RÈGLES POUR DIVERSES CIRCONSTANCES
1. Aux moments de désolation, il ne faut faire aucun changement, mais tenir avec fermeté et confiance les résolutions qu'on a déjà prises devant Dieu. C'est surtout vrai s'il s'agit d'une désolation accablante, qui pousse à une tristesse mauvaise où l'esprit mauvais serait notre guide.
2. Aux moments de désolation, il faut s'adonner davantage à la prière, à l'examen et à la pénitence. Pourquoi ? Parce que la désolation, engendrée par le dégoût, nous éloigne de la prière, de l'examen de conscience et de la pénitence. On soignera donc les contraires par les contraires. De quelque cause qu'elle provienne, cette désolation doit être pour nous l'occasion d'une réaction vertueuse ou d'un empressement de l'âme au service de Dieu. Voir l'Imitation de Jésus-Christ, au livre I, c. 12 : Avantages de l'adversité ; il y est dit : « L'adversité rappelle l'homme à son propre coeur, de manière qu'il se sache en exil et ne mette son espérance en aucune chose du monde ». Ainsi, peu à peu, grâce à la prière, la tristesse, de mauvaise qu'elle était, devient bonne.
3. L'esprit mauvais nous trompe en attirant notre âme sous l'apparence du bien, et ensuite nous induit et nous incite au mal. C'est à proprement parler une séduction, bien plus le démon se transfigure parfois en ange de lumière : sous prétexte d'une amélioration en des choses inférieures, il nous détourne de la voie de Dieu, pour nous faire désirer la commodité plutôt que la sainteté. Il provoque ainsi des divisions, trouble la paix et sème la discorde.
4. Si l'on s'attriste d'être méprisé, c'est le signe, sinon de l'esprit mauvais, du moins d'un esprit imparfait ; donc si l'on se décourage quand on est méprisé, c'est un mauvais signe, surtout chez ceux qui passent pour être gratifiés des plus grands dons de Dieu. Car ceux qui sont vraiment tels ne se réjouissent pas seulement de ces dons et de ces faveurs, mais aussi des adversités et du mépris, selon ces paroles de S. Paul (II Cor. XII, 5, 10) : « Pour ce qui me concerne, je ne me glorifie de rien, sinon de mes faiblesses... afin que la puissance du Christ habite en moi. C'est pourquoi je me complais dans mes faiblesses, dans les injures et les détresses pour le Christ ». Ainsi, comme le dit S. Augustin, « l'apôtre a trouvé un trésor dans le mépris dont le philosophe rougissait » (Sermon 160).
Par suite, l'esprit qui refuse d'être méprisé n'est pas un esprit parfait ; de même celui qui néglige de se renoncer n'est pas d'une vertu solide. Car, du fait qu'elles sont connexes, toutes les vertus doivent augmenter en même temps.
A SUIVRE...
