Cinquième objection. — Après tout, si la vocation est véritable, on ne peut la perdre.
Langage plutôt léger que réfléchi. La grâce ne
nous est donnée que pour y correspondre ; nous
n’avons pas plus le droit de la rendre infruc-
tueuse que de la laisser perdre. Quand Jésus
appelle une âme à la vie parfaite, elle ne peut
différer sans raison de répondre à son appel ;
sinon elle s’expose à voir la grâce de cet appel
s’affaiblir et même disparaître.
Au commencement l’appel est réel et la voca-
tion est véritable; l’appel demeurera, mais par
négligence ou infidélité, la vocation peut se per-
dre. C’est dans ce sens que Jésus dit qu’ « il y a
beaucoup d’appelés, mais peu d’élus» (Mat.,XX,16).
Il en est de la vocation religieuse, comme de
tant d’autres choses dans l’ordre de la nature et
de la grâce. Une plante mise dans un terrain
propice, vit et se développe ; dans un terrain qui
ne lui convient pas, elle se dessèche et meurt.
Les tempéraments physiques ne se font pas à
tous les milieux, et, suivant les cas, ils s’étio-
lent ou se fortifient. Une âme appelée, par une
grâce spéciale, à s’éloigner du monde et à se
consacrer au Seigneur dans la vie religieuse, ne
trouve pas dans le siècle l’aliment qui lui est
nécessaire ; rien d’étonnant qu’elle y soit ex-
posée à dépérir.
Tous n'ont pas l'énergie des saints pour ré-
sister toujours aux suggestions du démon et
aux séductions du monde. Les assauts répétés
de l'ennemi et les tendances naturelles au bien-être,
au plaisir et à la jouissance, finissent sou-
vent par avoir raison des volontés les mieux
disposées. C'est pourquoi il n'est que sagesse de
se mettre bien vite à l'abri et de ne pas s'illu-
sionner tellement sur ses forces morales qu'on
puisse se croire capable de s’exposer au danger
sans périr.
A SUIVRE...
La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils
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Re: La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils
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Re: La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils
Quand les hommes conseillent de ne pas se
hâter d'entrer en religion et que, par un faux
raisonnement, fruit de l'irréflexion ou de l'inex-
périence, ils cherchent à persuader les âmes
qu'une vocation, si elle est vraie, ne se perd
pas, ils se font inconsciemment les instruments
du démon qui ne réussit que trop, par ce moyen,
à perdre les âmes.
Saint Jean Chrysostome découvre ainsi cet
artifice du démon : « Quand le démon ne peut
détourner quelqu’un de la résolution de se con-
sacrer à Dieu, il cherche au moins à lui per-
suader d’en différer l'exécution; et il croit avoir
gagné beaucoup quand il a obtenu un délai
d'un jour, d’une heure même, car si pendant ce
jour ou cette heure une nouvelle occasion se
présente, il lui sera moins difficile d’obtenir un
plus long terme.
« L’esprit malin procède ainsi jusqu’à ce que
le sujet appelé de Dieu, se trouvant plus faible
et moins assisté de la grâce, finit par céder tout
à fait et par abandonner sa vocation. Oh ! com-
bien de fois, pour de tels retards, l’ennemi est
parvenu à faire perdre la grâce de la vocation
à ceux qui l’avaient reçue. »
Le manque d’empressement pour répondre à
la grâce si grande de la vocation blesse, en
outre, le Cœur de Jésus ; et si cette infidélité se
prolonge, Jésus alors se retire, et quand l’âme
veut revenir vers Lui, elle ne Le trouve plus.
« Différer d’être fidèle à la grâce de la vocation,
dit saint Alphonse, c’est déplaire beaucoup à
Dieu, qui resserre ensuite sa main et retient ses
grâces, en sorte que celui qui tarde de corres-
pondre à sa vocation, parvient avec peine à la
suivre et l’abandonne aisément. »
Pour éviter ce malheur, que tous, au lieu de
détourner de la vie religieuse, engagent plu-
tôt à entrer sans retard dans la voie qui con-
duit à la perfection. Ils feront ainsi des saints
et se prépareront à eux-mêmes une couronne
dans la gloire pour avoir secondé les desseins
miséricordieux de Jésus, selon ces paroles du
prophète Daniel (XII, 3) : « Ceux qui en au-
ront conduit plusieurs dans le chemin de la
justice, brilleront comme les étoiles dans toute
l’éternité ».
A SUIVRE...
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Re: La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils
Sixième objection. — Les vocations religieuses sont au détriment du Clergé séculier qui a tant besoin de Prêtres.
Tout le monde est d'accord pour reconnaître
qu’il manque des ouvriers pour travailler dans
la vigne du Seigneur et que c’est faire œuvre
souverainement agréable à Jésus que de se pré-
occuper, par tous les moyens possibles, de mul-
tiplier les Prêtres dans la Sainte Eglise. Mais
est-ce à dire, pour cela, que ce doive être au
détriment des vocations religieuses ? Il y a bien
des moyens de favoriser les vocations sacerdo-
tales et l’on doit mettre tout en œuvre pour dé-
velopper les vertus dans les jeunes cœurs, leur
inspirer le désir du Sacerdoce et les former à un
aussi sublime ministère. Néanmoins personne
n’a le pouvoir de diriger l’action de Jésus dans
une âme et ne peut s’arroger le droit, même
avec un but très louable, d’y orienter la grâce.
L’esprit souffle où il veut, nous dit Jésus ; si
donc il pousse vers un état plutôt qu’un autre,
nous n’avons qu’à le seconder, surtout s’il s’agit
d’une plus grande perfection à acquérir et, dès
lors, d’une plus grande gloire pour Dieu. C’est
là le premier raisonnement à se faire, en face
d’une vocation religieuse. Si Jésus fait tant que
d’appeler, c’est que c’est mieux ainsi ; son invi-
tation devient pour l’appelé une manifestation
de sa volonté et doit primer toutes les autres
considérations. Il connaît tous les besoins de son
Eglise, et s’il Lui plaît d’envoyer ses ouvriers
travailler dans telle partie de sa vigne plutôt que
dans telle autre, qui donc oserait trouver à re-
dire ? Ne s’attend-il pas, au contraire, à ce que
tous secondent son action, sans autre pensée
que celle de favoriser ses desseins de sagesse et
de miséricorde ?
Souvent on ne considère pas assez cet aspect
surnaturel de la question, et on ne regarde que
les besoins du ministère paroissial. Il manque
des Prêtres, dit-on, pour le service des fidèles
et l’évangélisation des âmes, et les vocations re-
ligieuses contribuent à en tarir la source; n’est-il
pas juste de s’opposer à leur recrutement ? Il est
difficile de croire à la sincérité de ceux qui rai-
sonnent ainsi, car ils ne peuvent ignorer que
Dieu bénit en vocations sacerdotales plus nom-
breuses les populations qui fournissent davan-
tage de sujets pour l’état religieux.
Serait-il déplacé de citer ici le passage si jus-
tement sévère de saint Jérôme à Vigilance, cité
par saint Thomas dans sa Somme théologique ?
« Quoique votre langue de vipère fasse endurer
aux religieux les morsures les plus cruelles par
les arguments que vous faites contre eux, en di-
sant : Si tous se retirent dans le cloître et dans
la solitude, qui célébrera dans les églises ? qui
s’occupera de gagner à Dieu les hommes qui
vivent dans le siècle ? qui pourra exhorter à la
vertu ceux qui pèchent ? En effet, d’après cela,
si tous délirent avec vous, qui pourra être sage ?
On ne devra pas approuver la virginité ; car si
tous restent vierges et que personne ne se marie,
le genre humain périra. Mais la vertu est rare,
ce n’est que le petit nombre qui la recherchent.
Il est donc évident que cette crainte est insensée ;
c’est comme si l’on craignait de puiser de l’eau
dans un fleuve, de crainte de le tarir. »
D’ailleurs, l’argument allégué est spécieux. Au
premier abord, il paraît assez juste, par le fait
que si bien des vocations ne se dirigeaient pas
vers l’état religieux, elles seraient acquises, par
là même, au clergé diocésain ; mais, à la ré-
flexion, on se rend vite compte que c’est une
perte plutôt apparente que réelle pour le dio-
cèse, puisque tant de communautés religieuses
y opèrent un grand bien par des œuvres multi-
ples, que souvent le clergé séculier n’est pas en
mesure de faire.
De nos jours, on revient beaucoup aux an-
ciennes traditions qui consistent à confier le
ministère paroissial aux Ordres ou Instituts re-
ligieux ; et ainsi ce que perd un diocèse en
laissant entrer un sujet en communauté, il le
récupère amplement par les familles religieuses
qu’il reçoit dans son sein.
N’oublions pas non plus qu’il y a des vocations
religieuses qui s’imposent, pour des motifs personnels
d’ordre spirituel ; et, comme nous ne les connaissons
pas, ne commettons pas la légèreté de blâmer ceux
qui se font religieux et n’essayons pas de les détourner
en faveur du clergé séculier. Prions plutôt le Seigneur,
qui est libre dans ses choix et qui seul a le contrôle absolu
des âmes, de garder chacun fidèle à la vocation
qu’il a reçue, selon la recommandation de l’apô-
tre saint Pierre : « Appliquez-vous davantage à
affermir par les bonnes œuvres votre vocation
et votre élection » (II Pier., 1, 10).
A SUIVRE...
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Re: La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils
CHAPITRE ONZIÈME - Responsabilités qu’encourent ceux qui s’opposent à la Vocation Religieuse
La vocation religieuse est une grâce trop
grande et un moyen de sanctification trop pré-
cieux, pour que l'on puisse s’y opposer et la
combattre sans commettre une faute grave. Dé-
tourner une âme d’un plus grand bien, est sû-
rement une faute ; mais l’empêcher de se diriger
vers une voie qui, de sa nature, peut la conduire
à la perfection, en est une plus grande.
Qui peut calculer les conséquences désastreu-
ses pour une âme qui a manqué sa vocation et
qui marche dans une direction opposée à celle
à laquelle Jésus, dans sa bonté et sa miséri-
corde, l’avait appelée ? Outre les grâces perdues
et laissées infructueuses, à combien de dangers
cette âme ne sera-t-elle pas exposée, dangers
contre lesquels elle ne sera pas suffisamment
protégée et qui l’entraîneront peut-être à des
chutes irréparables. Qui donc en portera la ter-
rible responsabilité, sinon ceux qui l’auront dé-
tournée et retenue dans le siècle ? Si cette âme
commet des fautes graves, par suite de son in-
fidélité, ces fautes ne retomberont-elles pas sur
ses mauvais conseillers ? Et si elle se perd éter-
nellement, ne pourra-t-elle pas se tourner vers
eux et les accuser de l'avoir perdue ?
Si ceux qui parlent si légèrement contre la
vocation religieuse ou qui, par des motifs hu-
mains ou des raisonnements purement naturels,
mettent obstacle à l’entrée en religion, réfléchis-
saient tant soit peu au mal réel qu’ils commettent
et à la condamnation qui les attend, comment
oseraient-ils agir de la sorte ? Ils ne peuvent se
justifier sous le prétexte qu’ils ont simplement
manqué de réflexion dans leurs paroles et leurs
actes ; car, dans une matière de cette impor-
tance, la réflexion et le surnaturel sont de ri-
gueur. Puisque la vocation religieuse vient de
Jésus, que c’est Lui qui en gratifie les âmes dont
Il veut se faire des épouses, il n’y a qu’à Le bénir
et à Lui prêter son concours, sous peine d’avoir
le malheur d’être en désaccord formel avec Lui.
« Celui, comme s’exprime saint Anselme, dont
la bouche et les mains détournent une âme qui
veut s’attacher à Dieu, et la portent au siècle,
que lui arrivera-t-il ? Ces terribles paroles de
Jésus-Christ ne s’accompliront-elles pas en lui :
Celui qui n’est pour moi est contre moi ; et celui
qui ne recueille pas avec moi dissipe » ?
Quand nous parlons de péché grave chez ceux
qui détournent une âme de la vie religieuse,
nous entendons parler de gravité dans le sens
théologique du mot. C’est l’avis des deux plus
grandes autorités théologiques — dogmatique
et morale — saint Thomas et saint Alphonse de
Liguori. Le premier dit textuellement : « Celui
qui empêcherait l’entrée en religion de quel-
qu’un qui voudrait y entrer et en trouverait le
moment favorable, pécherait gravement ». Saint
Alphonse n’est pas moins explicite : « Plusieurs
auteurs, dit-il, regardent comme coupables de
péché mortel, non seulement les parents, mais
même les étrangers qui écartent les autres de
l’état religieux ».
A SUIVRE...
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Re: La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils
Le même saint docteur prétend que les pa-
rents se chargent alors doublement la cons-
cience, et par manque de charité et par infi-
délité à leur devoir d’état : « Je pense que les
parents qui sont dans ce cas commettent un
double péché grave ; car, outre le péché contre
la charité, ils commettent une autre faute contre
leur devoir d’état ; ils sont tenus, en effet, sous
peine de faute grave, de travailler aux progrès
spirituels de leurs enfants ».
Peu importe les motifs mis en avant pour
détourner de la vie religieuse ; la gravité de
l’acte en lui-même demeure toujours. C’est évi-
demment tromper une âme et commettre une
grave injustice que de la priver d’un bien aussi
précieux que celui de l'étât religieux. C’est l’opinion
de Suarez qui dit: « Je pense que celui qui
trompe quelqu’un pour le détourner d’entrer
en religion pèche mortellement. Il commet une
grave injustice à l’égard de celui qu’il trompe
et quelquefois à l’égard de la communauté dont
il l’éloigne ».
Il n’est pas nécessaire pour cela que l'on soit
appelé à donner un conseil autorisé qui décide
du parti à prendre ; il suffit que l'on intervienne
de son propre gré et que, sans mission aucune,
on cherche à influencer en sens contraire ; ce
qui devrait faire réfléchir bien des gens, laïques
et autres, qui s’érigent en conseillers improvisés
et parlent à tort et à travers contre la vocation
religieuse. C’est encore le sentiment du même
docteur : « On se rend coupable de ce péché non
seulement quand on trompe celui qui demande
conseil, mais encore quand, de son propre gré,
on s’ingère à donner un mauvais conseil au pro-
chain, à le tromper et à étouffer ainsi le projet
qu’il médite. Car la malice de cette faute ne con-
siste pas principalement à abuser de la charge
de conseiller (quoique cette circonstance ne
serve pas peu à augmenter la gravité du péché),
elle consiste plutôt dans la fraude qui entraîne
pour le prochain un dommage considérable ».
Lorsque l'on se permet, en outre, de donner
une mauvaise impression de la communauté où
quelqu’un se propose d’entrer, et d'en diminuer
l’estime qu’il pourrait en avoir, la faute est
double et les conséquences plus funestes ; car,
en plus du tort fait à la communauté, il arrive
souvent qu’une âme détournée d’entrer dans une
communauté qu’elle avait choisie, abandonne
ensuite complètement l’idée de la vocation reli-
gieuse. Pour l’avoir légèrement ou malicieuse-
ment écartée d une communauté qui ne lui est
pas sympathique, le détracteur est devenu la
cause de la perte de la vocation. Les paroles sui-
vantes de Suarez donnent à réfléchir : « Le péché
de fraude qui est grave en lui-même, peut s’ac-
croître d’une autre sorte de malice, par exemple,
lorsque pour détourner quelqu’un par la fraude
de son désir de se faire religieux, on médit gra-
vement de l’état religieux en général ou de tel
Ordre en particulier ».
A SUIVRE...
- InHocSignoVinces
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Re: La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils
Les parents sont plus particulièrement inté-
ressés dans la vocation religieuse de leurs en-
fants ; mais ils ne doivent pas oublier que s’il
leur est permis de leur donner des conseils ins-
pirés par des motifs surnaturels, ils ne peuvent,
en aucune manière, s’opposer en conscience à
leur vocation, selon ce que dit saint Alphonse :
« Il faut tout à fait admettre (ce qui est le senti-
ment commun des docteurs) que ces parents
pèchent gravement qui détournent leurs enfants
de l'étât religieux, soit par les prières, les pro-
messes ou d’une autre manière ».
La question d’intérêt matériel n’a évidemment
rien à voir dans la vocation, qui est d’ordre pu-
rement spirituel. Les frais d’éducation et autres,
faits par les parents, n’ont aucun rapport avec
le choix que Jésus peut faire d’une âme qu’il
veut se réserver pour Lui seul. Toute la sollici-
tude des parents doit se porter avant tout vers
l’avantage spirituel de leurs enfants, heureux
qu’ils doivent être de sacrifier des biens tem-
porels pour leur procurer des biens éternels.
Suarez dit justement à ce sujet : « Lors même
que les parents ont fait de grandes dépenses
pour élever leur enfant, espérant avec son aide
accroître leur fortune ou leur considération, ils
n’ont pas lieu de se plaindre si cet enfant les
quitte pour se faire religieux ; car ils ne pou-
vaient ou ne devaient pas espérer que leurs dé-
penses et leurs travaux produisissent de plus
heureux fruits ».
En dernier ressort, la responsabilité vis-à-vis
de la vocation religieuse incombe au confesseur,
lequel moins que tout autre, à cause de la fonc-
tion surnaturelle qu’il remplit, ne peut y appor-
ter d’obstacle. Saint Alphonse, dans la Pratique
du confesseur, l’en avertit : « Si l’intention de
celui qui veut se faire religieux est bonne, et
qu’il n’existe aucun empêchement, le confesseur,
ni un autre, comme saint Thomas l'enseigne, ne
peut, sans une faute grave, empêcher ni détour-
ner le pénitent de suivre cette vocation ».
Donc, si chaque âme est tenue de répondre à
l'appel de Jésus, qui choisit qui Il veut, et si,
comprenant la grâce qui lui est faite, elle doit
accourir au port de la vie religieuse, où, loin du
monde et seule avec Dieu elle ne s'occupera plus
que des choses éternelles ; tous ceux qui sont
animés de l’esprit de Dieu doivent s’en réjouir
et favoriser de toutes leurs forces ces pieux des-
seins, et craindre par-dessus tout les châtiments
réservés à ceux qui s’opposent aux volontés di-
vines et au salut des âmes.
A SUIVRE...
- InHocSignoVinces
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Re: La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils
CHAPITRE DOUZIÈME - Principaux motifs d’entrer en religion
Les motifs d’entrer en religion varient suivant
les aspects divers sous lesquels se présente la
vie religieuse. Les uns prennent leur source
dans la raison seule, d’autres dans le cœur, d’au-
tres enfin dans les besoins intimes de l’âme. Il
suffit, en effet, pour embrasser l’état religieux,
que l’on juge que c’est le parti le plus sûr, lors
même qu’on n’en sentirait pas l’attrait ; de même
que l’amour ardent de Jésus et le vif désir de
vivre avec Lui dans une plus grande intimité
exemptent de toute autre considération.
Les motifs cependant n’ont pas tous la même
valeur. Il en est qui s’imposent impérieusement,
et d’autres qui laissent plus de liberté. De même
que quelques-uns apparaissent dans une telle
évidence, qu’il n’est pas besoin d’un long exa-
men pour prendre une décision ; tandis que cer-
tains autres restent dans une demi-lumière et
ont besoin d’être mûris davantage.
Quoiqu’il en soit, il est sage de n’en rejeter
aucun a priori quand ils se présentent à l’esprit,
et de prendre la peine de les analyser pour cher-
cher à y découvrir une lumière surnaturelle et,
s’il y a lieu, une manifestation de la volonté di-
vine. Rejeter sans réflexion une idée ou une
inspiration de vie religieuse serait s’exposer à
laisser passer une grâce à laquelle beaucoup
d’autres sont attachées. D’autant plus que la plu-
part du temps c’est par degrés que la lumière se
fait dans l’esprit et que la grâce divine opère
dans l’âme.
Il ne faudrait pas davantage attendre que l’on
éprouve un attrait sensible pour la vocation,
avant de l’étudier. Quoique cet attrait existe
souvent et qu’il soit un fort indice de voca-
tion, il n’est pas nécessaire. C’est la doctrine
communément reçue. « La bonne vocation, dit
saint François de Sales, n’est autre chose qu’une
ferme et constante volonté que la personne ap-
pelée a de vouloir servir Dieu en la manière et
aux lieux auxquels sa divine majesté l’a appe-
lée..., tellement que pour avoir une marque de
bonne vocation, il ne faut point une constance
sensible, mais qui soit effective. » Et Suarez dit
excellemment de son côté : « On peut avec raison
consulter quelqu’un pour savoir s’il est avanta-
geux d’entrer en religion sans inclination surna-
turelle, ou sans un désir particulier de la vie
religieuse, et par le seul choix efficace qu’on fait
de l’état religieux, après avoir réfléchi et de-
mandé conseil. Que ce seul choix ainsi fait suf-
fise et qu’il soit souvent utile d’entrer en religion
sous sa seule influence, c’est ce que prouvent
l’expérience et la raison ».
Ce qui est indispensable, c'est que toutes les
considérations relatives à la vocation religieuse
soient faites dans un esprit surnaturel, en vue
de la gloire de Dieu et des intérêts de son âme.
On ne se fait religieux que pour aimer Dieu da-
vantage, éviter plus facilement le péché, prati-
quer plus généreusement la vertu, et faire toutes
choses avec une plus grande perfection, selon
ces paroles de saint François de Sales : « On
entre en religion non seulement pour aimer
Dieu, mais pour le mieux aimer ; non pour être
sauvé, mais pour être mieux sauvé ; non pour
plaire à Dieu, mais pour lui mieux plaire ».
Il est donc souverainement important que
cette question de la vocation religieuse soit étu-
diée en vue de l’éternité, et dans les dispositions
que l’on voudrait avoir sur son lit de mort. Nous
dirons plus loin dans quelles conditions cette
étude doit se faire, ce qu’il faut faire et ce qu’il
faut éviter pour s’assurer de la volonté de Jésus
à ce sujet. Nous nous contenterons ici d’indi-
quer les principaux motifs déterminants de la
vocation religieuse. Encore, ne le ferons-nous
que brièvement, plusieurs considérations re-
latives au même sujet ayant été déjà faites
ou devant l’être dans le cours de cet ouvrage.
L’ordre suivi dans l’énumération des motifs
n’a rien de mathématique, quoiqu’il existe une
certaine gradation d’importance et de perfection,
qu’il est facile de saisir.
A SUIVRE...
- InHocSignoVinces
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Re: La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils
Premier motif. — Sauver son âme.
Assurer son salut éternel, telle doit être la
première préoccupation de tout chrétien. C’est
la fin à atteindre ; il est de la première impor-
tance de savoir en prendre les moyens. Il n’entre
ici aucune considération humaine ; il ne s’agit
que des intérêts éternels de son âme. C’est une
question purement personnelle, dans laquelle
personne n’a le droit de s’ingérer. Quand arri-
vera le moment du jugement qui décidera du
sort éternel, chacun aura à répondre pour soi-même.
Quand tout, de la terre et de la vie,
aura disparu sans retour, il ne restera pour
décider de son éternité que ses œuvres, bonnes
ou mauvaises.
Vouloir assurer son bonheur éternel, ne doit-ce
pas être la grande et constante pensée d’une
âme vraiment chrétienne ? La vie n’est donnée
que pour cela ; nous ne la recevons que pour
mériter, par nos vertus, la récompense des élus.
Tout le reste étant nécessairement subordonné
à ce devoir capital et essentiel, il devient sou-
verainement important d’embrasser l’état de vie
qui nous conduira plus sûrement au ciel. « Si
vous voulez, dit saint Alphonse, choisir l'étât de
vie le plus sûr pour arriver au salut, — ce qui est
tout pour nous, — considérez que votre âme est
immortelle, et que la fin pour laquelle Dieu vous
a mis en ce monde n’est certainement pas d’y
acquérir des richesses et des honneurs, ni d’y
mener une vie commode et agréable ; mais c’est
uniquement pour mériter la vie éternelle par la
pratique de la vertu. »
Or, selon saint Grégoire le Grand, « il y en a
un grand nombre qui ne peuvent nullement se
sauver s’ils ne renoncent à tout ». A ceux-là, le
devoir est tout tracé : la vie religieuse est leur
planche de salut. Mais il n’est pas nécessaire que
la chose soit aussi évidente, il suffit que l’état
religieux offre à une âme une sécurité beaucoup
plus grande de se sauver, pour qu’elle y trouve
une raison plus ou moins grave de l’embrasser.
Les cloîtres se peuplent d’âmes généreuses qui
préfèrent sacrifier toutes les jouissances terres-
tres pour s’assurer les éternelles. Ne faut-il pas
les en louer, et n’est-il pas à désirer qu’elles
soient imitées par une multitude d’autres qui
s’étiolent et se fanent dans le monde, au lieu de
se préparer à augmenter le nombre des bien-
heureux ?
Que l’avertissement de Jésus résonne aux
oreilles des indécis et les arrache aux attaches
terrestres : « Que sert à l’homme de gagner le
monde entier, s’il vient à perdre son âme ? » (Mat., XVI, 26).
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- InHocSignoVinces
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Re: La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils
Deuxième motif. — Se soustraire aux dangers
du monde.
Ce motif est plus ou moins lié au premier. Il
en est néanmoins distinct, car malgré la triste
réalité des dangers du monde, il en est qui par
leur situation et leurs devoirs d’état sont obligés
d’y rester, tandis que la nécessité de sauver son
âme ne souffre aucune exception.
Pour un très grand nombre, les dangers du
monde sont un obstacle insurmontable au salut ;
pour tous ils sont plus ou moins un sujet de ten-
tation et une occasion de chute. Le mieux évi-
demment est de s’y soustraire et de chercher à se
mettre à l’abri de tant de sollicitations malsaines
qui surgissent du milieu du monde comme des
miasmes délétères qui empoisonnent les âmes.
Comment se conserver pur au milieu d’un
monde sensuel et corrompu ? Comment vivre
détaché des biens de ce monde, dans ce courant
qui emporte les hommes à la course à l’argent
et aux honneurs ? Comment élever son âme vers
les choses éternelles qui demeurent, dans une at-
mosphère de bien-être terrestre et de jouissance
effrénée comme celle qui a envahi la société ?
Saint Alphonse a raison de dire que « l’air du
monde est un air infect pour l'âme ; les conver-
sations sociales, les mauvais exemples, les mau-
vais propos sont autant d’appâts qui nous atti-
rent vers la terre et nous éloignent de Dieu ;
chacun sait que les mauvaises occasions sont la
cause la plus ordinaire de la perte des âmes ».
Dès lors, qui donc pourrait blâmer une âme
qui, pour se préserver de si grands maux, prend
le moyen radical de s’en éloigner et de s’en sé-
parer à tout jamais ? A vrai dire, on ne peut
jamais le faire trop tôt. Il ne faut pas attendre
d’avoir fait une expérience malheureuse de ces
tentations infernales que recèle le monde, pour
aller ensuite panser ses blessures à l’abri de nou-
velles atteintes. Prévenons le mal et félicitons
les âmes clairvoyantes et délicates qui, pour fuir
l’air empesté du monde, vont s’enfermer dans
les lieux bénis où elles s’appliquent à mener
ici-bas une vie angélique, prélude d’une vie éter-
nellement bienheureuse au ciel.
A SUIVRE...
- InHocSignoVinces
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Re: La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils
Troisième motif. — Faire pénitence de ses
péchés.
Hélas ! il n’y a pas que des justes sur cette
terre ; au contraire, le nombre des pécheurs est
grand. A ces derniers aussi, les portes de la vie
religieuse s’entr’ouvrent, s’ils veulent y entrer.
Ce qu’ils ont adoré, ils peuvent le brûler ; ce
qu’ils ont brûlé, ils peuvent l’adorer. La miséri-
corde se dresse noble et tendre devant eux, pour
les bénir et les embrasser. Le Jésus qui a tant
aimé les pécheurs les regarde avec une parti-
culière tendresse ; et s’ils veulent répondre à
ses divines avances, Il va leur mettre dans les
mains un moyen efficace de réparer leurs fautes,
Il va les introduire dans son intimité pour en
faire des saints, comme Il l'a fait de tant d’au-
tres pénitents.
Le souvenir des fautes passées pèse lourde-
ment sur les âmes repentantes ; le grand moyen
de l’alléger, c’est de multiplier les actes de vertu
qui leur font contrepoids et les expient. La vie
religieuse en donne de continuelles occasions,
et dans des conditions bien plus favorables que
dans le monde. « Mon frère, s’écrie saint Jérôme,
que faites-vous dans le siècle ? Combien de temps
encore les ombres des toits vous écraseront-elles ?
Resterez-vous longtemps encore captif
dans la prison enfumée des villes ? Redoutez-vous
la peine ? Mais quel athlète fut jamais cou-
ronné sans combat ?... Au jour du jugement
vous partagerez la gloire de ceux qui vivent
présentement dans les saintes fatigues de la
pénitence. »
Il n’y a pas de lieu plus propice pour pleurer
ses fautes que le cloître. « L’état religieux, dit
saint Thomas, est le lieu le plus convenable pour
faire pénitence. » Que les pécheurs y entrent en
foule, et ils seront vite purifiés. Il n’y en a pas
davantage de plus solidement édifié pour se pré-
server de nouvelles chutes. Ceux qui ont beau-
coup péché y apprendront à beaucoup aimer, et
ceux qui craignent de ne pouvoir persévérer
dans leur conversion y trouveront des moyens
efficaces de se conserver dans l’amitié de Dieu
et de reconquérir, par la pénitence, leur inno-
cence perdue.
A SUIVRE...
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