SWS, Livre V, II, C3, A, §197, traduit par le chartreux a écrit :
II. 5. Que le Christ ait accompli des œuvres méritoires ne peut alors être que le résultat d'une ordonnance de Dieu et du Christ lui-même, décidant que le Christ agirait comme un serviteur (in persona et habitu servi). Le but étant que le Christ, devenu serviteur et représentant de l'humanité, obtienne par ses mérites ce qu'elle n'aurait pas pu obtenir par elle-même. Le Christ devait donc user de la forme de service naturelle à l'homme : la souffrance et la prière suppliante. Il y avait également le but secondaire que le Christ retrouve par la voie du mérite les dons et privilèges auxquels il avait volontairement renoncé. Cette voie du mérite prise par le Christ a donc une double utilité : elle est à la fois une faveur qui nous est accordée et un exemple qui nous est donné. Même quand le Christ priait "pour lui-même", il le faisait en partie pour donner l'exemple, et en partie pour notre bénéfice indirect.
Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
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SWS, Livre V, II, C3, A, §197, traduit par le chartreux a écrit :
II. 6. Au bout du compte, l'œuvre méritoire du Christ a répandu sa Sainteté sur l'humanité et a transfiguré et glorifié la partie inférieure de son humanité. Ainsi, ses mérites tendent à "faire passer" l'onction divine de la tête au corps : de sa partie supérieure à la partie inférieure, et de la tête mystique aux membres subordonnés.
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SWS, Livre V, II, C3, A, §197, traduit par le chartreux a écrit :
III. L'infinité de la valeur intrinsèque des actes du Christ entraîne nécessairement l'infinité de leur pouvoir méritoire ; il n'y a aucun don divin que, par ses mérites, le Christ ne puisse acheter à son juste prix (mérite de condigno) ; il n'existe aucun autre mérite qui ne soit pas surpassé par, et virtuellement dans les mérites du Christ. Aucune récompense finie ne peut rémunérer de manière adéquate son mérite, et même la somme des mérites de toutes les créatures possibles ne peut égaler le sien. Cette doctrine a été niée par les scotistes et nominalistes, mais a été aussi universellement admise pendant des siècles.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §197, traduit par le chartreux a écrit :
III. 1. C'est la valeur et le mérite intrinsèques qui sont infinis : la récompense obtenue en revanche est finie.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §197, traduit par le chartreux a écrit :
III. 2. Cette infinité des mérites du Christ n'"oblige" pas Dieu à répondre par une récompense adéquate, ni même à accepter ces mérites comme droit à une telle récompense. Dieu n'est obligé que par les promesses qu'Il fait. Et pourtant, indépendamment de toute promesse divine, toute œuvre que le Christ souhaite voir récompensée reçoit infailliblement sa récompense, en vertu de l'excellence de sa dignité personnelle et de la coopération organique entre les deux volontés. Aucune opposition n'est possible entre la volonté qui mérite et la volonté qui récompense. La volonté humaine du Christ ne peut désirer inconditionnellement une récompense que s'il sait que Dieu a décidé d'accorder cette récompense. On peut donc résumer la puissance méritoire du Christ par cette formule : "Le Christ obtient toujours effectivement ce qu'il souhaite obtenir et tout ce que Dieu a décrété qu'il serait obtenu."
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §197, traduit par le chartreux a écrit :
III. 3. Bien que le mérite infini du Christ ne reçoive pas une récompense proportionnelle ni infinie, l'Écriture ne mentionne pas moins ce mérite infini. Elle souligne, en particulier, que pour son œuvre, le Sauveur reçoit des honneurs divins et de Dieu et des hommes (Phil. 2:9 et suiv.), privilège qui ne peut se justifier que par un mérite infini. La grâce sanctifiante, que le Christ a acquise pour d'autres, est d'une valeur infinie, parce qu'elle donne un titre à la possession et jouissance immédiate de Dieu lui-même. Aucune simple créature ne peut mériter cette grâce à son juste prix (mérite de condigno) ; et même quand elle est possédée, elle ne donne droit à son détenteur qu'à un certain accroissement et complétion. Mais le Christ mérite la grâce sanctifiante pour des créatures tout à fait incapables de la mériter par elles-mêmes ; ici encore son œuvre méritoire produit un bien d'une valeur infinie.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §197, traduit par le chartreux a écrit :
III. 4. L'infinité des actes méritoires du Christ, étant fondée sur l'excellence de leur auteur, ne peut se limiter à aucun acte en particulier ni à l'ensemble ; mais elle appartient séparément à chacun en particulier. Ainsi des actes différents peuvent correspondre à une même récompense. Comme de plus cette récompense dépend d'une ordonnance divine et de l'intention du Christ, il est aussi possible qu'une récompense donnée corresponde à plusieurs actes liés entre eux. D'ailleurs, le mérite de la totalité de l'œuvre du Christ a été fait dépendant de son point culminant, le sacrifice de la Croix.
Il y a une analogie presque parfaite entre le pouvoir infini du mérite du Christ (ainsi que ses effets) et la toute-puissance divine (ainsi que ses créations).
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §197, traduit par le chartreux a écrit :
IV. L'infinité des mérites du Christ implique qu'il peut mériter de manière adéquate toutes choses que les simples créatures ou lui-même puissent demander par la prière ; et de plus, que sa prière elle-même est un acte suffisamment méritoire pour obtenir ce qui est demandé dans la prière. Mais il y a encore un autre point de vue sous lequel le pouvoir impétratoire de ses prières est infini. L'amabilité infinie du Fils de Dieu fait que le Père ne saurait refuser aux prières de son Fils ce qu'il concède jusqu'à un certain point aux prières des justes et même des pécheurs.
C'est ainsi que beaucoup de Pères grecs entendent Héb. 5:7, "[Le Christ] a été exaucé, à cause de son respect" (ἀπὸ τῆς εὐλαβεἰας). Ils interprètent le "respect" comme désignant l'estime que Dieu le Père porte au Fils ; la prière reçoit en effet une réponse proportionnelle à l'estime que Dieu a pour celui qui prie, tandis que le mérite vient de l'estime de celui qui mérite pour Dieu ; et les prières de créatures ne peuvent appeler qu'à l'amour et la miséricorde de Dieu.
Les prières inconditionnelles du Christ sont infailliblement exaucées : les affirmations réitérées dans la sainte Écriture que les prières du Christ sont certaines d'être satisfaites ne peuvent s'expliquer autrement, et par ailleurs, la volonté divine du Christ ne peut s'opposer à la volonté humaine du Christ. Notons que la prière du Christ au jardin était conditionnelle : "Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de Moi" (Matth. 26:30).
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §197, traduit par le chartreux a écrit :
V. Une autre conséquence de la valeur infinie des mérites du Christ est qu'elle peut obtenir pour n'importe quel nombre d'autres personnes tous les privilèges de la gloire et de la grâce surnaturelles. On peut dire à cet égard que "le mérite revient au médiateur", dans la mesure où le Christ obtient des privilèges pour d'autres en sa qualité de médiateur, et transfère ses droits à ses clients. Ce mérite de médiateur est souvent appelé "mérite de la tête" (meritum capitis), pour expliquer pourquoi et comment les mérites surabondants de la tête de l'humanité se propagent aux membres du corps mystique.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §197, traduit par le chartreux a écrit :
VI. Quand le Christ agit dans le but de mériter pour lui-même et d'autres, il agit dans la personne d'un serviteur, et sa demande de récompense est, comme celle des créatures, fondée sur la promesse divine d'accepter les bonnes œuvres, qu'on appelle pactum divinum. Mais le Christ n'agit pas seulement en tant que serviteur, il agit aussi en tant que "ministre de Dieu", c'est-à-dire en la personne de Dieu. Il a la position d'un ministre ou d'intendant, ayant un titre particulier pour gérer les biens de son maître : il est à la fois représentant des serviteurs au maître, et représentant du maître aux serviteurs. Les actes méritoires du Christ présentent donc un double aspect : en tant qu'œuvre de serviteur, ils demandent une récompense ; en tant qu'œuvre divine, leur succès est garanti.
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