Sermons du Temps de la Septuagésime (Chaîne d'Or)

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Louis Mc Duff
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Sermons du Temps de la Septuagésime (Chaîne d'Or)

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Voici l'Évangile du dimanche de la Septuagésime
S. Matthieu XX v. 1-16
Les ouvriers de la vigne
01.« Le royaume des cieux est semblable à un père de famille qui sortit de grand matin embaucher des ouvriers pour sa vigne.
02.Ayant convenu avec les ouvriers d’un denier par jour, il les envoya à sa vigne.
03.Étant sorti vers la troisième heure, il en vit d’autres qui se tenaient oisifs sur la place
04.et il leur dit : Allez, vous aussi, à ma vigne et je vous donnerai ce qui est juste.
05.Ils y allèrent. Il sortit encore vers la sixième heure et la neuvième heure et fit de même.
06.Vers la onzième heure, il sortit et trouva d’autres qui stationnaient et il leur dit : Pourquoi restez-vous ici toute la journée sans rien faire ?
07.Ils lui répondirent : Parce ce que personne ne nous a embauchés. Il leur dit : Allez, vous aussi, à ma vigne.
08.Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les ouvriers, et paie leur salaire, en commençant par les derniers jusqu’aux premiers.
09. Ceux qui étaient venus vers la onzième heure vinrent et reçurent chacun un denier.
10.Les premiers vinrent à leur tour, pensant recevoir davantage; mais ils reçurent, eux aussi, chacun un denier.
11.En le prenant, ils murmuraient contre le père de famille, disant :
12.Ces derniers venus n’ont travaillé qu’une heure, et vous les avez traités comme nous qui avons porté le poids du jour et de la chaleur.
13.Mais il répondit à l’un d’eux : Mon ami, je ne te fais aucun tort ; n’as-tu pas convenu avec moi d’un denier ?
14.Prends ton bien et va t’en. Quant à moi, je veux donner à ce dernier autant qu’à toi.
15.Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux ? ou ton œil est-il méchant parce que je suis bon ?
16.Ainsi les derniers seront les premiers et les premiers les derniers ; car il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus ».

Voici le début des commentaires de la Chaîne d'Or :
Remi. Notre-Seigneur venait de dire que plusieurs de ceux qui étaient les premiers seraient les derniers, et que plusieurs de ceux qui étaient les derniers deviendraient les premiers ; pour confirmer cette vérité, il propose la parabole suivante : " Le royaume des cieux est semblable, " etc. — S. Chrys. (sur S. Matth.) Le père de famille c’est Jésus-Christ, le ciel et la terre sont comme sa maison ; sa famille, ce sont toutes les créatures qui habitent le ciel, la terre et les enfers ; la vigne c’est la justice en général qui renferme toutes les différentes espèces de justices comme autant de plants de vigne, la douceur, la patience, et les autres vertus qui sont toutes comprises sous le nom général de justice. Les ouvriers de cette vigne sont les hommes. Le texte ajoute : " Il sortit le matin pour louer des ouvriers, " etc. Dieu a comme répandu la justice dans nos facultés, non pas pour lui, mais pour notre utilité. Nous sommes donc, ne l’oublions pas, des mercenaires qui avons été loués. Or, personne ne loue un mercenaire uniquement pour qu’il travaille à gagner sa nourriture ; ainsi Jésus-Christ ne nous a pas appelés à son service pour nous occuper seulement de nos intérêts, mais encore pour travailler à la gloire de Dieu. Et de même que le mercenaire commence par remplir sa tâche avant de songer à la nourriture de chaque jour, ainsi nous devons d’abord nous appliquer à ce qui doit procurer la gloire de Dieu, avant de songer à nos propres intérêts. Le mercenaire, encore, consacre toute sa journée au service de son maître, et ne réserve qu’une heure seulement par jour pour prendre sa nourriture ; ainsi nous devons consacrer toute notre vie à la gloire de Dieu, et n’en donner qu’une faible partie à nos besoins temporels. Enfin si le mercenaire passe un jour sans travailler, il n’ose paraître devant son maître pour demander son pain, et comment ne rougissez-vous pas d’entrer dans l’église de Dieu et de paraître en sa présence le jour où vous n’avez fait aucune bonne action sous ses yeux. — S. Grég. (hom. 15.) Dans un autre sens, le père de famille, c’est-à-dire notre Créateur, a une vigne, qui est l’Eglise universelle, et qui, depuis le juste Abel jusqu’à la fin du monde, a poussé autant de ceps qu’elle a produit de saints. Or, dans aucun temps, Dieu n’a cessé d’envoyer des ouvriers pour instruire son peuple comme pour cultiver sa vigne ; car il l’a cultivée successivement, d’abord par les patriarches, puis par les docteurs de la loi, ensuite par les prophètes, et enfin par les Apôtres comme par autant d’ouvriers. On peut dire, toutefois, que tout homme qui fait le bien avec une intention droite est en quelque manière et dans une certaine mesure un des ouvriers de cette vigne.

Orig. (traité 10 sur S. Matth.) Nous pouvons bien dire que toute cette vie n’est qu’un seul jour, jour d’une grande étendue par rapport à nous, mais d’une courte durée si on le compare à la vie de Dieu. — S. Grég. (Hom. 19.) Le matin de ce jour du monde fut l’époque qui s’écoula depuis Adam jusqu’à Noé ; c’est pour cela que Notre-Seigneur dit : " Il sortit de grand matin, afin de louer des ouvriers pour sa vigne, " et il ajoute les conditions dont il est convenu avec eux : " Et étant convenu avec, eux d’un denier, " etc. — Orig. Je pense que le denier figure ici le salut éternel. — Remi. Le denier était une pièce de monnaie qui valait dix as, et qui portait l’effigie du roi : le denier désigne donc parfaitement la récompense qui est accordée à l’observation du Décalogue. C’est aussi avec dessein qu’il est dit : " Étant convenu avec eux, " etc. ; car dans le champ de la sainte Église, chacun travaille dans l’espoir de la récompense future. — S. Grég. La troisième heure est le temps qui s’écoula de Noé à Abraham, et c’est de cette époque que le Sauveur veut parler ; quand il dit : " Étant sorti vers la troisième heure, il vit d’autres ouvriers qui se tenaient sans rien faire sur la place publique. " — Orig. La place publique, c’est tout ce qui est en dehors de la vigne, c’est-à-dire en dehors de l’Église de Jésus-Christ. — S. Chrys. (sur S. Matth.) Dans ce monde, les hommes vivent d’un échange mutuel d’achats et de ventes, et pourvoient à leur subsistance par un commerce de fraudes réciproques. — S. Grég. C’est avec justice que l’on peut adresser le reproche d’oisiveté à celui qui ne vit que pour lui et se nourrit des plaisirs des sens, parce qu’il ne travaille pas à produire les fruits des œuvres de Dieu. — S. Chrys. (sur S. Matth.) Ces ouvriers oisifs ne sont pas les pécheurs, qui sont bien plutôt morts, mais tous ceux qui n’accomplissent pas les œuvres de Dieu. Voulez-vous donc ne pas rester oisif ? Ne prenez pas le bien d’autrui, et donnez de vos propres biens ; vous aurez travaillé dans la vigne du Seigneur, en cultivant le cep de la miséricorde. " Et il leur dit : Allez-vous en aussi dans ma vigne. " Remarquez que ce n’est qu’avec les premiers qu’il s’engage de donner un denier ; il loue les autres pour un prix indéterminé : " Je vous donnerai ce qui sera juste. " Le Seigneur, qui prévoyait la prévarication d’Adam, et qu’après lui tous les hommes devaient périr dans les eaux du déluge, fit avec lui un traité bien précis, afin qu’il ne pût prétexter qu’il avait abandonné la voie de la justice, parce qu’il ignorait quelle en serait la récompense ; mais il ne s’est point engagé de cette manière avec les derniers, parce que son intention était de les récompenser bien au delà de ce que pouvaient espérer des mercenaires. — Orig. Ou bien encore, comme il a loué les ouvriers de la troisième heure pour faire l’ouvrage tout entier, il se réserve d’apprécier leur travail avant de leur donner une juste récompense ; car ils pouvaient travailler autant que ceux qui avaient commencé le matin en s’appliquant à leur travail dans un court espace de temps avec une laborieuse activité qui compenserait l’inaction du matin. — S. Grég. La sixième heure est celle qui s’étend d’Abraham à Moïse, et la neuvième, celle qui s’est écoulée de Moïse jusqu’à l’avènement du Seigneur. " Et il sortit de nouveau, " etc.
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Louis Mc Duff
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Voci la suite des Commentaires de la Chaîne d'Or sur l'Évangile du dimanche de la Septuagésime :
S. Chrys. Notre-Seigneur réunit ensemble la sixième et la neuvième heure, parce que c’est alors qu’eut lieu la vocation du peuple juif, et que Dieu renouvela fréquemment ses alliances avec les hommes, comme pour leur annoncer que le temps marqué pour le salut du genre humain n’était pas éloigné. — S. Grég. La onzième heure c’est le temps qui s’écoulera depuis l’avènement du Seigneur jusqu’à la fin du monde. L’ouvrier du matin, de la troisième, de la sixième et de la neuvième heure, c’est donc cet ancien peuple hébreu qui, dans la personne de ses élus, n’a point cessé de travailler à la vigne du Seigneur depuis le commencement du monde, en s’efforçant d’adorer Dieu avec une foi droite et sincère. A la onzième heure, ce sont les Gentils qui sont appelés. " Vers la onzième heure, il sortit, " etc. Ils avaient négligé, dans le cours de tant de siècles, de travailler à la culture de leur âme, et ils passaient ainsi tout le jour sans rien faire. Mais remarquez ce qu’ils répondent à la question qui leur est faite : " Personne, lui dirent-ils, ne nous a loués. " Aucun patriarche, en effet, aucun prophète n’était venu vers eux, et que signifient ces paroles : " Personne ne nous a loués, " si ce n’est : " Personne ne nous a fait connaître le chemin de la vie. " — S. Chrys. (sur S. Matth.) Quelle est donc la nature de cette convention, et quelle récompense y est promise ? C’est la promesse de la vie éternelle ; car les Gentils étaient les seuls qui ne connaissaient ni Dieu ni les promesses éternelles de Dieu. — S. Hil. (can. 20.) Le Seigneur les envoie donc à sa vigne. " Et il leur dit : Allez, vous aussi, à ma vigne. "

Rab. Après avoir fait connaître les conditions du travail pour la journée, le Sauveur, continuant son récit, arrive à l’heure du salaire, et dit : " Le soir étant venu, " etc., c’est-à-dire lorsque le jour, qui comprend toute la durée du monde, était sur son déclin, et approchait de la consommation de toutes choses. — S. Chrys. (sur S. Matth.) Remarquez que c’est le soir du même jour, et non le matin suivant, que le père de famille donne à chacun ce qui lui est dû. Ce sera donc pendant la durée du siècle présent qu’aura lieu le jugement après lequel chacun recevra sa récompense ; et cela pour deux raisons : la première, c’est que la bienheureuse éternité doit être la récompense de la justice, et qu’il faut par conséquent que le jugement la précède ; la seconde raison pour laquelle le jugement doit précéder le jour de l’éternité, c’est afin que les pécheurs ne soient pas témoins du bonheur de ce jour éternel.

" Et le maître dit à son intendant, " c’est-à-dire le Fils à l’Esprit saint. — La Glose. Ou bien, si vous aimez mieux, le Père dit au Fils, car le Père agit par le Fils, et le Fils par l’Esprit saint, sans qu’il y ait entre eux aucune différence de nature ou de dignité. — Orig. Ou bien encore, le maître dit à son intendant, c’est-à-dire à l’ange chargé de la distribution des récompenses, ou à l’un de ces nombreux intendants dont l’Apôtre a dit : " L’héritier est sous la puissance des tuteurs et des curateurs pendant tout le temps de son enfance. " (Ga 1.) — Remi. Ou bien enfin, c’est Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, qui est à la fois le père de famille et l’intendant du maître de la vigne, comme il est lui-même la porte et le portier ; car c’est lui qui doit venir juger les hommes, et rendre à chacun selon ses œuvres. C’est donc au moment où les hommes seront réunis pour le jugement dernier, après lequel chacun recevra selon ses œuvres, qu’il appellera les ouvriers pour leur donner une récompense.

Orig. Or, les premiers ouvriers, que leur foi avait rendus recommandables, n’ont pas reçu l’effet des promesses, le père de famille ayant voulu, par une faveur particulière pour nous, qu’ils ne reçoivent qu’avec nous l’accomplissement de leur félicité. (He 11.) Et comme nous avons été l’objet d’une miséricorde toute spéciale, nous espérons recevoir les premiers la récompense, tandis que ceux qui ont travaillé avant nous ne la recevront qu’après nous : " Appelez les ouvriers, et payez-les en commençant par les derniers. " — S. Chrys. (sur S. Matth.) En effet, nous donnons toujours plus volontiers à ceux qui n’ont aucun droit à notre libéralité ; car nous donnons alors en vue de l’honneur qui nous en revient. Dieu se montre donc juste en donnant aux saints la récompense qu’il leur a promise, et miséricordieux, en l’accordant aux Gentils selon ces paroles de saint Paul : " Or, les Gentils doivent glorifier Dieu de la miséricorde qu’il leur a faite ; " voilà pourquoi le maître ajoute : " En commençant par les derniers jusqu’aux premiers. " C’est aussi pour faire éclater son ineffable miséricorde que Dieu récompense ainsi les derniers et les moins dignes, avant de récompenser les premiers ; car une miséricorde infinie n’examine pas l’ordre et le rang des personnes. — S. Aug. (de l’esprit et de la lettre, chap. 24.) Ou bien, les moins dignes ou les derniers se trouvent les premiers, parce qu’ils ont attendu moins longtemps leur récompense.

" Ceux donc qui n’étaient venus qu’à la onzième heure s’étant approchés, " etc. — S. Grég. Les ouvriers qui n’avaient travaillé qu’à la onzième heure reçurent pour salaire, comme ceux qui avaient commencé à la première heure, le même denier qu’ils avaient ardemment désiré ; parce que, en effet, ceux qui se sont convertis à Dieu à la fin du monde ont reçu la même récompense, la même vie éternelle que ceux qui avaient été appelés dès le commencement du monde. — S. Chrys. (sur S. Matth.) Or, il n’y a en cela aucune injustice, car que fait à celui qui a vécu dès les premiers jours du monde, et qui n’a pas dépassé le temps qui lui était marqué, que le monde ait continué à exister après lui ? Et quant à ceux qui naissent à la fin des temps, ils vivent nécessairement le nombre de jours qui leur a été assigné. En quoi donc leur travail serait-il allégé, si le monde venait à finir aussitôt, puisqu’ils doivent achever leur tâche avant la fin du monde ? D’ailleurs, il ne dépend pas de l’homme, mais de la puissance divine, de naître plus tôt ou plus tard ; celui qui est né en premier lieu ne doit pas revendiquer la première place ou l’honneur d’être le premier, et celui qui n’est venu qu’après ne doit pas être considéré comme étant d’un mérite inférieur. " Et en recevant ce denier, ils murmuraient contre le père de famille, et disaient, " etc. Mais s’il est vrai, comme nous venons de le dire, que les premiers et les derniers aient vécu chacun leur temps, ni plus ni moins, et que la mort ait été pour les uns comme pour les autres la consommation de leur destinée, pourquoi donc les premiers disent-ils : " Nous avons porté le poids du jour et de la chaleur ? " C’est que nous avons besoin d’une plus grande force pour pratiquer la justice, nous qui savons que la fin du monde approche. Aussi est-ce pour nous armer d’un nouveau courage que le Christ disait : " Le royaume des cieux est proche. " Au contraire, c’était pour ceux qui ont vécu les premiers une occasion de tiédeur, de savoir que le monde devait durer longtemps encore, et bien que leur vie n’ait pas égalé la durée du monde, ils paraissent cependant en avoir supporté toutes les incommodités. Ou bien, " le poids du jour, " ce sont les commandements de la loi ; " la chaleur, " c’est la tentation brûlante de l’erreur qu’allumaient en eux les esprits de malice en les excitant à la jalousie contre les Gentils. Les Gentils, au contraire, en embrassant la foi chrétienne, n’ont pas été soumis à ces difficultés, et ont été entièrement sauvés par la grâce qui résume tout dans son mystérieux travail. — S. Grég. Ou bien encore : " Porter le poids du jour et de la chaleur, " c’est pendant toute la durée d’une longue vie, supporter les fatigues d’une lutte continuelle contre les ardeurs de la concupiscence. Mais comment donc expliquer les murmures dans ceux qui sont appelés à entrer dans le royaume des cieux ? Car aucun murmurateur ne peut y entrer, comme aucun de ceux qui le reçoivent pour récompense, ne peut se laisser aller aux murmures.

S. Chrys. (hom. 64.) On ne doit point chercher à concilier exactement tous les détails d’une parabole avec l’ensemble du récit, mais bien comprendre la fin que l’auteur s’y est proposée, et ne pas aller au delà. L’intention du Sauveur n’est donc pas ici de nous montrer ceux qui étaient les premiers atteints d’une violente jalousie, mais de nous faire voir les derniers en possession d’une gloire si grande qu’elle était capable d’inspirer aux autres de l’envie. — S. Grég. Ou bien encore, les anciens patriarches, quelle que fût d’ailleurs leur justice, n’ayant pu entrer dans le royaume des cieux avant l’avènement du Sauveur, se laissent en quelque sorte aller aux murmures. Nous, au contraire, qui sommes venus à la onzième heure, nous ne murmurons pas après notre travail, parce qu’étant venus dans le monde après l’avènement du Médiateur, nous entrons dans le royaume des cieux aussitôt que nous sommes sortis de notre corps. — S. Jér. Ou bien tout homme qui n’est appelé qu’après les Gentils leur porte envie et se fait comme un supplice de la grâce de l’Évangile qu’ils ont reçue avant lui. — S. Hil. (can. 20.) Ce murmure des ouvriers avait déjà éclaté sous Moise par la bouche insolente de ce peuple opiniâtre.
Demain la fin des commentaires de cet Évangile.
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Louis Mc Duff
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Re: Sermons du Temps de la Septuagésime (Chaîne d'Or)

Message par Louis Mc Duff »

Voici la fin des commentaires de la Chaîne d'Or sur l'Évangile de la Septuagésime :
" Mais il répondit à l’un d’eux : Mon ami, je ne vous fais point de tort. " — Remi. Dans ce seul homme auquel il s’adresse, on peut voir tous ceux d’entre les Juifs qui ont cru en Jésus-Christ et à qui le Sauveur donne le nom d’amis à cause de la foi qu’ils ont embrassée. — S. Chrys. (sur S. Matth.) Ils se plaignaient non pas d’avoir été frustrés du salaire qui leur était dû, mais de ce que les autres recevaient, à leur avis, plus qu’ils ne méritaient. C’est ainsi que les envieux s’attristent du bien que l’on fait à un autre, comme si l’on diminuait par là celui qu’ils possèdent, preuve évidente que l’envie vient de la vaine gloire ; car on ne se plaint d’être le second que parce qu’on a désiré être le premier, et c’est ce mouvement d’envie que le Seigneur combat par ces paroles : " Est-ce que vous n’êtes pas convenu d’un denier avec moi ? " — S. Jér. Le denier porte l’effigie du roi ; vous avez donc reçu le salaire que je vous avais promis, c’est-à-dire mon image et ma ressemblance. Que demandez-vous de plus ? Ce que vous désirez, ce n’est pas de recevoir davantage, c’est que l’autre ne reçoive rien du tout : " Prenez ce qui vous appartient, et vous en allez. " — Remi. C’est-à-dire, recevez votre récompense et entrez dans la gloire : " Je veux donner à ce dernier venu, " au peuple gentil, " autant qu’à vous, " comme il le mérite. — Orig. Peut-être est-ce au premier homme que s’adressent ces paroles : " Mon ami, je ne vous fais pas tort : est-ce que vous n’êtes pas convenu d’un denier avec moi ? " Prenez ce qui vous appartient, et allez-vous-en ; le denier, c’est-à-dire le salut, vous est acquis. " Pour moi, je veux donner à ce dernier autant qu’à vous. " On peut, avec assez de vraisemblance, voir dans cet ouvrier, venu le dernier, l’apôtre saint Paul, qui n’a travaillé qu’une heure, et qui cependant a travaillé peut-être plus que tous ceux qui ont vécu avant lui (1 Co 15, 9 ?).

S. Aug. (De la Virgin., chap. 26.) La vie éternelle sera également accordée à tous les saints, ainsi que le figure ce denier donné à tous comme la récompense commune de leur travail. Mais comme dans la vie éternelle les mérites des saints brilleront d’un éclat différent, il y a aussi plusieurs demeures dans la maison du Père céleste. Si donc le denier, qui est le même pour tous, signifie que la vie éternelle sera égale en durée pour tous les saints dans le ciel, le grand nombre de demeures différentes prouve que la gloire sera plus éclatante pour les uns que pour les autres.
— S. Grég. Comme nous n’entrons dans le royaume des cieux que par un effet du bon vouloir de Dieu, le Sauveur ajoute avec raison : " Ne m’est-il donc pas permis de faire ce que je veux ? " C’est un acte de folie de la part de l’homme, de murmurer contre la volonté de Dieu. Il aurait lieu de se plaindre si Dieu ne donnait point ce qu’il doit ; mais qui peut se plaindre de ce qu’il ne donne point ce qu’il ne doit pas ? C’est ce que le Maître exprime en termes clairs : " Est-ce que votre œil est mauvais parce que je suis bon ? " — Remi. L’œil signifie ici l’intention ; les Juifs avaient un œil mauvais, c’est-à-dire une intention vicieuse, parce qu’ils s’attristaient du salut des Gentils.

Les paroles qui suivent : " Ainsi les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers, " nous font connaître le but de cette parabole, qui est de nous apprendre que les Juifs ont passé de la tête, où ils étaient, à l’extrémité opposée, tandis que nous, placés à cette extrémité, nous sommes devenus la tête. — S. Chrys. (sur S. Matth.) Ou bien Notre-Seigneur déclare que les premiers seront les derniers, et les derniers les premiers, non pour donner aux derniers la prééminence sur les premiers, mais pour nous apprendre que l’époque différente de leur vocation n’a établi entre eux aucune différence, et qu’ils sont, sous ce rapport, parfaitement égaux.

Quant aux paroles qui terminent : " Il y en a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus, " elles se rapportent, non pas aux saints dont il vient d’être question, mais aux Gentils, parmi lesquels, en effet, beaucoup sont appelés, mais peu sont élus.
— S. Grég. Il en est beaucoup, en effet, qui embrassent la foi, mais il en est peu qui parviennent jusqu’au royaume des cieux, car la plupart font profession de suivre Dieu et s’éloignent de lui par leurs mœurs. Nous devons donc faire ici deux réflexions : la première, c’est que personne ne doit se laisser aller à la présomption, car bien qu’il soit appelé à la foi, il ne sait pas s’il sera du nombre des élus qui entreront en possession du royaume ; la seconde, c’est qu’il ne faut jamais désespérer de son prochain quand on le voit croupir dans le vice, car nous ne connaissons pas les trésors de la miséricorde divine.

— Et plus haut Ou bien, dans un autre sens, notre matin, c’est notre enfance ; la troisième heure, c’est l’adolescence ou la chaleur de l’âge qui se développe et qui est comme le soleil qui s’élève dans les hauteurs des cieux. La sixième heure, c’est la jeunesse, alors que la plénitude de la force s’établit en l’homme, comme le soleil qui semble se fixer au milieu du firmament. La neuvième heure est comme la vieillesse dans laquelle l’âge descend tous les jours des hauteurs brûlantes de la jeunesse, comme le soleil qui descend des points élevés du ciel. La onzième heure, c’est l’âge de la caducité et de la décrépitude.

S. Chrys. (hom. 64.) Le père de famille n’a pas loué tous ses ouvriers à la même heure, mais les uns le matin, les autres à la troisième heure et ainsi de tous ceux qui suivent ; mais la cause en est dans les différentes dispositions de leur âme ; car le Seigneur les appelle lorsqu’ils sont prêts à lui obéir ; c’est ainsi qu’il appela le larron au moment où il prévoyait qu’il répondrait à sa vocation. Il est vrai que ces ouvriers disent : " Personne ne nous a loués ; " mais, comme nous l’avons dit, il ne faut pas chercher la raison de toutes les circonstances des paraboles. D’ailleurs, ces paroles ne viennent pas du père de famille, mais des ouvriers ; et quant à Dieu, au contraire, il appelle tous les hommes dès le premier âge de la vie, comme le prouvent ces paroles : " Il sortit de grand matin pour louer des ouvriers. " — S. Grég. Ceux donc qui ont tardé jusqu’au dernier âge à vivre pour Dieu, sont ceux qui se tiennent dans l’oisiveté jusqu’à la onzième heure, et cependant le père de famille ne laisse pas de les appeler, et souvent il les récompense les premiers, parce qu’ils sortent de cette vie pour entrer dans l’éternité avant ceux qui ont été appelés dès leur première enfance.
— Orig. Or, ces paroles : " Pourquoi demeurez-vous ainsi tout le jour sans travailler ? " ne s’adressent pas à ceux qui, après avoir commencé par l’esprit, finissent par la chair (Ga 3), s’ils veulent revenir plus tard à la vie de l’esprit. En parlant ainsi, notre intention n’est pas de détourner ces enfants voluptueux, qui ont dissipé toute la richesse de la doctrine évangélique en vivant dans la débauche, de revenir dans la maison paternelle ; nous voulons simplement dire qu’on ne peut nullement les comparer à, ceux qui ont péché dans leur jeunesse avant d’avoir reçu les enseignements de la foi.
— S. Chrys. (hom. 64.) Jésus termine en disant : " Les derniers seront les premiers et les premiers les derniers, " et il fait ici allusion indirecte tant à ceux qui, après avoir brillé d’abord d’un vif éclat, ont ensuite méprisé les leçons de la vertu, qu’aux autres, qui, ramenés des sentiers du vice, se sont élevés au-dessus d’un grand nombre par la sainteté de leur vie. Cette parabole a donc été composée pour exciter l’ardeur de ceux qui ne se sont convertis que dans leur extrême vieillesse, et les délivrer de la crainte de recevoir une récompense moins grande que les autres.
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Abbé Zins
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Re: Sermons du Temps de la Septuagésime (Chaîne d'Or)

Message par Abbé Zins »

Merci, cher M. Louis, pour ce sublime commentaire.

On ne peut guère faire mieux que cette catena aurea qui m'a énormément servi et inspiré en mes propres ouvrages.

Il faut cependant savoir ce qui suit. Cette manière de procéder par la citation de Saints auteurs était nommée au Moyen-Age une Glose (on dirait maintenant moins noblement une compilation).

Or n'y étaient admis que les textes des Saints Pères et Docteurs.

C'est le même Pape, Urbain IV si je ne me trompe, qui a demandé au Docteur Commun de composer cette nouvelle Glose sur l'Evangile et l'Office de la fête du Très Saint Sacrement ou de la Fête-Dieu.

Tous les noms cités : Augustinus, Jeronimus, Chrysostomus, Remigius, Theophilactus, sont donc des noms de Saints Pères ou Saints Docteurs.

Par conséquent, il conviendrait que vous corrigiez en vos citations précédentes, les mentions de Rémi, en celle qui convient : S. Rémi !

Ce grand Apôtre des Francs est resté Evêque de Reims "seulement" 72 ans !

Elu par tout le peuple à 22 ans, il a été appelé par Dieu à 94 !

Vers la fin de sa vie, il devint aveugle, mais peu avant sa mort il retrouva la vue ! Puisse cet Apôtre de notre douce France lui obtenir la grâce semblable, à elle tombée en la fin de sa carrière dans l'aveuglement de l'apostasie, de retrouver la vue de la Foi avant sa mort, avant la fin du monde comme instant final.

Dans les leçons du Bréviaire pour la fête de Saint Rémi, il est fait une mention expresse de ses commentaires sur les Ecritures.

Saint Rémi priez pour nous et éclairez-nous à nouveau !
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Louis Mc Duff
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Re: Sermons du Temps de la Septuagésime (Chaîne d'Or)

Message par Louis Mc Duff »

Cher Abbé Zins

Merci de votre précision à propos de S. Rémi .

Je ne voudrais pas mentionner les saints sans leur titre le plus glorieux.

J'ai La Chaîne d'Or ( l'édition du P.R F. Jean Nicolai, éd. Vivès, 1854).

A la suite de votre propos, j'ai consulté le tome I et, au début, il y a un "Catalogue de tous les auteurs cités dans cet ouvrage". Dans cette liste il y a en qui sont cités sans mentionner qu'ils sont des saints, comme Rabanus Maurus Moguntinus, Origenes Adamantius et beaucoup d'autres qui sont metionnés comme saints.

Pouvez-vous m'éclairer, avec Saint Rémi, la règle que je puis suivre pour qu'à l'avenir je puisse citer correctement les auteurs de la Chaîne d'Or.

Merci de votre indulgence.
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Abbé Zins
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Re: Sermons du Temps de la Septuagésime (Chaîne d'Or)

Message par Abbé Zins »

Cher M. Louis,

Suite à votre précision, concernant une liste générale des auteurs cités dans la Catena Aurea, contenue en l'édition que vous avez, j'ai interrogé quelqu'un de mieux fourni que moi en livres et s'y connaissant mieux en sources.

Après vérification, il me précise que vous avez raison, et que c'est ma généralisation précédente qui est inexacte.

Cela est déjà évident a priori concernant Origène. Quant au Remigius, il apparaît qu'il s'agit de Rémi d'Auxerre (+ 908), Bénédictin à Saint Germain d'Auxerre, théologien et grammairien.

A vous donc, d'être indulgent avec mon erreur, et non l'inverse !
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Louis Mc Duff
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Re: Sermons du Temps de la Septuagésime (Chaîne d'Or)

Message par Louis Mc Duff »

Mon Cher M. L'abbé Zins

Merci de votre réponse sur Remigius.

Je voudrais publier sur le forum l'Évangile de la Sexagésime aujourd'hui , mais je m'aperçois que dans les commentaires de la Chaîne d'Or on cite S. EUS. , sans doute pour Eusebius Cæsariensis. Et là, j'ai vérifié avec le Catalogue de l'édition que j'ai , pour m'aprcevoir que... Eusebius Cæsariensis n'avait pas la mention de saint en avant de son nom...

Et là, M. l'abbé, pas besoin de vous dire que je suis mêlé et pas à peu près !... alors, ce que je vais faire, pour l'instant, avant de recevoir de vous de sages instructions, c'est que je vais citer les auteurs de la façon qu'ils sont notés dans la Chaîne d'Or au fur et à mesure qu'ils apparaissent lors des commentaires de l'Évangile et non selon le Catalogue.

Pour ce qui est de l'indulgence, je vous dirai simplement: Où serais-je si Dieu ne l'étais pas avec moi ?

Amitiés en Jésus.
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Louis Mc Duff
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Re: Sermons du Temps de la Septuagésime (Chaîne d'Or)

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Voici l'Évangile du dimanche de la Sexagésime
S. Luc VIII v. 4-15

Le semeur

(S. Matthieu XIII, v 1-9; XIII, v. 18-23; S. Marc IV, v. 1-9;, IV, v. 13-20)

04.En ce temps-là, comme une grande foule s’était assemblée et qu’on accourait des villes auprès de Jésus, il dit en parabole :
05.« Celui qui sème sortit pour semer sa semence. Et tandis qu’il semait une partie tomba le long du chemin; elle fut foulée aux pieds et les oiseaux du ciel la mangèrent.
06.Une autre tomba sur la pierre; après avoir poussée elle sécha, parce qu’elle manquait d’humidité.
07.Une autre tomba au milieu des épines; les épines, poussant avec elle, l’étouffèrent.
08.Une autre tomba dans la bonne terre; elle poussa et porta du fruit au centuple ». En disant cela, il ajoutait : « Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ».
09.Ses disciples lui demandèrent alors ce que signifiait cette parabole,
10.et il leur dit : » A vous, il a été donné de connaître le mystère du royaume de Dieu; aux autres, il n’est proposé qu’en paraboles, afin qu’ils regardent sans voir et qu’ils entendent sans comprendre.
11.Voici le sens de cette parabole. La semence est la parole de Dieu.
12.Ceux qui sont le long du chemin, ce sont ceux qui ont entendu; mais le diable vient et enlève la semence de leur cœur, de peur qu’ils ne croient et qu’ils ne soient sauvés.
13.Ceux qui sont sur la pierre, ce sont ceux qui entendant la parole, la reçoive avec joie : mais ils n’ont pas de racine : ils croient pour un temps et au moment de l’épreuve, ils font défection.
14.Ce qui tombe parmi les épines, ce sont ceux qui ont entendu, mais s’en vont ensuite, étouffés par les sollicitudes, les richesses les plaisirs de la vie, et ils ne portent pas de fruit.
15.Ce qui tombe dans la bonne terre, ce sont ceux qui, après avoir entendu la parole, la gardent dans un cœur bon et droit et portent du fruit par la patience ».

Voici le début des commentaires de la Chaîne d'Or :
Théoph. Notre-Seigneur accomplit ici ce qu’avait prédit David, qui était la figure du Christ (cf. Mt 13, 35) : " J’ouvrirai ma bouche pour parler en paraboles : " (Ps 77.) " Or, comme le peuple s’assemblait en foule et se pressait de sortir des villes pour venir à lui, il leur dit en paraboles. " Le Sauveur parle en paraboles, pour rendre ceux qui l’écoutent plus attentifs, car les hommes aiment à exercer leur intelligence sur les choses obscures, et dédaignent au contraire celles qui sont trop claires et trop faciles ; secondement, afin que son langage demeurât inintelligible pour ceux qui étaient indignes de le comprendre. — Orig. (Ch. des Pèr. gr.) Aussi est-ce avec une intention marquée que l’Évangéliste dit : " Comme le peuple s’assemblait en foule et se pressait de sortir des villes, " etc. Car ce n’est point la multitude, mais le petit nombre qui marchent dans la voie étroite, et qui trouvent le chemin qui conduit à la vie, c’est pour cette raison que saint Matthieu fait remarquer qu’il enseignait au dehors en paraboles, et que, rentré dans la maison, il expliquait la parabole à ses disciples.

S. Eus. Remarquez la convenance de cette première parabole que Jésus propose à la multitude, non seulement de ceux qui étaient présents, mais encore de tous ceux qui devaient venir après eux, et comme il excite vivement leur attention par ces premières paroles : " Celui qui sème sortit pour semer. "

Bède. À nul autre ne convient mieux cette qualité de semeur qu’au Fils de Dieu, qui est sorti du sein de son Père (inaccessible à toute créature), pour venir en ce monde rendre témoignage à la vérité (Jn 19). — S. Chrys. (hom. 45 sur S. Matth.) Celui qui remplit tout de son immensité est sorti, non point en allant d’un lieu dans un autre, mais en se revêtant de notre chair pour s’approcher de nous. Jésus-Christ donne avec raison à son avènement le nom de sortie, car nous étions exclus de la présence de Dieu ; or lorsque des rebelles condamnés par leur roi sont bannis, celui qui veut les réconcilier sort pour venir les trouver, et converse en dehors avec eux jusqu’à ce qu’il les ait rendus dignes de paraître devant le roi, et qu’il les introduise en sa présence, c’est ce qu’a fait Jésus-Christ. — Théoph. Il sort maintenant, non pour perdre les laboureurs ou pour réduire la terre en cendres, mais il sort pour semer, car souvent le laboureur qui sème, sort pour autre chose que pour semer. — Eus. Un grand nombre de fidèles serviteurs de Dieu sont sortis de la céleste patrie et sont descendus au milieu des hommes ; mais ce n’était point pour semer, car ils n’étaient point semeurs, mais des esprits que Dieu envoyait pour remplir un ministère. (He 1, 14.) Moïse lui-même et les prophètes après lui n’ont point semé dans le cœur des hommes les mystères du royaume des cieux, mais en les arrachant à de coupables erreurs et au culte des idoles, ils cultivaient les âmes des hommes, et les défrichaient pour en faire une terre bien préparée. Seul le Verbe de Dieu, créateur et auteur de toutes les semences, est sorti pour répandre par la prédication de nouvelles semences, c’est-à-dire, les mystères du royaume des cieux. — Théoph. Or, le Fils de Dieu ne cesse pas de semer dans nos âmes, car ce n’est pas seulement comme maître et docteur, mais comme créateur qu’il répand dans nos âmes la bonne semence. — Tite. " Il sortit pour semer sa semence, " sa parole n’est point une parole d’emprunt, puisqu’il est par nature le Verbe du Dieu vivant. Ce n’était point leur propre semence que répandaient Paul ou Jean, mais celle qu’ils avaient reçue ; Jésus-Christ, au contraire, sème sa propre semence, parce qu’il tire ses divins enseignements de sa propre nature ; aussi les Juifs étonnés disaient-ils : " Comment connaît-il les Écritures, puisqu’il ne les a point apprises ? " (Jn 7.)
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Louis Mc Duff
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Re: Sermons du Temps de la Septuagésime (Chaîne d'Or)

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Voici la suite des Commentaires de la Chaîne d'Or sur l'Évangile du dimanche de la Sexagésime :
S. Eus. Ceux qui reçoivent la divine semence se partagent donc en deux classes, la première se compose de ceux qui sont jugés dignes de la vocation céleste, mais qui perdent cette grâce par suite de leur négligence et de leur tiédeur ; la seconde comprend ceux qui multiplient la semence en produisant de bons fruits. D’après saint Matthieu, le Sauveur établit trois degrés différents dans chaque classe ; ceux ; en effet, qui reçoivent inutilement la semence, ne la perdent pas de la même manière, et ceux qui la rendent féconde, ne produisent pas du fruit au même degré. Le Sauveur expose donc les différentes circonstances où on laisse perdre la semence. Les uns, sans même qu’ils aient péché, ont perdu la semence salutaire qui avait été jetée dans leurs âmes ; les esprits mauvais, les démons qui volent dans l’air, ou les hommes fourbes et astucieux qu’il désigne sous le nom d’oiseaux, viennent enlever la semence de leur esprit et leur en font perdre le souvenir : " Et pendant qu’il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin. " — Théoph. Il ne dit pas que celui qui sème a jeté sa semence le long du chemin, mais que la semence y est tombée, car celui qui sème enseigne une doctrine pure et irréprochable, mais cette doctrine tombe diversement dans l’esprit de ceux qui l’entendent, et quelques-uns d’entre eux sont représentés par ce chemin où elle fut foulée aux pieds et mangée par les oiseaux du ciel. — S. Cyr. Tout chemin est inculte et stérile, parce qu’il est sans cesse foulé aux pieds, et aucune semence ne peut y être enfouie. Ainsi les cœurs indociles sont impénétrables aux divins enseignements, et aucune vertu ne peut y germer, c’est un chemin qui n’est fréquenté que par les esprits impurs. D’autres portent légèrement la foi en eux-mêmes, en ne s’attachant qu’aux simples paroles ; leur foi manque de racines, et c’est d’eux que le Sauveur ajoute : " Une autre partie tomba sur la pierre, et ayant levée elle sécha, parce qu’elle n’avait pas d’humidité. — Bède. La pierre est la figure des cœurs durs et indomptables, l’humidité est à la semence ce qu’est dans une autre parabole l’huile qui doit alimenter les lampes des vierges (Mt 25), et représente l’amour de la vertu et la persévérance dans le bien. —S. Eus. Il en est d’autres qui laissent étouffer la semence qu’ils reçoivent par l’avarice, par le désir des voluptés, par les sollicitudes du monde, que Notre-Seigneur compare à des épines : " Et une autre partie tomba parmi les épines, " etc. —
A suivre demain.
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Louis Mc Duff
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Re: Sermons du Temps de la Septuagésime (Chaîne d'Or)

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Voici la suite des Commentaires de la Chaîne d'Or sur l'Évangile du dimanche de la Sexagésime :
S. Chrys. Semblables, en effet, aux épines qui ne permettent pas à la semence de lever et de croître, mais l’étouffent par leur épaisseur, les sollicitudes de la vie présente ne permettent pas à la semence spirituelle de croître et de fructifier. Le laboureur qui sèmerait sur les épines matérielles, sur la pierre, sur le chemin, serait digne de blâme, car il est impossible que la pierre se change jamais en terre, que le chemin cesse d’être un chemin, que les épines ne soient plus des épines. Mais il n’en est pas de même dans les choses spirituelles, car la pierre peut devenir une terre fertile, le chemin peut n’être plus foulé aux pieds, et il est possible d’arracher les épines.

S. Cyr. La terre riche et fertile, ce sont les âmes bonnes et vertueuses qui reçoivent dans leur profondeur la semence de la parole, qui ha retiennent et la fécondent, et c’est d’elles qu’il est dit : " Une autre partie tomba dans une bonne terre, et ayant levé, elle produisit du fruit au centuple. " En effet, lorsque la parole divine tombe dans une âme libre de toute agitation, elle pousse de profondes racines, elle produit des épis et les fait arriver à une maturité parfaite.

Bède. Le fruit au centuple, c’est le fruit dans sa perfection, car le nombre dix exprime toujours la perfection, parce que l’accomplissement de la loi consiste dans l’observation des dix commandements ; mais le nombre dix multiplié par lui-même, produit le nombre cent, qui est ainsi le symbole de la plus grande perfection possible.

S. Cyr. Écoutons l’explication de cette parabole de la bouche même de celui qui en est l’auteur : " En disant cela, il criait : Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. "

S. Bas. (Ch. des Pèr. gr.) Entendre, est un acte de l’intelligence, et par ces paroles, Notre-Seigneur invite ceux qui l’écoutent à prêter une grande attention à l’explication qu’il va donner.

Bède. Toutes les fois, en effet, que nous rencontrons cet avertissement, soit dans l’Évangile, soit dans l’Apocalypse de saint Jean, il s’agit d’une vérité mystérieuse dont on nous engage à pénétrer le sens avec une attention plus scrupuleuse. Aussi les disciples reconnaissant leur ignorance, interrogent le Sauveur : " Or, ses disciples lui demandaient quel était le sens de cette parabole. " Cependant ce ne fut pas immédiatement après que Jésus eut achevé d’exposer cette parabole, que les disciples lui adressèrent cette question, mais comme le dit saint Marc : " Ils l’interrogèrent lorsqu’il se trouva seul (Mc 4). "

Orig. La parabole est comme le récit d’un fait imaginaire mais possible et vraisemblable, c’est un récit symbolique et figuré de quelque vérité dont on obtient le sens par l’application de toutes les circonstances de la parabole. L’énigme est le récit d’un événement qui n’est ni réel ni possible, elle est l’enveloppe d’une vérité cachée, comme dans ce trait du livre des Juges (Jg 9), où nous lisons que les arbres s’assemblèrent pour se choisir un roi. Ce récit que l’Évangéliste raconte comme un fait historique : " Celui qui sème sortit pour semer, " n’est point arrivé à la lettre, quoiqu’il soit dans les choses possibles.
A suivre demain.
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