Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

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Laetitia
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Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

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Ce mot bientôt fit en elle une immense révolution. A la lumière de ce simple mot, comme tout d'un coup, ses yeux s'étaient ouverts, la vérité s'était montrée, les créatures avaient disparu, Dieu reprenait toute sa place de souverain Maître. Il ne s'agissait plus de frère, de nièce, d'affliction au sujet des proches. C'était l'ancien amour, l'amour pur et divin qui se réveillait, et qui se réveillait d'autant plus puissant qu'il se sentait en face d'un péril. Mais disons-le aussi. Au lieu de cesser, les désolations de Lidwine ne firent que s'accroître. Sa douleur, purifiée par les reproches de son amour, semblait s'élargir d'autant. En voyant même combien la nature vivait encore en elle, elle en vint à craindre d'être abandonnée de Dieu; elle tomba dans ces horribles angoisses de l'âme qu'aucune souffrance du corps ne peut ni soulager, ni égaler, ni dépeindre. « Ah! C'est vrai, s'écriait-elle aussitôt qu'elle se sentait seule; mon Dieu ! Il n'est que trop vrai, je me suis trop humainement désolée ! Malheureuse que je suis ! J'ai offensé mon Jésus ! C'est par ma faute, c'est en me livrant à une coupable affliction que j'ai perdu mon Jésus, que je l'ai forcé à s'éloigner de moi ! Mon Dieu ! mon Dieu ! M'avez-vous donc délaissée ? Que vais-je devenir ?» Alors elle pleurait avec tous les déchirements de cette divine douleur, la plus poignante qui se puisse imaginer dans un cœur embrasé d'amour comme le sien. Pauvre crucifiée ! Touchante martyre ! Il fallait qu'elle connût toutes les larmes qui peuvent se verser ici-bas. Elle avait déjà tant pleuré en sa vie de tortures ! Et sur quoi n'avait-elle pas déjà versé de sanglantes larmes ? Elle avait tant pleuré comme le prophète-roi sur ses propres misères, comme Jérémie sur les péchés du peuple, comme Marthe sur la mort de ses frères, comme la Vierge Marie au pied de la croix sur l'ineffable agonie de l'Homme-Dieu ! Et voilà que maintenant, comme la pénitente et amoureuse Madeleine, elle pleure sur l'enlèvement de son sauveur Jésus, pouvant dire, disant comme elle : « Où donc est-il ? Où l'avez-vous caché ? Qui me le rendra, mon Jésus, le bien-aimé de mon âme, Celui sans lequel je me sens mourir ?»

Il est vrai, les consolations humaines ne lui manquaient pas. On venait en foule pour essayer de faire accepter quelque soulagement à cette incomparable douleur qui semblait s'agrandir encore, car on croyait qu'il ne s'agissait toujours que de la mort de Pétronille. ll venait des prêtres, des religieux, des personnes pieuses. On lui disait : « Mais pourquoi pleurez-vous ainsi, Lidwine ? Pourquoi vous consumez-vous dans un impuissant chagrin ? Est-ce que ce fleuve de larmes, est-ce que toutes ces désolations pourront faire sortir votre nièce du tombeau ? Où est votre résignation ? Ne vous souvenez-vous donc plus de ces paroles que tant de fois vous nous avez répétées : que nous devons recevoir de Dieu les afflictions comme nous en recevons les bienfaits ? » Mais toutes ces consolations, ne lui rendant pas Celui qu'elle pleurait, ne faisaient qu'aigrir sa douleur; c'était comme de l'huile jetée sur du feu sous prétexte de l'éteindre. « Ah! Si vous saviez, répondait-elle, ce que j'ai perdu ! Oui, oui, je me soumets, j'accepte de grand cœur toutes les séparations, tous les sacrifices qu'il a plu à Dieu de m'imposer. Que tous les malheurs du monde viennent encore fondre sur moi, j'adorerai la divine main qui m'aura frappée ; mais si vous pouviez savoir tout ce que j'ai perdu, non,vous ne trouveriez pas que j'ai tort de tant me lamenter. »

Une de ses femmes les plus fidèles eut enfin des soupçons. « Lidwine, lui dit-elle, il y a là, sous cette incompréhensible douleur, autre chose que le souvenir de votre nièce ; il se passe quelque mystère entre Dieu et votre âme, avouez-le-moi! » Elle fit tant d'instances, elle fut si pressante que Lidwine céda. « Eh bien ! soit, ma chère Catherine, sachez-le. Je pleure, parce que Dieu s'est éloigné de moi, parce que c'est par mes péchés que je l'y ai contraint. Comprenez-vous l'immensité de mon malheur ? Mes ravissements ont cessé, que dis-je ? la communion elle-même ne m'apporte plus de joies ! Il ne me reste plus de mon ancien état que le pouvoir de méditer sans trop de peine la vie et les douleurs de Jésus; encore, comme la communion, la méditation est-elle pour moi sans douceurs ! Onction, goût intérieur, j'ai tout perdu ! Il me semble que j'habite un autre monde, un monde aussi triste qu'était beau le monde où je vivais,un monde lointain, aride, où je ne trouve pour étancher ma soif que de l'absinthe et du fiel. Combien mon sort a changé ! Autrefois je voyais mon céleste Époux, je lui parlais, je l'entendais; aujourd'hui je suis réduite à le chercher sur le lit de la croix et je ne l'y trouve pas même ! N'est-ce pas, Catherine, que j'ai bien raison de pleurer ?» Et Catherine pleura elle-même avec elle. Comment ne l'eût-elle pas fait ? Celui que la vierge pleurait, n'était-ce pas Celui dont une absence de trois jours avait coûté tant de larmes à Joseph et à Marie ? N'était-ce pas Celui dont la gloire avait si bien ravi Pierre sur le Thabor qu'il ne voulait plus en descendre ? Celui que les peuples de la Judée suivaient jusque dans les déserts, oubliant même la faim, tant Il était beau ? Celui au nom de qui les martyrs souriaient dans leurs tortures, parce que c'était pour Lui qu'ils mouraient ?

Nous n'y prenons pas assez garde; cet accident, ce revers, cette maladie qui nous arrivent, ce simple mot qui nous est adressé, c'est Dieu qui vient nous avertir pour nous ramener à lui !
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Laetitia
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VIE DE LA BIENHEUREUSE LIDWINE.

CHAPITRE XXII.

Le retour.


Le 2 juillet. - Jésus revient, et avec lui les anges. - Les joies se multiplient, les vertus et les souffrances aussi.- Consolante apparition du vénérable aïeul. - Où en est votre rosier ? - Je vais bientôt mourir !

Il y avait cinq mois que durait ainsi, pour Lidwine, la privation des célestes faveurs. Mais l'épreuve avait réussi, Dieu avait atteint le but tout miséricordieux qu'il s'était proposé.A cette école des divines sévérités, Lidwine avait appris à triompher de la nature, à dédaigner les humaines consolations, et aussi à être plus parfaitement humble, à se tenir plus attentivement en garde contre sa propre fragilité. Son amour surtout avait admirablement gagné. A présent c'est un amour pur, sérieux, fort, comme l'est toujours l'amour éprouvé qui s'est nourri dans les privations et dans les larmes, cet amour que plus rien ne peut ni séduire ni effrayer, que les difficultés aiguillonnent, qui grandit avec les obstacles et s'attache à Jésus-Christ avec toute la violence qu'on met à vouloir l'en séparer. A présent elle sent, elle comprend tout le prix de la présence de son Bien-aimé, toute la défiance dont elle devra s'armer contre sa faiblesse pour ne plus s'exposer à le perdre quand il lui sera revenu. Et comme elle va le chercher avec plus de soin! Comme elle le recevra avec plus de reconnaissance ! Comme elle le gardera avec plus d'attention et aura pour lui plus d'empressement, plus d'égards afin qu'il ne pense jamais plus à la quitter !

Dieu donc allait mettre un terme aux épreuves par lesquelles il avait voulu achever de purifier sa bien aimée servante. Le nuage allait se déchirer; le soleil allait reparaître. Le 2 juillet arriva, le jour si beau de la Visitation de la sainte Vierge. Lidwine, le matin de ce jour, comme tous les jours, avait versé bien des larmes, des larmes de sang qu'elle appelait ses roses. Mon Dieu ! avait-elle dit, n'ai-je pas assez crié vers vous ? Ne me rendrez-vous point votre présence ? M'avez vous rejetée pour toujours ? Avez-vous oublié votre compatissante bonté ? Et votre colère arrêtera t-elle le cours de vos miséricordes ? Ayez pitié de moi ! Je n'ai plus que mes larmes pour aliment ; la faim que je sens de votre adorable présence me consume; quand donc me sera-t-il donné de reparaître devant Vous ? »
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Comme elle achevait ces mots, le ciel sembla s'ouvrir sur sa chambre !. Et ici les historiens s'arrêtent. lls ne racontent, ils ne décrivent rien. « C'était, disent ils, Jésus qui revenait, qui visitait la vierge comme il avait visité Élisabeth et saint Jean ! C'était l'Époux qui se montrait à l'épouse, le Bien-aimé qui consolait sa fidèle amante ! » Mais que se passa-t-il dans cette mystérieuse entrevue ? Quelles douces paroles furent dites à la crucifiée ravie ? Quelles splendeurs lui furent montrées ? Quels divins embrassements lui donna Jésus ?.. Pas un des historiens ne se croit digne de répéter ce qu'il peut en avoir appris.

Mais tous racontent qu'après cette visite, quand on entra, la chambre était comme un paradis tout embaumé; que la vierge, tout à l'heure si désolée, avait un air transfiguré; qu'il y avait sur toute sa face un rayonnement de céleste bonheur qui en embellissait même les plaies ! « Qu'est-ce que ceci ? s'écriait-on avec ravissement ; Lidwine, qu'est-il donc arrivé ? Pourquoi et d'où viennent ces parfums ?» Mais la vierge n'entendait pas; elle chantait dans son âme un cantique à son Jésus. Alors on observa un autre prodige. En s'approchant tout près d'elle,pour en obtenir un regard, un mot, on découvrit que c'était sa respiration qui embaumait la maison. « De grâce, Lidwine, parlez-nous, répondez-nous ! O servante privilégiée de Jésus Christ, dites-nous ce qui s'est passé ici.– Dieu le sait, répondit-elle enfin; moi je ne sais qu'une chose, c'est que les hommes ont grand tort de m'exalter, car je ne suis qu'une pauvre femme bien misérable et bien fragile, » Mais elle eut beau se cacher sous le voile de l'humilité, ce miracle de sa respiration embaumée fut bientôt connu au loin; on accourut de toutes parts; tout le monde voulait être témoin de ce prodige devenu permanent; on s'extasiait devant ce corps qui n'était que plaies et d'où cependant s'exhalaient, comme d'un vase précieux, les plus suaves parfums.
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A partir de ce moment, et pour les quelques années qu'elle eut encore à passer sur la terre, la vie de Lidwine ne fut plus en quelque sorte qu'un chant d'amour, qu'un élan de bonheur, qu'un enchaînement de ravissantes merveilles. Elle avait retrouvé ses extases. Son ange revenait plus souvent et l'emportait plus haut que jamais dans les divines régions. Surtout, toutes les joies eucharistiques lui étaient abondamment données.On avait même dressé un autel dans sa chambre, près de son lit. Inouï bonheur qu'elle mettait au-dessus de tous les autres bonheurs ! Tous les jours un prêtre montait à cet autel et en sa présence, tout près d'elle, il célébrait les divins mystères; et tous les jours, amante de plus en plus altérée de la possession de son Époux, elle s'unissait à lui dans les transports d'une communion que les séraphins eussent enviée !

Son âme en même temps se couronnait d'une auréole de sainteté de jour en jour plus éblouissante. L'expérience avait donné à son humilité ce quelque chose d'incomparable et d'achevé, cette délicatesse de défiance, cet héroïsme d'abnégation que l'expérience, aidée de la grâce, peut seule donner. La communion faisait le reste. A ses divines ardeurs, résignation, patience, joie dans les tourments, sainte indifférence pour ce qui s'appelle tristesse ou consolation, tout devenait de l'or pur. Sa charité se dilatait à l'infini. Les malades, les pauvres les pécheurs, les âmes du purgatoire, toutes les infortunes trouvaient dans son cœur des trésors de zèle ou de dévouement jusque-là inconnus. C'est alors qu'il lui arriva de dire que pour convertir une seule âme elle s'estimerait bien heureuse d'endurer jusqu'à la fin du monde les plus terribles tortures. C'est alors que son ange lui demandant si elle aurait le courage, elle qui depuis 35 ans avait déjà tant souffert, de souffrir encore, non pour convertir, mais simplement pour arracher aux flammes une âme sûre de son salut : « Jusqu'au bout et autant qu'il le faudra, mon frère ange » répondit-elle; et l'ange l'assura que jusqu'à la fin ses souffrances se multiplieraient, mais qu'ensuite elle serait au ciel comme une reine entourée de tous ceux qu'elle aurait délivrés.
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Et en réalité ses souffrances semblaient se multiplier comme ses joies spirituelles, comme toutes ses vertus et sa charité. Les anciennes maladies augmentaient; il en arrivait de nouvelles. Des médecins ont constaté que pas une des infirmités connues et compatibles avec son état de sainteté ne lui était épargnée. Elle eut, par exemple, plusieurs attaques d'apoplexie. Mais c'était trop peu encore. Un jour, elle dit aux femmes qui faisaient près d'elle avec tant de bonheur, l'office de sœurs infirmières : « Cette nuit, mes sœurs, vous veillerez, n'est-ce pas, sur tous mes mouvements ? - Et pourquoi cette recommandation?demandèrent les femmes étonnées.- C'est que cette nuit, reprit la vierge sans la moindre émotion, je dois être frappée d'épilepsie. – D'épilepsie, Lidwine ! O Ciel ! qu'avez-vous dit ? Encore l'épilepsie, ce terrible, cet épouvantable mal ? Mais, Lidwine, vous avez bien assez d'autres maux affreux sans celui-là ! Vous allez, et tout de suite, vous mettre en prière pour supplier Dieu de le détourner de vous ! - Je m'en garderai bien ! répondit la sainte. Dieu est un bon Père dont j'adore les jugements sur moi; il frappe, mais il aime ! » En effet, la nuit suivante, elle eut jusqu'à trois violentes crises d'épilepsie.

Pendant ce temps-là, un nouveau chancre se formait à la poitrine, dévorant les chairs jusqu'à découvrir les os. Il se faisait dans le cerveau une recrudescence de douleurs atroces; des coups de marteau n'eussent pas suffi à produire de pareilles tortures; les yeux s'affaiblissaient de plus en plus; les dents, comme broyées par tant de souffrances, s'en allaient par morceaux. C'était un effrayant spectacle ! Ce frêle corps s'agitait convulsivement; ces dents brisées s'entrechoquaient; de ces yeux presque éteints coulaient des larmes sanguinolentes; le grand cri de Jésus mourant s'exhalait de cette poitrine déchirée comme un râlement d'agonie, et toute cette ressemblance avec le divin Crucifié se complétait et se manifestait ostensiblement par les plaies des stigmates, alors rendues visibles et devenues infiniment douloureuses.

Mais aussi, et à mesure que les plaies de toute nature se multipliaient, le prodige que nous avons déjà signalé devenait plus éclatant. Au plus fort de l'hiver, il s'exhalait de ce corps virginal, au moindre mouvement donné à l'un de ses membres ou simplement aux couvertures de son misérable lit, un parfum ou de violettes, ou de lis, ou de roses,un suave parfum des plus odorantes fleurs. On accourait, on se pressait plus que jamais autour de ce lit que Dieu glorifiait par tant de merveilles. On semblait soupçonner, dans toutes ces faveurs du Ciel devenues plus frappantes et plus variées, comme une sorte de présage annonçant la fin prochaine de la sainte. On se hâtait de mettre à profit le soir d'un si beau jour.
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Cette fin, en effet, approchait. Si Dieu en retardait encore le moment, ce n'était plus en quelque sorte que pour condescendre amoureusement aux joies et aux besoins des âmes dont l'empressement assiégeait le lit de sa chère et sainte épouse. Encore voulut-il, par une faveur qui devait la fortifier, l'encourager à une généreuse attente de ce moment qu'il savait être l'objet de tous ses vœux les plus ardents.

C'était dans un de ces nombreux ravissements dont il l'honorait surtout à cette époque. Elle avait été emportée vers les régions du ciel, et, comme elle arrivait près de l'éternelle demeure, elle avait vu trois portes par lesquelles il fallait successivement passer, non seulement pour pénétrer dans ce séjour de toutes les joies, mais pour y trouver enfin une place assurée et ne jamais plus craindre d'avoir à en sortir. Or,à la première,à la seconde porte, elle avait passé sans obstacle. Au seuil de la troisième, un moment, comme malgré elle, elle s'était arrêtée éblouie.Quels flots d'éclatante lumière lui venaient de toute part ! Que de splendeur, quelle incomparable magnificence elle entrevoyait !. Et elle allait franchir la barrière qui la séparait de tant de félicité, quand elle se sent retenue encore et comme enchaînée sur ce seuil par un nouveau spectacle, par une indicible émotion. C'est son aïeul qui lui apparaît, ce saint vieillard que nous avons admiré aux premières pages de ce livre, c'est lui ! Comme il est divinement beau avec cette majesté que lui a donnée le Ciel ! Elle le voit, il accourt, il tend ses bras comme pour l'embrasser; déjà il est près d'elle, elle est sur son cœur. « Ah !vous venez, s'écrie-t-elle, n'est-ce pas, ô mon vénérable père, vous venez pour m'introduire dans ce paradis des Élus que vous habitez ? Hâtons-nous, emmenez-moi ! »

Et l'heureux patriarche l'étreint avec amour; il la regarde, il lui sourit comme savent sourire les bien aimés de Dieu ; mais il ne l'entraîne pas, il la repousse presque ! « Ma fille chérie, lui dit-il enfin, non, je ne dois pas t'introduire aujourd'hui dans le séjour de l'éternel repos. Il est vrai, ces joies, cette gloire, toutes ces félicités que tu entrevois, elles seront ton héritage un jour, mais le moment n'est pas venu ; il faut, pour quelque temps encore, te résigner à ce que les hommes appellent la vie; et ne le regrette pas, sache même t'en réjouir; tu grossiras le trésor de tes mérites, tu embelliras la couronne qui t'est réservée; car avec tes souffrances, il y a par le monde des pécheurs que tu convertiras; il y a dans le purgatoire des âmes que tu délivreras ; il y a dans le ciel ton Seigneur et ton Dieu qui sera glorifié. Oui, va, ma fille bien-aimée, retourne aux douleurs de ton pèlerinage, et quand ta tâche sera finie, tu reviendras plus riche et plus glorieuse, et tu partageras notre béatitude. »
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Puis la vierge, revenue de ce doux ravissement et repassant dans la mémoire de son cœur ce qu'elle avait vu et entendu, sentit un bonheur que le langage humain ne saurait raconter. C'étaient toutes les délices de l'espérance et du dévouement, du triomphe et de l'immolation, de l'amour qui jouit et de l'amour qui souffre; elle s'écriait, elle répétait mille fois : « Oui, ô mon Dieu ! vous voir, vous posséder, entrer sans retard dans l'éternité de votre paradis, c'est un besoin qui me dévore et me consume ! Mais mieux vaut mille fois votre gloire, ô mon Dieu ! Soit faite votre adorable volonté ! Autant et aussi longtemps que vous le voudrez, laissez-moi dans la douleur ici-bas, et j'attendrai, heureuse et résignée, ce moment de la mort qui doit être pour moi l'aurore de la vie ! »

Du reste, Lidwine connaissait ce moment qui allait mettre un terme à ses épreuves. Elle n'en parlait jamais que d'une manière voilée, nous dirons bientôt pourquoi ; mais elle en savait le jour, l'heure, les circonstances, et c'est elle-même, plus d'une fois, qui l'a donné à entendre à ceux qu'elle aimait le plus.

Ainsi, bien des années avant l'époque où nous sommes arrivés, elle avait confidemment raconté à son confesseur et à ses fidèles compagnes une admirable vision qui, de temps en temps, se renouvelait. « Je vois, leur disait-elle, un arbre tout chargé de boutons de roses, un arbre chétif et bien frêle. Mais, Dieu aidant, voilà qu'il devient plus fort et qu'il grandit. Puisse-t-il bien vite arriver à toute sa floraison ! - Et que veut dire cet arbre, avait-on repris. - Ah! C'est l'emblème de ma vie, car mon ange m'a dit : « Cet arbre si faible que tu vois, il faut qu'il s'élève, robuste et plein de beauté; ces boutons encore fermés, il faut qu'ils deviennent de magnifiques roses ! Alors seulement, a-t-il ajouté, finira ta captivité sur la terre. » Et depuis lors,bien des fois, les pieuses femmes avaient interrogé la vierge. « Où en est votre rosier ? lui disaient-elles; toutes les roses commencent-elles à s'épanouir ? - Hélas ! répondait Lidwine, il s'en faut bien, malheureusement ! Aussi, priez pour moi !» Mais à l'époque dont nous parlons, dans les premiers jours de l'année 1433, la même question lui étant adressée, elle répondit : « Oui, grâce à la bonté de Dieu, cette fois l'arbre arrive à sa hauteur, voilà toutes les roses épanouies.je ne tarderai plus à mourir. »

Vers le même temps, toujours au commencement de janvier 1433, un jour, on parlait devant elle de la solennité de Pâques qui, cette année, tombait le 9 avril. « Ah! s'écria-t-elle, en ce dimanche de Pâques, et le lundi et le mardi, quelles cruelles douleurs m'attendent ! Mais qu'importe ! ajouta-t-elle avec un sourire du ciel ; ces douleurs ne dureront point; je pourrai chanter un joyeux alleluia ! » Elle répéta bien des fois ces mêmes paroles durant les trois mois qui suivirent.

Elle alla même jusqu'à avouer à quelques intimes, que c'était en effet dans le Temps Pascal qu'elle mourrait, mais toujours sans vouloir préciser ni le jour, ni l'heure.
Et comme on lui demandait si Dieu ferait quelques miracles à sa mort : « Non, non, répondit-elle, il n'en fera pas; c'est à grand tort que quelques âmes simples s'attendent à me voir finir d'une manière merveilleuse. Quant à ce qui arrivera après mon trépas, Dieu le sait, mais je n'ai nulle envie de le rechercher et encore moins de le publier. Je ne suis qu'un instrument entre ses mains, qu'il fasse de moi ce qui lui plaira.» Puis elle se mit à prescrire ce qui concernait sa sépulture et ses funérailles. Aucun détail ne lui échappa. « Surtout, ajouta-t-elle, inhumez mon corps sans délai, et puisque Dieu a bien voulu que depuis trente-trois ans il n'ait pas touché la terre nue, je vous en supplie, continuez-moi cette faveur, et faites qu'il repose encore sans la toucher. »

Chaque jour, à toute heure, nous faisons un pas de plus vers notre mort qui peut-être n'est pas loin ! En nous, comme en Lidwine, reconnaît-on l'approche de ce moment décisif à une vie toujours plus parfumée de pureté, d'humilité, de sainte patience et de généreuse charité ?
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VIE DE LA BIENHEUREUSE LIDWINE.

CHAPITRE XXIII.

Admirable mort.


Lidwine demande pardon. - Son heure approche. - Jésus-Christ lui-même lui donne l'Extrême-Onction. - Merveilleux crucifix qu'il lui laisse. - L'agonie. - Le petit neveu Beaudouin court à l'église. - Mais elle est morte ! - Voyons ses mains !

L'heure de Lidwine allait en effet bientôt sonner. Déjà se faisaient dans le ciel les préparatifs de ses noces virginales. Elle s'y disposait avec ferveur. Un jour, elle fit venir près de son lit ses parents, les femmes qui la servaient, tous ceux qui avaient vécu près d'elle. « Je vous ai appelés, leur dit-elle, parce que je sens le besoin de vous demander pardon. Oui, au nom de Jésus-Christ qui vous a tant aimés, au nom de votre amour pour Jésus-Christ, pardonnez-moi, je vous en conjure, toutes les peines que j'ai pu vous causer.» Un cri unanime l'empêcha de continuer. « Mais c'est à nous, Lidwine, s'écriait chacun des assistants, c'est à nous à nous humilier,à vous demander pardon. C'est nous qui trop souvent peut-être avons eu le malheur de vous contrister, vous toujours si douce et si bonne ! Pardonnez-nous donc ! Et quand vous serez près de Dieu, quand vous serez dans les joies de son éternel royaume, souvenez-vous de nous, assistez-nous dans nos misères ! »

Tout le monde fondait en larmes. Pouvait-il ne pas en être ainsi ? Encore la douleur eût-elle été bien autrement amère, si on avait su combien devait être prochaine la séparation ! Mais on était loin de le soupçonner. On se faisait illusion. On flottait au moins entre la crainte et l'espérance , précisément parce que la sainte ne disait toujours rien ni du danger de son état ni du jour de sa mort.

Or, disons-le. En gardant ce silence, Lidwine avait un double motif. Elle voulait, pour l'heure suprême, éviter ce concours de peuple qui troublait son recueillement et alarmait son humilité; elle voulait surtout mourir seule, abandonnée, sans autre assistance que celle de Jésus-Christ, afin de lui mieux ressembler, en imitant mieux son divin crucifiement.
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Enfin le jour de Pâques arriva. Comme à l'ordinaire, bien longtemps même avant les premiers rayons de ce beau jour, la vierge était entrée en oraison. Mais que devait-il se passer ? Était-ce un présage ? Plus qu'à l'ordinaire, cette fois, elle trouvait dans son oraison d'inexprimables délices. Elle sentait son âme comme se fondre d'amour et de désirs dans la contemplation des magnificences de la résurrection. Ces grandes douleurs du Calvaire qui sont finies; cette mort que le Christ a vaincue; ce tombeau qui s'entr'ouvre laissant échapper sa proie ; ce Sauveur qui se lève, ce triomphateur qui s'élance radieux, immortel, tenant le péché captif, qui s'élance de la douleur à la félicité, des abîmes de l'humiliation aux splendeurs de l'éternelle gloire, tout ce grand spectacle que la méditation déroulait devant ses yeux la remplissait comme d'un enthousiasme divin. « Mon Dieu, s'écria-t-elle, pour moi aussi brisez la pierre de mon sépulcre, brisez ce corps mortel qui retient mon âme captive comme dans un tombeau ! Moi aussi,faites-moi sortir de ce cercueil où depuis si longtemps je gémis ; appelez-moi de l'esclavage à la liberté, des ténèbres à la lumière, de la corruption à l'immortalité; appelez-moi au bonheur de contempler votre gloire, de m'enivrer d'amour dans les joies de votre adorable présence ! La mort serait pour moi la vie, faites-moi mourir ! venez me délivrer ! Donnez-moi de célébrer la Pâque avec vous dans les cieux !»

Saints et ardents désirs ! Le temps était venu où ils devaient être exaucés. L'humble chambre tout à coup s'illumina encore, pour une dernière fois. Le Sauveur vint; la vierge le vit; il apportait enfin la bonne nouvelle ! Et comme gage royal, il apportait une autre faveur en même temps, une faveur inouïe, que nous connaissons par la révélation que Lidwine elle-même en a faite plus tard, et que nous allons raconter. Il venait lui donner de ses divines mains le sacrement de l'Extrême-Onction.

Ne nous étonnons point trop. Une telle faveur n'est pas sans exemple. Le Sauveur avait lui-même communié ses Apôtres, et la vie des saints nous apprend que plusieurs reçurent de lui, ou la divine Hostie ou la dernière Onction...faveur insigne, immense, qu'il accorde rarement; mais pourquoi ne l'accorderait-il point ? Serait-il impossible ou inconvenant qu'il fît lui même à quelque âme privilégiée l'application du sang qu'il a versé ? Et si cette application n'est ni inconvenante ni impossible, qui pouvait-il mieux choisir entre les saints, pour l'honorer ainsi, que la vierge Lidwine, la douce vierge stigmatisée, image vivante de ses douleurs, la vierge si pauvre, si humiliée, et en même temps si pure, si fidèle, si patiente, elle, couchée depuis trente-huit ans dans les tortures du plus effrayant martyre, elle qui avait souffert pour lui, pour son amour, autant peut-être que jamais aucun saint eût souffert ?
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Le jour donc de la solennité de Pâques, le matin, avant le lever du soleil, alors que seule encore dans sa chambre elle s'abandonnait, comme nous l'avons vu, aux transports amoureux que faisait naître en elle le spectacle des gloires de la résurrection, voilà qu'elle vit le Sauveur Jésus-Christ descendre des hauteurs du ciel et venir à elle. « Ah! vous voilà enfin, Bien-Aimé de mon âme! s'écria-t-elle comme pressentant le bienfait qu'il lui apportait cette fois. Depuis si longtemps je vous attendais ! Depuis si longtemps mon ange me disait que vous viendriez ainsi ! » Le Sauveur, en effet, s'approchait avec un air d'adorable bonté qu'elle ne lui avait pas encore vu. A ses côtés se tenait Marie. Venaient ensuite les douze apôtres, des anges, des élus, un cortège nombreux. Et le Seigneur Jésus Christ arrivé près du pauvre lit se plaça à la droite, sa glorieuse Mère à la gauche; tout autour se rangèrent en ordre les princes de l'éternelle cour.

En même temps, près du chevet, s'était dressée une table d'une éblouissante blancheur, et la vierge voyait sur cette table un vase éclatant, un crucifix d'un merveilleux travail, et un cierge d'où jaillissaient des flots de céleste lumière.

Mais son Bien-Aimé surtout absorbait son attention. Jamais elle ne l'avait vu ainsi. Il était revêtu de splendides ornements sacerdotaux. C'était bien le prêtre éternel. Qu'il était majestueux ! qu'il était grand !

Et voilà qu'un apôtre s'approchant de la table prit avec respect le vase des saintes huiles et l'offrit au divin Maître. Les anges aussi s'étaient rapprochés de la vierge. L'auguste cérémonie commença. C'étaient les anges qui découvraient les oreilles, les mains, les pieds; mais c'était le Seigneur Jésus-Christ qui faisait lui-même les onctions ! Il ne prononçait, ou plutôt la vierge n'entendait aucune parole; mais elle sentait si bien, à chaque onction, les impressions de sa divine main ! Comme elle était heureuse !

Puis le Sauveur prit le cierge, le lui donna à tenir, et la Vierge Marie le tenait avec elle. Il prit le crucifix encore, le plaça en face d'elle, sous son regard. « Lidwine, lui dit-il, ce crucifix restera là,visible pour toi seule, jusqu'au moment de ta mort. » Mais Lidwine ne pouvait plus contenir les élans de son âme. « Mon Jésus, s'écria-t-elle, soyez loué, soyez béni, et par le temps et par l'éternité ! Que n'ai-je toutes les voix de la terre et du ciel pour vous remercier ! Et cependant, ô mon très-doux Seigneur, après tant de grâces, laissez-moi vous demander une autre grâce. Que pourriez vous me refuser, vous qui venez de vous abaisser jusqu'à vous pencher vers votre pauvre petite servante, jusqu'à n'avoir pas horreur d'oindre mon misérable corps de vos très-saintes mains ! O mon miséricordieux Sauveur, je vous en conjure, multipliez mes douleurs, activez mes tourments, jusqu'à l'heure de ma mort, et autant que mes péchés le méritent, afin que mon âme, en quittant sa terrestre prison, puisse être admise , sans autre purification, à contempler votre adorable face ! - Ma fille, lui répondit Jésus,je reçois ta prière, sois exaucée. Oui, je le veux, dans deux jours tu chanteras dans le royaume de mon Père l'éternel alleluia avec les vierges tes sœurs. »

En disant ces mots, Jésus disparut; la vierge resta seule avec son ange. Mais quelle joie ! quelles enivrantes délices ! Avoir reçu l'Onction des mains du divin Pontife ! surtout avoir entendu de sa bouche adorée la promesse du ciel ! Dans deux jours, pas plus tard que dans deux jours, être sûre d'aller s'asseoir avec l'Époux au nuptial festin, au banquet de l'éternelle allégresse. c'était à mourir de bonheur avant l'heure ! Aussi comme elle bénit et remercia ! Comme elle sentit s'accroître dans son cœur le désir, l'ardente soif des souffrances pour les deux jours qui lui restaient ! Comme elle s'affermit de plus en plus dans sa résolution de rester seule au milieu des angoisses de la mort, et de mourir dépouillée, abandonnée de tout comme son modèle du Calvaire ! Avait-elle besoin d'une autre assistance que celle du crucifix que lui avait laissé son Rédempteur, de ce crucifix merveilleux qui était là, devant elle, sous ses yeux, qui semblait placé là tout exprès comme pour approuver sa résolution et la remplir d'un généreux courage ?
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