Réponse à Alain Soral sur le marcionisme, la foi et la raison

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chartreux
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Réponse à Alain Soral sur le marcionisme, la foi et la raison

#1 Message par chartreux » sam. 03 oct. 2020 15:46

Je viens de remarquer une vidéo d'Alain Soral d'il y a quelques mois. Dans cette vidéo, il y a un bref passage (de 12"51 à 13"44) auquel en tant que catholique il me semble utile de répondre. Je commence par retranscrire le passage en entier, et passe ensuite à une revue point par point.
Alain Soral a écrit : La vision traditionnelle de l'ancien Testament, que je rappelle : les traditionalistes valident entièrement l'ancien Testament. Ce qui me fait dire d'eux que ce sont des antisémites enjuivés, c'est-à-dire qu'ils sont d'une stérilité politique totale. Ca, on pourra en parler, hein ... En plus de nous faire ***** à nous traiter de marcionistes alors que moi, simplement, je ne veux pas discuter de théologie et je suis sur le terrain, plutôt, de la philosophie politique ... pour moi, la théologie n'est pas un sujet de discussion puisque ça a à voir avec la foi ... On croit ou on ne croit pas ... La Trinité n'est pas un concept ... Hein, je veux dire, on croit à la Trinité où on n'y croit pas ... Mais ce n'est pas un concept ... Donc, je n'ai rien à penser de cette question-là, et je ne veux pas en débattre ... Et d'ailleurs, je crois que dès que l'on veut justifier la foi par la raison, non seulement on raconte n'importe quoi, mais en plus c'est toujours la raison qui finit par chasser la foi ... C'est ce qui s'est passé à partir de la Renaissance, et c'est ce qui a détruit progressivement l'Église Catholique.
Alain Soral a écrit : La vision traditionnelle de l'ancien Testament, que je rappelle : les traditionalistes valident entièrement l'ancien Testament. Ce qui me fait dire d'eux que ce sont des antisémites enjuivés, c'est-à-dire qu'ils sont d'une stérilité politique totale.
1) La position que AS rejette fait partie du magistère de l'Église (ce qu'il reconnaît lui-même à demi-mot en parlant de vision traditionnelle), qui avait force de loi au temps où l'Église était plus libre dans son action. Cela suffit déjà à établir la fausseté de son affirmation : AS prétendrait-il qu'au moyen-âge chrétien la question politique juive était traitée (par l'Église) moins efficacement qu'aujourd'hui ?

2) La position que AS soutient est fondée sur une sorte de manichéisme entre une déité "yahviste" et une autre "elohviste" (pour parler comme M. Guyénot et d'autres auteurs mis en avant par AS), ennemis jurés, nous dit-on, déjà depuis la rédaction de l'ancien Testament. Cette "absolutisation" d'un conflit n'est-elle pas propice à toutes sortes de débordements violents antisémites ou autres ? La politique de l'Église representée par la bulle Sicut Judaeis est bien plus modérée et sage.

3) La position que AS soutient, avec sa scission en deux de l'ancien Testament, est éminemment compatible avec la rumeur courante chez les musulmans que "la Bible a été falsifiée", et pour cette raison même c'est un outil de choix pour tous les prosélytes musulmans anti-chrétiens. C'est naïveté ou hypocrisie chez AS de ne pas voir qu'il donne des verges pour battre les chrétiens, qu'il prétend pourtant représenter en partie.
Alain Soral a écrit : Moi, simplement, je ne veux pas discuter de théologie ... je ne veux pas discuter de théologie et je suis sur le terrain, plutôt, de la philosophie politique ... pour moi, la théologie n'est pas un sujet de discussion puisque ça a à voir avec la foi ... On croit ou on ne croit pas ... La Trinité n'est pas un concept ...
Comme tant d'autres modernistes ou assimilés, AS envoie balader (ou croit pouvoir envoyer balader) la théologie dès qu'elle le gêne, même quand le sujet qu'il traite concerne éminemment la théologie.
Il semble procéder d'un purisme rationaliste : il suffit d'une petite goutte de foi pour tout contaminer, tout ce qui a à voir avec la foi n'est pas sujet de discussion ; il suffit que la théologie chrétienne contienne la Trinité pour que tout le reste soit contaminé, même des choses qui n'ont pas grand-chose à voir, comme le marcionisme.

Alain Soral a écrit : Et d'ailleurs, je crois que dès que l'on veut justifier la foi par la raison, non seulement on raconte n'importe quoi, mais en plus c'est toujours la raison qui finit par chasser la foi ...
L'expression justifier la foi par la raison manque de précision, on ne sait pas trop s'il s'agit de justifier toute la foi (et donc de réduire la foi à la raison, position rationaliste), ou bien d'harmoniser la raison et la foi (position catholique).

Ce n'est pas la raison qui chasse la foi, mais, une fois la foi perdue, la Déesse raison s'idolâtre elle-même pour finalement s'anéantir. Le naturalisme a produit l'aberrationnisme avec le freudisme, la théorie du genre, les divers totalitarismes etc.
Alain Soral a écrit : Et d'ailleurs, je crois que dès que l'on veut justifier la foi par la raison, non seulement on raconte n'importe quoi, mais en plus c'est toujours la raison qui finit par chasser la foi ... C'est ce qui s'est passé à partir de la Renaissance, et c'est ce qui a détruit progressivement l'Église Catholique.
Le rationalisme n'a pas commencé avec la Renaissance, même si elle l'a préparé. Et AS parle comme si l'Église n'avait pas toujours condamné le rationalisme.

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Abbé Zins
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Re: Réponse à Alain Soral sur le marcionisme, la foi et la raison

#2 Message par Abbé Zins » ven. 09 oct. 2020 11:34

Alain Soral a écrit :
Et d'ailleurs, je crois que dès que l'on veut justifier la foi par la raison, non seulement on raconte n'importe quoi, mais en plus c'est toujours la raison qui finit par chasser la foi ... C'est ce qui s'est passé à partir de la Renaissance, et c'est ce qui a détruit progressivement l'Église Catholique.

En m’en tenant à ce seul passage cité par Chartreux, on perçoit la grande ignorance d’A. S. en ces matières.

La fête de ce jour, celle de Saint Denis, ancien juge de l’Aéropage, devenu premier Evêque d’Athènes, puis de Paris après son envoi en Gaule par le Pape Saint Clément, suffirait pour dégonfler la baudruche gonflée ici par A. S.

La prédication de la Foi s’est heurtée dès le début à la philosophie grecque. Et c’est cette dernière qui a été vaincue.

Saint Justin a été un ancien philosophe avant de devenir Chrétien et de défendre devant le Sénat de Rome la Foi Chrétienne ; et il n’est pas le seul à l’avoir fait. Et à l'avoir fait au péril de sa vie : Saint Justin étant mort Martyr, selon son désir exprimé en cette sublime sentence qui est sienne : Praemium linguae fidelis, Martyrium.

De même, au Concile de Nicée, un philosophe venu faire des objections devant les Evêques réunis autour de l’Empereur Constantin, a été réfuté et converti là même par Saint Paphnuce qui, lors des persécutions, avait eu un oeil arraché et été condamné aux mines.

Sans compter toutes les réfutations d’objections et d’hérésies issues du rationalisme.

La Foi dépassant et transcendant la raison, mais ne la contredisant nullement en elle-même, et étant éminemment rationnelle ou raisonnable.

Aussi, A. S. n’a-t-il jamais dû ouvrir la Somme Théologique de Saint Thomas, remplie de raisonnements, de démonstrations, de réponses à une quantité quasi indénombrable d’objections, et pas non plus son Contra Gentiles, qui est précisément une réponse et réfutation des arguties philosophiques antiques véhiculées par Avicenne et Avéroès, et les païens.

La dite Renaissance, n’a été rien d’autre que celle du retour de l’esprit du paganisme dû au relâchement d’une partie des Chrétiens, à un affadissement de la Foi et de l’Espérance, et au retour à la triple concupiscence dénoncée par l’Apôtre Saint Jean (I J 2,16) : celle de l’orgueil, des désirs de satisfactions immédiates des biens terrestres et des instincts bestiaux et charnels. Or il est connu qu’il est plus facile de se laisser aller sur une pente descendante que de continuer à monter.

Quant à son rejet aveugle de l’Ancien Testament, il suffit de lire les sept volumes de ma collection Consummatum Est sur les multiples Prophéties de l’Ancien Testament réalisées par Notre Seigneur Jésus-Christ durant tout Son transit ici-bas et par la Sainte Eglise depuis la Pentecôte et ses suites pour en percevoir l’immense inanité.

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