Mgr Richard Williamson :
« Vatican II est un gâteau empoisonné »
Doyen des quatre évêques de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie
X, Mgr Richard Williamson, 66 ans, dirige depuis 2003 le séminaire argentin de La Reja. Après sa conversion, ce Britannique polyglotte diplômé de Cambridge entre en 1972 à Ecône où il est ordonné prêtre en 1976 par Mgr Lefebvre, qui le sacre évêque douze ans plus tard. Il se dit opposé à toute entente avec Benoît XVI.
RIVAROL : Benoît XVI occupe le siège de Pierre depuis bientôt deux ans. Quel bilan faites-vous de son règne ?
Mgr Richard WILLIAMSON : Benoît XVI semble essentiellement continuer dans la ligne de son prédécesseur Jean Paul II. Jusqu’ici donc, il s’est montré un pontife du Concile Vatican II. On pouvait s’y attendre.
LA LIBERALISATION DE LA MESSE TRIDENTINE : UNE SOURCE DE CONFUSION ?
R. : Benoît XVI devrait, dit-on, prochainement libéraliser la messe traditionnelle. Cette mesure est-elle de nature à résoudre la crise de l’Eglise ?
Mgr R. W. : Je peux me tromper, mais je pense que la libéralisation, même partielle, de la messe traditionnelle serait un pas en avant pour l’Eglise universelle. La grâce très forte de cette messe, qui se trouve comme étranglée à présent par le rite de Paul VI, se remettrait à couler un peu partout dans le monde. Mais il faudrait bien plus que restaurer le bon rite de la messe pour résoudre la crise de la foi.
R. : Ce motu proprio sur la messe ne va-t-il pas au contraire créer plus de confusion que de clarté doctrinale ?
Mgr R. W. : Justement, permettre le bon rite de la messe n’est pas former les fidèles à y participer comme il faut. Tout est à reconstruire, et dans un premier temps il y aurait en effet beaucoup de confusion, par exemple des messes hybrides. Mais la reconstruction doit bien commencer quelque part, et il faut avoir confiance dans la force intrinsèque du bon rite.
R. : Les fidèles traditionalistes ne risquent-ils pas de se dissoudre dans les paroisses conciliaires au détriment de la foi intégrale ?
Mgr R. W. : Si, à la suite de cette libéralisation du bon rite, des fidèles de la Tradition fréquentaient régulièrement les paroisses conciliaires, c’est qu’ils n’auraient pas compris grand-chose au combat de la foi intégrale. Il revient aux chefs de la Tradition de bien former leurs ouailles de sorte que cette éventuelle libéralisation fasse plus de bien aux conciliaristes que de mal aux traditionalistes. C’est pourquoi ceux-ci doivent comprendre que le problème de fond est la foi totale, et pas seulement le rite de la messe.
R. : Demander la libéralisation de la messe traditionnelle sans revenir sur le novus ordo missae de Paul VI ne revient-il pas à accepter le principe de coexistence et d’égale dignité entre ce que Mgr Lefebvre appelait « la messe de toujours » et la « messe de Luther » ?
Mgr R. W. : « Ab inimico disce », apprenez de votre ennemi, disaient les latins. Pourquoi tant d’évêques conciliaires se mettent-ils en émoi pour la simple éventualité de libéralisation du bon rite de la messe ? N’est-ce pas parce qu’ils savent que si l’on remet l’Arche de l’Alliance dans leurs temples, leurs rites de Dagon sont en péril ? Voir le Premier livre des Rois, au chapitre V ! Serions-nous avec le rite de Pie V plus peureux que les conciliaires avec leur rite de Paul VI ?
BENOÎT XVI : UN MODERNISTE !
R. : Dans La Somme théologique, Saint Thomas d’Aquin écrit que vénérer le tombeau de Mahomet est pour un chrétien un acte d’apostasie. Considérez-vous que Benoît XVI est coupable de communicatio in sacris quand il s’est recueilli à la Mosquée Bleue d’Istanbul et est-ce que son attitude ne revient pas à renier la foi ?
Mgr R. W. : Si Benoît XVI a prié à l’intérieur d’une mosquée, entouré de mahométans, selon la manière de prier des mahométans, il a commis un grave péché contre la foi catholique, et un scandale énorme devant l’Eglise entière.
R. : Qualifieriez-vous Benoît XVI de moderniste ?
Mgr R. W. : Si un moderniste est quelqu’un qui veut adapter l’Eglise Catholique au monde moderne, certainement Benoît XVI est un moderniste. Il croit toujours que l’Eglise doit se ré-approprier les valeurs de la Révolution française. Peut-être admire-t-il moins le monde moderne que Paul VI, mais il l’admire encore beaucoup trop. Ses écrits passés sont pleins d’erreurs modernistes. Or, le modernisme est la synthèse de toutes les hérésies (Pascendi, Saint Pie X). Donc, comme hérétique, Ratzinger dépasse de loin les erreurs protestantes de Luther comme l’a très bien dit Mgr Tissier de Mallerais. Seulement un hégélien comme lui est persuadé que ses erreurs sont la vraie continuation de la doctrine catholique, alors que Luther savait – et disait – qu’il rompait avec la doctrine catholique.
VATICAN II ENSEIGNE-T-Il L’HERESIE ?
R. : Considérez-vous que Vatican II enseigne l’erreur ou l’hérésie et diriez-vous de cette assemblée d’évêques qu’elle fut un vrai concile œc*ménique ou un conciliabule ? Et exprimez-vous là la position officielle de la FSSPX ?
Mgr R. W. : Mgr. Lefebvre disait de Vatican II que c’était un vrai Concile œc*ménique dans sa convocation, mais pas dans son déroulement. Autrement dit, les quelque 2000 évêques ont été validement rassemblés, mais les 16 documents qu’ils ont produits sont presque tous mauvais, même très mauvais. Si ces documents ne sont pas nettement hérétiques, ils sortent de l’hérésie et aboutissent à l’hérésie, encore une expression de Mgr Lefebvre qui correspond sûrement à la position officielle de la FSSPX.
R. : L’Institut du Bon Pasteur considère que l’on ne peut ignorer l’existence de Vatican II et que par conséquent il faut le réinterpréter. Qu’en pensez-vous ?
Mgr R. W. : « L’on ne peut ignorer Vatican II » ? – Je distingue. Vatican II est un énorme fait dans l’histoire récente de l’Eglise, d’accord. Mais ses documents sont beaucoup trop subtilement et profondément empoisonnés pour qu’il faille les réinterpréter. Un gâteau en partie empoisonné va tout entier à la poubelle !
QUELLE AUTORITE POUR L’EGLISE CONCILIAIRE ?
R. : Puisque vous dénoncez l’illégitimité et la nocivité de Vatican II, de la nouvelle messe, des nouveaux rites sacramentels, du nouveau code de droit canon, du nouveau catéchisme, des nouvelles béatifications (Jean XXIII) et canonisations (Mgr Escriva de Balaguer, fondateur de l’Opus Dei), est-ce que cela ne revient pas à poser la question de l’autorité des pontifes conciliaires qui ont promulgué toutes ces réformes que vous jugez désastreuses ?
Mgr R. W. : Les multiples mauvais fruits des pontifes conciliaires, Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II et maintenant de Benoît XVI, prouvent que ce sont de mauvais pontifes, mais pas nécessairement qu’ils n’ont pas été pontifes du tout.
Abordons l’argument principal des « sédévacantistes ». Personne, que je sache, n’affirme qu’un hérétique purement matériel perd automatiquement son office, car il ne s’oppose pas consciemment à la doctrine ni à l’autorité de l’Eglise catholique. Donc les « sédévacantistes » doivent affirmer que ces papes sont des hérétiques formels, ce qui requiert la pertinacité dans l’hérésie. Mais la pertinacité est une question intérieure à l’homme, dont seul Dieu peut juger sans se tromper. Donc, pour juger si un hérétique était formel, l’Eglise autrefois l’obligeait à renoncer extérieurement à son hérésie ou à y persister extérieurement. Mais un tel processus ne pouvait venir que d’une autorité supérieure. Or, dans cette crise sans précédent dans toute l’histoire de l’Eglise, ce sont les autorités suprêmes de l’Eglise, en particulier le Vicaire du Christ, qui sont envahis par l’hérésie moderniste. Donc, il est impossible, au moins pour le moment, de prouver que ces papes sont des hérétiques formels tels qu’ils perdraient ou auraient perdu nécessairement leur office.
Plus que jamais il est possible de faire le mal en pensant faire le bien. Ces papes conciliaires sont trompés en profondeur par le monde moderne, à cause notamment de leur perte kantienne de la vérité objective (voir Pascendi dont nous fêtons cette année le centenaire). Je pense qu’ils sont « sincères » comme tout libéral convaincu et j’incline d’autant moins à penser que ce sont des hérétiques formels.
Je ne vois pas d’autre argument sérieux pour conclure que le Siège de Rome est vacant.
R. : Les ralliements successifs à l’Eglise conciliaire du Barroux, de la Fraternité Saint-Pierre, de Campos, de l’Institut saint Philippe Néri et de l’Institut du Bon Pasteur ne s’expliquent-ils pas par la propension à faire de la question de l’autorité dans l’Eglise post-Vatican II un tabou ?
Mgr R. W. : A-t-on réellement fait de l’autorité dans l’Eglise post-conciliaire une question taboue ? Refuse-t-on de discuter avec lesdits « sédévacantistes » ? Quelle est la force de la Tradition Catholique si ce n’est la Vérité ? Et quelle serait une Tradition incapable de discuter de la Vérité ? Ne sont-ce plutôt les « sédévacantistes » qui refusent tout argument contraire à leur position ? Quant aux ralliements successifs à l’Eglise Conciliaire de la part d’anciens résistants au Concile, ne s’expliquent-ils pas suffisamment par la fatigue du combat, par la séduction de Rome, par la faiblesse humaine ? Si je veux garder mon équilibre, ce n’est pas en tombant à droite que j’éviterai de tomber à gauche ! Je garde mon équilibre en m’accrochant à la vérité, dont la poursuite est loin d’être toujours facile.
R. : S’agissant justement de ces entités ecclésiadéistes, quels sont leur avenir et leur marge de manœuvre au sein de l’Eglise conciliaire ?
Mgr R. W. : Ce que pourront accomplir les groupes ecclésiadéistes, et apparentés, à l’intérieur de l’Eglise conciliaire dépend en bonne partie de leur foi. Plus ils croient, et plus ils se rendront inassimilables dans un système conçu pour les absorber, pour les mettre au pas… conciliaire ! Mais il faut reconnaître que ce système est fort, très fort ! Danger de mort pour sa foi si l’on y met ne serait-ce que le petit doigt !
R. : Où voyez-vous l’Eglise catholique dans vingt ou trente ans ?
Mgr R. W. : Le Nouvel Ordre Mondial, auquel correspond l’apostasie molle dans l’Eglise, avance à pas de géant. Mais l’Eglise est indéfectible. Donc de deux choses l’une : ou bien dans cinq, dix, vingt ans Dieu intervient avec un châtiment exemplaire pour rétablir l’ordre, ou bien l’Eglise en sera à gémir dans les catacombes, en attendant cette intervention. De toute façon, la situation actuelle est irrécupérable par des efforts purement humains.
DE NOUVEAUX SACRES D’EVEQUES
R. : La crise se prolongeant, êtes-vous prêt à sacrer des évêques sans mandat pontifical ?
Mgr R. W. : Oui. Mais pas sans la prudence requise par toutes les circonstances, j’espère.
R. : S’agissant précisément de votre épiscopat, vous considérez-vous membre de l’Eglise enseignante et du collège apostolique ?
Mgr R. W. : Je ne fais partie ni de l’Eglise enseignante conciliaire ni du collège apostolique conciliaire. En revanche, de l’Eglise enseignante catholique et du collège apostolique catholique, je fais bien partie. A l’inverse, les évêques diocésains conciliaires forment un gâteau empoisonné en bloc, mais pas dans toutes ses parties.
R. : Après l’obtention des deux préalables, la FSSPX souhaite l’ouverture de discussions doctrinales avec le Vatican. Sur quoi porteront-elles ?
Mgr R. W. : Elles porteront sur la rupture entre la doctrine catholique et celle de Vatican II. Elles réussiraient si elles ramenaient les Romains à la Foi de toujours. Elles « réussiraient », aux yeux des conciliaires, si la FSSPX abandonnait cette Foi. Mais même parler d’un accord fausse le problème, si l’on rêve par là de mettre fin à la guerre mortelle entre la religion du Dieu qui s’est fait homme et la religion conciliaire de l’homme qui se fait Dieu. Car cette religion conciliaire ne céderait la place qu’à un successeur tout aussi faux, suscité par le même diable.
R. : Beaucoup de catholiques désespèrent d’une crise de l’Eglise qui s’éternise. Que leur dire ?
Mgr R. W. : Que ces catholiques ravivent leur foi, en s’élevant à une vue surnaturelle de la crise actuelle ! Si le Bon Dieu a permis qu’à vue humaine tout soit perdu, ce n’est que pour nous obliger à regarder en haut ! Il nous a faits pour le ciel, pas pour cette terre ! Quelle chance donc pour nous que cette terre soit moins séduisante que jamais ! Et quelle chance que notre martyre « sec » actuel, et la possibilité du martyre sanglant ! Allons ! « Votre rédemption est proche », dit Notre-Seigneur.
Propos recueillis par Jérôme BOURBON.
RIVAROL numéro 2793. Vendredi 12 janvier 2007.