Merci à Roger sur TE DEUM qui a attiré mon attention sur ces lignes très pertinentes.
DE L'ÉGLISE
R.P. Grou, L'école de Jésus-Christ.
C'est à regret que je me borne à un si petit nombre
de leçons, tandis qu'il n'est pas dans l'Évangile une
seule parole de Jésus-Christ qui ne contienne un fonds
inépuisable d'instruction.
Mais j'ai toujours pensé que, dans les ouvrages de
piété surtout, il fallait éviter la longueur, et ne dire que
ce qui est nécessaire et suffisant pour édifier le lecteur,
et le mettre en état de réfléchir par lui-même. Je le renvoie
donc à la source. Qu'il lise l'Évangile avec humilité et docilité;
qu'il ouvre son esprit et son cœur à la grâce; qu'il joigne la
prière à la lecture; par-dessus tout, qu'il se mette en devoir
de pratiquer ce qu'il connaît déjà, et il recevra de Dieu lui-même,
pour l'intelligence de l'Écriture, plus de lumières qu'il n'en pourrait
tirer du secours des livres. Au fond, c'est toujours Dieu qui instruit;
les livres ne sont qu'un moyen extérieur dont il se sert, et, quand
l'âme est bien préparée, il lui fait trouver dans les livres les plus
courts et les plus simples une nourriture solide et abondante. Sa
jalousie ne souffre pas même qu'on attribue à l'homme
ce qui ne vient que de lui, et il répand sa bénédiction
sur les ouvrages, selon la pureté d'intention des auteurs
et des lecteurs.
Les circonstances actuelles me déterminent à prendre
pour dernière leçon ces paroles du Sauveur : Si quelqu'un
n'écoute pas l'Eglise, qu il soit pour vous comme
un païen et un publicain 1.
A quel propos, me dira-t-on, traiter de l'Église, d'une
matière de controverse, dans un ouvrage de morale ?
On se trompe; le sujet de l'Église n'appartient pas moins à la morale qu'à la croyance,
puisque l'Église est préposée pour enseigner au chrétien ce qu'il doit pratiquer, autant
que ce qu'il doit croire. D'ailleurs, les dogmes eux-mêmes tiennent aux mœurs sous plus d'un
rapport; et l'on ne peut guère errer dans les dogmes, qu'il n'en résulte de fâcheuses conséquences
pour les mœurs. Qui ne sait que l'erreur touchant la justification par la seule foi,
de la manière que l'entendent les protestants, a entraîné cette autre erreur que les bonnes
œuvres ne sont point nécessaires au salut ? Qui ne sait encore que de l'erreur touchant l'irrésistibilité
de la grâce, il suit que le chrétien n'est responsable, ni du mal qu'il fait, ni du bien qu'il omet ?
ce qui le précipite dans le libertinage, sans qu'il ait à essuyer aucun remords de conscience.
On n'est donc pas moins exposé à s'égarer en ce qui regarde les mœurs, qu'en ce qui regarde la foi, lorsqu'on refuse d'écouter l'Église; et la leçon présente n'est pas moins importante sous un de ces rapports que sous l'autre.
Ainsi, je vais exposer brièvement cette leçon , mais
sans dispute, sans grande discussion, sans raisonnements
profonds, m'arrêtant à quelques réflexions très-simples
et très-décisives, que j'adresse à trois sortes de chrétiens :
à ceux qui, admettant la révélation, ne reconnaissent pas
d'Église; à ceux qui, se faisant de fausses notions de l'Église,
se flattent d'y tenir encore, tandis qu'ils s'en séparent
manifestement ; enfin, à ceux qui, étant dans l'Église,
sont effrayés pour eux, et pour elle, du danger qu'elle
court à cause des scandales qui y régnent et contre
lesquels ils ne sont pas assez prémunis.
1. Matth., xviii, 17
A SUIVRE...