(à suivre)SERMON POUR LE SAINT JOUR DE PÂQUES.
Jesum quæritis Nazarenum crucifixum ; surrexit, non est hic..., sed ite, et dicite discipulis ejus et Petro, quia præcedet (sic) vos in Galilæam.
Explication de l'Évangile.
Vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié ; il est ressuscité, il n'est point ici..., mais allez dire à ses disciples et à Pierre, qu'il s'en va devant vous en Galilée. Marc. XVI, 6.
Dans ces saints jours, mes frères, où l'Eglise joyeuse célèbre par ses chants la résurrection du Seigneur, la parole qu'elle répète le plus fréquemment a pour objet de nous inviter à participer à sa joie. « Voici le jour, nous dit-elle, que le Seigneur a fait, passons-le dans les transports de la plus vive allégresse. » Hæc dies quam fecit Dominus, exultemus et lætemur in ea. Hélas, mes frères, il y en aura peut-être beaucoup qui se réjouiront aujourd'hui, mais pas de cette joie que nous recommande l'Apôtre quand il dit : « Réjouissez-vous sans cesse en notre Seigneur; je le dis encore une fois, réjouissez-vous. » Phil. iv, 4. Beaucoup de chrétiens, totalement étrangers à cette sainte allégresse, se réjouissent uniquement de ce que ce jour met fin aux fatigues du jeûne et de la pénitence ; de ce qu'ils pourront maintenant se rassasier de viandes; de ce qu'ils pourront manger à toute heure, se livrer au jeu et vivre avec plus de liberté ; enfin, de ce qu'ils n'ont plus à subir les humiliations de la confession. Ces chrétiens ne se réjouissent ni dans le Seigneur, ni à cause de la résurrection de Jésus-Christ. Car cette sainte joie, à laquelle l'Eglise nous invite, n'a rien de commun avec celle qui naît de ces biens périssables, dont le Sauveur a voulu nous détacher au prix de tant d'outrages, d'affronts, de travaux et de souffrances. Là où règnent les joies terrestres, il n'y a pas de place pour cette joie sainte, qui est l'ennemie des voluptés de la chair.
Qui donc participera à cette immense allégresse de l'Eglise ? D'abord ceux qui ont mis en Jésus-Christ leur espérance, car leur espérance est ressuscitée avec lui. Ainsi se réjouissait le Prophète quand il disait : « Mon cœur et ma chair tressaillent devant le Dieu vivant. » Ps. LXXXIII, 2. Pourquoi, ô Prophète, vous réjouissez-vous ainsi dans le Dieu vivant? — Parce que mon salut, mon bonheur, mon espérance, étant appuyés sur lui, participent à sa résurrection et à sa vie impérissable. — Les justes ont donc aujourd'hui grand sujet de se réjouir. Il en est de même des pécheurs, si toutefois ils ont lavé leurs anciennes souillures par la pénitence quadragésimale, et si, ayant dépouillé le vieil homme pour commencer une vie nouvelle, ils sont ressuscités avec Jésus-Christ. Un si grand bienfait doit les remplir de joie, eux dont on peut dire, comme de l'enfant prodigue : « Il était mort, et il est ressuscité ; il était perdu, et il est retrouvé. » Luc. XV, 32. N'a-t-il pas sujet de se réjouir, celui qui s'est retrouvé après s'être perdu, celui qui, délivré de la mort spirituelle, est ressuscité à la céleste vie par le mystère ineffable de la rédemption ? Ainsi, ceux qui s'inquiètent du salut de leur âme, qui n'ont rien de plus à cœur ici-bas; ceux qui, délivrés de la mort du péché par la grâce de Jésus-Christ, ont commencé une vie nouvelle et ont le sentiment des choses divines, ceux-là ont raison de se réjouir du mystère de ce jour. Pour avoir part à leur bonheur, implorons humblement le secours du ciel par l'intercession de la très-sainte Vierge. Ave, Maria.
Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le dimanche de Pâques.
Sermon du Vénérable Louis de Grenade pour le dimanche de Pâques.
Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le dimanche de Pâques.
(à suivre)I.
Dans l'évangile de ce jour, mes très-chers frères, ces trois saintes femmes, qui vinrent avec des parfums pour embaumer le corps du Sauveur, nous offrent un grand exemple de charité. Car elles l'avaient vu rendre l'âme sur la croix peu auparavant; elles l'avaient laissé enfermé dans le tombeau ; elles n'espéraient pas sa résurrection ; elles savaient que le tombeau lui-même était entouré de soldats qui en défendaient l'entrée ; elles croyaient alors qu'elles ne retireraient de leur zèle qu’un surcroît de douleur à la vue du corps inanimé du Sauveur : et néanmoins, pour rendre au moins quelque honneur à ce saint corps, elles étaient décidées à donner au Sauveur ce dernier témoignage d'affection, tant l'amour qu'elles lui avaient voué était encore vivant dans leurs âmes. En effet, comme le dit saint Pierre Chrysologue, le véritable amour n'examine pas ce qui est possible ou ce qui arrivera ; mais, pour se satisfaire, il ne trouve rien d'impossible ou de difficile, et il ne se propose pas un autre fruit de ses efforts que d'exécuter ce qu'il désire, et de plaire, au péril même de la vie, à celui qu'il aime. C'est ce dont nous offrent un magnifique exemple, ces trois enfants que Nabuchodonosor fit jeter dans une fournaise pour avoir méprisé sa statue d'or. Car le roi leur adressa ces paroles impies : « Est-il vrai, Sidrach, Misach et Abdenago, que vous n'honorez point mes dieux, et que vous n'adorez point la statue d'or que j'ai dressée ?... Si vous ne l'adorez point, vous serez jetés au même moment au milieu des flammes de la fournaise, et quel est le Dieu qui puisse vous arracher d'entre mes mains ? » Dan. III, 14-18. Alors ils répondirent : « Nous ne devons pas, ô roi, vous obéir en cela. Car notre Dieu, le Dieu que nous adorons, peut certainement nous retirer du milieu des flammes de la fournaise et nous délivrer, Ô roi, d'entre vos mains. Que s'il ne veut pas le faire, nous vous déclarons, ô roi, que nous n'honorons pas vos dieux et que nous n'adorons pas la statue d'or que vous avez fait élever. » Ibid.
Tel est donc le caractère de la charité parfaite. Elle considère avec soin non le profit,mais le devoir ; non la commodité, mais l'honnêteté ; non ce qui peut procurer sa sûreté propre,mais ce qui peut plaire à son bien-aimé, disposition à laquelle sont bien étrangers ceux qui ont coutume de dire : Je n'obéirais pas à Dieu si je n'espérais pas retirer de ma soumission quelque récompense. Car la vraie charité, comme dit saint Bernard, ne travaille pas en vue de la récompense, quoiqu'elle ne puisse manquer de l'obtenir. Mais voyons la suite de notre évangile.
Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le dimanche de Pâques.
(à suivre)« Et le premier jour de la semaine, de grand matin, elles arrivent au sépulcre. » Dans l'accomplissement de ce pieux devoir, ces saintes femmes n'oublient rien. Le soir même du jour où le Sauveur fut crucifié, elles achètent des parfums et les préparent. Le samedi, elles observent le repos commandé. Le dimanche, elles n'attendent pas le lever du soleil,mais se mettent en route de grand matin (c'est leur arrivée au sépulcre qui eut lieu ( après le lever du soleil. » Marc. xvi, 2.) Il est même probable qu'elles ne dormirent pas cette nuit-là, plongées comme elles l’étaient dans la douleur, et en outre préoccupées de leur résolution de partir de bonne heure. Il n'est donc pas étonnant qu'elles aient vu les anges et le Seigneur des anges lui-même dans la gloire de sa résurrection, elles qui, de grand matin, l'avaient cherché avec tant d'ardeur. Heureux ceux qui préviennent ainsi l'aurore pour chercher le Seigneur, et qui le désirent avec tant d'amour ! Salomon dit : « Celui qui cherche le bien est heureux de se lever dès le point du jour » consurgit diluculo, qui quærit bona, Prov. xi, 27, passage qu’un pieux auteur commente ainsi : « Si tu veilles tous les jours à l'entrée de la maison de la sagesse, et que tu restes constamment à sa porte, Prov. VII, 34, si tu veilles assidûment avec Marie-Madeleine à l'entrée du sépulcre, tu éprouveras avec elle combien est vraie cette parole de la Sagesse, c'est-à-dire de Jésus-Christ : J'aime ceux qui m'aiment, et ceux qui veillent dès le matin pour me chercher, me trouveront. Prov. viii, 17. Marie a trouvé corporellement Jésus, parce qu'elle était venue veiller à son sépulcre, quand les ténèbres couvraient encore la terre. Toi qui ne dois plus connaître Jésus selon la chair, mais selon l'esprit, tu le pourras trouver spirituellement, si tu le cherches avec un égal désir, s'il te trouve veillant dans la prière avec une égale assiduité. Dis donc au Seigneur Jésus, avec les aspirations et les sentiments de Marie : Mon âme vous a désiré pendant la nuit; je m'éveillerai dès le point du jour pour vous chercher de toute l'étendue de mon esprit et de mon cœur. Anima mea desideravit te in nocte, sed et spiritu meo in præcordiis meis de mane vigilabo ad te. Isa.XXVI, 9. Dis de la bouche et du cœur avec le Psalmiste : Mon Dieu, je vous cherche dès le matin, etc. Ps. LXII, 2. Et tu verras si comme eux tu n'as pas le bonheur de chanter : Le matin nous avons été remplis de votre miséricorde, nous avons bondi de joie et tressailli d'allégresse. Ps. LXXXIX, 14. » Guerricus.
Cela vous aide à comprendre pourquoi tous les saints choisissaient le matin pour célébrer les louanges divines. Ils consacraient au Seigneur les prémices de la journée, afin que ce qui est le premier par ordre de grandeur et d'importance fût aussi le premier par ordre de temps. Ainsi David s'encourageait en ces termes à chanter dès le matin les louanges divines : « Réveillez-vous, ma gloire ; réveillez-vous, ma harpe et mon luth ; je me réveillerai dès le point du jour, » exurgam diluculo, Ps. LVI, 9 ; ou, suivant une autre traduction, excitabo auroram, « je réveillerai l'aurore, » c'est-à-dire je n'attendrai pas qu'elle me tire du sommeil, mais je l'éveillerai elle-même, la trouvant trop lente à venir. Un des amis de Job disait de son côté : « Si dès l'aube du jour vous vous tournez vers Dieu, et que vous adressiez vos prières au Tout-Puissant, aussitôt il se lèvera pour vous secourir et il fera régner la paix dans la maison où vous vivrez avec justice. » Job. VIII, 5.
Enfin, au rapport de Jean Climaque, un des anciens Pères du désert avait coutume de dire qu'en accomplissant le devoir de la prière matinale il pressentait comment il passerait la journée entière : quand cette prière avait été fervente, il faisait bien toutes ses actions le reste du jour; tandis que si elle était tiède et machinale, tous les actes de la journée s'en ressentaient. Par là on voit combien la grâce divine aide et soutient ceux qui l'implorent avec empressement, et combien est vrai ce qui est écrit de l'éternelle Sagesse : « Qui veille dès le matin pour la posséder ne sera jamais en peine ; car il la trouvera assise à sa porte. » Sap. VI, 15.
Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le dimanche de Pâques.
(à suivre)Ah ! mes frères, si j'avais sur vos esprits assez de puissance pour vous déterminer à consacrer quelque partie de la matinée à la contemplation de la Sagesse, c'est-à-dire des mystères et des bienfaits de Dieu, au moins pendant ces cinquante jours qui séparent les deux Pâques.... Nul doute qu'à l'anniversaire du jour où le Saint-Esprit est descendu sur les apôtres, cette Sagesse ne répandît sur vous quelque portion de ses trésors, et ne vous « prévînt de ses bénédictions. » Ps. xx, 4. Une fois que vous les auriez goûtées, vous ne tarderiez pas à compter pour rien tout ce que prise le vulgaire.
Un des anciens Pères a dit : « La peine que l'on ressent dans la poursuite de la vertu dure jusqu'à ce que notre âme arrive à la possession de Dieu. Dès que cette possession est acquise, tout devient ensuite facile et doux. » Pour moi, j'ajoute que cette peine se continue aussi longtemps que l'homme n'a pas encore goûté les suavités divines. Mais quand il les a goûtées, il compte pour moins que rien, en comparaison de ce trésor, tout ce que le monde estime et admire, et, comme le marchand de l'Evangile, il s'empresse « de tout vendre, afin de pouvoir se procurer cette perle. » Matth. XIII, 45. Ce qui n'a rien de surprenant, car cette suavité spirituelle, ayant Dieu pour objet, doit surpasser infiniment tous les plaisirs terrestres. « Pour l'âme qui voit Dieu, dit saint Grégoire, toute créature est mesquine. Pour qui voit Dieu, c'est-à-dire le connaît, l'aime et en jouit, toute créature est moins que rien, en comparaison de cette ineffable suavité. » Dial. Et saint Bernard ajoute : « La ferveur de l'esprit éteint l'ardeur des autres désirs, et la douceur de l'onction spirituelle exclut la douceur trompeuse et empoisonnée du vice. » Mais revenons aux saintes femmes.
En chemin elles se préoccupaient des moyens à employer pour écarter la pierre qui fermait l'entrée du sépulcre. « Qui nous ôtera, disaient-elles, la pierre qui ferme l'entrée du tombeau ? Car c'était une pierre énorme. » Que ces paroles sont bien appropriées à la circonstance présente ! Combien d'hommes en ce saint temps, qui, pensant à la pénitence et au changement de vie qui en doit être la suite, rediront ces mêmes paroles : « Qui nous ôtera la pierre qui ferme l'entrée du tombeau ? » En effet, la pierre qui empêche d'arriver à Jésus-Christ, c'est le péché. « Vos iniquités, dit Isaïe, ont fait une séparation entre vous et votre Dieu. » Isa. LIX, 2. Oui, elles sont comme un mur de diamant, qui nous sépare de Jésus-Christ. Cela est vrai surtout du péché qui est la cause de tous les autres, je veux parler de l'amour excessif de soi et de l'attachement à la volonté propre. « Détruisez cette cause, dit saint Bernard, et vous éteignez en même temps le feu de la géhenne. » Sur quoi, en effet, ce feu inextinguible exercera-t-il ses ravages, sinon sur la volonté propre ? Et comment ne pas reconnaître que l'amour de soi est la source de tous les péchés, puisque nul ne pèche sans y être porté par l'intérêt ou par la soif du plaisir ?
Qui donc pourra écarter de son cœur cette pierre énorme, et se débarrasser ainsi de la cause de tous les maux ? Qui sera capable de maîtriser par la raison une passion impétueuse d'où dérivent toutes les autres ? Car ce penchant est si naturel à tous les êtres, que non-seulement tous les animaux s'aiment, eux et tout ce qui leur appartient, mais que, même dans les corps inorganiques, nous observons quelque chose d'analogue. En effet, pourquoi une goutte d'eau, tombée sur la poussière, se forme-t-elle en boule, sinon parce qu’unie elle se protège mieux contre la décomposition qu'en se fractionnant ? Comment donc pouvoir arracher cette passion enracinée au fond de mon cœur ?
Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le dimanche de Pâques.
(à suivre)Et cependant cela est si nécessaire au salut, que le Seigneur dit dans l’Évangile : « Qui aime sa vie, la perdra ; mais qui hait sa vie en ce monde, la conserve pour la vie éternelle. » Joan.XII, 25. Encore une fois, qui pourra écarter de l'entrée de notre cœur la pierre qui nous sépare de Jésus-Christ ? La difficulté de ce travail nous est montrée par ces paroles que prononcent dans l’Apocalypse les satellites et les ministres de la bête, c'est-à-dire du démon : « Qui est semblable à la bête ? et qui pourra combattre contre elle ? » Apoc. XIII, 4. Ce qui revient à dire : Qui pourra terrasser l'amour de soi, ce tyran du monde; surmonter la soif des honneurs, de l'argent et des plaisirs, soif qui dérive de cet amour ; résister aux lois du monde, aux cris et aux jugements des hommes ; enfin arrêter les élans de la volonté propre ? Voici la réponse à cette question : « Mais en regardant elles virent que la pierre avait été ôtée. » Oui, la réponse est claire. Car ce qui paraissait presque impossible aux saintes femmes et au-dessus de leurs forces, elles le virent accompli par la puissance divine, sans qu'il leur en coûtât aucun labeur. Or, chaque jour, la même chose arrive dans l’Église à beaucoup de vrais pénitents. Ils regardaient comme insurmontables certains mouvements de l'âme. Mais dès que, tournés vers le Seigneur, ils ont commencé à s'attacher à lui, à implorer vivement son assistance, ils trouvent souvent que ce qu'ils avaient jugé presque impossible s'est accompli sans peine, en sorte qu'ils cherchent en eux, sans la trouver, leur vieille manière de vivre ; et voyant que leurs anciennes mœurs et que les passions qui les tyrannisaient ont disparu, ils ne peuvent contenir leur admiration, et ne pas crier avec le Prophète : « Ô mer, qui t'obligeait à fuir ? et toi, Jourdain, pourquoi es-tu remonté vers ta source ? Assurément, c'est la présence du Seigneur qui a mis en fuite les flots et les agitations de mon âme et qui a changé mon cœur. » Ps. CXIII, 5.
Comme un père, voyageant avec son fils en bas âge, s'il est ạrrivé au bord d'un fleuve, ou à un passage difficile, prend ce fils sur ses épaules ou dans ses bras, ce qui fait que l'enfant éprouve moins de peine à un passage scabreux que sur une route unie ; car, dans le premier cas, il est porté sur des épaules, au lieu que, dans l'autre, il marche à pied : de même Dieu, ce tendre père, ce « nourricier d’Ephraïm qui nous porte en ses bras, » Ose. XI, 3, Dieu, dis-je, opère en nous, mais non sans nous, ce qu'il y a de plus difficile dans la voie de la vertu, tandis qu'il nous laisse exécuter, mais avec son secours, ce qu'il y a de plus aisé. Aussi parfois, tel qui triomphe aisément de grandes difficultés, échoue en de moindres, et cela, dit saint Grégoire, par une bienveillante disposition de Dieu, afin que les justes voient clairement, que c'est avec l'aide de Dieu qu'ils ont vaincu de grands obstacles, puisque par eux-mêmes ils ont peine à faire les choses les plus insignifiantes.
D'ailleurs, Dieu prévient nos périls et écarte les obstacles à la vertu, afin que nous marchions sans broncher par la voie de la justice. Car voici comme il parle dans Isaïe : « Passez, passez par les portes, préparez la voie au peuple, aplanissez le chemin, ôtez en les pierres, élevez l'étendard aux yeux des peuples, » Isa. LXII, 10, et cela, pour que tous marchent par la voie de justice rendue facile et libre. En effet, un des bienfaits de la grâce divine, c'est d'armer d'une force invincible les âmes des justes, et d'ôter de leur chemin toute pierre d'achoppement où ils pourraient se heurter. C'est ce que le Seigneur a figuré clairement dans le voyage par lequel il conduisit les Israélites vers la terre promise. Car voici ce que nous lisons : « Pharaon ayant laissé sortir le peuple, Dieu ne conduisit point les Israélites par le chemin du pays des Philistins, quoiqu'il fut le plus court; il craignait qu'ils ne se repentissent quand ils verraient des guerres s'élever contre eux. Mais il leur fit faire un long circuit par le désert qui longe la mer Rouge. » Exod. XII, 17 et 18. Le Seigneur use de la même sollicitude à l'égard de ceux qu'il délivre de l’Égypte spirituelle, c'est-à-dire des ténèbres de ce monde, et qu'il conduit à la terre promise de la céleste patrie.
On voit par là combien nous sommes redevables à l'auteur de notre salut, qui non-seulement accorde aux bonnes œuvres leur récompense, mais qui encore donne la force de les accomplir malgré tous les obstacles. Ainsi, autrefois, les frères de Joseph étant venus en Egypte acheter des vivres, il leur donna du blé pour leur nourriture, et en outre fit enfermer, à l'entrée des sacs, l'argent destiné à acheter ces blés ; nous avertissant par ce symbole que notre Joseph, Sauveur du monde, nous donne et le pain des anges, c'est-à-dire la gloire céleste, et l'argent, prix de ce pain, c'est-à-dire le secours de la grâce divine. Car celui qui donne la grâce et la gloire ne donne-t-il pas et le blé et l'argent, prix du blé ? Voilà donc ce que signifie la pierre enlevée de l'entrée du sépulcre par la puissance divine.
Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le dimanche de Pâques.
(à suivre)II.
« Entrées dans le sépulcre, elles virent assis du côté droit un jeune homme, vêtu d'une robe blanche, et elles furent saisies de frayeur;mais il leur dit : Ne craignez point. Vous cherchez Jésus de Nazareth qui a été crucifié ; il est ressuscité, il n'est point ici ; voici le lieu où on l'avait mis. Allez dire à ses disciples et à Pierre qu'il vous précédera en Galilée. »
Pourquoi ici cette mention particulière de Pierre, quand ses compagnons sont désignés sous le nom commun de disciples, et surtout après que Pierre avait fait, lors de la passion, une chute plus lourde que les autres ? Car ceux-ci prirent la fuite, et Pierre renia son maître. Précisément, parce qu'il avait failli plus lourdement, il fallait relever son espérance, lui rendre le courage et combattre ses appréhensions. En effet, le péché brise l'énergie de l'âme et l'anéantit. De là cette maxime : « Le méchant fuit sans être poursuivi de personne ; mais le juste est hardi comme un lion et ne craint rien. » Prov. XXVIII, 1. Pierre ayant donc la conscience de son infidélité et de sa présomption, lui qui, après sa jactance, était tombé plus bas que les autres disciples, de quel front pouvait-il se présenter devant le Seigneur, qu'il venait de renier ? Si le publicain de l’Évangile n'osait pas lever les yeux au ciel, comment Pierre, bien autrement coupable, eût-il levé les yeux vers son Maître, s'il n'avait été encouragé par cette faveur exceptionnelle ? Le Seigneur accorda donc cette distinction non seulement à ses larmes, mais encore à sa faiblesse qui avait besoin d'être raffermie.
Voilà comment le Seigneur traite ordinairement les faibles dans son Église ; souvent il accorde à la faiblesse ce qui n'est pas dû au mérite même. Ainsi il comble de consolations les novices et les commençants, de peur que, les douceurs spirituelles venant : à leur manquer, ils ne tombent sur la route, ne se découragent et ne retournent aux plaisirs sensuels. Une telle libéralité devrait vivement exciter les pusillanimes ; ils devraient, bannissant toute crainte du travail et des difficultés, courir à Celui qui est prêt à les recevoir dans ses bras et à les abreuver de ses ineffables douceurs.
Ajoutez que Pierre faillit, non par méchanceté, comme Judas, mais par faiblesse. Or, les théologiens distinguent trois sortes de péchés, par opposition aux trois personnes de la bienheureuse Trinité. On pèche par faiblesse contre le Père, dont l'attribut est la puissance. On pèche par ignorance contre le Fils, qui a pour attribut la sagesse ; et par malice contre le Saint-Esprit, dont la bonté est l'apanage. Les deux premiers péchés reçoivent facilement leur pardon ; il n'en est pas de même du troisième. Rien donc d'étonnant si Judas, coupable de malice, est condamné ; si Pierre, coupable de faiblesse, est miséricordieusement appelé à la pénitence.
D'ailleurs, Pierre se releva promptement de sa défaillance ; car à peine étaient tombées de sa bouche les déplorables paroles par lesquelles il renia son Maître, que de ses yeux tombèrent les larmes amères de la pénitence. En effet, au chant du coq, ayant vu le Seigneur jeter sur lui des regards de miséricorde, il sortit et pleura. Or, il est aisé de guérir les maladies de l'âme sur lesquelles on applique promptement le remède de la pénitence ; mais on guérit difficilement celles qui sont invétérées et que le Prophète avait en vue quand il disait : « La pourriture, la corruption s'est formée dans mes plaies. » Ps. XXXVII, 6. Car il est écrit : « Une maladie longue fatigue le médecin ; il coupe par la racine un mal qui serait long, afin qu'il dure peu. » Eccli. X, 11 et 12. Lavez sur-le-champ des gouttes d'encre tombées sur un vêtement blanc, et vous les effacez facilement; il n'en est pas de même des taches anciennes et incorporées au tissu. Aussi un des saints Pères nous donne-t-il ce conseil : « Si, dans un jour, vous faites mille chutes, relevez-vous également mille fois, pleins de confiance dans cette miséricorde qui ordonne à Pierre de pardonner jusqu'à septante fois sept fois à un frère qui aurait péché. Matth. XVIII, 22. Car s'il est tant exigé de la bonté humaine, combien davantage n'avons-nous pas à espérer de la bonté divine ? »
Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le dimanche de Pâques.
(à suivre)Ajoutez encore que le Seigneur a voulu montrer ainsi la puissante efficacité de la vraie pénitence, qui, par une contrition profonde, élève quelquefois les vrais pénitents à un degré de sainteté plus haut que celui qu'ils avaient perdu. Il est probable que tel fut le cas de Pierre, et que, par l'amertume de ses larmes, il arriva à une plus grande abondance de grâces que celle qu'il possédait auparavant. Car si, comme dit le Sauveur, de deux débiteurs auxquels un créancier fait remise de leurs dettes, celui-là aime plus à qui plus a été remis ; est-il étonnant que Pierre, ayant reçu davantage du Seigneur, l'ait aimé plus que ne l'aimaient les autres ? Qu'il ait reçu davantage, c'est évident, car après sa défaillance, le Sauveur jeta aussitôt sur lui un regard de miséricorde ; ensuite, il voulut que l'ange fît de lui une mention particulière ; enfin, il lui apparut avant d'apparaître aux autres, puisque les deux disciples, revenus d'Emmaüs, trouvèrent les onze assemblés, qui leur dirent : « Le Seigneur est vraiment ressuscité, et il a apparu à Simon. » Quant à l'ardeur de sa charité, Pierre la montra lorsque, jetant avec les autres disciples ses filets à la mer, il aperçut le Sauveur arrêté sur le rivage. Si vif était son désir de l'approcher, qu'il se précipita à la mer, tandis que les autres disciples abordèrent avec leur barque. Dans son impatience, trouvant trop long de prendre terre à l'aide des rames, il préféra gagner la rive à la nage. Les jugements de Dieu diffèrent donc beaucoup de ceux des hommes. Qu'un époux reçoive en grâce une épouse adultère après son infidélité, il ne peut perdre le souvenir du dérèglement passé, et n'ose se confier à l'honneur et à la vertu de celle qui fut coupable ; mais le Seigneur miséricordieux jette derrière son dos les péchés des vrais pénitents. Voilà donc ce que nous donne à entendre l'ange du Seigneur, lorsqu'il dit aux saintes femmes : « Allez dire à ses disciples et à Pierre, » etc.
Mais pourquoi ces mots : « Il vous précédera en Galilée ? » Quelle en est la signification ? Pourquoi tous les évangélistes, pourquoi le Sauveur lui-même annonce-t-il que le mystère de sa résurrection, accompli en Judée, sera vu en Galilée ; alors surtout que le Sauveur, le jour même de sa résurrection, apparut et aux saintes femmes, et aux apôtres réunis, et aux deux disciples allant à Emmaüs, et plusieurs autres fois en divers lieux de la Judée ? Certes, il y a quelque mystère dans une circonstance tant de fois annoncée et enfin accomplie. L'explication que nous ne trouvons point dans la lettre, cherchons-la dans l'esprit.
En manifestant sa résurrection dans un autre lieu que celui où il avait été crucifié, le Sauveur signifie peut-être que l'ignominie de sa passion et la gloire de sa résurrection devaient être publiées en des lieux différents, parce qu'il devait être crucifié en Judée, et adoré chez les Gentils. C'est ce que saint Paul déclare ouvertement, en ces termes, à des Juifs qui s'opposaient à sa prédication : « Vous étiez les premiers à qui il fallait annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez, et que vous vous jugez indignes de la vie éternelle, nous nous en allons vers les Gentils. Car le Seigneur nous l'a ainsi commandé. » Act. XIII, 46.
Les Juifs devaient donc connaître la croix du Sauveur, qui était pour eux un scandale, et les Gentils connaître la gloire de la résurrection qui les appelait au salut. Le nom même de Galilée, qui signifie transmigration, indiquait que la foi à la résurrection du Sauveur passerait de la Judée en d'autres lieux, suivant qu'il est écrit : « Le royaume de Dieu vous sera ôté, et il sera donné à un peuple qui en produira les fruits. » Matth. XXI, 43.
Je pense, en outre, que ce même nom signifie encore que ceux qui partent spirituellement en Galilée, c'est-à-dire qui passent de l'iniquité à la justice, sont éminemment propres à recevoir la foi en la résurrection du Sauveur ; car nul ne reconnaît mieux la vérité et la vertu des mystères de Jésus-Christ que celui qui en a éprouvé en lui-même la puissance et l'efficacité. C'est ce que prouvent les conversions admirables de quelques saints, comme de saint Cyprien, de saint Augustin et de tant d'autres. Ils se sont tellement transformés et ont tellement dépouillé le vieil homme qu'ils ont pu dire avec l'Apôtre : « Ce qui était vieux est passé ; maintenant tout est devenu nouveau. » Vetera transierunt, facta sunt omnia nova. II Cor. v, 17. Lumière, amour, crainte, confiance, vie, désirs, œuvres, affections, sentiments, joies, tout est nouveau. Ils aiment ce qu'ils haïssaient; ils haïssent ce dont ils étaient idolâtres. Ils désirent ce qu'ils fuyaient; ils fuient ce qu'ils désiraient avec passion. Le spirituel et le divin, qu'ils avaient en dégoût, sont devenus leurs délices. Ils commandent aux passions, dont naguère ils étaient les esclaves. Enfin ils crucifient, avec ses vices et ses concupiscences, la chair qu'ils nourrissaient dans les délices et qui était l'unique objet de leur sollicitude. Quand on se voit ainsi transformé, quand on cherche en soi le vieil homme sans pouvoir le trouver, quand on remarque avec surprise que ce vieil homme est mort et qu'un autre a surgi à sa place, ne croira-t on pas facilement que Celui qui a pu ressusciter une âme a pu tirer son propre corps des ténèbres du tombeau ?
Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le dimanche de Pâques.
(à suivre)En effet, saint,Paul atteste qu'il ne faut pas moins de puissance pour la résurrection des âmes, que pour celle des corps, lorsqu'il dit aux Ephésiens : « Je prie Dieu, afin qu'il éclaire les yeux de votre âme, pour vous faire voir quelle est la grandeur suprême du pouvoir qu'il exerce en nous qui croyons, selon l'efficace de sa vertu toute-puissante, laquelle il a fait paraître en la personne de Jésus-Christ, en le ressuscitant d'entre les morts. » Eph. 1. 18 et seq. Ainsi pour animer d'une nouvelle vie les âmes mortes dans le péché, il faut la même puissance que pour rappeler à la vie les corps morts. Ceux donc qui ont fait ainsi le voyage de Galilée, c'est-à-dire, qui ont été transformés en une autre personne, métamorphosés en une créature nouvelle, ceux-là, éclairés par leur résurrection, embrassent facilement le mystère de la résurrection du Sauveur. Au contraire, ceux qui ne sont pas encore partis en Galilée, c'est-à-dire, qui ne sont pas encore passés de l'état de vieil homme à une vie nouvelle et céleste, ceux-là, ne voyant pas en eux de résurrection, ont peine à croire à celle du Seigneur. Car il y a une différence remarquable entre les maux du corps et ceux de l'âme : c'est que nous sentons surtout les maux du corps, lorsque nous les souffrons, et non lorsque nous y avons échappé. « Lorsqu'une femme enfante, elle est dans les pleurs, parce que son heure est venue ; mais après qu'elle a enfanté un fils, elle ne se souvient plus de ses maux, dans sa joie d'avoir mis au monde un homme. » Joann. XVI, 21. Au contraire, nous ne sentons guère les maux de l'âme, c'est-à-dire, les péchés, quand nous les commettons; bien plus, parfois nous nous en félicitons. Mais nous en sentons la violence et les funestes effets, lorsque nous y sommes soustraits par le bienfait du Seigneur, et que dans la lumière de l'Esprit divin nous en voyons la difformité.
Comme le voyageur, qui chemine par une nuit sombre près d'un précipice ou d'une crevasse profonde, ne remarque pas alors les périls de ce lieu, à cause de l'obscurité, tandis qu'il y fait attention quand, pendant le jour, il repasse par la même route ; et alors il s'étonne, et s'effraie à la vue du danger auquel il a échappé : de même, l'homme qui vit dans le péché, étant enveloppé d'épaisses ténèbres, ne reconnaît pas sa misère et le péril où il est plongé ;mais il les reconnaît, quand, les ténèbres du péché ayant disparu, il reçoit la lumière de la grâce divine ; alors, en effet, il aperçoit distinctement l'énormité de ses maux passés. Car quiconque est endurci dans le péché, ressemble à un aveugle, et ne voit rien ; comme un mort, il ne sent rien ; bien plus, il se délecte dans ses maux, il y trouve jour et nuit d'agréables compagnons. Vous auriez beau le prier, le presser, étaler à ses yeux la difformité du vice ; vous auriez beau approcher de cet aveugle un flambeau afin qu'il voie ; vous auriez beau tirailler ce mort pour le ressusciter : ce serait en vain, si Dieu n'intervenait avec sa toute-puissance pour présenter sa lumière à cet aveugle, pour rendre la vie à ce mort. Mais dès qu'il a été ainsi réveillé et éclairé, alors enfin il comprend la laideur du péché, le malheur de son premier état et l'horreur des ténèbres où il était plongé ; alors, appréciant l'immensité du bienfait qu'il doit à la bonté divine, il se réjouit et il tremble tout à la fois, à cause du salut qu'il a trouvé et du péril auquel il a échappé.
C'est pénétré de ces sentiments, que saint Augustin, rappelé de la mort à la vie par le secours du Seigneur, s'écriait : « Je vous ai connue tard, lumière véritable ; je vous ai connue trop tard. Devant mes yeux était répandue une nuée épaisse, qui m'empêchait de voir la lumière de la vérité. Je vous ai connue trop tard, vérité ancienne, parce que j'étais aveugle, parce que j'aimais l'aveuglement, et que je marchais de ténèbres en ténèbres. Mais vous, guide divin, vous m'avez cherché quand je ne vous cherchais point, vous m'avez appelé quand je ne vous appelais point; vous m'avez crié : Que la lumière se fasse au fond de ton cœur. Et la lumière se fit, et la nuée ténébreuse, qui couvrait mes yeux, se dissipa. J'ai vu votre clarté, et j'ai connu les ténèbres dont j'étais enveloppé. J'ai frissonné, et j'ai dit : Malheur, malheur aux ténèbres où j'étais plongé ;malheur à l'aveuglement qui me cachait la lumière du ciel;malheur à l'ignorance passée qui m'empêchait de vous connaître, Seigneur,mon divin flambeau. » Medit.
Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le dimanche de Pâques.
Jusqu'ici, mes frères, nous avons exposé l'évangile d'aujourd'hui. Avant de terminer, revenons à ce que nous disions au commencement de ce discours. Si vous vous en souvenez, nous avons dit dans l'exorde que notre espérance, notre salut, notre félicité ressuscitent avec Jésus-Christ.: Car « Dieu nous a rendu la vie en la rendant à Jésus-Christ ; non-seulement il nous a ressuscités avec Jésus-Christ, il nous a même fait asseoir avec lui dans le ciel. » Ephes. II, 5 et 6. En effet, « où est le corps, là aussi se rassembleront les aigles ; Luc. XVII, 37 ; où est la tête, là seront aussi placés les membres.
Il n'y pas de discours capable d'exprimer combien la ferme espérance de la résurrection bienheureuse encourage les justes à tous les travaux de la vertu, et combien elle leur inspire de consolation et de patience dans les adversités. Je pourrais citer beaucoup d'exemples ; je ne parlerai que de Job. Qu'est-ce qui consola, au milieu des plus cruelles douleurs corporelles, le saint homme étendu sur un fumier, sinon cette même foi et cette même espérance ? En effet, Job décrit et célèbre le mystère de la résurrection en des termes dont rien n'égale la magnificence. Il dit : « Qui m'accordera que mes paroles soient écrites ; et qui me donnera qu'elles soient conservées dans un livre ? qu'avec un burin d'acier et avec du plomb, elles soient gravées à perpétuité sur la pierre ! » Quis mihi tribuat, ut scribantur sermones mei ? Quis mihi det, ut exarentur in libro stylo ferreo, aut plumbi lamina, vel certe sculpantur in silice ? Job. XIX. 23 et seq. Quel début majestueux ! Qui à jamais conçu dans son esprit une pensée, qu'il désirât si ardemment transmettre à la postérité en caractères ineffaçables ? Non content d'exprimer son désir par cette répétition énergique : « Qui m'accordera ? Qui me donnera ? » Job demande un burin d'acier, une table de plomb ou de marbre, afin que sa pensée reste gravée pour l'éternité dans la mémoire des hommes.
Quel est donc, ô saint homme, le mystère que vous voulez confier ainsi à la postérité ? Est-ce la découverte de quelque trésor enfoui dans un lieu caché de la terre ? ou quelqu'autre de ces Assurément, c'est choses dont l'âme humaine est si altérée ? un trésor incomparable. — Qu'est-ce donc ? — Une chose aussi difficile à croire, que bienfaisante et salutaire pour le genre humain : « Je sais, dit-il, que mon rédempteur est vivant, et qu'à la fin des temps il me ressuscitera de la poussière. Et lorsque ces membres seront de nouveau revêtus de ma peau, alors dans ma chair même je verrai mon Dieu. Je le verrai moi-même de mes propres yeux, et ce ne sera pas un autre qui le verra à ma place. Cette espérance repose dans mon cœur. » Job. XIX, 25 et seq.
Ô paroles plus douces que le miel ! Ô foi étonnante avant la promulgation de la loi et de l’Évangile ! Ô salutaire espérance ! Ô mystère nouveau, et qui jusque-là n'avait jamais été ainsi révélé au monde ! Et de peur que quelqu'un, surpris d'une telle nouveauté, n'eût peine à comprendre, considérez, dans le passage qui précède, combien de fois il exprime la même pensée en des termes différents. Que pouvait-on dire de plus clair, de plus significatif ?
Re: Sermon de Saint Louis de Grenade pour le dimanche de Pâques.
Qui donc, ô saint homme, vous a enseigné, avant la loi, ce dogme que les Sadducéens ne connurent pas même sous la loi ? Dans quelle Athènes, dites-moi, dans quelle académie avez-vous été apprendre cette doctrine ? Elle fut honnie et bafouée à Athènes, quand saint Paul l'y prêcha. Elle est repoussée par toute la philosophie, qui prétend que ce qui a péri ne saurait revivre. — Ce ne sont, répondra-t-il, ni les académies, ni les sens, ni la raison, ni aucun enseignement humain qui m'ont donné cette science ; je la tiens de la foi seule que Dieu a imprimée dans mon âme.
Cette foi, cette espérance consolaient si bien le saint homme au milieu de tous ses maux, qu'écrasé sous le poids de tant d'adversités, il ne proféra aucune parole coupable contre la providence de Dieu. Cet homme, le plus riche et le plus puissant des Orientaux, se vit enlever trésors et troupeaux ; il vit brûler sa maison, emmener ses serviteurs en esclavage, et, ce qui est plus douloureux, périr tous ses enfants ; enfin, couvert de plaies et rongé de vers, il était couché sur un fumier, et il ôtait, avec un tesson, la pourriture qui sortait de ses ulcères. Je vous le demande, Ô saint homme, quelle consolation vous reste-t-il au milieu de toutes les calamités qui vous assaillent, au milieu des vers qui vous dévorent, des pensées qui déchirent votre cœur et qui vous ôtent le sommeil; oui, je vous le demande, par quels moyens vous consolez-vous ? Comment conservez-vous encore votre ancienne foi et votre amour de Dieu, quand il a mis à de si rudes épreuves votre innocence ?
Il ne répondra, mes frères, que ce que vous avez entendu : « Je crois que mon Rédempteur vit; à la fin des temps il me ressuscitera, etc. Voilà l'espérance qui soutient mon âme défaillante ; l'espérance qui adoucit l'âpreté de mes douleurs. Dans l'attente des biens futurs, je supporte légèrement le poids des maux présents. Oui, cette espérance me console au milieu de tous mes maux ; je la conserve, non dans mes archives ou dans un coffre fort, mais dans mon cœur, ce qui est bien plus propre à ranimer et à réchauffer mon âme. Oui, cette espérance a son siège dans mon sein. Car, où est la blessure, là je place l'antidote.
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