Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le Vème dimanche après Pâques

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Laetitia
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Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le Vème dimanche après Pâques

Message par Laetitia »

Ainsi, de même qu'il conserve les différentes natures, les différents ordres d'animaux, en mettant une certaine amorce de plaisir dans les actes qui ont rapport à la conservation soit de l'espèce, soit des individus, amorce qui assure la perpétuité de ces diverses fonctions ; de même, réconfortant les cœurs des justes par les douceurs, les suavités merveilleuses de l’Esprit divin, il les excite à se porter à tous les devoirs de la piété et de la justice avec une allégresse et une ferveur incroyables. C'est ce qu'insinuent ces paroles du Prophète : « Heureux le peuple qui sait vous louer avec de saints transports ! » Pourquoi heureux ? Il en donne la cause : « Seigneur, ils marcheront à la lumière de votre visage, » c'est-à-dire dans la voie que vous leur montrerez. « Ils se réjouiront en votre nom, » c'est-à-dire ils puiseront en vous d'ineffables voluptés ; « et votre justice, » c'est-à-dire votre bonté et votre miséricorde « les élèvera en honneur, » Ps. LXXXVIII, 16, parce qu'ils feront chaque jour des progrès dans la vertu. Voilà les fruits de cette douce jubilation du cœur.

Une fois qu'on a goûté cette joie nouvelle de l'Esprit, il n'est rien de si précieux dans la vie qu'on ne méprise facilement ; rien de si difficile qu'on n'entreprenne avec allégresse. Car c'est avec autant de vérité que de piété qu'il a été dit : « Le juste est plus heureux avec le peu qu'il possède, que ne le sont les pécheurs avec de grandes richesses. » Melius est modicum justo, super divitias peccatorum multas. Ps. XXXVI, 16. C'est là, en effet, dit saint Grégoire, la perle de l'Evangile trouvée par un sage marchand qui vend tout ce qu'il possède pour se la procurer, Matth. XIII, 46 ; parce que, poursuit le même saint, celui qui connaît parfaitement, autant que c'est possible toutefois, la douceur de la vie céleste, quitte volontiers ce qu'il avait aimé sur la terre. En comparaison de ce bien, tout devient vil à ses yeux; il renonce à ce qu'il possédait, il jette ce qu'il avait amassé, il s'enflamme pour les choses du ciel, celles de la terre ne lui sourient plus, tous les objets matériels qui lui plaisaient lui paraissent méprisables, parce que l'éclat de la précieuse perle brille seul aux yeux de son âme.

Cette même joie fait que non-seulement nous méprisons tout ce que le monde regarde comme précieux, mais que nous formons des entreprises ardues et difficiles par amour de Celui qui nous console d'une manière si suave. Car, de même que les ours faisant invasion sur des ruches, alléchés qu'ils sont par le miel, supportent facilement les aiguillons et les blessures des abeilles ; de même les saints, quand ils ont goûté cette douceur céleste, sont prêts à tout aborder et à tout souffrir pour Celui qui se montre à eux si doux et si aimable.
(à suivre)
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Laetitia
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Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le Vème dimanche après Pâques

Message par Laetitia »

Cette joie inspire aussi la crainte filiale du Seigneur ; voilà pourquoi le royal Prophète lui adressait cette prière : « Que mon cœur se réjouisse, afin de craindre votre nom. » Ps. LXXXV, 11. Car celui qui est comblé de joie par Dieu au point de brûler du désir de lui plaire, craint vivement d'offenser, même dans la moindre chose, Celui qui le conduit par un chemin si aimable et si doux.

Elle rend encore nos prières efficaces et agréables à Dieu ; le même Prophète le dit : « Réjouis-toi dans le Seigneur, et il t'accordera les demandes de ton cœur. » Ps. XXXVI, 4. Car le Seigneur écoute volontiers les prières qui partent d'un cœur, non pas languissant et engourdi, mais allègre et fervent. Enfin elle nous fait marcher vaillamment dans la voie des divins préceptes, comme le proclame la même bouche inspirée : « J'ai couru dans la voie de vos commandements, quand vous avez eu élargi mon cœur. » Ps. CXVIII, 32. La tristesse, en effet, nous serre le cœur, tandis que la joie le dilate et l'épanouit. Voilà pourquoi, ayant perdu cette joie par le crime, le saint Prophète la redemande, afin de reprendre sans broncher cette voie salutaire : « Rendez-moi, dit-il, la joie de votre salut, et fortifiez-moi de l'Esprit vivifiant. » Ps. L, 14. Saint Augustin la demandait aussi de toute l'ardeur de ses désirs en ces termes : « Seigneur, seul refuge, unique espérance des malheureux, vous que jamais on n'implore sans espoir de miséricorde, puissé-je, toutes les fois que je pense à vous, que je parle de vous, que j'écris, que je lis, que je m'entretiens de vous, toutes les fois que vous venez à mon souvenir, que je suis auprès de vous, que je vous offre louanges, prières et sacrifices, puissé-je verser en votre présence d'abondantes et douces larmes, afin que « ces larmes me servent de pain et le jour et la nuit. » Ps. XLI, 4.

Si vous me demandez en quel lieu surtout on savoure cette consolation, le Seigneur, parlant des justes, répond à cette question par la voix d'Isaïe : « Je les remplirai de joie dans la maison consacrée à me prier. » Isa. LVI, 7. Là, en effet, ils se fortifient de cet aliment céleste, quand ils offrent au Seigneur des prières et des louanges, quand ils méditent les divins oracles. Si vous me demandez quelle en est la cause, la voici. Comme l'a dit Aristote, rien n'est plus doux à celui qui aime que de parler de l'objet aimé, que de concentrer toutes ses pensées sur cet objet. Or, comme les justes embrassent Dieu du plus ardent amour, il s'ensuit que la plus douce nourriture de leur âme est de s'entretenir avec Dieu, de vivre avec lui, de s'occuper de lui, de penser à lui, ce qui a lieu principalement dans la prière. Vous voyez par là, mes frères, combien est grande la puissance de la prière, puisque, outre son efficacité pour obtenir, elle inonde le cœur d'une joie délicieuse qui excite à l'exercice de toutes les vertus.
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Laetitia
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Re: Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le Vème dimanche après Pâques

Message par Laetitia »

Mais quand je dis prière, je n'entends pas,mes frères, une prière stérile et défaillante, une prière vide de bonnes œuvres ; car vous savez qu'il est écrit : « Exécrable sera la prière de celui qui se bouche les oreilles pour ne pas écouter la loi. » Prov. XXVIII, 9. Et encore : « D'où vient que vous m'appelez, Seigneur, Seigneur, et que vous ne faites pas ce que je dis ? » Luc. VI, 46. - Mais, dites-vous ; je suis pauvre, je n'ai pas les moyens d'aider autrui, et de me répandre en bonnes œuvres. - Si vous n'avez pas à donner aux autres, au moins vous avez un corps que vous pouvez mortifier et offrir à Dieu comme une victime vivante. En êtes-vous empêché par la faiblesse de votre constitution ou par une maladie incurable ? Vous avez une âme travaillée par les passions ; or, la justice chrétienne consiste principalement à les modérer et à les calmer. Un saint anachorète répondit à un jeune homme qui s'accusait, et qui se plaignait amèrement de lui-même, de ce qu'il ne pouvait ni supporter le jeûne, ni secourir le prochain à cause de sa pauvreté : « Si rien de cela n'est possible, fais en sorte que tes passions ne te conduisent à aucun crime; ce sera assez pour ton salut. »

De plus, quand je vante la prière, il ne s'agit pas d'une prière distraite, troublée par les agitations de l'âme; j'exige une prière attentive, humble, pieuse, remplie du suc et de la sève de la dévotion. Autrement le Seigneur pourrait nous jeter à la face les paroles d'Isaïe : « Ils m'honorent des lèvres, mais leur cœur est loin de moi. » Isa. XXIX, 13. - « Que ferai-je donc ? Je prierai en esprit, je prierai avec intelligence, » I Cor. XIV, 15, car « Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité. » Joan. IV, 24. En effet, la prière est une élévation de l'âme à Dieu ; si donc vous négligez d'élever votre âme à Dieu, vous ne priez pas plus qu'un perroquet, auquel on a appris à répéter des paroles sacrées qu'il ne comprend pas. Ainsi, dit un saint Père, quand nous prions, ou quand nous psalmodions, ayons soin de ne pas fredonner à la manière des petits oiseaux ; car c'est ainsi que prie celui qui néglige d'être attentif à sa prière. Enfin, suivant Tertullien, la prière doit partir d'un esprit semblable à cet Esprit auquel elle s'adresse.

Or, pour éviter les distractions, il faut veiller soigneusement à la pureté du cœur. Et pour acquérir cette pureté, il faut être maître des sens externes, c'est-à-dire, des yeux et des oreilles, de peur que par ces fenêtres de l'âme ne s'introduisent des images qui se présenteraient dans la prière, et nous détourneraient de la pensée des choses célestes. Un solitaire célèbre de la Thébaïde, Sylvanus, lorsque sa prière était finie, avait coutume de fermer les yeux ; et quand il arrosait les légumes de son jardin, il se voilait tellement la face, qu'il ne voyait rien autre chose que le sol qu'il arrosait. Comme on lui en demandait la raison, c'est, dit-il, afin que mon âme ne soit pas distraite de ses pensées par la vue des objets qui m'entourent.

Veillons donc sur nous, mes frères, nous tous qui tenons à conserver la pureté du cœur, et alors offrant au Seigneur une véritable prière, nous mériterons qu'il nous accorde ici les joies spirituelles, et dans le siècle à venir les joies célestes.
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