Les principales Eglises Catholiques d'Orient
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Veni de Libano
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Les principales Eglises Catholiques d'Orient
Les principales Eglises Catholiques d'Orient
L'Église maronite
Église maronite
Fondateur(s) Les disciples de St. Maron
Union à Rome Depuis le premier jour du mouvement maronite
Primat actuel Patriarche Cardinal Nasrallah Boutros Sfeir
Siège Bkerké, Liban
Territoire primaire Liban
Extension territoriale (diaspora libanaise)
Rite maronite
Langue(s) liturgique(s) syriaque, arabe
Tradition musicale syriaque
Calendrier grégorien
Population estimée 3 108 000 (2005)
La naissance de l'Église maronite en 687 est due à l'ensemble des événements et des mouvements socio-religieux qui ont forgé le Moyen-Orient entre le Ier siècle et le VIIe siècle.
Deux événements majeurs marquent cette église, l'apparition de Maron vers le IVe siècle et l'élection de Jean Maron en 687 comme patriarche de l'Église d'Antioche, qui fut à son tour le premier patriarche de l'Église maronite. il doit son élection aux différents évêques antiochiens qui vivaient dans l'orbite spirituelle du monastère Saint Maron, et non aux autres évêques non influencés par le monastère en question.
Le contexte chrétien oriental :
Les maronites sont des chrétiens qui se sont groupés autour du monastère Saint Maron fondé par ses disciples qui conservaient son mode de vie ainsi que ses enseignements. L'influence de ce monastère sur d'autres monastères ainsi que sur les évêchés et les populations chrétiennes de la région, n'était pas négligeable.
St Maron, ermite, vécut près d'Antioche, vers la fin du IVe siècle. L'Église alors était divisée sur la nature de Jésus. Certains chrétiens affirmaient que l'homme était aussi Dieu ; d'autres, monophysites, ne reconnaissaient que sa nature divine.
St Maron s'installa alors en montagne pour se mettre à l'écart de ces controverses théologiques et se consacrer a la contemplation. Dans sa retraite, il découvrit que sa vocation était de vivre avec le peuple. Il quitta donc son ermitage pour dispenser un enseignement spirituel. Ses disciples augmentèrent en nombre. Ils prirent son nom et se nommèrent « les moines maronites ».
Maron est mort en 410 (ou en 435 selon d'autres sources). Ses disciples continuèrent sa mission. Sa foi a été confirmée par le concile de Chalcédoine.
Affirmation de l'identité catholique :
En 451, au concile de Chalcédoine, les maronites se tiennent à des positions claires et, avec le concile, soutiennent que le Christ est Dieu et homme à la fois, ayant deux natures : divine et humaine. Ils agissent en défenseurs intraitables du concile et de leur alliance avec le pape.
C'est alors que les ennemis du concile de Chalcédoine devinrent les ennemis des maronites qui donnèrent 350 martyrs à l’Eglise en 517 et commencèrent à gagner par groupes le territoire de ce qui allait, par la suite, devenir le Liban.
Historiquement ce fut après cet événement que le terme "maronite" a été employé pour désigner particulièrement les disciples de Maron et plus généralement les personnes qui suivaient la foi de ses disciples.
Les habitants du Mont-Liban se sont convertis vers la fin du Ve siècle au christianisme, grâce à quelques disciples de Maron, et devinrent maronites.
Le plus connu parmi ces disciples était Abraham de Cyrrhus dont le nom fut donné au fleuve au bord duquel il habita et enseigna au nord de Beyrouth, le fleuve d'Abraham anciennement nommé le fleuve d'Adonis. Les maronites de la montagne libanaise accueillirent leurs frères qui venaient des alentours d'Antioche et developpèrent leur communauté.
Relations avec Constantinople :
Les relations de l'Église maronite avec le patriarcat de Constantinople devinrent difficiles après l'installation des Arabes dans la région. L'empereur de Byzance se comportait comme s'il était le roi de l'Église. Il nommait les patriarches et intervenait dans les affaires de l'Église. Les chrétiens venaient à lui pour régler tout problème.
Les maronites furent donc contraints d'élire eux-mêmes leur propre patriarche, ce fut Jean Maron, en 687.
Quand les maronites se donnèrent un patriarche, Byzance ne le toléra pas. Ce fut la bataille d’Amioun remportée par les maronites et le début de indépendance propre à l’Eglise Maronite.
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Veni de Libano
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Re: Les principales Eglises Catholiques d'Orient
Précision :
Concernant particulièrement l'Eglise maronite, je présenterais très bientôt (quelques jours?) un autre dossier à part, plus complet et avec la présentation d'un large éventail de la vie de saints et saintes appartenant à ce rite.
Concernant particulièrement l'Eglise maronite, je présenterais très bientôt (quelques jours?) un autre dossier à part, plus complet et avec la présentation d'un large éventail de la vie de saints et saintes appartenant à ce rite.
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Veni de Libano
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Re: Les principales Eglises Catholiques d'Orient
L’Eglise Syrienne Catholique
Antioche "Reine de l’Orient" :
L’ Église syrienne d’Antioche prend son nom de la ville d’Antioche qui, après la conquête romaine, devint la capitale de la Syrie impériale et fut appelée "Reine de l’Orient". C’est là que s’est formée une des premières communautés de chrétiens (Actes des Apôtres, 11, 19-26) et que pour la première fois, les disciples du Christ furent appelés "Chrétiens" (Ac. 11, 26) . Les apôtres Pierre et Paul séjournèrent dans cette ville cosmopolite, qui offrit aux disciples de Jésus un milieu favorable à leur expansion.
Après la destruction de Jérusalem en l’an 70 après Jésus-Christ, Antioche est restée la seule métropole de la chrétienté en Orient et a exercée sa juridiction sur la Syrie, la Phénicie, l’Arabie, la Palestine, la Cilicie, Chypre et la Mésopotamie.
L’Église d’Antioche a eu dès le début un fort esprit missionnaire. On lui doit l’évangélisation de la Mésopotamie et de l’Empire p*r*e, auquel cette région fut presque totalement annexée à partir de l’an 363 après Jésus-Christ. Au milieu du IVème siècle, la ville comptait 100.000 fidèles.
L’araméen était alors la langue la plus parlée dans cette région et elle est encore utilisée par les chrétiens du Nord de l’Irak, spécialement dans la région de Ninive.
Lorsque Constantinople devint la capitale de l’Empire romain, Antioche perdit beaucoup de son importance. Cependant elle connut une nouvelle splendeur sous la domination arabe (VII – VIII ème siècle). Ses missionnaires se rendirent alors en Asie Centrale, en Inde, au Tibet, en Chine, en Mandchourie et à Java.
Les débuts de l’Église Syrienne d’Antioche :
L’ antagonisme séculier entre l’Empire romain et l’Empire p*r*e aboutit à la scission de l’Église d’Antioche :
L’Église Syrienne Occidentale, c’est-à-dire à l’Ouest de l’Euphrate (Turquie, Syrie, Liban et Palestine).
L’Église Syrienne Orientale, c’est-à-dire à l’Est de l’Euphrate (Mésopotamie, p*r*e, Inde).
En 410 après JC, le Concile de Séleucie – Ctésiphon reconnut l’autonomie de l’Église Syrienne Orientale qui, par la suite, adopta le Nestorianisme.
La Syrie fut aussi le champ de bataille de controverses christologiques qui sont à l’origine de la division religieuse en Orient. En effet, le Concile œcuménique de Chalcédoine (451) condamna le monophysisme (qui ne reconnaissait qu’une seule nature dans le Christ) et proclama la doctrine officielle de l’Église catholique, à savoir : la présence de deux natures, divine et humaine, en l’unique Personne du Christ.
La majorité de la population syrienne refusa les décisions conciliaires, en raison probablement de divergences relevant de la terminologie plus que de la théologie et elle se sépara de l’Église catholique.
Toutefois cette séparation ne fut pas immédiate. Elle ne fut consommée qu’à partir du second Concile de Constantinople, en 553, à la suite duquel le pouvoir impérial byzantin fit pression sur les monophysites insoumis. C’est alors qu’apparut la figure charismatique du moine syrien Jacques Baradaï, qui arbora le drapeau du nationalisme religieux. Sacré évêque, en secret, par le Patriarche d’Alexandrie en exil, Jacques se fit l’organisateur de l’Église monophysite, appelée aussi, en son honneur "Jacobite".
Cependant toute la Syrie ne se rallia pas à la nouvelle Église. La société plus cultivée et hellénisée se soumit sans problèmes aux décisions du Concile de Chalcédoine, ce qui lui valut le nom de "Melchite" (de melek : roi), c’est-à-dire , partisane de l’empereur byzantin.
La conquête musulmane de 636 ne fit que consacrer cette division.
A partir de cette date, l’Église Syrienne, soucieuse de conserver son identité, se replia davantage sur elle-même, se regroupant autour de ses évêques. Aussi l’élan missionnaire de l’Église et le nombre des fidèles se mit à décroître.
L’Église syrienne catholique :
Les catholiques de rite syrien sont, à l’origine, des Jacobites passés à l’union avec Rome, à partir du XVIIème siècle, tout en conservant leur langue, leur rite et leur propre législation ecclésiastique. Ils constituent une Église à part, avec sa hiérarchie, sous l’autorité d’un Patriarche.
Au cours des siècles passés, diverses tentatives d’union ont été faites, notamment à l’époque des croisades. Au cours des XIIIème et XIVème siècle, les Papes envoyèrent des missionnaires dominicains et franciscains, en vue de sceller l’union des deux Églises. Les résultats furent limités. Un projet d’union fut présenté au Concile de Lyon en 1245 et une union éphémère fut réalisée en 1444, suite au Concile de Florence de 1439.
Ce n’est qu’au XVIIe siècle que la volonté d’union aboutit à la formation de l’Église Syrienne Catholique. En effet, vers le milieu du siècle, les missionnaires Capucins et Jésuites réussirent à ramener à Rome la majorité des Jacobites d’Alep, si bien qu’en 1656 le premier évêque Syrien Catholique de cette ville, André Akhijan, qui, plus tard, en 1662, sera reconnu par la Sublime Porte Turque, comme Patriarche Catholique d’Antioche.
Cependant les Syriens Orthodoxes pour parer à ce mouvement de conversions, eurent recours au bras séculier turc et, tout au long du XVIIIe siècle, persécutèrent durement les Syriens Catholiques. Les violences exercées contre ces derniers furent telles que leur petite Église manqua de disparaître et resta, du reste, sans patriarche de 1706 à 1782.
Au cours de cette période, le Métropolite Mikhael Jarweh, Archevêque Syrien Orthodoxe d’Alep (Syrie), se convertit au catholicisme.
En 1782, le Saint Synode de l’Église Syrienne Orthodoxe l’élit comme Patriarche. Peu après son intronisation, il se déclara catholique. Il se fit reconnaître comme Patriarche de tous les Syriens et demanda à Rome confirmation de sa charge.
En 1783, l'Église Syrienne Catholique a donc été constituée par le retour à la communion avec Rome d’une partie de l’Église Syrienne Orthodoxe (ex Jacobite).
Entre-temps, les orthodoxes réagirent et élirent un nouveau Patriarche dans leur camp, qui fut aussitôt confirmé par la Sublime Porte.
Face à ce changement inattendu, le Patriarche Jarweh s’enfuit précipitamment à Bagdad et de là gagna la montagne libanaise où il s’installa en 1801, au Nord de Beyrouth, dans le monastère de Charfet, célèbre pour sa bibliothèque où sont conservés plus de 3.000 manuscrits syriaques et arabes. Après le Patriarche Jarweh, il y eut une série ininterrompue de Patriarches catholiques.
En 1830, le Gouvernement turc approuva la séparation civile et religieuse entre les deux Églises sœurs ; mais ce n’est qu’en 1843 que le Patriarche Syrien Catholique a été reconnu par le Sultan turc comme le chef civil de sa communauté.
En 1831, le Patriarche Pedro Jarweh transféra sa résidence de Charfet (Liban) à Alep (Syrie). En 1851, suite à un soulèvement populaire des musulmans de cette ville contre les chrétiens, le siège patriarcal fut établi à Mardin où vivait une importante communauté syrienne. En 1920, il se fixa de nouveau à Charfet, où il se trouve actuellement en été et à Beyrouth, en hiver.
Les tribulations de l’Église Syrienne d’Antioche :
Les années les plus cruciales furent celles de la première guerre mondiale. En 1915, à Tur Abdin, environ 200.000 chrétiens furent assaillis par des bandes de Kurdes fanatisés par la proclamation de la Guerre Sainte. Un tiers d’entre eux périrent massacrés. Les survivants se réfugièrent en Syrie, au Liban et en Irak. Depuis lors le centre de gravité de l’Église Syrienne se déplaça des régions turques de Tur Abdin, Mardin et Nisibis aux pays arables limitrophes. Il ne resta à Tur Abdin que 15.000 fidèles.
Le Saint-Père nous a encouragés à entamer le procès de béatification de nos martyrs de 1914-1918.
Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient :
L’Église Syrienne d’Antioche, comme toutes les Églises Orientales, est de structure patriarcale. Son chef suprême porte le titre de "Patriarche d'Antioche, la ville de Dieu et de tout l'Orient".
Il est l’héritier direct et légitime de l’Église Apostolique d’Antioche, régie par le premier évêque martyr, saint Ignace. C’est pourquoi les Patriarches font précéder leur nom de celui d’Ignace, en signe de continuité apostolique.
Extension de l’Église Syrienne d’Antioche :
Les Syriens Catholiques sont aujourd’hui environ 150.000 dans le monde. Ils vivent principalement en Irak (42.000), en Syrie (26.000) et 55.000 d’entre eux vivent dans la diaspora.
Re: Les principales Eglises Catholiques d'Orient
Cher(e) "Veni de libano",
vous êtes certainement libanais(e), pour exposer ainsi toutes les nuances "socio-liturgiques" de ce beau pays???
Cordialement,
vous êtes certainement libanais(e), pour exposer ainsi toutes les nuances "socio-liturgiques" de ce beau pays???
Cordialement,
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Veni de Libano
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Re: Les principales Eglises Catholiques d'Orient
Cher Chaussis,
au risque de vous decevoir je ne suis que bretonne, mais vivant au Liban depuis bientot douze ans puisque mariée à un libanais.
Je fais un petit (si petit !) exposé des nuances 'socio-liturgiques' de mon pays d'adoption comme vous le dites si bien, pour avoir constaté au cours de mes déplacements l'ignorance quasi totale des européens et des français en particulier du contexte si particulier de ces Eglises qui vivent et survivent en milieu souvent hostile, à savoir l'Islam, mais aussi sous la menace continuelle des guerres à but carrément lucratif !
Je crois qu'il n'est pas mauvais de rappeler aux occidentaux qui jouissent encore de la sécurité et suivent d'un oeil blasé les infos et leur cortège mensonger de 'luttes contre le terrorisme arabe', que des chrétiens vivent et subissent de plein fouet ces guerres, se battant continuellement pour la survie de leur communauté, le plus souvent sans aide ni soutien.
Voilà pourquoi j'ai voulu, cher Chaussis, rappeler aux lecteurs de ce forum que l'Orient est aussi composé d'une mosaïque d'Eglises catholiques et chrétiennes qui n'abdiquent pas leur Foi et pourraient bientôt servir d'exemple à une Europe en décomposition !
Très cordialement, Veni
au risque de vous decevoir je ne suis que bretonne, mais vivant au Liban depuis bientot douze ans puisque mariée à un libanais.
Je fais un petit (si petit !) exposé des nuances 'socio-liturgiques' de mon pays d'adoption comme vous le dites si bien, pour avoir constaté au cours de mes déplacements l'ignorance quasi totale des européens et des français en particulier du contexte si particulier de ces Eglises qui vivent et survivent en milieu souvent hostile, à savoir l'Islam, mais aussi sous la menace continuelle des guerres à but carrément lucratif !
Je crois qu'il n'est pas mauvais de rappeler aux occidentaux qui jouissent encore de la sécurité et suivent d'un oeil blasé les infos et leur cortège mensonger de 'luttes contre le terrorisme arabe', que des chrétiens vivent et subissent de plein fouet ces guerres, se battant continuellement pour la survie de leur communauté, le plus souvent sans aide ni soutien.
Voilà pourquoi j'ai voulu, cher Chaussis, rappeler aux lecteurs de ce forum que l'Orient est aussi composé d'une mosaïque d'Eglises catholiques et chrétiennes qui n'abdiquent pas leur Foi et pourraient bientôt servir d'exemple à une Europe en décomposition !
Très cordialement, Veni
Re: Les principales Eglises Catholiques d'Orient
Voici un passionnant sujet !
D'autant plus intéressant pour nous qui le connaissons assez mal.
Il est un point qu'il me faut cependant souligner en raison de son importance.
y compris les hérésies et les schismes !
Or s'il est vrai que ceux-ci une fois ancrés beaucoup peuvent s'y trouver impliqués sans y voir à mal et même en croyant à tort être dans le vrai, toutefois l'ensemble d'une communauté ne saurait, non pas y incliner un temps par tromperie, mais y tomber et y demeurer sans faute grave.
Il est en effet de foi, plus encore défini dogmatiquement, que
Ce qui caractérise particulièrement les Grecs ! Avec les grandes qualités intellectuelles que cela implique aussi du bon côté de la médaille.
La Grèce étant à la fois le pays par excellence des rhéteurs et sophistes, mais aussi d'Aristote et de ses règles de raisonnements justes et de réfutation précisément des sophistes devenus sceptiques.
C'est aussi le pays qui vénère le Verbe de Dieu sous le vocable de la divine Sagesse ou Sophia. D'où leur plus grande Cathédrale, à Constantinople, dédiée à la Theia ou Agia Sophia, non pas à une Sainte qui se prénommerait Sophie, mais bel et bien à la Sainte ou Divine Sagesse, à savoir le Verbe de Dieu, Notre Seigneur Jésus-Christ.
Or la Grèce a dominé l'Orient avant que Rome ne le fasse après elle. Sa prodigieuse langue, qui avait conquis aussi les esprits les plus cultivés de ses vainqueurs romains, a profondément marqué de ses subtiles et précises nuances tout l'Orient, lui-même grand amateur de disputes verbales et de joutes théologiques.
Rien d'étonnant que cela n'ait engendré de nombreuses divisions qui, en grec précisément, se disent schisma !
Serait-il exact néanmoins que cela ait résulté probablement de divergences relevant de la terminologie plus que de la théologie ?
Assurément pas ! C'est plutôt le contraire qui est vrai !
Ce sont les nuances de la terminologie qui sont venues des divergences théologiques, et non l'inverse !
C'est en cela que les hérésies ont eu un bon effet à plus long terme, en faisant approfondir tous les points de doctrine, en obligeant à les définir avec des termes très précis qui bannissent toutes les ambiguïtés, et c'est en cette optique que, selon l'enseignement révélé par Saint Paul, il importait qu'il y ait des hérésies.
Comme des scandales aussi, pour éprouver et purifier les justes, avec la même sentence à la clé : mais malheur à ceux par lesquels ils arrivent !
Ce n'est pas une nuance entre le théodokos inventé par le Patriarche Nestorius de Constantinople et le théotokos catholique défendu et exposé par Saint Cyrille d'Alexandrie et défini par le Concile d'Ephèse qui a entraîné l'hérésie de Nestorius et le schisme des Nestoriens.
Mais c'est la pensée hérétique de ce Patriarche s'écartant de la Révélation et de la Tradition qui lui a fait inventer un nouveau terme proche du terme juste ou orthodoxe, en vue de mieux faire passer son erreur et s'attirer des adeptes !
De même, ce n'est pas une nuance entre le homoiousios des semi-ariens et le homoousios catholique défendu et exposé par Saint Athanase, alors simple Diacre d'Alexandrie, et défini par le Concile de Nicée qui a entraîné dans l'hérésie et le schisme les semi-ariens.
Mais c'est parce que ce "parti du juste milieu" en avait assez des luttes théologiques entre les Catholiques derrière le Pape Saint Libère et Saint Athanase d'une part et les "bons ariens" derrière Arius et les siens d'autre part, qu'ils ont voulu chercher un compromis entre la Vérité et l'erreur, entre le dogme et l'hérésie, qu'ils n'ont rien trouvé de "mieux" que de rajouter un simple iota au terme dogmatiquement défini de consubstantiel pour le transformer en un ambigü de même nature, susceptible à la fois d'une interprétation catholique ou arienne !
Ainsi donc, autant il est bon et souhaitable d'éviter d'inutiles querelles théologiques et morales par l'humble et éclairée soumission aux décisions dogmatiques, doctrinales et disciplinaires des autorités légitimes de la Sainte Eglise et par l'adhésion au consensus des Pères et des Saints Docteurs, autant il est important de ne point mépriser, dénigrer ou dévaloriser la précision des termes et du langage qui ferme la porte au maximum aux hérésies, aux schismes ou divisions !
Le dernier exemple cité démontre par ailleurs que l'amour de la paix et de la concorde ne doit point passer avant la Vérité, ne point s'en prendre à ses défenseurs ni ménager ses détracteurs.
La paix étant du reste la tranquillité réelle de l'ordre et non l'apparente du désordre toléré. L'ordre ne saurait régner dans l'erreur et l'injustice, dans les graves illusions et tromperies, dans les espoirs mensongers ou faux accords de façade.
Ce n'est donc point à l'union artificielle d'éléments disparates qu'il faut viser et oeuvrer, mais à l'unité dans la Charité de la Vérité, comme cela est si bien exprimé, dans les buts explicitement publiés de ce forum, par la belle citation de l'enseignement du Pape Saint Pie X à ce sujet : http://www.phpbbserver.com/micael/viewt ... rum=micael
http://www.micael.byethost7.com/viewtop ... =5&t=10#p1
D'autant plus intéressant pour nous qui le connaissons assez mal.
Il est un point qu'il me faut cependant souligner en raison de son importance.
Certains auteurs cherchent en effet à tout excuser,Veni de Libano a écrit : La Syrie fut aussi le champ de bataille de controverses christologiques qui sont à l’origine de la division religieuse en Orient.
En effet, le Concile œcuménique de Chalcédoine (451) condamna le monophysisme (qui ne reconnaissait qu’une seule nature dans le Christ) et proclama la doctrine officielle de l’Église catholique, à savoir : la présence de deux natures, divine et humaine, en l’unique Personne du Christ.
La majorité de la population syrienne refusa les décisions conciliaires, en raison probablement de divergences relevant de la terminologie plus que de la théologie et elle se sépara de l’Église catholique.i
y compris les hérésies et les schismes !
Or s'il est vrai que ceux-ci une fois ancrés beaucoup peuvent s'y trouver impliqués sans y voir à mal et même en croyant à tort être dans le vrai, toutefois l'ensemble d'une communauté ne saurait, non pas y incliner un temps par tromperie, mais y tomber et y demeurer sans faute grave.
Il est en effet de foi, plus encore défini dogmatiquement, que
Une des causes des nombreux schismes orientaux vient de leur amour du particularisme et de la ratiocinatio, ou raisonner pour raisonner, discuter et se disputer par amour de la tchache, des palabres, des beaux discours ou des raisonnements subtiles :Dieu n'abandonne jamais s'Il n'est le premier abandonné
(Concile du Vatican -I-)
Ce qui caractérise particulièrement les Grecs ! Avec les grandes qualités intellectuelles que cela implique aussi du bon côté de la médaille.
La Grèce étant à la fois le pays par excellence des rhéteurs et sophistes, mais aussi d'Aristote et de ses règles de raisonnements justes et de réfutation précisément des sophistes devenus sceptiques.
C'est aussi le pays qui vénère le Verbe de Dieu sous le vocable de la divine Sagesse ou Sophia. D'où leur plus grande Cathédrale, à Constantinople, dédiée à la Theia ou Agia Sophia, non pas à une Sainte qui se prénommerait Sophie, mais bel et bien à la Sainte ou Divine Sagesse, à savoir le Verbe de Dieu, Notre Seigneur Jésus-Christ.
Or la Grèce a dominé l'Orient avant que Rome ne le fasse après elle. Sa prodigieuse langue, qui avait conquis aussi les esprits les plus cultivés de ses vainqueurs romains, a profondément marqué de ses subtiles et précises nuances tout l'Orient, lui-même grand amateur de disputes verbales et de joutes théologiques.
Rien d'étonnant que cela n'ait engendré de nombreuses divisions qui, en grec précisément, se disent schisma !
Serait-il exact néanmoins que cela ait résulté probablement de divergences relevant de la terminologie plus que de la théologie ?
Assurément pas ! C'est plutôt le contraire qui est vrai !
Ce sont les nuances de la terminologie qui sont venues des divergences théologiques, et non l'inverse !
C'est en cela que les hérésies ont eu un bon effet à plus long terme, en faisant approfondir tous les points de doctrine, en obligeant à les définir avec des termes très précis qui bannissent toutes les ambiguïtés, et c'est en cette optique que, selon l'enseignement révélé par Saint Paul, il importait qu'il y ait des hérésies.
Comme des scandales aussi, pour éprouver et purifier les justes, avec la même sentence à la clé : mais malheur à ceux par lesquels ils arrivent !
Ce n'est pas une nuance entre le théodokos inventé par le Patriarche Nestorius de Constantinople et le théotokos catholique défendu et exposé par Saint Cyrille d'Alexandrie et défini par le Concile d'Ephèse qui a entraîné l'hérésie de Nestorius et le schisme des Nestoriens.
Mais c'est la pensée hérétique de ce Patriarche s'écartant de la Révélation et de la Tradition qui lui a fait inventer un nouveau terme proche du terme juste ou orthodoxe, en vue de mieux faire passer son erreur et s'attirer des adeptes !
De même, ce n'est pas une nuance entre le homoiousios des semi-ariens et le homoousios catholique défendu et exposé par Saint Athanase, alors simple Diacre d'Alexandrie, et défini par le Concile de Nicée qui a entraîné dans l'hérésie et le schisme les semi-ariens.
Mais c'est parce que ce "parti du juste milieu" en avait assez des luttes théologiques entre les Catholiques derrière le Pape Saint Libère et Saint Athanase d'une part et les "bons ariens" derrière Arius et les siens d'autre part, qu'ils ont voulu chercher un compromis entre la Vérité et l'erreur, entre le dogme et l'hérésie, qu'ils n'ont rien trouvé de "mieux" que de rajouter un simple iota au terme dogmatiquement défini de consubstantiel pour le transformer en un ambigü de même nature, susceptible à la fois d'une interprétation catholique ou arienne !
Ainsi donc, autant il est bon et souhaitable d'éviter d'inutiles querelles théologiques et morales par l'humble et éclairée soumission aux décisions dogmatiques, doctrinales et disciplinaires des autorités légitimes de la Sainte Eglise et par l'adhésion au consensus des Pères et des Saints Docteurs, autant il est important de ne point mépriser, dénigrer ou dévaloriser la précision des termes et du langage qui ferme la porte au maximum aux hérésies, aux schismes ou divisions !
Le dernier exemple cité démontre par ailleurs que l'amour de la paix et de la concorde ne doit point passer avant la Vérité, ne point s'en prendre à ses défenseurs ni ménager ses détracteurs.
La paix étant du reste la tranquillité réelle de l'ordre et non l'apparente du désordre toléré. L'ordre ne saurait régner dans l'erreur et l'injustice, dans les graves illusions et tromperies, dans les espoirs mensongers ou faux accords de façade.
Ce n'est donc point à l'union artificielle d'éléments disparates qu'il faut viser et oeuvrer, mais à l'unité dans la Charité de la Vérité, comme cela est si bien exprimé, dans les buts explicitement publiés de ce forum, par la belle citation de l'enseignement du Pape Saint Pie X à ce sujet : http://www.phpbbserver.com/micael/viewt ... rum=micael
http://www.micael.byethost7.com/viewtop ... =5&t=10#p1
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Veni de Libano
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Re: Les principales Eglises Catholiques d'Orient
PATRIARCAT COPTE-CATHOLIQUE D’ALEXANDRIE
Histoire
L’origine du Patriarcat d’Alexandrie remonte, d’après la Tradition, à Saint-Marc. Ce Patriarcat joua un rôle important dans l’Eglise Universelle durant les cinq premiers siècles de l’ère chrétienne, grâce à ses écrivains, exégètes et philosophes: Pantène, Clément d’Alexandrie, Origène, Heraclas, Denys, Didyme et d’autres; grâce à ses grands Patriarches, Confesseurs et Docteurs de l’Eglise Universelle: tels Alexandre, Athanase, Theophile et Cyrille.
C’est dans son sein que naquit le monachisme chrétien, avec ses grands fondateurs: Saint Antoine, Saint Pacôme, Saint Macaire.
La fondation du Patriarcat d’Alexandrie par St Marc et le rôle que joua ce Patriarcat durant les 5 premiers siècles, lui méritèrent d’être le second Siège après Rome.
Cependant, une division se produisit au sein de ce Patriarcat. en 451, à la suite du Concile de Chalcedoine. La majorité des Egyptiens suivirent leur Patriarche Dioscore et se donnèrent le nom d'"Orthodoxes", tandis qu’un bon nombre de fidèles demeurèrent attachés à Rome et furent nommés "Melkites", c’est-à-dire du parti du Roi qui était le protecteur du Concile de Chalcedoine; ils prirent, plus tard, le nom de "Catholiques".
Il est vrai que la politique joua un grand rôle dans le sort du Patriarcat: tantôt il y avait un Patriarche Catholique tantôt un Patriarche Orthodoxe, parfois il y en avait deux. Les Catholiques avaient souvent un Patriarche Byzantin. Le dernier de ces Patriarches fut Marc II, au commencement du Xllleme siècle, qui voulut abolir la liturgie alexandrine et la remplacer par la liturgie byzantine. Les Catholiques s’opposèrent à lui; il partit finir ses jours à Constantinople. La liturgie fut conservée, la langue copte prédomina sur le grec et ensuite l’arabe.
Des religieux venaient de Jérusalem, aux différentes périodes de l’année, pour conférer les sacrements aux fidèles qui tenaient à leur catholicisme.
Le Saint-Siège fit de grands efforts pour l’union. Il y eut une volumineuse correspondance avec les Patriarches Orthodoxes. Une première tentative d’union eut lieu au Concile de Florence en 1443. L’union fut signée le 4 février de cette même année, mais la distance, l’ignorance et les persécutions firent échouer l’exécution. Une seconde tentative fut faite au Concile de Memphis (Le Caire) en 1582, et enfin une troisième en 1814, mais sans jamais aboutir à l’union souhaitée.
Le Saint-Siège ne négligea pas le petit troupeau Catholique: les Pères Franciscains, en s’établissant en Egypte au XVlleme siècle, s’en occupèrent.
En 1741, Benoit XlV nomma Athanase, évêque Copte de Jérusalem, Vicaire Apostolique pour les Coptes d’Egypte. Il y eut, depuis cette date, des Vicaires Apostoliques. En 1895, le Pape Léon XIII, par sa lettre apostolique "Christi Domini" du 26 novembre, rétablit le Patriarcat d’Alexandrie déclarant: "Patriarcatum Alexandrinum restituimus et pro Coptis constituimus".
S.B. Cyrille Macaire fut nommé Patriarche Copte-Catholique d’Alexandrie, et le territoire egyptien fut divisé en trois diocèses: le diocèse patriarcal comprenant toute la Basse-Egypte (Delta du Nil), le diocèse d’Hermopolis-Magna et le diocèse de Thèbes. Le diocèse Patriarcal est administré par le Patriarche lui-même, dont la résidence est au Caire.
De 1908 à 1947, le Patriarcat eut deux Administrateurs Apostoliques: S.E. Mgr. Maximos Sedfaoui, puis S.E. Mgr. Marc Khouzam. Ce dernier fut nommé Patriarche le 9 août 1947, et intronisé le 7 mars 1948.
Le nombre des fidèles ayant augmenté, surtout en Haute-Egypte, le diocèse de Thèbes fut divisé en deux parties le 9 août 1947, et un nouvel évêque fut sacré pour le nouveau diocèse d’Assiout le 18 décembre 1947, en la personne de S.E. Mgr. Alexandros H. Scandar.
Après le décès de S.B. Marc II, le 2 février 1958, le Synode des évêques coptes-catholiques élit son auxiliaire, Stephanos ler, qui fut approuvé par le Saint-Siège le 17 juin et intronisé le 29 juin 1958. Dans la suite, Stéphanos ler fut promu Cardinal le 22 février 1965.
Le 24 février 1984, S.E. Mgr. Andraos Ghattas, évêque de Thèbes- Louxor, fut nommé Administrateur Apostolique du Patriarcat. Le 19 avril 1986, S.B. Stéphanos ler ayant présenté sa démission pour raison d’âge et de santé, le Synode Patriarcal élit Patriarche, le 9 juin 1986, Amba Andraos Ghattas, qui prit le nom de Stéphanos II, et fut intronisé le 12 juillet de la même année.
Aujourd’hui, le Patriarcat Copte-Catholique d’Alexandrie compte environ 210.00 fidèles, répartis en six Diocèses:
- 1. Le Diocèse Patriarcal, dirigé par S.B. le Patriarche Stéphanos II, aidé de deux Evêques Auxiliaires. LL. EE. Mgr. Youhanna Golta, et Mgr. Andraos Salama.
- 2. Le Diocèse de Minia, dirigé par S.E. Mgr. Antonios Naguib.
- 3. Le Diocèse d’Assiout, dirigé par S.E. Mgr. Kyrillos William.
- 4. Le Diocèse de Sohag, dirigé par S.E. Mgr. Morcos Hakim.
- 5. Le Diocèse de Louxor, dirigé par S.E.Mgr. Youannes Zakaria.
- 6. Le Diocèse d’Ismaylia, dirigé par S.E. Mgr. Makarios Tewfik.
Ces six diocèses sont désservis par 175 prêtres diocésains et une quarantaine de prêtres Franciscains et autres Religieux.
Re: Les principales Eglises Catholiques d'Orient
PAX ET BONUM
Sont-elles en communion avec la secte concilaire ?
Merci
Je me demandais, lorsque vous dites que ces Églises catholiques et chrétiennes pourraient servir d'exemple, entendez-vous par là, que dans ces Églises Catholiques, il y en a qui dénoncent V2 et ses antipapes, la nouvelle messe sacrilège de Montini, et les hérésies scandaleuses que ces hommes propagent à travers le monde ?Veni de Libano a écrit : Voilà pourquoi j'ai voulu, cher Chaussis, rappeler aux lecteurs de ce forum que l'Orient est aussi composé d'une mosaïque d'Eglises catholiques et chrétiennes qui n'abdiquent pas leur Foi et pourraient bientôt servir d'exemple à une Europe en décomposition !
Sont-elles en communion avec la secte concilaire ?
Merci
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Veni de Libano
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Re: Les principales Eglises Catholiques d'Orient
Absolument chère Gabrielle.
Veni
Veni
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Veni de Libano
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Re: Les principales Eglises Catholiques d'Orient
Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)
L'Eglise Catholique Arménienne
Par Monseigneur Mesrob Djourian,
Vicaire patriarcal pour l'Institut du clergé patriarcal de Bzommar
Le courant de communion ecclésiale en Arménie jusqu'au XVIIIe siècle
Vers la restauration du patriarcat arménien catholique (1740)
Le couvent de Bzommar, siège du patriarcat
La reconnaissance et l'autonomie de la Communauté (1830)
Le transfert du siège patriarcal à Constantinople
Le rayonnement de la communauté
Le renouveau et l'avenir
Le courant de communion ecclésiale en Arménie jusqu'au XVIIIe siècle
Avant d'aborder la période des relations directes entre les Arméniens et Rome, nous ferons quelques remarques préalables.
Une fraction de l'Eglise arménienne, dès le début, manifesta sa fidélité au concile de Chalcédoine, restant unie à l'Eglise grecque qui, comme on le sait, fut elle-même en communion ecclésiale avec Rome jusqu'au schisme de 1054.
Mais c'est la période des croisades qui permit de définir, vis-à-vis de Rome, un lien qui avait été rompu avec le patriarche de Constantinople, mais pas vraiment avec le pape, que des pèlerins, au-delà de leur visite aux tombeaux des saints Pierre et Paul, allaient saluer.
Le précurseur de l'oecuménisme fut, au XII° siècle, le catholicos saint Nersès le Gracieux qui admit (devant les Grecs) que l'Eglise arménienne n'était pas monophysite. Saint Nersès de Lambroun, évêque de Tarse, poursuivit le dialogue, mais avec les Latins.
Les travaux de Jean Richard, éminent spécialiste de l'Orient latin, montrent que, comme les autres Eglises orientales en relation avec les Etats des croisés, les catholicos de l'époque du royaume de Cilicie furent en communion avec le siège de Rome, de la fin du XIIe au début du XVe siècle. Cependant, si les Frères-Uniteurs, filiale arménienne des Dominicains du Proche Orient, rendirent service à la culture nationale en l'ouvrant aux grands théologiens de l'Occident, ils voulurent imprudemment conformer certaines traditions de leur Eglise à des critères strictement latins. En revanche, les moines basiliens, installés en Italie, en communion avec le Saint-Siège de Rome, furent les fidèles serviteurs des traditions nationales. La communion ecclésiale de l'Eglise arménienne avec Rome n'excluait ni les tensions (avec une partie du peuple et du clergé), ni les équivoques, mais fut réelle, même si elle ne dura pas comme celle des Maronites du Liban.
En 1440, les délégués du catholicos Grégoire IX Mousabêgiants (résidant alors à Sis en Cilicie) au concile de Florence rétablirent brièvement l'Union. Mais on sait que le refus de Grégoire IX de transférer son siège en Arménie orientale assura, à moyen terme, la promotion du titulaire élu à Etchmiadzine en 1441.
Les catholicos d'Etchmiadzine manifestèrent souvent, par la suite, un esprit de dialogue, et les persécutions vis-à-vis des Arméniens unis à Rome ne provinrent pas d'eux : rappelons que plus de la moitié des catholicos d'Etchmiadzine au XVIIe siècle, en particulier Movsès III, Hakob IV de Djoulfa, tentèrent de se rapprocher du siège de Rome. L'anathème contre le concile de Chalcédoine et le Tome de saint Léon fut alors supprimé. Ceci explique qu'un certain nombre d'évêques étaient alors unis au Saint-Siège (entre autres dans les colonies d'Europe orientale) sans qu'il y eût rupture avec la hiérarchie arménienne. Certains fréquentèrent même le Collège Urbain à Rome. La persécution; à la fin du XVIIe et dans les premières décennies du XVIIIe siècle, fut le fait de certains patriarches arméniens de Constantinople soumis, dans la capitale, aux pressions directes du gouvernement ottoman, et qui utilisèrent le pouvoir civil, non-chrétien, pour persécuter les Arméniens fidèles au concile de Chalcédoine et témoignant de leur communion ecclésiale avec le siège de Rome. C'est le patriarche Awédik', précédemment excommunié par le catholicos pour avoir expulsé les Jésuites d'Erzouroum, qui déchaîna la persécution, provoquant l'exil de Mekhit'ar - fondateur de la Congrégation Mekhit'ariste en Morée, puis à Venise - et le martyre du prêtre Komitas.
Ne pouvant plus fréquenter ni les églises arméniennes où, contre leur conscience, ils auraient dû anathématiser le concile de Chalcédoine, ni les églises latines, par crainte d'être dénoncés comme "Francs", les Arméniens en communion avec le pape allaient être acculés à se constituer en hiérarchie indépendante.
Certes, le zèle imprudent de certains missionnaires et la malheureuse affaire du diocèse de Lemberg (ou Léopolis) en Pologne (soustrait à l'autorité d'Etchmiadzine par l'action conjointe de l'évêque arménien Nikol Torossovitch et des bureaux romains) pouvaient expliquer une certaine suspicion vis-à-vis du courant de communion ecclésiale. Mais la plupart des Arméniens unis surent rester loyaux à l'égard de l'Eglise nationale. Rien ne saurait, de surcroît, justifier des persécutions confiées finalement au maître turc.
Vers la restauration du patriarcat arménien catholique (1740)
Les accusations, l'exil, l'emprisonnement et les exécutions ne pouvaient ni faire peur aux croyants arméniens catholiques, ni favoriser l'union du peuple. Les catholiques aussi bien que les apostoliques, les notables et les membres du clergé engagèrent des négociations laborieuses en 1701,1703 et 1714 pour trouver une solution viable basée sur des concessions mutuelles. Même le Saint-Siège de Rome fit des concessions sur certains points de la fameuse question de la Communicatio in sacris. Toutes les tentatives furent vaines.
Parmi les Arméniens catholiques; l'idée d'avoir leur propre patrik (patriarche) et de se faire reconnaître comme communauté autonome faisait son chemin. Pouvaient-ils rester indifférents voyant les meilleurs des leurs disparaître? Le père Komitas avait été exécuté en 1707. L'Abbé Mekhit'ar, poursuivi, s'enfuit en Morée puis il passa à Venise avec ses moines. Matthieu Sare, ex patrik revenu au catholicisme, s'enfuit à Rome. Les évêques Melchior et Astwatzatour souffrirent les travaux forcés et succombèrent d'épuisement. L'archevêque d'Alep, Mgr. Ardzivian, condamné plusieurs fois, fut exilé dans une île sur les côtes syriennes. Libéré, il resta en exil au Liban.
En 1740, les Arméniens catholiques d'Alep passèrent à l'action. Trois évêques, le clergé et les fidèles élurent l'archevêque de cette ville, Mgr. Abraham Ardzivian, comme catholicos-patriarche sur le siège de Sis qui était vacant en cette année. Mgr. Ardzivian entreprit le voyage à Rome en 1741. Il y trouva très bon accueil, fit sa profession de foi, et le pape Benoît XIV, confirma son élection et lui conféra le pallium. Rentré au Liban, Mgr. Ardzivian s'installa dans le couvent des moines arméniens antonins. Le patriarche maronite Joseph Khazen, les chefs des autres communautés catholiques firent preuve de solidarité et de charité envers Mgr. Ardzivian.
Les moines antonins, débordant de zèle, se mirent à la disposition du patriarche qui les envoyait en mission. Inutile de dire que le patrik de Constantinople et le gouvernement ottoman ignorèrent l'élection de Mgr. Ardzivian.
Le couvent de Bzommar, siège du patriarcat
Hakob-Pétros II, élu patriarche en 1749, entreprit la construction du couvent de Bzommar où il transféra le siège patriarcal tout en gardant les Antonins sous sa juridiction. Ses successeurs résideront dans le même couvent jusqu'en 1867. Ils agrandiront le siège, fonderont un séminaire et organiseront un Institut de prêtres missionnaires, rattaché au siège patriarcal.
Vu les éventuels dangers de persécution et pour des causes d'ordre matériel, même les évêques - à l'exception de ceux de Mardin et d'Alep - résidaient avec le patriarche, formant son Conseil. Périodiquement et très discrètement ils visitaient leurs diocèses.
Pendant cette période, les patriarches eurent à résoudre des questions liturgiques et surtout de juridiction, avec Rome et les vicaires latins d'Orient. Ils voulaient soustraire à la juridiction de ces derniers les fidèles arméniens catholiques de rite latin et étendre les limites du patriarcat. Jusqu'en 1866 la juridiction du patriarcat englobait la Cilicie, une partie de l'Asie Mineure, la Syrie, l'Irak et l'Egypte.
L'exarchat de Lemberg, en Pologne, dépendait de la Congrégation de la propagande. Les régions où la population arménienne catholique était la plus dense étaient rattachées au vicaire latin de Constantinople. A partir de 1758, celui-ci géra les affaires concernant les Arméniens catholiques par l'entremise d'un auxiliaire arménien. Ce dernier était choisi par la Propagande parmi les trois candidats proposés par le clergé et les fidèles arméniens.
La reconnaissance et l'autonomie de la Communauté (1830)
En 1820, le patriarche arménien de Constantinople fit une proposition d'union avec la fameuse "Invitation à la charité". Sept prêtres catholiques, dont cinq Mekhit'aristes de Venise, prirent part aux pourparlers. On rédigea une profession de foi tronquée et équivoque. Certains fidèles, excités, envahirent le patriarcat et tout se termina dans le désordre.
En 1827, le sultan, aigri à cause de la destruction de sa flotte à Navarin par les forces navales anglo-franco-russes, et profitant de l'absence des ambassadeurs de ces trois pays, signa un firman (décret) de persécution qui fut appliquée avec une extrême rigueur. En 1828, les Russes attaquèrent la Turquie à l'est comme à l'ouest. Ils occupèrent Kars et Ardahan, firent pression sur le catholicos d'Etchmiadzine pour faire cesser les persécutions. Le tsar avait aussi offert ses services de médiation à Rome. Le pape Pie VIII adressait deux brefs au roi de France et à l'empereur d'Autriche leur demandant d'obtenir l'autonomie de la Communauté arménienne catholique. Le sultan promulgua le firman le 6 janvier 1830. Il reconnaissait aux Arméniens catholiques le droit d'avoir leur patrik et autorisait le retour des exilés. Aussitôt quatre-vingt-seize notables élirent comme chef religieux Antoine Nouridjan que le pape éleva à la charge d'archevêque-primat de Constantinople. Hagop (Jacques) Manuélian fut élu comme chef civil. Cette dualité fut supprimée quand, en 1866, le primat Hassoun cumula les deux charges.
Le transfert du siège patriarcal à Constantinople Restait à résoudre l'union du siège primatial de Constantinople et du siège patriarcal de Bzommar. Lorsqu'en 1867 le primat Hassoun fut élu patriarche, Rome supprima le siège primatial par la bulle Reversurus, réunit les deux circonscriptions ecclésiastiques et transféra le siège patriarcal à Constantinople. Avec le recul de plus d'un siècle, nous pouvons dire que si l'union des deux sièges, en soi, était bonne, le transfert a été peut-être une erreur, car il exposait le gouvernement patriarcal, dans les affaires d'ordre administratif ou civil et même ecclésiastique, aux interventions et aux immixtions des laïcs, à cause des prérogatives qu'ils avaient de prendre part aux affaires de l'Eglise. En effet, les laïcs, mal préparés à ces responsabilités, poussés par l'ambition, et certains d'entre eux manipulés par une certaine presse libérale, furent cause de profonds remous au sein de la communauté. Les synodes des évêques, notamment celui de 1911 et, le dernier en date, celui de 1928, supprimèrent tous les conseils laïcs.
Le rayonnement de la communauté
Grâce à son organisation, à l'esprit de discipline de son clergé et à la haute formation de ses prêtres, la communauté arménienne catholique, en moins de deux siècles (1740-1915), avait eu un rayonnement magnifique. Dans le domaine pastoral, c'était le clergé diocésain et les prêtres de l'Institut du clergé patriarcal de Bzommar qui assuraient le ministère. Le patriarcat avait alors seize diocèses, un exarchat (Pologne), neuf vicariats patriarcaux. Ils avaient aussi la responsabilité des Missions de l'Arménie du Nord et de la Géorgie. Le domaine de l'éducation était confié aux deux congrégations des pères Mekhit'aristes (Venise et Vienne) et à la Congrégation des religieuses arméniennes catholiques de l'Immaculée Conception. Ces trois congrégations avaient leurs écoles dans les villes et les villages au service de tout le peuple arménien. A l'apostolat de l'éducation, les pères Jésuites de la mission de la Petite-Arménie prenaient une part méritoire. Ils avaient trente écoles et 5520 élèves. Les pères Mekhit'aristes furent les pionniers de la renaissance culturelle. C'est à eux que nous devons la publication de tant d'ouvrages touchant l'histoire, la liturgie, l'hagiographie et la patrologie arméniennes. La tourmente des années 1914-1918 a tout détruit.
Le renouveau et l'avenir
Les évêques arméniens catholiques rescapés tiennent leur synode à Rome en 1928. Celui-ci décida le retour du siège patriarcal à Bzommar. La nouvelle résidence fut construite à Beyrouth grâce à la subvention accordée par Pie XI. C'est la période d'installation. Les prêtres séculiers et les membres de l'Institut du clergé patriarcal de Bzommar se dévouent au service des rescapés du peuple décimé, constitués surtout de veuves et d'orphelins. D'autres prêtres, démunis de tout, s'en vont dans les missions lointaines (France, Etats-Unis, Amérique latine) pour assister les fidèles.
Avec l'avènement, du très regretté cardinal Grégoire-Pierre XV Agagianian commence une période d'épanouissement. De nouveaux diocèses sont créés, ainsi que des paroisses dans les pays du Moyen-Orient. Le nombre des missions augmente. Des vicariats patriarcaux sont érigés à Jérusalem, à Damas, en Grèce. Depuis les années soixante, trois exarchats ont été créés : le premier en France (1960), le second aux Etats-Unis et au Canada (1981), le troisième en Amérique latine (1981).
Lors de sa visite en Arménie soviétique (en 1965), le patriarche Ignace-Pierre XVI avait fait quelques démarches, mais en vain, pour obtenir l'autorisation d'envoyer un prêtre assister les fidèles arméniens catholiques.
Les écoles ont surgi partout (dix seulement pour le diocèse patriarcal) grâce au dévouement des prêtres de l'Institut du clergé patriarcal de Bzommar, du clergé diocésain, des pères Mekhit'aristes et des soeurs de l'Immaculée-Conception. Les pères Jésuites continuent l'oeuvre de la Mission d'Arménie avec deux écoles, l'une à Beyrouth, l'autre à Alep.
A cause des bouleversements socio-politiques dans les pays du Moyen-Orient, le centre de gravité de la Diaspora arménienne s'est déplacé vers la France, le Canada, les Etats-Unis, l'Amérique latine et l'Australie. Actuellement d'immenses efforts sont déployés dans ces pays pour couvrir les besoins des fidèles dans le domaine de l'éducation. Car la Communauté arménienne catholique ne s'est pas constituée comme une unité fermée sur elle-même refusant l'identité et les valeurs nationales. Avec son effort d'évangélisation, ses institutions scolaires, ses oeuvres sociales, sa presse, l'élite de ses intellectuels, et ses interventions discrètes en des moments difficiles, elle est ouverte à toute la nation arménienne.
Depuis 1982, l'Eglise arménienne catholique a comme patriarche Sa Béatitude Mgr. Jean-Pierre XVIII Kasparian, prélat jeune et plein d'un optimisme serein. Comme Eglise locale, elle connaît toutes les difficultés de toute Eglise locale, et en plus, le problème de la dispersion. Aussi, face à ces difficultés, en ce temps de "la grande pénombre", toutes les forces vives de la communauté sont conscientes qu'il y a entre elles une mutuelle appartenance. Quand il s'agit du Royaume de Dieu il n'est pas permis d'agir "en hommes de peu de foi", mais de se livrer au souffle puissant de l'Esprit qui conduit vers le renouveau.
L'histoire de la chrétienté arménienne a été celle d'un témoignage de souffrances à l'ombre de la Croix pour le Christ. Il veille avec eux qui souffrent pour Lui. Il ne les abandonne jamais.
L'Eglise Catholique Arménienne
Par Monseigneur Mesrob Djourian,
Vicaire patriarcal pour l'Institut du clergé patriarcal de Bzommar
Le courant de communion ecclésiale en Arménie jusqu'au XVIIIe siècle
Vers la restauration du patriarcat arménien catholique (1740)
Le couvent de Bzommar, siège du patriarcat
La reconnaissance et l'autonomie de la Communauté (1830)
Le transfert du siège patriarcal à Constantinople
Le rayonnement de la communauté
Le renouveau et l'avenir
Le courant de communion ecclésiale en Arménie jusqu'au XVIIIe siècle
Avant d'aborder la période des relations directes entre les Arméniens et Rome, nous ferons quelques remarques préalables.
Une fraction de l'Eglise arménienne, dès le début, manifesta sa fidélité au concile de Chalcédoine, restant unie à l'Eglise grecque qui, comme on le sait, fut elle-même en communion ecclésiale avec Rome jusqu'au schisme de 1054.
Mais c'est la période des croisades qui permit de définir, vis-à-vis de Rome, un lien qui avait été rompu avec le patriarche de Constantinople, mais pas vraiment avec le pape, que des pèlerins, au-delà de leur visite aux tombeaux des saints Pierre et Paul, allaient saluer.
Le précurseur de l'oecuménisme fut, au XII° siècle, le catholicos saint Nersès le Gracieux qui admit (devant les Grecs) que l'Eglise arménienne n'était pas monophysite. Saint Nersès de Lambroun, évêque de Tarse, poursuivit le dialogue, mais avec les Latins.
Les travaux de Jean Richard, éminent spécialiste de l'Orient latin, montrent que, comme les autres Eglises orientales en relation avec les Etats des croisés, les catholicos de l'époque du royaume de Cilicie furent en communion avec le siège de Rome, de la fin du XIIe au début du XVe siècle. Cependant, si les Frères-Uniteurs, filiale arménienne des Dominicains du Proche Orient, rendirent service à la culture nationale en l'ouvrant aux grands théologiens de l'Occident, ils voulurent imprudemment conformer certaines traditions de leur Eglise à des critères strictement latins. En revanche, les moines basiliens, installés en Italie, en communion avec le Saint-Siège de Rome, furent les fidèles serviteurs des traditions nationales. La communion ecclésiale de l'Eglise arménienne avec Rome n'excluait ni les tensions (avec une partie du peuple et du clergé), ni les équivoques, mais fut réelle, même si elle ne dura pas comme celle des Maronites du Liban.
En 1440, les délégués du catholicos Grégoire IX Mousabêgiants (résidant alors à Sis en Cilicie) au concile de Florence rétablirent brièvement l'Union. Mais on sait que le refus de Grégoire IX de transférer son siège en Arménie orientale assura, à moyen terme, la promotion du titulaire élu à Etchmiadzine en 1441.
Les catholicos d'Etchmiadzine manifestèrent souvent, par la suite, un esprit de dialogue, et les persécutions vis-à-vis des Arméniens unis à Rome ne provinrent pas d'eux : rappelons que plus de la moitié des catholicos d'Etchmiadzine au XVIIe siècle, en particulier Movsès III, Hakob IV de Djoulfa, tentèrent de se rapprocher du siège de Rome. L'anathème contre le concile de Chalcédoine et le Tome de saint Léon fut alors supprimé. Ceci explique qu'un certain nombre d'évêques étaient alors unis au Saint-Siège (entre autres dans les colonies d'Europe orientale) sans qu'il y eût rupture avec la hiérarchie arménienne. Certains fréquentèrent même le Collège Urbain à Rome. La persécution; à la fin du XVIIe et dans les premières décennies du XVIIIe siècle, fut le fait de certains patriarches arméniens de Constantinople soumis, dans la capitale, aux pressions directes du gouvernement ottoman, et qui utilisèrent le pouvoir civil, non-chrétien, pour persécuter les Arméniens fidèles au concile de Chalcédoine et témoignant de leur communion ecclésiale avec le siège de Rome. C'est le patriarche Awédik', précédemment excommunié par le catholicos pour avoir expulsé les Jésuites d'Erzouroum, qui déchaîna la persécution, provoquant l'exil de Mekhit'ar - fondateur de la Congrégation Mekhit'ariste en Morée, puis à Venise - et le martyre du prêtre Komitas.
Ne pouvant plus fréquenter ni les églises arméniennes où, contre leur conscience, ils auraient dû anathématiser le concile de Chalcédoine, ni les églises latines, par crainte d'être dénoncés comme "Francs", les Arméniens en communion avec le pape allaient être acculés à se constituer en hiérarchie indépendante.
Certes, le zèle imprudent de certains missionnaires et la malheureuse affaire du diocèse de Lemberg (ou Léopolis) en Pologne (soustrait à l'autorité d'Etchmiadzine par l'action conjointe de l'évêque arménien Nikol Torossovitch et des bureaux romains) pouvaient expliquer une certaine suspicion vis-à-vis du courant de communion ecclésiale. Mais la plupart des Arméniens unis surent rester loyaux à l'égard de l'Eglise nationale. Rien ne saurait, de surcroît, justifier des persécutions confiées finalement au maître turc.
Vers la restauration du patriarcat arménien catholique (1740)
Les accusations, l'exil, l'emprisonnement et les exécutions ne pouvaient ni faire peur aux croyants arméniens catholiques, ni favoriser l'union du peuple. Les catholiques aussi bien que les apostoliques, les notables et les membres du clergé engagèrent des négociations laborieuses en 1701,1703 et 1714 pour trouver une solution viable basée sur des concessions mutuelles. Même le Saint-Siège de Rome fit des concessions sur certains points de la fameuse question de la Communicatio in sacris. Toutes les tentatives furent vaines.
Parmi les Arméniens catholiques; l'idée d'avoir leur propre patrik (patriarche) et de se faire reconnaître comme communauté autonome faisait son chemin. Pouvaient-ils rester indifférents voyant les meilleurs des leurs disparaître? Le père Komitas avait été exécuté en 1707. L'Abbé Mekhit'ar, poursuivi, s'enfuit en Morée puis il passa à Venise avec ses moines. Matthieu Sare, ex patrik revenu au catholicisme, s'enfuit à Rome. Les évêques Melchior et Astwatzatour souffrirent les travaux forcés et succombèrent d'épuisement. L'archevêque d'Alep, Mgr. Ardzivian, condamné plusieurs fois, fut exilé dans une île sur les côtes syriennes. Libéré, il resta en exil au Liban.
En 1740, les Arméniens catholiques d'Alep passèrent à l'action. Trois évêques, le clergé et les fidèles élurent l'archevêque de cette ville, Mgr. Abraham Ardzivian, comme catholicos-patriarche sur le siège de Sis qui était vacant en cette année. Mgr. Ardzivian entreprit le voyage à Rome en 1741. Il y trouva très bon accueil, fit sa profession de foi, et le pape Benoît XIV, confirma son élection et lui conféra le pallium. Rentré au Liban, Mgr. Ardzivian s'installa dans le couvent des moines arméniens antonins. Le patriarche maronite Joseph Khazen, les chefs des autres communautés catholiques firent preuve de solidarité et de charité envers Mgr. Ardzivian.
Les moines antonins, débordant de zèle, se mirent à la disposition du patriarche qui les envoyait en mission. Inutile de dire que le patrik de Constantinople et le gouvernement ottoman ignorèrent l'élection de Mgr. Ardzivian.
Le couvent de Bzommar, siège du patriarcat
Hakob-Pétros II, élu patriarche en 1749, entreprit la construction du couvent de Bzommar où il transféra le siège patriarcal tout en gardant les Antonins sous sa juridiction. Ses successeurs résideront dans le même couvent jusqu'en 1867. Ils agrandiront le siège, fonderont un séminaire et organiseront un Institut de prêtres missionnaires, rattaché au siège patriarcal.
Vu les éventuels dangers de persécution et pour des causes d'ordre matériel, même les évêques - à l'exception de ceux de Mardin et d'Alep - résidaient avec le patriarche, formant son Conseil. Périodiquement et très discrètement ils visitaient leurs diocèses.
Pendant cette période, les patriarches eurent à résoudre des questions liturgiques et surtout de juridiction, avec Rome et les vicaires latins d'Orient. Ils voulaient soustraire à la juridiction de ces derniers les fidèles arméniens catholiques de rite latin et étendre les limites du patriarcat. Jusqu'en 1866 la juridiction du patriarcat englobait la Cilicie, une partie de l'Asie Mineure, la Syrie, l'Irak et l'Egypte.
L'exarchat de Lemberg, en Pologne, dépendait de la Congrégation de la propagande. Les régions où la population arménienne catholique était la plus dense étaient rattachées au vicaire latin de Constantinople. A partir de 1758, celui-ci géra les affaires concernant les Arméniens catholiques par l'entremise d'un auxiliaire arménien. Ce dernier était choisi par la Propagande parmi les trois candidats proposés par le clergé et les fidèles arméniens.
La reconnaissance et l'autonomie de la Communauté (1830)
En 1820, le patriarche arménien de Constantinople fit une proposition d'union avec la fameuse "Invitation à la charité". Sept prêtres catholiques, dont cinq Mekhit'aristes de Venise, prirent part aux pourparlers. On rédigea une profession de foi tronquée et équivoque. Certains fidèles, excités, envahirent le patriarcat et tout se termina dans le désordre.
En 1827, le sultan, aigri à cause de la destruction de sa flotte à Navarin par les forces navales anglo-franco-russes, et profitant de l'absence des ambassadeurs de ces trois pays, signa un firman (décret) de persécution qui fut appliquée avec une extrême rigueur. En 1828, les Russes attaquèrent la Turquie à l'est comme à l'ouest. Ils occupèrent Kars et Ardahan, firent pression sur le catholicos d'Etchmiadzine pour faire cesser les persécutions. Le tsar avait aussi offert ses services de médiation à Rome. Le pape Pie VIII adressait deux brefs au roi de France et à l'empereur d'Autriche leur demandant d'obtenir l'autonomie de la Communauté arménienne catholique. Le sultan promulgua le firman le 6 janvier 1830. Il reconnaissait aux Arméniens catholiques le droit d'avoir leur patrik et autorisait le retour des exilés. Aussitôt quatre-vingt-seize notables élirent comme chef religieux Antoine Nouridjan que le pape éleva à la charge d'archevêque-primat de Constantinople. Hagop (Jacques) Manuélian fut élu comme chef civil. Cette dualité fut supprimée quand, en 1866, le primat Hassoun cumula les deux charges.
Le transfert du siège patriarcal à Constantinople Restait à résoudre l'union du siège primatial de Constantinople et du siège patriarcal de Bzommar. Lorsqu'en 1867 le primat Hassoun fut élu patriarche, Rome supprima le siège primatial par la bulle Reversurus, réunit les deux circonscriptions ecclésiastiques et transféra le siège patriarcal à Constantinople. Avec le recul de plus d'un siècle, nous pouvons dire que si l'union des deux sièges, en soi, était bonne, le transfert a été peut-être une erreur, car il exposait le gouvernement patriarcal, dans les affaires d'ordre administratif ou civil et même ecclésiastique, aux interventions et aux immixtions des laïcs, à cause des prérogatives qu'ils avaient de prendre part aux affaires de l'Eglise. En effet, les laïcs, mal préparés à ces responsabilités, poussés par l'ambition, et certains d'entre eux manipulés par une certaine presse libérale, furent cause de profonds remous au sein de la communauté. Les synodes des évêques, notamment celui de 1911 et, le dernier en date, celui de 1928, supprimèrent tous les conseils laïcs.
Le rayonnement de la communauté
Grâce à son organisation, à l'esprit de discipline de son clergé et à la haute formation de ses prêtres, la communauté arménienne catholique, en moins de deux siècles (1740-1915), avait eu un rayonnement magnifique. Dans le domaine pastoral, c'était le clergé diocésain et les prêtres de l'Institut du clergé patriarcal de Bzommar qui assuraient le ministère. Le patriarcat avait alors seize diocèses, un exarchat (Pologne), neuf vicariats patriarcaux. Ils avaient aussi la responsabilité des Missions de l'Arménie du Nord et de la Géorgie. Le domaine de l'éducation était confié aux deux congrégations des pères Mekhit'aristes (Venise et Vienne) et à la Congrégation des religieuses arméniennes catholiques de l'Immaculée Conception. Ces trois congrégations avaient leurs écoles dans les villes et les villages au service de tout le peuple arménien. A l'apostolat de l'éducation, les pères Jésuites de la mission de la Petite-Arménie prenaient une part méritoire. Ils avaient trente écoles et 5520 élèves. Les pères Mekhit'aristes furent les pionniers de la renaissance culturelle. C'est à eux que nous devons la publication de tant d'ouvrages touchant l'histoire, la liturgie, l'hagiographie et la patrologie arméniennes. La tourmente des années 1914-1918 a tout détruit.
Le renouveau et l'avenir
Les évêques arméniens catholiques rescapés tiennent leur synode à Rome en 1928. Celui-ci décida le retour du siège patriarcal à Bzommar. La nouvelle résidence fut construite à Beyrouth grâce à la subvention accordée par Pie XI. C'est la période d'installation. Les prêtres séculiers et les membres de l'Institut du clergé patriarcal de Bzommar se dévouent au service des rescapés du peuple décimé, constitués surtout de veuves et d'orphelins. D'autres prêtres, démunis de tout, s'en vont dans les missions lointaines (France, Etats-Unis, Amérique latine) pour assister les fidèles.
Avec l'avènement, du très regretté cardinal Grégoire-Pierre XV Agagianian commence une période d'épanouissement. De nouveaux diocèses sont créés, ainsi que des paroisses dans les pays du Moyen-Orient. Le nombre des missions augmente. Des vicariats patriarcaux sont érigés à Jérusalem, à Damas, en Grèce. Depuis les années soixante, trois exarchats ont été créés : le premier en France (1960), le second aux Etats-Unis et au Canada (1981), le troisième en Amérique latine (1981).
Lors de sa visite en Arménie soviétique (en 1965), le patriarche Ignace-Pierre XVI avait fait quelques démarches, mais en vain, pour obtenir l'autorisation d'envoyer un prêtre assister les fidèles arméniens catholiques.
Les écoles ont surgi partout (dix seulement pour le diocèse patriarcal) grâce au dévouement des prêtres de l'Institut du clergé patriarcal de Bzommar, du clergé diocésain, des pères Mekhit'aristes et des soeurs de l'Immaculée-Conception. Les pères Jésuites continuent l'oeuvre de la Mission d'Arménie avec deux écoles, l'une à Beyrouth, l'autre à Alep.
A cause des bouleversements socio-politiques dans les pays du Moyen-Orient, le centre de gravité de la Diaspora arménienne s'est déplacé vers la France, le Canada, les Etats-Unis, l'Amérique latine et l'Australie. Actuellement d'immenses efforts sont déployés dans ces pays pour couvrir les besoins des fidèles dans le domaine de l'éducation. Car la Communauté arménienne catholique ne s'est pas constituée comme une unité fermée sur elle-même refusant l'identité et les valeurs nationales. Avec son effort d'évangélisation, ses institutions scolaires, ses oeuvres sociales, sa presse, l'élite de ses intellectuels, et ses interventions discrètes en des moments difficiles, elle est ouverte à toute la nation arménienne.
Depuis 1982, l'Eglise arménienne catholique a comme patriarche Sa Béatitude Mgr. Jean-Pierre XVIII Kasparian, prélat jeune et plein d'un optimisme serein. Comme Eglise locale, elle connaît toutes les difficultés de toute Eglise locale, et en plus, le problème de la dispersion. Aussi, face à ces difficultés, en ce temps de "la grande pénombre", toutes les forces vives de la communauté sont conscientes qu'il y a entre elles une mutuelle appartenance. Quand il s'agit du Royaume de Dieu il n'est pas permis d'agir "en hommes de peu de foi", mais de se livrer au souffle puissant de l'Esprit qui conduit vers le renouveau.
L'histoire de la chrétienté arménienne a été celle d'un témoignage de souffrances à l'ombre de la Croix pour le Christ. Il veille avec eux qui souffrent pour Lui. Il ne les abandonne jamais.
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