des anges. » Ps. LXXVII, 25.
Cependant toujours du pain et de l'eau ; cette uniformité ne devait-elle pas engendrer le dégoût ? Oui, et voilà pourquoi le Seigneur fit pleuvoir au milieu d'eux des viandes et des oiseaux comparables par leur nombre à la poussière et au sable de la mer.
Ils n'auront pas de guide sur cette terre inconnue que ne foula jamais le pas de l'homme. Une colonne de nuée durant le jour, de feu durant la nuit, leur montrera le chemin. Dieu conduisit son peuple dans le désert de telle sorte, que Moïse parlait à ce même peuple en ces termes : « Le Seigneur ton Dieu t'a porté dans le trajet que tu as parcouru, comme un père porte son petit enfant. » Deut. I, 31. Il ne dit pas seulement son enfant, mais son petit enfant, pour montrer la tendresse et la sollicitude extrêmes de Dieu envers ses serviteurs.
Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour l’Épiphanie
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Tels sont en abrégé les bienfaits par lesquels Dieu facilite à son peuple l'entrée de la terre de Chanaan. Pensez-vous, mes frères, qu'il usera d'une moindre bienveillance envers les hommes qui soupirent après la possession de ce royaume céleste, dont il leur a ouvert l'entrée par son propre sang ? surtout quand l'accès de ce royaume est impossible sans un secours particulier de notre Dieu. De plus, si Dieu ne laissa pas de prodiguer ses bontés à un peuple qui les attribuait à un veau d'or, œuvre de ses mains, et qui rendait à cette idole les honneurs divins; pensez-vous qu'il sera moins généreux envers les âmes pieuses, qui l'honorent avec amour, et mettent en lui tout leur espoir et toute leur confiance ? Vous pouvez donc compter sur le secours du Ciel et sur l'assistance de votre Dieu. Vous en avez d'ailleurs une image dans l'étoile des mages. Sa clarté vous représente la lumière éclatante de l’Esprit saint, qui nous éclaire, nous accompagne, nous dirige vers le but de notre voyage ici-bas, comme l'étoile dirigea les mages vers la crèche du divin enfant. Vous n'aurez pas pour guide une lumière matérielle et grossière, mais cet Esprit dont le Psalmiste disait : « Votre esprit bon me conduira dans un lieu sûr, » Ps. CXIII, 10 ; et vous trouverez en lui tous les secours dont vous aurez besoin. Bannissez donc toute crainte, toute pusillanimité, toute défiance : ce sont des sentiments que ne souffre pas la présence de ce divin et tout-puissant Esprit.
« Et voilà, dit l'Evangile, que l'étoile qu'ils avaient vue en Orient les précédait. » Je ne puis, mes frères, me lasser de vous parler de cet astre merveilleux. Il résulte du texte sacré, qu'il s'était montré pour la première fois aux mages en Orient; qu'il disparut ensuite quelque temps à leurs yeux ; et qu'à leur sortie de Jérusalem, il leur servit de nouveau de flambeau et de guide.
Mais pourquoi cette disparition momentanée de l'étoile ? Dieu voulut-il les punir par là de quelque faute ? Certainement non. Si l'étoile disparut aux regards de ces illustres voyageurs, outre la raison que nous en avons donnée plus haut, c'était afin que sa nouvelle apparition redoublât leur bonheur. Et en effet, « dès qu'ils virent l'étoile, ils furent saisis d'une grande joie. » Ainsi, loin de leur nuire en quelque façon, cette disparition devenait pour eux l'occasion d'un véritable avantage. C'était un miracle qui en confirmait un autre, et qui en préparait un troisième dont une joie sans bornes devait être le fruit. Apprenons par cet exemple, chrétiens, que si quelquefois, sans faute de notre part, l'étoile de notre âme, le flambeau des consolations divines viennent à pâlir, Dieu le permet pour notre salut, et non pour notre perte : c'est en nous accordant et en nous retirant tour à tour ses faveurs, qu'il nous mène à la perfection. De même encore que les mages privés de la lumière de l'étoile n'abandonnèrent pas leur entreprise, et la poursuivirent au contraire avec résolution ; de même, en l'absence des consolations spirituelles, n'omettons aucune de nos pratiques pieuses ; poursuivons avec un zèle égal, une ardeur égale, le cours accoutumé de nos bonnes œuvres, et ne sortons pas de la carrière de la vertu. Rechercher, à défaut de consolations spirituelles, les consolations charnelles, c'est une marque d'infidélité et d'inconstance. En ces circonstances, veillons avec plus de soin sur nous-mêmes, afin de trouver avec l'aide de la grâce, dans cette vigilance, un dédommagement salutaire ; comme les mages, attendons patiemment le retour de la lumière divine, et comme eux nous serons inondés de joie et de bonheur.
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« Etant entrés dans la maison, ils trouvèrent l'enfant avec Marie sa mère, et se prosternant ils l'adorèrent. » O foi admirable de ces saints personnages ! Cette hôtellerie n'offre rien de splendide ni de magnifique aux yeux de la chair ; et pourtant des yeux de la foi ces mages découvrent dans cet enfant étendu sur une crèche, un objet digne de leurs adorations. « Est-ce qu'ils trouvèrent, s'écrie à ce sujet saint Chrysostome, un palais construit avec des marbres précieux ? Est-ce qu'ils trouvèrent une cour remplie des représentants de plusieurs peuples ? Y avait-il des soldats aux lances et aux boucliers étincelants ? Y avait-il des chevaux magnifiquement harnachés ; des chars brillants d'or et de pourpre ? La mère du roi nouveau-né reposait-elle, la tête ceinte du diadème, sur un lit d'ivoire ? L'enfant lui-même était-il revêtu de pourpre et de fin lin ? Non certes : ce qu'ils trouvent, c'est une pauvre et misérable chaumière ; une crèche vile et repoussante, trop infecte pour être destinée à d'autres usages qu'à l'usage des animaux ; un enfant enveloppé de langes en lambeaux, sa mère ayant à peine assez de vêtements pour se défendre contre les rigueurs de la saison. Voilà le spectacle en présence duquel les mages se prosternent et adorent.»
« A la lumière de leur admirable foi, ajoute saint Léon, ils reconnaissent sous cette chair le Verbe de Dieu, dans cet enfant la Sagesse incréée, sous cette apparence de faiblesse la vertu d’en-haut, dans cette humanité réelle le Dieu de majesté. Et pour donner une preuve manifeste de leur foi éclairée, ils traduisent par des présents les sentiments de leur cœur. Ils offrent de l'encens au pontife, de la myrrhe à l'homme, de l'or à Dieu. »
Mes frères, n'allons pas nous présenter les mains vides devant la crèche du Sauveur. Offrons-lui, nous aussi, les mêmes présents, mais d'une façon spirituelle, pour lui témoigner notre reconnaissance, en retour de ses innombrables bienfaits. Le sacrifice le plus noble que Dieu réclame en sa double qualité de créateur et de rédempteur, est le sacrifice de l'homme tout entier. Or, l'homme se composant essentiellement de trois choses, du corps, de l'âme et de l'esprit, nous devons lui offrir ces trois choses pures et sans tache, afin que, selon l'expression de l’Apôtre, « notre esprit,notre âme et notre corps soient trouvés parfaits au jour du Seigneur. » I Thessal. v, 23. Offrir notre corps à Dieu en sacrifice, c'est le soumettre à des privations et à des travaux réglés, en souvenir de ce mot du Sage : « Celui qui traite avec délicatesse son serviteur depuis son enfance, finira par le trouver rebelle. » Prov. XXIX, 21. Le sacrifice de notre âme, siège de nos sentiments et de nos désirs, consiste à retrancher, sous le glaive de la crainte de Dieu, autant qu'il est en nous, les mouvements et les désirs désordonnés ; c'est-à dire, à se renoncer soi-même et à porter sa croix. Enfin nous faisons à Dieu le sacrifice de notre esprit, lorsque nous élevons notre intelligence et notre volonté à la contemplation et à l'amour des choses célestes : les deux premiers sacrifices ne sont qu'une préparation à ce dernier. De cette manière, nous rendons au Seigneur ce que nous en avons reçu ; et nous avons lieu d'espérer, qu'après nous avoir conservés par sa grâce dans la pureté qu'il désire, il nous fera part, en récompense de cette même pureté, de sa gloire éternelle.
Ainsi soit-il.
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