Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

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Laetitia
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Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

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Ne fermons pas ce chapitre sans rapporter un autre fait remarquable entre tous, un fait plus général, d'une haute notoriété publique et par là trop formel pour que nous puissions le passer sous silence.

Une flotte considérable de vaisseaux marchands allait mettre à la voile pour la mer Baltique. Il ne restait plus qu'à déterminer le jour de partance ; on le fixa en assemblée générale. Mais chose étrange ! Sans aucun motif sérieux, ce fut précisément sur un jour de fête solennelle que s'arrêta le choix. Aussi, un armateur présent, mais un seul, se récria. Il se récria en vain ; la décision resta prise, décision qui le jeta dans une cruelle anxiété. D'un côté, il souffrait, il se sentait blessé dans sa conscience de chrétien fidèle. D'un autre côté que faire ? Devait-il, pouvait-il s'isoler ? Ne lui était-il pas permis, à raison même des dangers de l'isolement, de subir une décision que la nécessité seule lui imposait ? Dans sa perplexité, il pensa à Lidwine : « Mais si je la consultais ?» car il avait pour elle une haute vénération ; jamais, d'ailleurs, il n'entreprenait quelque voyage de long cours sans se recommander à ses prières ; il lui envoya un serviteur. « Allez dire à votre maître, répondit la sainte, que je lui recommande de ne pas s'embarquer avant d'être venu lui même, selon sa coutume, me faire ses adieux. » Le pieux armateur arriva donc. « Mon frère, lui dit, Lidwine, j'ai une grâce à vous demander; mais entendez-le bien, je ne veux pas être refusée. - Et que désirez-vous, ma sœur ? - Ce que je désire ou plutôt ce que je veux ? C'est que vous ne partiez point au jour fixé. Non, non, ne partez point ce jour-là! Je ne le veux pas, vous dis-je ! Et je sais pourquoi et vous même vous le saurez, mais plus tard. - Mais, Lidwine, ferai-je donc mal, si je pars ? La nécessité qui m'est faite, la gravité des intérêts que je compromets en ne partant pas, tous ces motifs ne mettent-ils pas ma conscience à l'abri ?-Qu'ils la mettent à l'abri ou non, mon frère, ce n'est point ce que j'examine à cette heure; je vous dis seulement : ne vous embarquez pas, je ne veux pas que vous vous mettiez en mer au jour indiqué ! - Mais enfin, Lidwine, ce que vous exigez là est étrange ! Vous voulez donc que je coure seul et tout seul les risques d'une longue et périlleuse navigation, et cela, précisément quand il ne tient qu'à moi d'avoir de nombreux, de vaillants compagnons de voyage ? – Eh bien! oui, mon frère, c'est ce que j'exige ! Qu'ils partent, s'ils le veulent, vos vaillants compagnons de mer ! Vous, vous partirez un autre jour et sans eux et vous ne partirez pas seul ; c'est Dieu qui sera avec vous ; c'est Dieu qui conduira votre navire, qui veillera sur vous et vous ramènera au port ! »

L'armateur n'insista plus. Il y avait, dans la voix de la vierge, un tel accent de frayeur prophétique qu'il se sentit subjugué malgré lui. Sa résolution fut dès lors irrévocable. Instances, prières, railleries pour le décider à partir au jour fixé, rien ne lui manqua; il résista à tout. Le jour du départ vint. On avait une mer magnifique, un temps superbe ! Les voiles se gonflaient au vent; les navires, comme des coursiers fringants sous la main qui les domine, se balançaient gracieusement sur leurs amarres,impatients de s'élancer. Au choc des cordages, au clapotement des vagues, se mêlaient les mille clameurs des passagers. Matelots, soldats, marchands, tout le monde allait, Venait, s'appelait ; c'était un mouvement, des cris, des transports, c'était une ivresse indescriptible. Et l'armateur était là, sur la grève, et voyait tout ! Il lui arrivait même d'amères railleries à l'endroit des pieuses terreurs qu'une parole de femme lui donnait. Rien ne l'ébranla. Seulement quand se donna le signal du départ, quand toute la flotte, au bruit d'une immense acclamation, s'élança libre, légère et pleine de majesté, il sentit son cœur se briser ; quelques grosses larmes sillonnèrent ses joues. Elle était si séduisante, en effet, cette mer qui, au loin, brillait comme un vaste écrin et dont chaque flot, que le vent soulevait, semblait une gerbe de diamants ! Elle était si belle surtout cette flotte qui partait sans lui, si belle avec ses innombrables mâts pavoisés, avec ses matelots joyeux et ses habiles et hardis capitaines !

Au fait, c'était une course superbe. Les navires semblaient glisser sur les flots ; la terre, en un clin d'œil, disparut; on marcha ainsi tout le jour. Ce beau temps, ces heureux auspices surexcitaient les cœurs. Sur le soir, il est vrai, du haut des mâts on signala dans l'immensité de l'espace quelques points noirs. Que pouvait-ce bien être ? Après tout, qu'avait-on à craindre ? n'avait-on pas et la force et le nombre ?

Tout à coup les vigies poussent un cri terrible ! « Aux armes! les pirates !voilà les pirates ! aux armes !» Et tout le monde se précipite, les soldats à leur poste, les matelots à la manœuvre. Mais déjà les pirates étaient là ! La bataille fut effroyable. La hache à la main, le poignard aux dents, ces affreux pirates sautaient à l'abordage avec une fureur de démons. Pendant plus d'une heure, au milieu de ces flots de l'Océan, ce fut une atroce mêlée, une mêlée sans nom, d'hommes, de vaisseaux, de cris de rage, de blessés et de cadavres !..

Enfin un hourra prolongé, immense, courut sur l'abîme ! C'était le chant de triomphe ; la flotte avait succombé ! hommes, vaisseaux, tout ce qui n'avait pas péri sous le fer de la bataille ou au milieu des flots, devenait la conquête et la proie du vainqueur.

Et le lendemain, ne sachant rien, toujours triste de son isolement, l'armateur qu'avait retenu Lidwine mettait à la voile. Quelle ne fut pas son épouvante, sa reconnaissance surtout, quand il apprit l'horrible catastrophe, quand peut-être il en trouva des traces en heurtant sur sa route quelque cadavre ou quelque débris ! Sa confiance, dès lors, ne connut plus de bornes. Orages ni pirates, rien ne l'inquiéta plus. Il fit en effet le plus heureux voyage; son vaisseau était chargé de richesses quand il rentra au port.

Quand nous faisons ou le bien ou le mal, ne prophétisons-nous pas nous-mêmes ou notre vie ou notre mort, ou notre félicité ou notre malheur, soit pour ce monde, soit pour l'éternité ?
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Laetitia
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VIE DE LA BIENHEUREUSE LIDWINE.

CHAPITRE XVIII.

Le Thabor, ou extases et ravissements.


Ange et vierge à la chapelle de Marie. L'agonie au Jardin des Olives. - Veux-tu venir sur le Calvaire ? - Épines. - Chambre embaumée. - Étonnante révélation que fait la vierge à un père dont le fils a disparu. - Son confesseur se cache pour l'épier. - Elle est ravie au Ciel, où Marie lui offre un voile.

Arrivons enfin au dernier trait de ces consolations surhumaines par lesquels le céleste Époux de Lidwine se plaît en ce moment à réjouir ses douleurs; car il y a, sur le Thabor, pour l'âme privilégiée que l'amour y conduit, quelque chose de mieux que l'esprit prophétique et le don des miracles ; il y a mieux que Moïse ou Élie; il y a Jésus lui-même qu'elle voit comme à découvert, Jésus à qui elle parle, près de qui elle s'enivre de délices, avec qui elle s'identifie dans le bonheur d'une mystérieuse union, il y a le ravissement, l'extase ! Et c'était là surtout l'incomparable joie, la joie de presque tous les jours donnée à l'humble crucifiée pour qui Dieu avait déjà fait tant d'autres merveilles !

Voici comment s'accomplissait ce prodige de la grâce : La sainte se mettait en prière. Bientôt son âme s'embrasait ; les choses d'ici-bas s'évanouissaient comme une ombre; tout un monde merveilleux lui ouvrait son horizon, et alors son bon ange venait... C'était toujours son bon ange qui avait mission de la conduire à la vision de Dieu.

Avant tout et invariablement, le doux ange, en prenant son vol mystérieux, transportait la vierge dans l'église paroissiale de Schiedam,à la chapelle de Marie, devant l'image même au pied de laquelle son enfance avait trouvé tant de joie. Ange et vierge, un moment, honoraient ensemble la Reine immaculée des cieux. Puis, de là, commençant leur extatique voyage, ils s'en allaient à l'exploration de ce monde de merveilles que leur offrait l'amour.

C'était Nazareth ou Bethléem, Jérusalem ou le Calvaire ; c'était la Palestine entière, cette terre bénie qui avait reçu l'empreinte des pas du Sauveur; c'était Rome encore, la ville éternelle où triomphe, du fond de son sépulcre, le pêcheur de la Galilée et où règne, couronné de la vénération du monde entier, le Vicaire de Jésus-Christ. C'était en un mot toute contrée, toute église, tout monastère, tout lieu sanctifié ici-bas; souvent même, c'était le purgatoire ; souvent aussi, c'était le ciel !

Et partout, dans toutes ces extases, c'était le Bien-aimé de son cœur, toujours son Jésus qu'elle retrouvait... lui, nouveau-né, sur la paille de la crèche; et avec quelle dévotion elle l'adorait ! lui, petit enfant, lui souriant dans les bras de sa Mère, lui tendant ses divines petites mains, et quelles tendres caresses elle lui faisait ! lui encore, lui toujours, ou s'en allant par la Judée, le cœur plein de miséricorde, les mains pleines de miracles, ou s'élançant comme un triomphateur des profondeurs du tombeau, et quels transports d'amour ardent elle éprouvait ! Car c'était bien lui ! Elle le voyait comme sans voile; il lui était même donné de le toucher. Il était si bon qu'il lui disait de baiser ses mains, ses pieds, de baiser la blessure de son cœur adorable ; il allait parfois jusqu'à lui permettre de boire à longs traits à cette divine source, et alors comme elle s'y oubliait dans les délices d'une inénarrable ivresse !
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Laetitia
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Mais le plus souvent, - et c'est elle-même qui l'a déclaré, en faisant par obéissance et devant les plus vénérables témoins l'aveu de tous ces merveilleux ravissements, - c'était sur le Calvaire que la transportait son bon ange; c'était là surtout qu'elle était bienheureuse ! Et nous le comprendrons sans peine, en nous rappelant son amour passionné pour le Dieu de la Croix.

Or là, sur le Calvaire, que se passait-il ? Quel drame s'y accomplissait ? Y entrait-elle en partage de souffrances avec son Bien-aimé ? Car souvent, au retour de ses extases, on voyait en elle des blessures d'un caractère étrange, on voyait parfois jusqu'à des fragments d'épines dans ses chairs. D'où provenaient ces épines, ces blessures ? Il fallut, ici encore, faire violence à son humilité pour lui en arracher l'explication. Et elle raconta qu'un jour, dans un de ses mystérieux pèlerinages, elle était venue à Gethsémani, au sombre Jardin des Olives. Son doux Jésus l'y attendait. Et elle voyait se renouveler toutes ses premières douleurs. Elle le voyait prosterné; elle entendait sa déchirante prière, il redisait : « Mon Père, détournez de moi ce calice de tant d'amertume ! » Et il gisait à ses pieds, la face contre terre, immobile, presque sans vie. L'effrayante sueur de sang ruisselait sur ses membres, son agonie avait recommencé. C'était bien la scène lamentable d'autrefois ! Puis le Sauveur s'était levé, et la regardant : « Veux-tu, lui avait-il dit d'une voix pleine d'ineffable tristesse, veux-tu venir avec moi sur le Calvaire ? - Avec vous ? avait répondu la vierge; oh! oui, partout où vous voudrez ! Ah ! Aller avec vous, souffrir avec vous, avec vous mourir, ô mon Seigneur, ô ma vie, ce serait pour moi la suprême félicité ! » Et ensemble ils avaient gravi la sainte montagne, et là, sur le Calvaire, il y avait eu entre l'époux et l'épouse une union de douleurs que la langue humaine ne saurait raconter ! Après quoi, comme elle descendait le mont sacré, elle reconnut qu'il y avait des pustules à ses lèvres, de nouvelles et singulières plaies sur ses membres, des épines même dans ses chairs. « Ma sœur, lui avait alors dit son Ange en la quittant, ces blessures, c'est Dieu qui veut que tu les emportes, afin qu'elles soient, pour toi et pour tous, comme un témoignage visible de la réalité des ravissements dont il daigne t'honorer. » Voilà pourquoi, ajoutait la sainte, vous voyez depuis lors ces étonnantes choses en moi. Oh ! aidez-moi à remercier le Dieu bon qui traite ainsi son indigne servante !»

Et ce n'étaient pas seulement des blessures et des plaies qu'elle rapportait de ses divines pérégrinations; elle en rapportait surtout comme un parfum du ciel. De graves personnages, témoins heureux de tant de merveilles, l'ont solennellement attesté. Quand on entrait dans sa chambre, alors qu'elle revenait de ses ravissements, on se sentait délicieusement pénétré d'une si exquise odeur, que nuls parfums connus n'eussent pu suffire à l'expliquer. On se sentait sur tout attiré vers ce lit qui portait la vierge, comme vers la source de toute cette céleste odeur dont la chambre était embaumée. On voyait même les assistants s'en approcher bien près, le plus près possible, comme pour mieux goûter de si merveilleuses délices. Et cependant, sur ce misérable lit, il n'y avait qu'une pauvre créature toute couverte de plaies où fourmillaient les vers. Mais en la voyant, qui aurait pu le nier ? Cette pauvre créature, vase comblé des dons de l'Esprit Saint, doux sanctuaire parfumé de grâce et de vertus, elle recevait d'inouïes faveurs. Elle voyait les anges; elle reposait sa tête sur la poitrine de Jésus; elle savait les sentiers du ciel et les joies du paradis; car elle se promenait dans les jardins de Dieu. Il fallait bien qu'elle en revînt tout embaumée !

Aussi arrivait-il souvent que les pieuses personnes qui alors l'environnaient, ou l'interrogeaient, ou la félicitaient avec transport. « Oui, je l'avoue, répondait-elle; je ne puis le nier, les consolations surabondent en mon âme, des consolations inouïes, inénarrables, dont je suis presque effrayée, tant j'ai peur de ne pouvoir en supporter le poids sans orgueil ! Oh ! mais Dieu est bon, adorablement bon ! Pour soutenir sa pauvre petite servante, aux joies qu'il lui envoie, toujours il mêle quelque amoureuse humiliation. Quand il m'a bien réjouie, bien enivrée de bonheur en lui, je suis sûre qu'aussitôt va me venir quelque nouvelle et plus horrible torture. Qu'il soit à jamais béni !»
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Nous avons dit que parfois, dans ses ravissements, notre sainte visitait aussi des monastères. Citons à ce sujet, une admirable particularité mille fois constatée. C'est le souvenir qu'elle rapportait de ces monastères, un souvenir exact jusque dans les moindres détails. Elle décrivait leur emplacement; elle disait le nombre, l'arrangement de leurs cellules ; elle racontait l'ordre varié des exercices qui s'y accomplissaient; elle savait jusqu'aux noms, jusqu'aux surnoms des habitants de chacun d'eux. « Mais ce que vous me dites là, s'écriait souvent avec stupéfaction tel ou tel religieux venu en pèlerin de quelque lointaine contrée, ce que vous me dites là de mon couvent dépasse l'imagination! Quand vous y auriez passé votre vie entière, vous ne le connaîtriez pas mieux! »

Un jour un étranger se présente à sa demeure. Il semblait venir de loin. Sa démarche, son regard, son front pâli, tout accusait en lui une profonde douleur. Il venait, en effet, raconter à la vierge dont partout on disait tant de merveilles, qu'il avait perdu son fils, que son malheureux fils avait disparu, que toutes les recherches pour retrouver ses traces avaient jusque-là échoué. Mais Lidwine ne lui en donna pas le temps. Sans presque attendre qu'il eût franchi le seuil : « Je vous salue, messire Wilhelme, lui dit-elle. » L'étranger, à ces mots, s'arrêta stupéfait. « Suis-je donc connu ici ? s'écria-t-il. Et comment serait-ce possible, quand jamais je n'ai paru en ce lieu, quand personne, ailleurs, ne peut même soupçonner mon voyage à Schiedam ? - Venez toujours, messire Wilhelme, poursuivit la sainte, et soyez bénis de Dieu, vous et votre fils Henri ! » Cette fois, on vit le pauvre père chanceler. Mais presque aussitôt, comme sous le coup d'une violente commotion électrique, il se précipita vers le lit de la vierge. « Ah! n'avez-vous pas nommé Henri ? N'avez-vous pas parlé de mon fils  ? Dites, est-ce que Vous connaissez, est-ce que vous savez ce qu'est devenu mon malheureux fils? Répondez, oh! Répondez-moi donc ! Est-il vivant ? Est-il mort ? - Il vit, reprit la sainte. -Ah ! mon Dieu,il vit ! Merci ! Mais dites, dites-moi encore, Lidwine, est-il malheureux ? – Votre fils, Wilhelme ? Rassurez-vous. Il sera le plus heureux des hommes quand il aura pu vous dire, en vous pressant sur son cœur, qu'une terrible nécessité, que vous apprécierez, a pu seule le forcer à vous causer, par sa fuite, un moment de chagrin, car il y allait de son salut éternel ! - Vous m'effrayez, Lidwine; qu'est-il donc devenu ? - Glorifiez Dieu, mon frère ! J'ai vu votre cher Henri ; je l'ai vu prosterné, recevant tel jour le saint habit des Chartreux. Il a obéi à l'appel irrésistible de Dieu ! - O Ciel; mon fils est Chartreux ! Votre volonté soit faite, ô mon Dieu ! Mais achevez, Lidwine, achevez votre œuvre. Où est-il, mon Henri, mon fils ? En quel monastère? En quel lieu ? Dites, que j'aille, que je vole pour l'embrasser, pour le bénir encore!- Eh bien ? Wilhelme, votre fils est à la Chartreuse du mont Saint-Jean, en Belgique, dans le Brabant méridional; allez, vous le trouverez là, c'est là que je l'ai vu. » Et Wilhelme partit, traversa comme un trait les provinces qui le séparaient du Brabant. Lidwine avait dit vrai. Depuis le jour indiqué, le jeune Henri était Chartreux. Il vécut comme un saint.
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Laetitia
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Nous pourrions également, au sujet des ravissements dans le ciel, raconter des incidents pleins de charme et surtout de nombreuses faveurs que la vierge y recevait de l'auguste Marie. Qu'il nous suffise d'en signaler un trait. C'était un jour de fête, en 1428. Autour du lit de Lidwine, vers midi, se trouvaient son confesseur, des parents, quelques personnes pieuses. On parlait de Dieu. Tout à coup la sainte interrompt l'entretien. « Voudriez-vous, dit-elle aux assistants, me laisser toute seule pendant quelques heures ? » On ne pouvait qu'obéir, et tout le monde sortit. Mais quelle pouvait bien être cette idée subite de vouloir être seule, précisément à une heure inaccoutumée ? Le confesseur surtout en fut préoccupé. Depuis longtemps il saisissait toute occasion de juger par lui-même de ce qui se passait. Bref, sans rien dire à personne, sans que personne pût le soupçonner,furtivement, sans bruit, il rentra dans la chambre et se cacha dans un coin.

Or, une fois seule, ou plutôt se croyant bien seule, Lidwine s'était mise en prière, et son amour avait bientôt fait explosion. Le prêtre l'entendait. Elle parlait à son Jésus, mais avec des élans de feu, avec un accent inimaginable de reconnaissance et de tendresse. Puis il entendit qu'elle s'adressait à son Ange. « Oh !venez, lui disait-elle, mon ami fidèle, mon céleste frère,venez réjouir mon cœur, venez parler à mon âme; j'ai faim et soif de vous voir, de vous entendre !» Et sa prière fut exaucée, l'Ange parut. Mais elle ne le voyait point comme elle avait coutume de le voir; il se tenait à distance et la face voilée, car elle s'écria tout alarmée : « Pourquoi, mon bien-aimé frère, pourquoi vous tenez-vous ainsi loin de moi? Pourquoi aujourd'hui me cachez-vous votre visage si bon ? Ai-je commis quelque faute dont vous veuilliez me punir ? Non, répondit l'Ange, non, Lidwine, ce n'est pas toi qui m'arrêtes; mais il y a quelqu'un caché ici, quelqu'un qui voudrait et ne doit point voir mon visage. » L'Ange, à ces mots, disparut. Mais la vierge alors fut si désolée, elle se mit à pleurer avec tant d'amertume, elle se plaignit en termes si touchants, que le confesseur ne pouvant y tenir s'élança de sa cachette. « Lidwine, lui dit-il avec émotion, pardonnez-moi; je vous jure de ne jamais recommencer ! - Ah ! c'est vous ! s'écria-t-elle, et ses larmes redoublèrent, sa douleur devint plus déchirante. O mon Dieu ! fallait-il que ce fût le père de mon âme qui me privât des saintes joies que m'apportait mon Ange ! Que vous ai-je fait, ô mon Père ? Vous défiez-vous donc de moi, de ma sincérité dans mes confidences ? Ah! me traiter ainsi, vous que je vénère, qui êtes pour moi le représentant de Dieu !» Et le pauvre prêtre s'en alla, le cœur brisé, ne pouvant rien répondre !

Mais le même soir l'heureuse vierge fut bien dédommagée; elle fut ravie au ciel. C'étaient toutes les splendeurs du paradis qui lui étaient comme dévoilées. Elle contemplait Dieu dans les magnificences de son infinie gloire. Elle voyait autour de son trône, dans les délices de leurs joies éternelles, les Anges et les Séraphins, toute l'innombrable milice des célestes esprits, et le sénat des Patriarches et des Prophètes, et le collège auguste des Apôtres, et la triomphante armée des Martyrs, et la chaste légion des Vierges. Plusieurs même d'entre ces bienheureux élus venaient à elle, lui parlaient comme on parle à une sœur. « Tu le vois, Lidwine, lui disaient-ils, nous avons semé dans les larmes et nous recueillons dans la joie ; nos humiliations ont produit la gloire; plus nous avons souffert , plus à présent nous goûtons de félicité. Marche sur nos traces, persévère dans la patience !»
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Laetitia
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Et pendant que les glorieux citoyens de la céleste Jérusalem enflammaient ainsi son courage, voilà qu'elle voyait venir, en grande pompe, la Reine elle-même du ciel. Marie, en effet, vint à elle. « Ma chère fille, lui dit la divine Mère du Sauveur,comment es-tu venue ainsi en un tel lieu, n'ayant pas même un voile sur ta tête ? - O ma très-aimable souveraine, répondit Lidwine, c'est mon ange qui m'a prise en cet état, et je ne me permets jamais de vouloir autre chose que ce que veut mon saint ange. - Alors, ma fille, reprit Marie, voici un voile; veux-tu l'accepter pour t'en couvrir ? » Lidwine, à cette offre, fut embarrassée. Quelle réponse faire ? En disant oui, n'allait-elle pas suivre sa propre volonté, et, par là, peut-être déplaire à Dieu ? Elle regarda son bon ange comme pour lui demander une inspiration. Mais la divine Marie revenant à la charge une seconde, une troisième fois, et Son ange ne lui suggérant toujours pas ce qu'elle devait dire, elle répondit humblement : « Il me semble, ma très-douce Mère, que je ne dois avoir aucune volonté ici. - Néanmoins, dit alors son guide, si tu le veux, ce voile, accepte-le. » Mais cette réponse ambiguë ne fit que l'embarrasser davantage. Elle regardait ce précieux voile; elle eût voulu le posséder, mais elle n'osait ni le demander, ni le recevoir !

Cependant la Reine des anges s'était retirée. Déjà même le moment approchait où Lidwine devait quitter le Ciel. Tout à coup Marie parut de nouveau, suivie de la multitude des vierges, et tenant toujours dans ses mains le voile mystérieux. « Ma bien-aimée fille, dit-elle cette fois en s'avançant vers Lidwine, je t'ai vainement sollicitée, il y a un instant, à l'occasion de ce voile; tu as su n'avoir aucune volonté propre. Eh bien ! pour te récompenser, c'est moi-même à présent qui vais le placer sur ta tête. Reçois-le, ma fille ; emporte-le sur la terre. Tu le garderas pendant sept heures; mais à la septième heure, donne-le à ton confesseur, afin qu'il y voie un gage authentique des faveurs que le Ciel t'accorde, et en même temps dis-lui, en mon nom, d'aller en couvrir mon image dans l'église de Schiedam. Adieu et courage ! je t'attends dans la gloire ! »

Quand Lidwine revint de son extase, elle trouva en effet le merveilleux voile sur sa tête. Qui pourrait redire sa joie, sa reconnaissance ! Comme elle remercia Dieu et Marie avec transport ! Comme elle couvrait de baisers ce voile qui lui venait du Ciel ! Mais aussi comme les heures, hélas! s'en allaient avec une désolante rapidité ! Déjà la septième était proche. Il fallait bien obéir à Marie. Elle fit venir son confesseur. « Mon Père, lui dit-elle, j'ai assisté à une grande fête dans le ciel; j'ai vu Dieu et les Anges; j'ai même conversé avec Marie. Voyez, elle m'a donné ce voile !» Et elle lui raconta tout. Le prêtre resta émerveillé. Comment douter ? Ce voile était un argument irrésistible, car il était là, devant lui, un voile d'un travail humainement impossible; et un voile n'est pas une illusion. Il le voyait, il le pressait dans ses mains; il en admirait la couleur, le tissu. Quel blanc céleste inimitable ! Quelle miraculeuse finesse ! Quel parfum aussi qui s'en exhalait, remplissant la chambre d'une suavité qui ne pouvait venir que des éternelles demeures ! Et l'heureux prêtre tournait, retournait ce voile dans ses mains, restait là, immobile, ravi, oubliant tout, ne pouvant se rassasier de contempler cette œuvre divine.

Le moment cependant approchait. « Mon Père, lui dit la vierge, allez à l'église; nous devons obéir à Marie. – Mais, Lidwine, l'heure est bien matinale, hasarda le prêtre qui ne pouvait se décider à en finir. L'église est encore fermée; la statue d'ailleurs est à une hauteur inaccessible dans les ténèbres. - Allez toujours, mon Père, reprit la sainte; vous trouverez le portier de l'église sur votre chemin; vous trouverez à gauche de la statue une échelle assez haute; allez, hâtez vous. » Le prêtre partit, rencontra le portier, trouva l'échelle au lieu indiqué, et put ainsi déposer le précieux voile sur la vénérable image. Puis il s'agenouilla. Mais à peine il commençait à prier, qu'un Ange vint. Le prêtre leva la tête. le voile avait disparu !
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Ainsi étaient prodiguées à l'heureuse crucifiée toutes les joies de l'extase. A Jérusalem, au Calvaire, au Ciel, partout elle rencontrait son bien-aimé Jésus. Et quelquefois il n'était pas même besoin que son céleste guide l'emportât hors de sa pauvre chambre. Là, chez elle, sous son misérable toit, c'étaient les anges, les apôtres, les saints, c'était le Roi des rois avec son cortège d'élus qui venaient la visiter ! Alors, aux rayons de cette divine présence, l'humble chambre s'illuminait d'une si éclatante splendeur que les parents et les voisins, comme déjà une fois nous l'avons vu, accouraient pleins de terreur, croyant à un incendie. Alors aussi, il était impossible de regarder la sainte en face, tant son visage était éblouissant de céleste lumière ! « Mais comment, lui disait-on parfois quand tout était fini, comment pouvez-vous supporter une lumière si vive,vous qui avec vos yeux malades ne pouvez pas même soutenir un instant la simple clarté du jour? - C'est vrai, répondait-elle, il y a là un fait qui peut paraître étrange. Mais il y a lumière et lumière; l'une dans laquelle on voit les choses d'ici-bas, l'autre dans laquelle on contemple Dieu ; et celle-ci diffère autant de celle-là, que le jour lui-même diffère de la nuit. Qu'importe la force ou la faiblesse des organes ! Même aux yeux les plus malades, rien n'est bon et doux comme la lumière de Dieu! »

Nous aussi, nous passons par le Calvaire ou par le ciel, par la douleur ou par la joie; mais quels parfums, quels mérites en rapportons-nous ? Car, trop souvent, ce n'est pas Jésus, mais notre volonté propre que nous y cherchons !
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VIE DE LA BIENHEUREUSE LIDWINE.

CHAPITRE XVIII.

Le Thabor, ou extases et ravissements.(suite)


Dévotion de Lidwine aux âmes du Purgatoire. - Elle descend avec son ange en ces lieux d'expiation. - Une âme souffrante réclame une pièce d'or. - Délivrances que la vierge opère. - Voici l'Enfer ; veux-tu le voir ?- L'ange désolé. - Les graines de sénevé, ou remontrance faite à un prêtre. - Le vase plein de charbons ardents, ou combien l'âme de la sainte s'élève au-dessus des sens.

Continuons cette merveilleuse histoire des ravissements de notre sainte. Entre toutes les stations qu'elle faisait à la suite de son ange, il en est une que nous ne pouvons oublier, que nous avons à cœur de mentionner tout aussi bien que celles qu'elle faisait au Calvaire ou au Ciel, car nous y trouverons une de ses dévotions les plus chères, une touchante dévotion qui était en elle comme son amour passionné de la croix et de l'Eucharistie, comme sa piété envers Marie ou comme sa charité, un des caractères dominants de sa vie. Nous voulons parler de ses voyages extatiques au Purgatoire.

Est-il besoin de le dire ? Elle qui aimait si ardemment les pauvres, les malades, tous ceux qui souffrent, de quel amour ne devait-elle pas aimer les âmes du Purgatoire, ces âmes captives, enchaînées par tant de douleurs, ces âmes tout à la fois couronnées de sainteté et dévorées par le supplice inouï, qu'elle comprenait si bien, de la privation de Dieu ! Elle surtout qui aimait ce Dieu avec un zèle, avec des élans si enflammés ; elle qui eût voulu étendre à l'infini son règne et donner mille fois sa vie, non seulement pour le faire bénir par toutes les intelligences, mais pour lui conquérir ne fût-ce qu'un seul pécheur, comment n'eût-elle pas été d'un zèle de feu pour délivrer, pour donner au Ciel, c'est-à-dire à Dieu, des âmes déjà saintes, des âmes par conséquent si dignes de lui, si capables de bien le glorifier ?

Elle disait donc avec saint Bernard, elle aimait à redire, à répéter ces amoureuses paroles: « Je descendrai dans le lieu des expiations; j'y descendrai pour y avoir pitié de toutes ces âmes que frappe la justice, mais qu'attend la gloire !» Et elle y descendait sans cesse en priant, en faisant prier, en multipliant ses bonnes œuvres ; elle y descendait encore et bien souvent par l'extase.

C'est d'elle-même qu'on l'a su; quand son ange venait la prendre pour l'emporter sur les hauteurs du Calvaire ou dans les régions du Ciel, c'était presque toujours par les sombres régions du Purgatoire qu'avant tout il la faisait passer.

Là, elle s'arrêtait devant ces âmes infortunées, achevant de payer dans la souffrance leur dette à l'éternelle justice. Elle les voyait sous une forme sensible ; elle contemplait avec autant de chagrin que d'effroi les divers tourments qu'elles enduraient; elle entendait leurs gémissements, elle écoutait leurs prières plaintives. Avec son cœur, avec l'immense compassion dont son cœur était plein, elle leur parlait comme on parle à un frère bien-aimé couché sur un lit de tortures. Elle leur disait qu'elle intéresserait sur la terre à leur malheureux sort, par tous les moyens en son pouvoir, beaucoup d'âmes, le plus d'âmes possible. Elle leur promettait pour sa part ses prières les plus ferventes, ses œuvres les plus méritoires ; elle les assurait dans les termes les plus vifs et les plus tendres, que pour leur soulagement elle ferait offrir , aussi souvent qu'elle pourrait, le divin Sacrifice, et qu'en leur nom, autant que Dieu voudrait le permettre, elle multiplierait ses aumônes.

Elle passait ainsi au milieu de ces âmes affligées, comme une espérance et une consolation. Elle a même avoué quelquefois que ces âmes, en la voyant passer, en écoutant ses paroles, en recueillant ses promesses, s'écriaient avec transport, comme dans un commencement de bonheur : « Béni soit le Seigneur qui éclaire aujourd'hui d'un nouveau rayon d'espoir nos sombres cachots ! A jamais soit loué notre Dieu si bon qui nous envoie et nous montre, un moment, pour nous consoler, une âme vivant encore sous le règne de la miséricorde, une âme pouvant encore mettre à profit le sang du Sauveur et mériter pour elle et pour nous ! »
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Laetitia
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Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

Message par Laetitia »

Ici se place une touchante particularité. Ces tristes âmes faisaient parfois à la vierge qui les visitait, quelque étonnante communication ou lui donnaient quelque mission toute merveilleuse à remplir sur la terre, dans leur intérêt comme dans l'intérêt de ceux qui leur étaient chers... communications et missions qui jetaient dans la stupeur les personnes auxquelles la sainte était ainsi adressée, mais qui environnaient d'une lumière aussi éclatante que celle de l'astre du jour, la réalité de ses divins ravissements. Donnons en un exemple.

Une âme lui était apparue, tout enveloppée de feu, poussant des gémissements lamentables. « Lidwine, dit enfin cette âme désolée, quand vous retournerez sur la terre, oh ! par amour pour Jésus-Christ et par pitié pour mes douleurs, je vous en conjure, faites venir près de votre lit une femme que vous avez traitée autrefois avec une sollicitude maternelle, cette veuve (1) à qui vous avez conseillé de reprendre son commerce plutôt que de rester oisive; le voulez-vous ? L'appellerez-vous ? – Oui, répond la vierge, bien volontiers; et que lui dirai-je ? - Eh bien! Lidwine, dites-lui qu'elle possède une pièce d'or qui appartient non pas à elle, mais à moi ! Au nom de son salut qu'elle compromet, au nom des souffrances que j'endure en ce lieu d'expiation où depuis quelques jours je suis descendue , dites-lui que je réclame cet or qu'elle m'a injustement soustrait, que je le veux, que j'en ai besoin pour l'employer à ma délivrance, que j'exige qu'elle m'en fasse au plus tôt la restitution en faisant célébrer des messes pour moi. Oui, dites-lui tout cela, afin qu'elle échappe aux rigueurs vengeresses de la justice de Dieu et que j'aille bientôt m'enivrer de toutes les délices de son éternelle bonté. »

Quand ce ravissement de notre sainte eut cessé, elle manda près d'elle la veuve dont il était question. « Ma sœur, lui dit-elle, j'ai à vous entretenir d'intérêts extrêmement graves pour vous et pour un autre. - Lidwine, répondit celle-ci, parlez; vous savez avec quel profond respect j'aime à vous écouter. - Et je veux, continua la vierge, aller tout de suite et tout droit au but. Dites-moi, connaissez-vous un homme de tel nom mort depuis peu? – Oui, Lidwine.- Eh bien ! Depuis sa mort, il s'est montré à moi, je l'ai vu ! Et il m'a chargée de vous dire que vous aviez injustement en votre possession une pièce d'or qui n'appartient qu'à lui, et dont il exige la restitution en messes que vous ferez célébrer pour le soulagement de son âme. » A ces mots, comme sous un coup de foudre, la pauvre femme chancela. Affreusement pâle, tremblant de tous ses membres , elle resta un moment dans un effrayant silence. Enfin sa douleur fit explosion : « Ah ! C'est vrai, s'écria-t-elle avec un accent de chagrin inexprimable; et j'en meurs de honte ! et vous êtes bien, ô Lidwine, une sainte de Dieu, vous qui connaissez ce que nul mortel ici-bas ne pouvait savoir ! Oui, c'est vrai, j'ai été coupable ! Moi que le Ciel avait bénie jusqu'ici par de grands bénéfices, j'ai péché à cette épreuve de la mauvaise année que nous traversons ! J'ai trompé cet homme, comme s'il m'avait lui-même trompée, en retenant à son insu cette malheureuse pièce d'or dont vous parlez, comme compensation des pertes que j'ai faites sur des marchandises qu'il m'avait fournies et dont il n'était pas responsable. Oh ! je vous le jure, Lidwine, je n'exposerai plus mon âme pour un misérable profit ; je me souviendrai mieux des sages conseils que vous m'avez donnés; les pauvres, les malades, les âmes du purgatoire, je les ferai mieux entrer en partage de tous mes biens ! » Et elle tint parole.

Revenons au séjour de l'expiation... Notre douce extatique, nous devons le dire, ne se contentait pas d'y passer, ainsi que nous venons de le voir, avec de la pitié, des larmes et des promesses. Le plus souvent, elle y accomplissait, à l'instant même, comme une victime qui s'immole, quelque œuvre d'héroïque dévouement.

Son ange, en lui montrant ces cachots pleins de flammes, de tourments et de cris de douleur, lui indiquait presque toujours quelqu'une des âmes les plus désolées, et il lui disait : « Lidwine, veux-tu soulager cette âme si malheureuse ? - Ah ! de toute ma volonté ! s'écriait la vierge avec transport. - Eh bien ! ma sœur, reprenait le céleste guide,prépare-toi à souffrir. » Et au même instant, sur l'indication de l'ange, elle endurait quelque douleur mystérieuse ou dans son corps ou dans son âme, mais quelque douleur terrible, car à son retour de l'extase, ceux qui entouraient son lit en remarquaient souvent les effrayantes traces.

Une fois, c'était au commencement de ses ravissements, se trouvant dans ces tristes régions, elle entendit une voix comme jamais encore elle n'en avait entendu. Elle demanda à son ange quelle était cette âme. « C'est celle d'un homme qui t'est bien connu, répondit celui-ci, d'un homme qui a vécu de longues années dans les fanges de la luxure et qui s'est enfin sérieusement converti, mais que la mort a surpris, à peine était-il absous, sans lui donner le temps d'expier ses crimes. C'est l'âme d'un tel. - O Ciel, s'écria Lidwine épouvantée, c'est lui ? Mais il y a douze ans qu'il est mort, il y a douze ans que je prie et j'ai tant prié pour lui ! Et il est encore en ces lieux! - Oui, Lidwine; mais tu pourrais le délivrer, le veux-tu ? - Ah ! qu'avez-vous dit, mon doux ange, mon bien-aimé frère ! Oui, oui, je le veux ! oui, dites-moi ce que je dois souffrir. » Alors elle souffrit. Et à mesure qu'augmentaient ses souffrances, elle voyait les bourreaux s'enfuir avec colère, la violence des flammes peu à peu se ralentir. Bientôt ces flammes devinrent si douces pour leur victime qu'elles ne semblaient presque plus que la caresser. Et elle voyait cette âme s'y baigner encore, s'y laver une dernière fois, comme se baigne la colombe en un frais et limpide ruisseau. Puis, parée d'une blancheur qui effaçait l'éclat de la neige, radieuse, souriant à la vierge, l'âme purifiée monta vers les cieux !

(1) Voir chapitre XI
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Laetitia
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Re: Un livre pour ceux qui souffrent.. (vie de Sainte Lidwine de Schiedam)

Message par Laetitia »

Une autre fois, elle eut une vision plus émouvante encore. Elle demandait à son ange, en le suivant par les sombres demeures,si tel pécheur qu'elle avait eu le bonheur de ramener à Dieu, il y avait quelques mois à peine, et qui était mort depuis, se trouvait encore dans les flammes expiatrices. « Hélas ! oui, lui dit l'ange ; et de plus il y endure d'incomparables tourments. C'est bien pour lui que des souffrances acceptées seraient par excellence une œuvre de miséricorde. - Alors, mon frère ange, se hâta d'ajouter Lidwine, alors parlez, commandez; je souffrirai tout ce que vous voudrez, tout ce que me permettra la volonté de Dieu et mon salut ! - Eh bien! ma sœur, suis-moi. » Et il la conduisait, mais par des lieux qui devenaient de plus en plus si affreux, que bientôt, glacée de terreur, elle s'écria : « Où suis-je ? Est-ce donc ici l'enfer ?- Non, répondit l'ange, mais il n'est pas loin.» Et elle vit en effet comme une prison immense, horrible, avec de noires murailles qui se dressaient à une effrayante hauteur. Et à mesure qu'elle avançait, elle entendait un bruit épouvantable qu'on eût dit un bruit de chaînes et d'instruments de torture mêlé de blasphèmes et de cris de rage. « Cette fois, dit l'ange, c'est bien l'enfer; désires-tu le voir ? - Non, non, dit la sainte qui tremblait d'effroi; j'en ai trop vu ;fuyons bien loin. »

Or, elle avait à peine fait quelques pas qu'elle arriva près d'un abîme sur le bord duquel un ange était assis. Cet ange semblait pleurer. Il tenait sa figure cachée dans ses mains; il y avait dans toute son attitude une indicible expression de douleur. « Mon frère, demanda la vierge en se penchant vers son guide, quel est cet ange si désolé ? - C'est l'ange gardien, Lidwine, de celui précisément dont le salut t'intéresse, car le pécheur que tu cherches se trouve là, dans cet abîme, aux portes de l'enfer; il y fait un purgatoire spécial. Écoute !.. Ne reconnais-tu pas cette voix ?» Des gémissements en effet partaient du fond de ce ténébreux cachot. « Ah ! mon Dieu! s'écria Lidwine, c'est bien sa voix, c'est bien lui ! » Et à l'instant même, sur un ordre de l'ange, l'âme apparut au-dessus de l'abîme. Elle était comme tout enveloppée de feu. La vierge la voyait; elle l'entendait aussi. « Oh ! que je souffre ! disait cette âme. O Lidwine ! Quand donc me sera-t-il donné de contempler dans le ciel l'adorable face du Seigneur mon Dieu ! » Mais Lidwine, à la vue de cette âme embrasée, fut si épouvantée que son extase cessa violemment et tout d'un coup.

Toutefois, à quelque temps de là, elle fut bien consolée. Un ange lui apparut. C'était celui-là même qu'elle avait vu si tristement assis sur le bord de l'abîme. Il était rayonnant de bonheur. « Ma sœur, lui dit-il, je viens au nom de celui dont le salut était si cher à ton cœur. Tu as bien prié, tu as bien souffert pour lui ; mais réjouis-toi, il goûte à présent toutes les joies du ciel ! »

On conçoit sans peine tout ce que devait produire au cœur de notre vierge ces merveilleux ravissements au séjour des âmes qui souffrent. Elle ne revenait jamais des pérégrinations si douloureuses qu'elle y faisait,sans en rapporter comme un surcroît de saintes terreurs, d'immense compassion et de zèle tout enflammé. Alors on la voyait pleurer; on l'entendait s'écrier : « Qu'ils sont terribles les jugements de Dieu ! Oh ! comme ces prisons du purgatoire sont affreuses ! Mon Dieu ! ajoutait-elle, prenez mon sang, prenez ma vie, donnez-moi la joie de mourir pour épargner à ces âmes infortunées les châtiments de votre justice ! » Et surtout elle agissait pour ces âmes; elle priait le jour, la nuit; du fond de son agonie, elle priait sans cesse, elle demandait partout des prières, elle faisait offrir souvent l'adorable sacrifice de l'autel, elle offrait ses aumônes et ses bonnes œuvres qui plus que jamais se multipliaient, elle offrait spécialement ses effroyables infirmités. « Oui, disait-elle parfois d'une voix pleine d'attendrissement, oui, agissons, mettons tout en œuvre, remuons la terre et le ciel pour les secourir, ces frères bien-aimés qui souffrent dans le purgatoire comme nul ici-bas ne peut souffrir, ces captifs si malheureux de la divine justice, ces tristes exilés à qui manquent le soleil et les joies de la véritable patrie, ces orphelins que dévore la plus amère désolation parce qu'ils ne voient plus leur père, parce qu'ils portent dans leur cœur ce supplice de la séparation qui à lui seul résume tous les supplices ! Allons, courons à leur secours ! Ils nous appellent en nous donnant les noms les plus doux; ils nous attendent, ils attendent notre prière, notre aumône pour abréger leurs douleurs ; un jour, une heure d'attente, pour eux c'est un siècle, hâtons-nous ! Ce sont des hommes, ce sont des frères, nos frères par le sang et par la foi; est-ce qu'on ne vole pas au secours de tout homme en détresse ? Et ils gémissent dans une détresse si lamentable qu'ils sont impuissants à se secourir eux-mêmes, comme le naufragé jeté seul sur un rocher aride au milieu des flots, ou comme le prisonnier qui ne peut ni avancer l'heure de sa délivrance, ni briser les portes de son cachot, ni renverser les murailles entre lesquelles il étouffe ! O infortunés ! ils versent des larmes de feu, mais des larmes stériles ! Ce sont bien, entre tous les pauvres, les pauvres les plus malheureux ! Jetons sur ce feu de leurs douleurs la rosée bienfaisante du sang de Jésus Christ, la rosée aussi de nos prières et de nos œuvres, de nos mérites et de nos efforts pour la vertu ! En éteignant les flammes qui les dévorent, en leur ouvrant le ciel pour leur donner une place éternelle aux banquets du Seigneur, nous deviendrons les créanciers de tous ces rois qui nous devront leur trône et de plus les heureux créanciers de Celui qui les aimait tant, les créanciers même de Dieu !»
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