Après cela ne faut-il pas déplorer amèrement
le malheur des ténèbres du monde, où
l'on voit tant de personnes s'ingérer dans un
état si saint, sans en craindre les suites. On
s'y ingère de soi-même, les parents et les
amis y introduisent ; les pères et mères y
destinent leurs enfants auparavant même
qu'ils soient capables de faite un juste choix
d'un état de vie. Et voici que l'Apôtre s'écrie
aux Hébreux (V, 4, 5): Personne
ne s'attribue cet honneur, mais il faut y être
appelé de Dieu comme Aaron. Aussi Jésus-
Christ ne s'est point glorifié lui-même pour
être pontife, mais il a été glorifié lui-même
par celui qui lui a dit : Vous êtes mon Fils.
O paroles! ô vérités ! qui sont autant de foudres
épouvantables pour écraser l'entreprise
téméraire et de ceux qui entrent dans le
clergé sans vocation, et de ceux qui coopèrent
à leur entrée. Que les pères et les mères,
les parents, ne se flattent point de l'éducation
pieuse qu'ils donneront aux jeunes
gens à qui ils procureront des bénéfices
simples, qu'on les élèvera dans des séminaires.
Si le Seigneur n'édifie la maison, en vain
travaillent ceux qui tâchent de la bâtir. (Psal.
cxxvi, 1.) On a vu, dans nos jours, de ces
jeunes gens nourris dans des séminaires les
plus exemplaires de la France, y donner
beaucoup d'édification pour un temps, mais
qui, en étant sortis, ont été d'étranges sujets
de scandale. On ne fera jamais rien de bien,
si on n'est appelé de Dieu. Il n'y a point à
douter sur ce sujet. Toute plante, dit notre
divin maître en saint Matthieu (XV, 13),
qui n'aura point été plantée par mon Père
céleste, sera arrachée. Ecoutez, pères, écoutez,
parents et amis, voici ce que vous dit
l'Esprit de Dieu par le prophète Isaïe (XXX,
1) : Malheur à vous qui faites des desseins
sans moi, qui formez des entreprises qui ne
viennent pas de mon Esprit, pour ajouter
toujours péché sur péché. Cruels parents, qui
sont cause souvent de la damnation éternelle
par les bénéfices qu'ils procurent, et
par la destination qu'ils font des personnes
à l'état ecclésiastique, et même à d'autres
emplois sans l'ordre de Dieu. Rebuffe dit des
ecclésiastiques non appelés qu'il eût mieux
valu qu'on les eût attachés à une roue, et
qu'on les y eût rompus. Ce désordre terrible
ne laisse pas néanmoins de régner.
On demeure tout plongé dans la terre, on ne rêve
et on ne parle que des choses temporelles.
Ainsi on appelle dans les familles, les uns
monsieur l'abbé, qualité ridicule à un jeune
homme, puisque le nom même d'abbé marque
une paternité spirituelle à l'égard des
moines ou religieux ; les autres, monsieur
le chevalier, qui est un autre dérèglement
effroyable, quand l'effet en arrive que l'on
entre dans l'ordre de Malte, qui est un ordre
vraiment religieux, et dans lequel on fait
une profession solennelle des trois voeux de
la religion, et qu'on y entre sans une vocation
spéciale, qui doit être singulière, à raison
que les chevaliers, qui ont les mêmes
obligations que les autres religieux, sont
tous les jours dans des occasions dangereuses
de violer les promesses qu'ils ont faites
à Dieu, dont les autres sont exempts.
Et cependant ces chevaliers n'ont-ils pas une âme
à perdre comme les autres ? ne subiront-ils
pas le jugement de Dieu ? ne sont-ils pas
obligés de rendre au Seigneur Dieu les voeux
qu'il ont faits ? Au Dieu terrible, dit le Psalmiste,
qui ôte la vie des princes, et qui se
montre terrible à tous les rois de la terre !
A SUIVRE...