SWS, Livre III, II, C2, §145 traduit par le chartreux a écrit :
Section 145. L'état de grâce, ennoblissement des enfants de Dieu.
I. Les vertus infuses confèrent à l'esprit créé l'inclination nécessaire pour poser des actes qui, par leur excellence interne, sont proportionnés à la vie éternelle. Cependant, d'après l'esprit du dogme ecclésiastique, il est encore indispensable, pour que ces actes soient « effectivement méritoires », que Dieu leur promette réellement une récompense. Il faut donc que la créature soit placée par Dieu dans un état, dans une condition supérieure, qu'elle reçoive une dignité surnaturelle, une noblesse divine, en vertu de laquelle la vie éternelle lui revienne comme une destination conforme à son état, comme un héritage.
Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel
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SWS, Livre III, II, C2, §145 traduit par le chartreux a écrit :
Cela a lieu pour des raisons analogues et de la même manière qu'un simple sujet, malgré les services éminents qu'il a rendus à son prince, ne peut mériter la succession au trône, tandis que les fils légitimes ou les fils adoptifs du roi peuvent la mériter par de moindres services. Ainsi, la valeur intime et surnaturelle que les œuvres du salut tirent des vertus infuses n'a toute son efficacité que lorsque la personne qui agit est déjà en elle-même digne de la vie éternelle, et elle ne l'est qu'en possédant une dignité, une condition, un rang supérieurs, en entrant dans des relations particulières avec Dieu comme possesseur et dispensateur du bien qui est à hériter et à mériter.
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SWS, Livre III, II, C2, §145 traduit par le chartreux a écrit :
Cette élévation de rang, jointe au droit ou à la qualité d'héritier, saint Paul la fait ici ressortir, principalement sous le nom de grâce d'adoption, par laquelle nous devenons enfants de Dieu, et, comme enfants, ses héritiers et les cohéritiers du Fils de Dieu par nature (cf. Gal. 4). L'Eglise a défendu, contre Baius surtout (prop. xv et xvii, et aussi xviii et xix), la nécessité et l'importance de « l'état déifique » pour mériter la vie éternelle. La possession de ce rang supérieur, de cette noblesse divine, les théologiens l'appellent, dans un sens formel et tout particulier : status gratiae gratum facientis, parce qu'elle rend la créature particulièrement agréable à Dieu. On l'appelle aussi, en un sens tout spécial, « état de grâce sanctifiante » qui est une consécration divine donnée à la créature. Enfin, comme la créature raisonnable a pour mission effective de mériter la vie éternelle, et qu'elle ne peut remplir sa tâche sans être capable de ce mérite, la qualité d'enfant adoptif de Dieu fait essentiellement partie de l'état de justification.
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SWS, Livre III, II, C2, §145 traduit par le chartreux a écrit :
II. C'est une doctrine catholique que l'excellence de la vie éternelle et son mérite proprement dit ne peuvent se concevoir sans la nécessité et la valeur de la qualité d'enfant de Dieu. Tous les théologiens catholiques doivent donc convenir que la charité, soit comme acte et comme sentiment, soit comme aptitude et vertu, ne contient pas en elle-même et ne communique pas à ses œuvres cette dignité de la vie éternelle, cette complaisance divine, cette sainteté et cette justice de la personne qui est nécessaire pour mériter la vie bienheureuse. Cela est au moins aussi impossible qu'il l'est à une personne étrangère à une autre de revendiquer les droits, la qualité d'enfant, d'épouse ou d'ami, d'exiger l'amour réciproque qui convient à ceux-ci, par cela seul qu'elle lui témoigne l'amour d'un enfant, d'un ami ou d'un époux.
Cette analogie n'est pas complète ; car la dignité d'enfant adoptif ne peut subsister sans la présence de l'amour filial, comme aussi elle existe infailliblement dès que cet amour se présente. Malgré cette liaison nécessaire cependant, il ne faut pas méconnaître la différence formelle qui existe entre la dignité de la personne et la vertu. La liaison naturelle de l'une et de l'autre provient plutôt de ce que Dieu, en même temps qu'il élève quelqu'un à la dignité de ses enfants, lui donne l'aptitude de la charité comme un don conforme à son état, et ne laisse subsister ce don qu'autant que les enfants vivent conformément à leur condition, qu'ils n'agissent pas contrairement à la charité, et ne se séparent point de lui.
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SWS, Livre III, II, C2, §145 traduit par le chartreux a écrit :
Dans rétablissement de la dignité surnaturelle, les vertus ou leurs actes ont une valeur purement impétratoire et dispositive ; ils n'ont pas une valeur méritoire ou radicale qui fonderait un droit à cette dignité ou qui en ferait un effet formel. Le rapport est précisément en sens inverse : les vertus surnaturelles doivent être conçues comme une qualité, une dot que Dieu accorde à l'homme en relevant à la condition de ses enfants, comme un vêtement royal en rapport avec cette dignité.
La dignité d'enfant adoptif contient, en effet, outre l'expectative de la vie éternelle, le droit de posséder de suite la vie surnaturelle dans le monde présent. Elle est donc si peu un attribut attaché à la charité ou provenant de la charité, que c'est précisément elle qui assure la possession et la durée de la charité, et que celle-ci est un attribut de la filiation adoptive. "Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans vos cœurs l’Esprit de son Fils, qui crie : Abba, Père !" (Gal 4:6)
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SWS, Livre III, II, C2, §145 traduit par le chartreux a écrit :
Cette explication seule permet de se faire une idée exacte et complète de l'adoption filiale en ce qui concerne la valeur méritoire des actes du salut. La notion complète de ces actes exige en effet qu'à côté des droits à l'héritage et de la bonté intrinsèque des actions de la personne, ces actions apparaissent comme la véritable propriété de l'agent. Or, pour cela, il ne faut pas seulement que les actes soient librement posés, il faut encore que les forces d'où proviennent les actes appartiennent de droit à l'agent, au lieu d'être simplement contenues en lui ; ce qui ne peut avoir lieu que lorsque la possession se fonde sur une dignité qui la précède logiquement.
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SWS, Livre III, II, C2, §145 traduit par le chartreux a écrit :
III. Nous sommes obligés de mentionner la fameuse question de savoir si la grâce d'adoption est différente de la qualité surnaturelle qui constitue les vertus infuses et spécialement la charité ? Or, il suffit d'avoir cette notion bien présente à l'esprit pour se prononcer résolument en faveur de la négative. Si l'on ne veut pas admettre une différence réelle entre la grâce et la charité, il faut admettre au moins une différence telle que la grâce ne soit pas un simple attribut de la charité, mais quelque chose de plus complet et de plus profond. Quant à la charité, elle se range avec les autres vertus dans la classe des dons groupés autour de ce don qui forme leur centre et qui constitue la grâce.
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SWS, Livre III, II, C2, §145 traduit par le chartreux a écrit :
Si, d'après saint 1 Jean, 3:2, nous ne sommes pas seulement appelés, mais sommes véritablement enfants de Dieu ; si, d'après la doctrine de l'Écriture, nous obtenons la dignité d'enfants de Dieu avec les attributs et les droits qu'elle comporte par une véritable renaissance, dans ce cas, l'être spécifique, la noblesse des enfants de Dieu doit consister dans une gloire interne supérieure, dans un reflet de la propre gloire de Dieu, qui serve de vêtement à leur nature, imprimant en elle l'excellence de la nature de Dieu, afin qu'elle lui devienne homogène.
Or, le propre de la vie divine, c'est la spiritualité éminente de Dieu, ou mieux son immatérialité souveraine ; c'est la nature lumineuse de son être comme dit l'Écriture. Il faut donc aussi concevoir l'être divin de l'âme comme une participation à la spiritualité de Dieu, comme un dépouillement de sa matérialité relative, comme une transfiguration dans la lumière : "Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’esprit est esprit." (Jean 3:6), "Car vous étiez autrefois ténèbres ; mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur" (Eph. 5:8).
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SWS, Livre III, II, C2, §145 traduit par le chartreux a écrit :
La nature supérieure des enfants de Dieu est aux vertus surnaturelles de l'âme ce que l'état substantiel de l'âme est à ses forces ; elle est la racine vivante qui fait prospérer, qui supporte, détermine, nourrit les vertus; elle est, comme la nature de l'âme pour les vertus naturelles, le but et la mesure qui permet d'apprécier si les vertus surnaturelles sont ce qu'elles doivent être. La charité offre dans ses actes la plus parfaite révélation de la semence de vie divine contenue dans cet être surnaturel, et, à cause du rapport indissoluble qui existe entre l'un et l'autre, elle est le signe le plus certain de l'activité de cet être. L'Écriture sainte et la doctrine de l'Église ne fournissent point, il est vrai, de preuve rigoureusement textuelle en faveur de cette thèse, car les passages qu'on allègue pourraient au besoin recevoir une plus large acception.
Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre III : La création et l'ordre surnaturel
SWS, Livre III, II, C2, §145 traduit par le chartreux a écrit :
Mais si l'on se rattache à la doctrine de l'Église sur la dignité des enfants de Dieu, si l'on admet que les expressions de l'Écriture sainte doivent, autant que possible, se prendre dans leur sens plein et naturel, cette conception est le seul développement adéquat et logique de la doctrine de la révélation sur la dignité des enfants de Dieu, sur la nouvelle naissance, sur la participation à la nature divine. Il en est de même de la doctrine de l'Église, car les conciles de Vienne et de Trente ont adopté des expressions qui ne pouvaient provenir que de cette manière de voir. (Si le Concile de Trente ne le dit point partout, c'est afin de ne pas décider la question).
La même chose se voit dans la censure de la proposition 42 de Baius. Le Catéchisme romain (Part. II, ch. ii, q. xlix) est particulièrement favorable à cette doctrine ; lorsqu'il parle des effets du baptême par lequel nous sommes justifiés, devenons enfants de Dieu et héritiers du ciel : "La grâce ... est une qualité divine habitant dans l'âme, et est une sorte de splendeur et de lumière qui enlève toutes les tâches de nos âmes, les rendant plus belles et brillantes ... À cela s'ajoute la très-noble compagnie de vertus qui sont divinement infusées dans l'âme en même temps que la grâce".
Voyez sur les questions que nous venons de traiter, notamment Gonet, Clypeus, de gr. disp. II, et Goudin, De grat., quaest. iv, art. ii-iv ; et Compend. salmant., tract. XIII, disput. III, dub. III, dans le sens rigoureusement thomiste. Suarez (De grat., lib. VII, cap. III et seq.) est un peu plus modéré.
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