SWS, Livre V, II, C3, A, §186, traduit par le chartreux a écrit :
IV. Les Pères décrivent souvent la génération du Christ comme une œuvre de grâce et de prédestination, et certains, comme S. Cyril d'Alexandrie (Dial. III , De Trin.) vont jusqu'à utiliser l'expression grecque signifiant fils adoptif (υἱὸς θετὸς μεθ᾽ ἡμῖν). Il n'y a cependant là aucune difficulté si l'on se souvient que la grâce qui a fait le Christ Fils de Dieu, l'a fait Fils naturel de Dieu, excluant la possibilité même d'une adoption.
L'expression υἱὸν τιθέναι, contrairement au latin adoptare, n'exclut pas la notion d'une filiation naturelle, et s'applique donc avec raison à l'acte de la grâce qui a uni la nature humaine au Verbe, et fait du Christ le Fils de Dieu. Les expressions fréquentes affirmant que le Christ a "assumé" la relation de filiation, ou bien qu'Il y a été "admis" ne sont qu'une autre manière de présenter la même idée.
Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §186, traduit par le chartreux a écrit :
V. Au moyen-âge, les scolastiques ont imaginé des systèmes adoptionistes qui n'étaient pas hérétiques, mais qui restent néanmoins incorrects théologiquement. On ne saurait admettre de "deuxième filiation" du Christ en vertu du principe énoncé par S. Thomas : "Or, il faut considérer que, lorsqu'un nom convient selon son sens parfait (secundum perfectam rationem) à une personne, on ne doit pas le lui appliquer suivant les sens imparfaits (secundum rationem imperfectam) qu'il comporte.
Par exemple, Socrate étant un homme dans toute la propriété de cette raison d'homme, on ne devra pas dire de lui qu'il est un homme au sens où l'est un portrait, même à supposer que Socrate lui-même ressemble à un autre homme. Or le Christ est Fils de Dieu selon une parfaite raison de filiation ; aussi, bien que selon la nature humaine, il ait été créé et justifié, il ne doit être appelé Fils de Dieu ni en raison de la création ni en raison de la justification, mais seulement en raison de la génération éternelle qui fait de lui le Fils du Père seul." (IIIa, q. 32, art. 3; cf. aussi Franzelin, thès. xxxviii).
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §186, traduit par le chartreux a écrit :
VI. Toutes les tentatives d'établir une deuxième filiation pour le Christ, coexistant à côté de sa génération éternelle, sont hérétiques ou au moins douteuses. Elles échouent aussi à bien expliquer le lien naturel entre l'homme Jésus-Christ et Dieu. Il est surprenant que, parmi tous ces théologiens qui ont essayé tant d'analogies dans ce domaine, aucun n'ait pensé à une analogie bien meilleure suggérée par un passage de S. Paul (1 Cor. 6:17 ; cf. Gen. 2:24).
L'homme Jésus-Christ est pour Dieu comme un beau-fils en quelque sorte, bien que le terme de beau-fils qui implique une personnalité indépendante ne puisse pas s'appliquer à l'homme Jésus-Christ, qui n'a de personnalité que celle du Verbe. Les Pères grecs aussi use de cette analogie de filiation par mariage pour illustrer l'adoption par la grâce, et ils gardent cette analogie en tête quand ils disent que le Christ est le Fils "assumé" ou "adopté" de Dieu. Ils représentent l'union hypostatique comme une union matrimoniale, réalisée dans le thalamus de Marie entre le Verbe et la chair, et ainsi la chair est faite "un seul esprit" avec le Verbe, en un sens bien plus réel et force que quand l'âme sanctifiée par la grâce devient un seul esprit avec Dieu (1 Cor. 6:17).
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §186, traduit par le chartreux a écrit :
À ce point de vue, les Pères grecs envisagent donc la nature humaine comme une épouse, sans cependant en faire une hypostase ou quasi-hypostase, par ce que la notion d'épouse implique une certaine infériorité et dépendance analogue à celle de la partie au tout. Le rôle de l'épouse est passif : elle est faite membre d'un tout dont la tête est l'époux ; dans le cas du mariage mystique du Verbe avec la chair, ce rôle est rempli avec la plus haute perfection, puisqu'elle aboutit à une seule personne, tandis que les époux humains restent deux personnes distinctes.
Ainsi, si nous considérons la nature humaine comme étant en quelque sorte l'épouse du Verbe, il y a alors une relation de père à belle-fille. Nous devons cependant nous abstenir de qualifier cette relation par des termes dénotant une personnalité, comme les termes d'époux, beau-fils, belle-fille, en nous restreignant à des expressions plus impersonnelles : le Christ est l'agneau de Dieu, la chair de Dieu (caro Dei), ou plus exactement le membre d'un tout dont Dieu est la tête.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §186, traduit par le chartreux a écrit :
VII. De ce qui précède, nous voyons que cette relation entre l'homme Jésus-Christ et Dieu, conçue ainsi comme une affinité entre époux (plutôt qu'une seconde filiation en plus de la génération éternelle du Verbe) n'est pas en conflit avec l'union hypostatique : elle la suppose formellement, bien au contraire. Cette affinité qui exprime une filiation réelle convient mieux que les notions d'adoption ou de filiation par la seule grâce, et résout chacune des quatre difficultés mentionnées plus haut (au II de cette section). Enfin, elle présente l'avantage d'unir dans un très-bel organisme la génération éternelle du Christ avec sa génération temporelle.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §186, traduit par le chartreux a écrit :
VIII. Pour résumer cette doctrine sur la filiation de l'homme Jésus-Christ : il n'y a qu'une seule génération dans le Christ, l'éternelle, qui de la nature divine est automatiquement transmise à la nature humaine. De sorte que l'homme Jésus-Christ participe à cette relation, au point que son rapport propre à Dieu en acquiert le caractère d'un rapport de fils à père. Ainsi, ces deux relations différentes, entre le Verbe et Dieu, et entre l'homme Jésus-Christ et Dieu, ne font pas que coexister côte à côte, mais s'interpénètrent, pour finalement constituer cette filiation toute particulière et unique au Christ, dont on ne trouverait aucun analogue parfait ni sur la terre ni dans les cieux. Ce n'est ni une filiation purement humaine, ni la génération éternelle en Dieu : c'est la génération divine d'un homme. L'analogie est imparfaite sur le plan des natures, mais parfaite sur le plan des personnes.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §186, traduit par le chartreux a écrit :
IX. Ce caractère spécifique de la génération divine de l'homme Jésus-Christ, distinct et de la génération éternelle du Verbe et la filiation adoptive des saints, est bien exprimée par la formule ὁ Παῖς τοῦ θεοῦ, Puer Dei, l'enfant ou le garçon de Dieu, appliqué au Christ. Ainsi Matt. 3:17, citant Isa. 42:1 d'après la Septante ; Actes 3:13, 26, et 4:27, 30. Par rapport à son père, le garçon est à la fois fils et enfant. Il est fils par ce que la personne du père est représentée et reproduite en lui ; il est enfant par ce que la progéniture incomplète encore de ses parents, et est pour cette raison un membre subordonné au père dans la famille, tout comme la mère.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §186, traduit par le chartreux a écrit :
Il est aisé maintenant de développer les sens de l'expression "enfant de Dieu" appliqué au Christ. L'homme Jésus-Christ est fils du Père dans la mesure où la personne qui le constitue reproduit celle du Père ; il est enfant à raison de l'infériorité et de l'impersonnalité de sa nature humaine ; il est un membre subordonné à l'intérieur de la Famille divine (filius familias). Au lieu des deux filiations dans le Christ, nous avons une double relation de Fils et d'enfant, comme résumé par le terme de "garçon" ; ces deux relations ont cependant une origine unique dans le même acte divin.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §186, traduit par le chartreux a écrit :
Le nouveau Testament utilise rarement l'expression ὁ Παῖς τοῦ θεοῦ ; cependant, chaque fois que le "Fils" parle de lui-même comme inférieur au Père, ou comme l'objet de l'attention aimante du père (ainsi que dans d'autres passages ayant trait à son origine et sa gloire finale), le "Fils" est considéré comme "enfant". Une telle interprétation de tous ces passages est en tout cas simple, belle et harmonieuse, et compatible avec l'exégèse plus commune que "le Fils de Dieu est considéré là comme un homme ou sous la forme d'un serviteur". L'"enfant de Dieu" est "le premier-né d'entre beaucoup de frères" (Rom. 8:29), qui sont les enfants de Dieu par la grâce, et dont il est l'Exemple et la Tête.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre V : La Rédemption
SWS, Livre V, II, C3, A, §186, traduit par le chartreux a écrit :
X. Il y a des bonnes raisons de supposer que le nom "agneau de Dieu" est rigoureusement identique à celui de παῖς (garçon) de Dieu. L'usage que S. Jean fait de cette expression ressemble beaucoup à celui que les Prophètes font du "bourgeon de Dieu". La forme masculine, ἀμνός, corresponds à παῖς, le garçon ; la forme neutre, ἀμνίον, à παιδίον, l'enfant. Dans le langage sacré et même profane, la relation entre un pasteur et son troupeau est une image de la relation entre pères et fils ou entre supérieurs et inférieurs ; les rois et prêtres sont dits "pasteurs" de leurs "troupeaux" ; les enfants qui viennent d'être baptisés sont surnommés agni ou agnelli (petits agneaux) de Dieu ; Dieu et le Christ expriment leur attentive bienveillance en se donnant le titre de Pasteur, et l'humanité est alors toujours représentée comme un troupeau de brebis et d'agneaux.
Qui est en ligne ?
Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 0 invité