Après cela, mes frères, pesez avec moi l'indignité du spectacle que nous avons tous les jours sous les yeux : cette majesté suprême méprisée des hommes, ses préceptes violés, ses droits foulés aux pieds, ses bienfaits méconnus, sa majesté dont on ne tient aucun compte. Car la plupart des mortels font-ils autre chose que d'ajouter les péchés aux péchés, les crimes aux crimes ? Quel est celui qui déteste souverainement le péché mortel ? Quel est, celui qui aime par-dessus tout son Créateur et son Père ? Quel est celui qui fait passer les lois divines avant sa commodité et son agrément ? Combien, au contraire, qui, pour un rien, pour une satisfaction honteuse, pour venger une légère injure, pour un gain sordide, ne craignent pas de violer tous les commandements de Dieu, mettant ainsi au dernier rang ce qui devrait être au premier ? Quoi de plus indigne, de plus injuste, de plus révoltant?
Enfin plusieurs en sont arrivés à ce degré de stupidité, que Dieu est celui qu'ils craignent le moins, dont l'autorité fait sur eux le moins d'impression, qu'ils redoutent le moins d'offenser, dont la grâce et l'amitié ont pour eux moins de valeur, puisqu'ils y renoncent pour un gain futile, pour un plaisir d'un moment. Ici, mes frères, les paroles font défaut, le sentiment est impuissant, l'âme est frappée de stupeur, l'intelligence s'émousse, toutes les forces de l'âme et du corps s'affaissent et tombent devant une pareille indignité ; ne pouvant assez la déplorer, il ne nous reste qu'à l'abandonner à vos sérieuses réflexions.
Que tous ceux qui détestent cette conduite comme elle le mérite, et qui désirent s'acquitter d'un aussi grand devoir que celui de la justice, s'efforcent donc d'accomplir les trois obligations qu'elle renferme, d'après les paroles du prophète que nous avons rapportées, savoir, « faire le jugement, aimer la miséricorde, et marcher avec précaution devant Dieu, » De cette manière, en effet, nous accomplissons toute justice, en rendant ce qui est dû à nous mêmes, à notre prochain, au souverain Maître de l'univers.
Qu'arrivera-t-il de là ? C'est qu'ayant ainsi gravé dans nos âmes une vive image de la justice, nous y reproduirons cette antique image des perfections divines, dont le Créateur, dès le commencement du monde, a mis en nous l'empreinte. Car tout en nous, l'âme et le corps, étant rendu conforme à la loi divine, quelle autre image que celle de Dieu brillera en nous ? Il arrivera encore que, de même que dans l'évangile de ce jour notre Seigneur juge d'après l'image de César de ce qui est dû à César ; ainsi, en voyant la figure de son image imprimée dans notre âme, il nous admettra aussitôt à partager sa gloire et son royaume,nous faisant les héritiers de celui dont nous porterons en nous la ressemblance.
Au contraire, si nous lui offrons l'image de César, c'est-à-dire comme saint Bernard l'explique, du prince de ce monde, il nous fera participer, sans aucun doute, à la condition et au royaume de ce dernier, et nous condamnera à souffrir les tourments de celui dont nous porterons aussi l'image, c'est-à-dire dont nous aurons imité l'orgueil, l'envie, les fraudes, les haines et les mensonges.
Donc, mes frères, puisque c'est de cela seul que dépend notre cause dans le jugement que chacun de nous doit subir aussitôt après la mort, mettons toute notre application à effacer en nous l'image du démon, et à imprimer dans notre âme l'image de notre Sauveur. Nous y réussirons si nous conformons notre conduite aux principes de justice exposés dans ce qui précède. Et ainsi, portant en cette vie la ressemblance avec Dieu que donne sa grâce, nous mériterons d'arriver dans l'autre à la ressemblance plus parfaite dont nous serons éternellement revêtus dans la gloire du ciel.
Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le XXIIe dimanche après la Pentecôte
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