Le saint Curé d'Ars a écrit :
Nous avons dit, en commençant, que la pénitence, les larmes et la douleur de nos péchés nous consolent grandement à l'heure de la mort, ce qui n'est pas douteux.
Quel bonheur pour un chrétien dans ce dernier moment, où l'on fait si bien son examen de conscience, de se rappeler d'avoir non seulement bien observé les commandements de Dieu et de l'Église, mais d'avoir passé sa vie dans les larmes et la pénitence, dans la douleur de ses péchés et dans une mortification continuelle de tout ce qui pouvait contenter ses plaisirs.
Si nous avons quelque crainte, ne pourrons-nous pas dire comme saint Hilarion : « Que crains-tu, mon âme ? il y a tant d'années que tu travailles à faire la volonté de Dieu et non la tienne ! aie confiance, le Seigneur aura pitié de toi ».
Pour mieux vous le faire comprendre, je vous en citerai un bel exemple : Saint Jean Climaque nous dit qu'il y avait un jeune homme qui avait conçu un grand désir de passer sa vie à faire pénitence et de se préparer à la mort ; il ne mit point de bornes à ses pénitences.
Quand la mort arriva, il fit appeler son supérieur, en lui disant : « Ah ! mon père, quel bonheur pour moi ! Oh ! que je suis heureux d'avoir vécu dans les larmes, dans la douleur de mes péchés et dans la pénitence.
Le bon Dieu qui est si bon m'a promis le ciel. Adieu, mon père, je vais me réunir à mon Dieu dont j'ai tâché d'imiter la vie autant qu'il m'a été possible ; adieu, mon père, je vous remercie de m'avoir encouragé à marcher dans cette heureuse route. »
M.F., quel bonheur pour nous dans ce moment d'avoir vécu pour le bon Dieu ; d'avoir fui et craint le péché, de nous être privés non seulement des plaisirs mauvais et défendus, mais encore de plaisirs permis et innocents ; d'avoir fréquenté souvent et dignement les sacrements où nous aurons tant trouvé de grâces et de forces pour combattre le démon, le monde et nos penchants.
Mais, dites-moi, M.F., que peut-on espérer, dans ce moment épouvantable où le pécheur voit devant ses yeux une vie qui n'est qu'une chaîne de crimes ?
Que peut-on espérer pour un pécheur qui a vécu à peu près comme s'il n'avait point d'âme à sauver et comme s'il croyait que quand il est mort tout est fini ; qui n'a presque jamais fréquenté les sacrements et qui, toutes les fois qu'il les a fréquentés, n'a fait que les profaner par de mauvaises dispositions ; un pécheur qui, non content d'avoir raillé et méprisé sa religion et ceux qui avaient le bonheur de la pratiquer, a fait encore tous ses efforts pour entraîner les autres à marcher dans sa route d'infamie et de libertinage ?
Hélas ! quelle frayeur et quel désespoir pour ce pauvre malheureux de reconnaître alors qu'il n'a vécu que pour faire souffrir Jésus-Christ, perdre sa pauvre âme et tomber en enfer !
Mon Dieu, quel malheur ! d'autant plus qu'il savait très bien qu'il pouvait obtenir le pardon de ses péchés s'il avait voulu. Mon Dieu, quel désespoir pour l'éternité !
Voici un exemple admirable qui nous montre que, si nous sommes damnés, ce sera bien parce que nous n'aurons pas voulu nous sauver.
Il est rapporté dans l'histoire que sainte Thaïs avait été dans sa jeunesse une des plus fameuses courtisanes que la terre ait portées cependant elle était chrétienne.
Elle se précipita dans tout ce que son cœur, qui n'était autre chose qu'un brasier d'un feu impur, put désirer : elle profana dans la débauche tout ce que le ciel lui avait donné d'esprit et de beauté ; et sa propre mère fut même l'instrument dont l'enfer se servit pour la plonger avec une fureur épouvantable dans tant d'ordures, que sa pauvre jeunesse se passa dans tous les dérèglements les plus infâmes et les plus déshonorants pour une personne comme elle.
Les uns se ruinaient pour lui faire des présents, plusieurs se poignardèrent pour n'avoir pu la posséder seuls.
Enfin les dérèglements de cette comédienne étaient le scandale de toute la province et un sujet de gémissement pour tous les gens de bien.
Je vous laisse à penser le mal qu'elle faisait, les âmes qu'elle perdait, les outrages qu'elle faisait à Jésus-Christ par les personnes qu'elle entraînait dans le péché.
Elle avait été très instruite dans sa jeunesse, mais ses désordres et la violence de ses passions avaient étouffé en elle toutes les vérités de la religion.
Cependant le bon Dieu voulait manifester la grandeur de ses miséricordes, sachant combien sa conversion en procurerait d'autres ; et, jetant sur elle un regard de compassion, il alla la chercher lui-même au milieu de ses ordures les plus infâmes.
Pour opérer ce grand miracle de sa grâce, il se servit d'un saint solitaire à qui il fit connaître cette fameuse pécheresse et tous ses dérèglements.
Le Seigneur lui commanda d'aller trouver cette courtisane. Ce solitaire était saint Paphnuce.
Il prend l'habit d'un cavalier, se fournit d'argent, et il part pour la ville où elle avait fait sa demeure. Comme il était conduit par Dieu lui-même, il arriva droit où elle était, et demanda à lui parler.
Sermon du mercredi des Cendres (St Curé d'Ars)
Re: Sermon du mercredi des Cendres (St Curé d'Ars)
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à suivre...Le saint Curé d'Ars a écrit :
Cette créature, qui ne savait rien de tout cela, le conduisit dans une chambre écartée et bien ornée. Alors le saint lui demanda si elle n'en avait point d'autre plus écartée où il pût se dérober aux yeux de Dieu même.
« Eh quoi ! lui dit la courtisane, soyez sûr que personne ne viendra : mais si vous craignez la présence de Dieu, est-ce qu'il n'est pas partout ? »
Le saint fut fort étonné de lui entendre parler du bon Dieu : « Eh quoi ! lui dit-il, est-ce que vous connaissez le bon Dieu ? »
« Oui, lui dit-elle ; et bien plus, je sais qu'il y a un paradis pour ceux qui le servent avec fidélité et un enfer pour ceux qui le méprisent. »
« Mais comment, lui dit le saint, avec toutes ces connaissances pouvez-vous vivre comme vous vivez, et pendant tant d'années, en vous préparant à vous-même un enfer ? »
Ces seules paroles du saint, jointes à la grâce du bon Dieu, furent un coup de foudre qui renversa notre courtisane, comme saint Paul sur le chemin de Damas.
Elle se jeta à ses pieds, fondant en larmes et le priant en grâce d'avoir pitié d'elle, de demander miséricorde pour elle auprès du Seigneur. Elle se disait prête à faire tout ce qu'il voudrait pour essayer si le bon Dieu voudrait encore la pardonner.
Elle ne lui demanda qu'un délai de trois heures pour mettre ordre à ses affaires : ensuite elle se rendrait dans l'endroit qu'il lui marquerait pour ne plus penser qu'à pleurer ses péchés.
Le saint lui ayant accordé ce délai, elle assembla le plus qu'elle put des libertins qui s'étaient plongés avec elle dans le péché, les conduisit sur la place publique : et là, en leur présence, se dépouilla de toutes ses parures ; elle fit apporter les meubles qui avaient été achetés avec l'argent de ses infamies, en fit un tas et y mit le feu sans rien dire ni pourquoi elle agissait ainsi.
Après cela, elle quitta la place pour se rendre auprès du saint qui l'attendait et qui la conduisit dans un monastère de filles. Il la renferma dans une cellule dont il scella la porte, et pria une religieuse de lui porter quelques morceaux de pain et un peu d'eau.
Thaïs demanda au saint quelle prière elle devait faire dans sa retraite afin de toucher le cœur de Dieu. Le saint lui répondit : « Vous n'êtes pas digne de prononcer le nom de Dieu, parce que vos lèvres sont pleines d'iniquités, ni d'élever vers le ciel vos mains si criminelles : Contentez-vous de vous tourner vers l'orient, et dites dans toute la douleur de votre cœur et l'amertume de votre âme :
« O vous qui m'avez créée, ayez pitié de moi.».
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