Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour la fête de la Nativité de Notre Dame

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Laetitia
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III.


C'est assez vous entretenir de cette série de rois et de princes qui figurent dans la généalogie du Sauveur. Il nous reste à parler de la très-sainte Vierge, dont l'évangéliste a exprimé la gloire et la dignité dans les derniers mots de l'évangile de ce jour : « Marie, de laquelle est né Jésus, qu'on appelle Christ. Cette seule phrase, si courte, nous ouvre un vaste champ et une abondante matière de louanges en l'honneur de la très-sainte Vierge. Nous ne pouvons, en effet, considérer à la fois cette dignité de mère de Jésus et la nature de la bonté divine, sans y trouver les preuves les plus éclatantes de la gloire de Marie et des immenses trésors de grâce dont elle a été comblée. S'il est vrai qu'il est de la nature de la bonté divine de se communiquer libéralement à toutes les créatures et surtout à celles qui se disposent par une grande innocence et une pureté parfaite à. recevoir cette communication, de quelles splendeurs de la grâce, dites-moi, ne dut-elle pas pénétrer l'âme de Marie, qui était plus pure que les astres et que les esprits angéliques ?
Qu'on présente à la lumière du soleil un miroir sans tache, il participera tellement à l'éclat de cet astre, qu'il en deviendra en quelque sorte l'image. Cette comparaison convient merveilleusement à la très-pure et très-sainte Vierge. Eclairée des rayons du soleil de justice, elle reproduisait ce divin soleil par la sainteté parfaite de sa vie où n'apparaissait rien que de divin et de céleste.
Aussi rien d'étonnant que notre discours reste bien au dessous des louanges dont elle est digne ; le regard de notre âme, ébloui par l'éclat d'une sainteté si grande, s'obscurcit et se trouble à vouloir contempler les vertus de Marie. Nous n'avons donc d'autre ressource que de nous élever à l'intelligence de ces vertus à l'aide de conjectures fondées sur les choses qui nous sont connues et familières.

Et d'abord, Moïse, pour être demeuré pendant quarante jours avec Dieu sur la montagne, parut aux yeux des Israélites avec un visage resplendissant d'une telle lumière, qu'il fut obligé de mettre un voile sur sa face, pour qu'ils pussent le regarder. Que penser de la très-sainte Vierge qui, pendant neuf mois, porta dans ses chastes entrailles le brillant soleil de justice ?
Les évangélistes disent du Sauveur « que toute la foule cherchait à le toucher, parce qu'il sortait de lui une vertu qui les guérissait tous. » Omnis turba quærebat eum tangere, quia virtus illo exibat, et sanabat omnes. Luc., VI, 19. Si donc tous ceux auxquels il était donné de toucher le Sauveur où même son vêtement recevaient le bienfait tant désiré de leur guérison, quelle abondance de grâces ce divin Sauveur ne dut-il pas communiquer à celle qui le portait petit enfant sur son sein, l'allaitait de ses mamelles virginales, le serrait dans ses bras, lui prodiguait les soins les plus tendres ? Que dirai-je de l'ombre de saint Pierre, qui guérissait les malades ? Si Notre-Seigneur a conféré à son serviteur une si grande vertu, quelle vertu ne s'est-il pas réservée pour lui-même, et par conséquent quels trésors de grâces et de vertus celle qui portait toujours dans ses mains non l'ombre du Christ, mais son corps sacré, ne devait-elle pas puiser à cette source ?

(à suivre)
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Laetitia
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Voici une autre comparaison non moins admirable. Nous lisons au livre de la Genèse que le Seigneur augmenta les troupeaux et la fortune de Laban, parce qu'il avait dans sa maison et à son service Jacob, homme simple et juste. Laban le reconnut lui-même, puisqu'il dit à son serviteur : « J'ai reconnu par expérience que Dieu m'a béni à cause de vous. » Experimento didici, quia benedixerit mihi Deus propter te. A quoi Jacob répondit : « Vous aviez peu de chose avant que je fusse venu avec vous, et présentement vous voilà devenu riche : Dieu vous a béni aussitôt que je suis entré dans votre maison. » Modicum habuisti antequam venirem ad te, et nunc dives effectus es : benedixitque tibi Dominus ad introitum meum Gen., XXX, 27-30. Si donc, mes frères, Dieu est si libéral et si magnifique, si son amour envers ses fidèles serviteurs va si loin qu'il répand abondamment ses bienfaits même sur des impies et des idolâtres, parce qu'ils ont sous leur toit des hommes pieux et innocents, de quels dons et de quelles faveurs n'a-t-il pas dû combler celle qui a gardé dans sa maison, qui a nourri, qui a élevé, qui a environné de soins, de tendresse, d'attentions toutes maternelles, non le patriarche Jacob, mais le fils de Dieu, non un serviteur, mais le souverain Maître, non un homme juste et saint, mais Celui qui sanctifie tous les saints ?

Nous pouvons juger encore de la sainteté de Marie par l'intimité constante des rapports qui existaient entre elle et son divin fils. Un vase dans lequel on conserve longtemps un parfum précieux, s'imprègne tellement de l'odeur de ce parfum qu'il semble être devenu le parfum lui-même; or l'auteur de toute suavité et de toute sainteté étant demeuré neuf mois entiers dans le coeur et les entrailles de Marie, ne faut-il pas en conclure que celle qui a possédé si longtemps son Dieu au dedans d'elle-même, devait exhaler en quelque sorte une vertu divine, une pureté divine, une sainteté divine, au point que quiconque la voyait croyait voir Dieu lui-même ? C'est en effet ce que saint Denis dit avoir éprouvé la première fois qu'il vit la très-sainte Vierge. Je ne dois pas omettre une autre comparaison tirée de l'union étroite de l'âme et du corps. Il est certain, d'une part, qu'à l'instant où notre âme s'unit au corps qui a son origine en Adam, elle contracte la souillure du péché originel et participe à toutes les misères de cette vie auxquelles notre premier père a été condamné. Il est certain, d'autre part, que la chair de Jésus-Christ a plus de puissance pour sauver et sanctifier que celle d'Adam pour nuire. Si donc la chair du premier homme infectée par le péché communique tant de maux à l'âme à laquelle elle s'associe, combien la chair de Jésus- Christ, si pure et si sainte, n'a-t-elle pas dû conférer de grâces et de dons divins à la bienheureuse Vierge dont le chaste sein a été le tabernacle de cette chair sacrée ?
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Laetitia
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Message par Laetitia »

Mais qui dira les délices dont cette union si étroite était la source pour Marie ? Qui dira ses joies dans la société familière de Jésus et l'admiration que lui causait la vue des miracles de son divin fils ? Le miracle est ainsi appelé, en effet, à cause de la grande admiration qu'il excite. C'est ainsi que l'Evangile dit de Pierre, que « il était dans la stupeur, et tous ceux qui étaient avec lui, à la vue des poissons qu'ils avaient pris. » Luc., V, 9.

C'est ainsi encore que « le peuple voyant marcher le boiteux guéri par le chef des apôtres, fut rempli d'admiration et d'étonnement de ce qui lui était arrivé. » Act., 111, 9-10. Quels ne devaient donc pas être l'admiration et le ravissement de Marie, qui voyait s'accomplir autour d'elle tant de miracles ? Ces prodiges, elle les contemplait, elle les méditait avec la plus grande attention, comme nous le fait clairement entendre ce passage de l'évangéliste saint Luc : « Marie conservait toutes ces choses en elle-même, les repassant dans son cour. » Maria conservabat omnia verba hæc, conferens in corde suo. Luc., II, 19. De quelle admiration donc n'était-elle pas remplie, lorsqu'elle passait en revue tant de prodiges : l'ineffable conception de Jésus-Christ opérée en elle par la vertu du Saint- Esprit, la prophétie d'Elisabeth, le tressaillement de Jean-Baptiste, son enfantement sans douleurs comme sans souillure, l'adoration des bergers, les hymnes des anges, l'offrande des Mages, le cantique de Siméon, les transports de la prophétesse Anne ? L'étonnement, l'extase, les délices et la sainte ivresse où la méditation de toutes ces merveilles plongeait l'âme de Marie, qui pourrait non-seulement les dire, mais même les concevoir ?

Puisque cette très-sainte Vierge a été comblée de tant de célestes faveurs, et qu'elle a tant de puissance sur le cour de son Fils, quels dons et quels bienfaits ne répandra-t-elle pas sur ceux qui lui sont entièrement dévoués, qui l'honorent comme étant après Jésus leur salut et leur espérance, qui mettent leur confiance dans sa miséricorde et récitent dévotement le Psautier de Marie, qui contient toute la vie de la Mère et du Fils ? Nous avons dit, au commencement, que le laurier et l'aigle ne sont jamais frappés de la foudre. Allons donc nous reposer, mes frères, à l'ombre des ailes de cet aigle royal et sous ce laurier toujours vert, afin qu'à l'abri de la foudre du péché, nous méritions d'entrer un jour dans la sainte et glorieuse société de cette Vierge sans tache, moyennant la grâce de Jésus-Christ, Notre-Seigneur, qui vit et règne dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
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