La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils

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Re: La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils

#51 Message par InHocSignoVinces » lun. 08 nov. 2021 12:31

Mais pour être ainsi les temples de Dieu,
comme parle saint Paul : « Ne savez-vous pas
que vous êtes le temple de Dieu, et que l’esprit
de Dieu habite en vous »
(I Cor., iii, 16), l’âme
chaste comprend qu’elle doit faire une guerre à
mort à la concupiscence. Elle entend la recom-
mandation de l’Apôtre : « Ceux qui sont au
Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et
ses concupiscences »
(Gal., v, 24), et les suppli-
cations du Psalmiste : « Créez en moi un cœur
pur, ô mon Dieu ; délivrez-moi des sugges-
tions de la chair et du sang »
(Ps. L, 12, 16). Elle
sait combien la vertu court de dangers dans le
monde, et elle appelle Jésus à son secours,
avec cette ardeur que donne l’évidence du péril,
et peut-être hélas ! le souvenir amer de la chute :
« Retirez-moi de la fange ; que je n’y demeure
pas enfoncé »
(Ps. LXVIII, 15).



S’armant de courage, elle prend le moyen le
plus énergique et le plus efficace de se conserver
chaste et pure, suivant le conseil de saint Paul :
« Je châtie mon corps et je le réduis en servi-
tude »
(I Cor., IX, 27).



Appelée à vivre dans la compagnie du Jésus
des vierges, sa vie tout entière doit être un hom-
mage à la pureté immaculée de son divin Epoux,
lequel doit en quelque sorte se refléter dans la
chasteté de son épouse. Mais Jésus rayonne et
inocule la vie, et saint Paul nous dit expressé-
ment qu’il n’y a que les âmes chastes qui vivent
vraiment : « Si vous vivez selon la chair, vous
mourrez ; mais si vous mortifiez par l’esprit les
œuvres de la chair, vous vivrez »
(Rom., VIII, 13).



Rien n’est susceptible d’élever et de transfor-
mer une âme comme la chasteté.
Saint Augustin
dit à bon droit : « Chacun est tel que son amour :
vous aimez la terre ? vous serez terre ; vous ai-
mez Dieu? vous serez Dieu ».
Et saint Paul avait
commenté à l’avance ces paroles, lorsqu’il di-
sait : « Ce que l’homme aura semé, il le recueil-
lera. Celui qui sème dans sa chair moissonnera
de la chair la corruption ; mais celui qui sème
dans l’esprit, moissonnera de l’esprit la vie éter-
nelle »
(Gal., VI, 8).



C’est pourquoi la chasteté tient une telle place
parmi les vertus, qu’elle les embellit toutes et
qu'elle leur est indispensable. Saint Grégoire a
raison de dire que « toutes les autres vertus sont
nulles, si elles ne sont approuvées par le témoi-
gnage de la chasteté».
Une âme chaste appartient
plus au ciel qu’à la terre. Elle pratique les ver-
tus dans un détachement et une liberté qui ne
sont connus que des âmes pures ; ses aspirations
la portent d’instinct vers les hauteurs, et elle
tend à monter toujours, selon l’expression du
même saint : « Ceux-là volent vers Dieu, qui ne
touchent pour ainsi dire pas à la terre, parce
qu’ils n’y désirent rien ».
C’est ce qui fait égale-
ment dire à saint Bernard que « la chasteté est
une vertu qui représente ici-bas et dans cette vie
mortelle l’état glorieux de l’immortalité ».



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#52 Message par InHocSignoVinces » jeu. 11 nov. 2021 16:00

Les Pères, les Docteurs et les saints ont tous
à l’envi proclamé l’excellence, la beauté et la su-
blimité de la chasteté ; et le plus bel éloge qu’ils
en ont fait, c’est de lui décerner un caractère
plutôt angélique qu’humain. En effet, les vierges
vivent dans un corps mortel comme les anges
qui sont de purs esprits ; la mortification absolue
des sens ne les fait vivre que par l’esprit, et leur
cœur se nourrissant de l’amour unique de Dieu,
ils se nourrissent de lui comme le font les esprits
angéliques. « La chasteté, dit saint Augustin, est
une vertu angélique, elle unit l’homme au ciel et
le fait concitoyen des anges ».



Thomas a Kempis va jusqu’à dire qu’au ciel
les anges et les vierges sont élevés à la même
dignité : « Celui qui mène une vie chaste sur la
terre, dit-il, mérite d’être mis au rang des anges
dans le ciel ».
Et le grand saint Bernard, dans
un parallèle entre la chasteté virginale et la
chasteté angélique, ne craint pas d’exalter la
première à cause de son plus grand mérite :
« L’homme chaste et l’ange diffèrent l’un de l’au-
tre par la félicité, mais non par la vertu ; si la
chasteté de l’ange est plus heureuse, celle de
l’homme témoigne d’un plus grand courage ».



Si la chasteté est si excellente et si agréable à Dieu, comme le dit saint Cyprien : « La pureté est à elle-même son plus bel ornement, elle nous rend agréable à Dieu et nous unit à Jésus-Christ », quelle ne sera pas sa récompense ! Dès cette vie, elle procure des joies ineffables et elle remplit l’âme de délices toutes divines : « O chasteté, s’écrie saint Ephrem, tu remplis de félicité le cœur qui te possède et tu es les ailes de l’âme qui s’élève aux cieux ».


La félicité éternelle consistera dans la vision
de Dieu ; le bonheur du temps doit être calqué
sur celui de l’éternité, et c’est pourquoi rien n est
désirable et précieux ici-bas comme de connaître
Dieu et d’en jouir. Or, la pureté d’une manière
générale, et la chasteté plus particulièrement,
nous assurent cette grâce incomparable, selon
la parole de Jésus Lui-même : « Bienheureux
ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront
Dieu »
(Mat., v, 8). Saint Augustin commentant
ce passage, fait cette comparaison : « De même
que la lumière du soleil ne peut être vue que
par des yeux purs, ainsi Dieu ne peut être vu
que par une âme pure ».



Avec quelle ardeur l’âme religieuse ne doit-elle pas,
dès lors, embrasser l'étât de virginité,
et se montrer toujours délicatement fidèle à ob-
server son vœu de chasteté ! Tous les moyens
capables de la garder chaste doivent être em-
ployés, sans en négliger aucun ; car cette vertu
est fragile, et si la simplicité de la colombe en
est le symbole, la prudence du serpent en est la
sauvegarde. Mais de tous les moyens il n’en est
pas de plus puissant que l’amour. C’est l’amour
qui donne à Jésus les vierges, c’est l’amour qui
les Lui garde fidèles.
« La chasteté, dit saint
Bernard, sans la charité, est une lampe sans
huile ; ôtez l’huile, la lampe ne luit plus ; ôtez
la charité, la chasteté ne plaît plus à Dieu. »



Aimer assez Jésus pour se contenter de Lui, embrasser la chasteté pour n’aimer que Lui : voilà l'unique ambition et l’incomparable bon-heur des âmes qu’enchaînent les doux liens de la vocation religieuse.


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Re: La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils

#53 Message par InHocSignoVinces » dim. 14 nov. 2021 12:40

4.Le vœu d*obéissance.


Il est une troisième chaîne d’amour qui lie
l'âme religieuse à Jésus et la consacre pour ja-
mais à son service : c’est le vœu d’obéissance.
C’est beaucoup de donner à Jésus les biens de
la fortune et les biens du corps, mais ce n’est
pas assez. Tant que l’homme reste maître de sa
liberté et de sa volonté propre, il n’est pas tota-
lement donné et livré. Se possédant en propre,
il peut encore disposer de lui-même, avoir des
préférences et les satisfaire, former des plans et
les réaliser, exprimer des désirs et les suivre, en
un mot, apprécier les choses d’après son sens
propre, agir et vivre à sa guise.



Il en est qui font volontiers le sacrifice de tout
le reste, pourvu qu’ils conservent leur liberté ;
et l’on voit même de pauvres gueux en haillons
et sans aucune satisfaction sur cette terre, qui
ne se croient pourtant pas malheureux, parce
qu’au moins ils sont libres et qu’ils peuvent faire
ce qu’ils veulent.



Saint Thomas a raison de dire que « l’homme
n’aime rien tant que la liberté de sa volonté ».
Et
c’est ce qui explique pourquoi tant d’âmes hési-
tent devant ce sacrifice de la vocation religieuse.



Pourtant, c’est la volonté propre qui est la
cause de tant d’erreurs et de chutes, et qui perd
les âmes. « L’homme ne devient esclave de ses
passions que par la volonté propre »,
dit encore
saint Thomas. L’homme est fait pour se sou-
mettre à Dieu ; aussi s’éloigne-t-il de lui dans la
mesure où il se gouverne lui-même et suit les
penchants de sa nature. C’est ce qui fait dire à
saint Laurent Justinien que «la volonté propre
est l’ennemie jurée de Dieu ».



Avec quel empressement, dès lors, les âmes
appelées à l’état religieux ne doivent-elles pas
embrasser la vie d’obéissance ! Qu’elles consi-
dèrent, à vrai dire, comme n’ayant rien donné
au Seigneur, tant qu’elles ne se sont pas livrées
elles mêmes, en enchaînant leur volonté propre.

«Il est bien plus glorieux, dit saint Bonaventure,
de renoncer à sa volonté qu’à ses richesses, »
Et
cette gloire, elles la doivent désirer pour l’hon-
neur de leur Maître, à qui seul elles appartien-
nent sans retour.



Donner sa volonté, c’est donner presque sa
vie, parce que c’est donner ce à quoi l’on tient le
plus, et c’est se réduire, par amour pour Jésus,
à un quasi état de mort. Voilà pourquoi saint
Jean Climaque dit que « l’obéissance est le sé-
pulcre de la volonté, car on ne résiste plus, on
ne discerne plus quand on est mort ».



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Re: La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils

#54 Message par InHocSignoVinces » mar. 16 nov. 2021 12:02

Cette supériorité du vœu d’obéissance sur les
deux autres vœux est indiscutable.
« De tous les
vœux de religion, dit le Docteur angélique, le
vœu d’obéissance est le principal ; c’est par lui
que l’homme offre à Dieu sa volonté tout entière,
bien plus excellente que tous les biens du corps
et de la fortune. »
C’est également pour cela qu’il
est dit dans nos Saints Livres que « l’obéissance
vaut mieux que tous les sacrifices »
(I Rois, xv, 22);
passage que saint Grégoire explique comme suit :
« Le prophète s’exprime ainsi, parce que le sacri-
fice des victimes est l'immolation d'une chair
étrangère, tandis que l'obéissance est l'immola-
tion de la volonté propre ».



Rien d'étonnant, après cela, que « l'homme
obéissant ne connaisse et ne remporte que des
victoires »,
suivant ce qui est dit dans les Pro-
verbes (xxi, 28), et qu'il vole dans la voie de la
perfection, car, selon saint Ephrem, «plus on
s’efforce de maîtriser et d'anéantir sa volonté
propre, plus on avance dans la perfection ».



Les docteurs et les auteurs de la vie spiri-
tuelle voient dans l'obéissance le moyen le plus
efficace de parvenir à la sainteté. Saint Bonaventure
la fait consister tout entière dans cette
vertu : « Toute la perfection de la religion, dit-il,
consiste dans l'abnégation de la volonté propre».

Cela s’explique en ce que, comme dit saint Ber-
nard, « lorsque nous nous soumettons, nous
nous domptons nous-mêmes au fond du cœur ».

Saint Vincent Ferrier va jusqu'à dire que le mar-
tyre seul l'emporte en mérite sur la vie d’obéis-
sance : « Après le martyre, ce qu'il y a de plus
méritoire, c’est d'entrer en religion et de renon-
cer pour Dieu à sa volonté propre ».



Ce renoncement à la volonté propre par la
pratique de l'obéissance, est vite récompensé,
car il procure à l'âme une grande liberté et un
précieux soulagement. N’ayant plus à se diriger
elle-même, elle ne connaît plus les hésitations
et les anxiétés du doute et de l'indécision. Au-
paravant, la responsabilité lui pesait souvent ;
maintenant elle en est soulagée. Saint Laurent
Justinien dit à bon droit qu’ « il se débarrasse
d’un lourd fardeau celui qui renonce à sa vo-
lonté propre ».



C’est le Seigneur qui, en quelque sorte, porte
l’âme ainsi dépouillée d’elle-même, et qui l’éta-
blit dans une grande sécurité, en la confiant
aux représentants de son autorité dans les Supé-
rieurs qu’il lui donne. Saint Jean Climaque dit
justement : « Vivre dans l’obéissance n’est autre
chose que déposer son fardeau sur les épaules
d’autrui, nager avec le soutien d’une main étran-
gère, être porté sur les eaux afin de ne pas se
noyer, et traverser sans danger, par la voie la
plus courte et la plus commode, le grand et
périlleux océan de la vie ».



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Re: La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils

#55 Message par InHocSignoVinces » jeu. 18 nov. 2021 11:22

Forte de son abnégation totale, l’âme qui fait
le vœu d’obéissance n’a plus rien qui la retienne
sur la terre ; et c’est pourquoi elle s’élève sans
cesse vers le ciel. C’est à Jésus qu'elle a tout
donné, c’est à Jésus qu'elle appartient. Tout
l’attire vers Lui ; elle Le cherche sans cesse et
elle Le trouve. Jésus est descendu du ciel pour
faire la volonté de son divin Père ; elle, elle
monte au ciel par la même voie, c’est-à-dire,
non en faisant sa volonté, mais celle de Jésus
à laquelle elle a enchaîné la sienne. C'est ce qui
fait dire, d'une façon imagée, à saint Bonaventure,
que « l'obéissance est comme un oiseau qui
vole avec ses deux ailes, l'aile de la pauvreté et
l'aile de la chasteté, se dirigeant vers les cieux ».



Cette fusion de la volonté de l'homme dans
celle de Dieu, établit entre eux des rapports
d'une douceur et d'une intimité inexprimables ;
et c’est pourquoi l'auteur de l'Imitation, laissant
parler Jésus, recommande si instamment la per-
fection de l’obéissance : « Mon fils, quittez-vous
et vous me trouverez ; autrement, comment
pourriez-vous être à moi et moi à vous, si vous
ne vous dépouillez pas, au dedans et au dehors,
de toute volonté propre ? »



Mais s’il est vrai qu'aucune vertu n'est réelle
sans la charité, comment le don total de soi-même,
par le sacrifice de sa liberté et de sa vo-
lonté, pourrait-il exister, se maintenir et se per-
fectionner, sans un amour ardent pour Jésus?
Le seul vrai et efficace moyen d'aller jusqu’à cet
héroïsme de la vertu et d'y vivre, c'est d'aimer.
On ne fait le sacrifice de tout ce que l'on aime
que quand on a au cœur un autre amour plus
fort qui réclame cet holocauste ; et les obéissants
ne peuplent les cloîtres que parce que l’amour
du divin Crucifié les a ravis et réduits à l’état
de victimes.



L'apôtre saint Pierre fait clairement entendre
que l’obéissance est inséparable de l’amour,
quand il dit : « Rendez vos âmes pures par une
obéissance d’amour »
(I Pier., I 22). Non seule-
ment l’amour donne la mesure de l’obéissance,
selon ce que dit saint Ambroise : « Personne
n’obéit mieux que celui qui obéit par amour »
;
mais il n’y a que ceux qui aiment qui obéissent
vraiment : « Celui qui aime, dit-il encore, fait
volontairement ce qui lui est commandé ; au
contraire, celui qui craint, n’obéit que par né-
cessité ».
En même temps que l’amour rend
l’obéissance douce et fait obéir de bon cœur,
d’après le Pape saint Léon : « L’amour de l’obéis-
sance adoucit l’ordre d’obéir ; on n’obéit plus par
une dure nécessité, dès qu’on aime ce qui est
prescrit »
; l’amour est l’unique moyen de la ren-
dre glorieuse et agréable à Dieu. «Il n’appartient
qu’à la charité de rendre l’obéissance agréable
et acceptable à Dieu »,
dit saint Bernard.



L’obéissant n’a qu’à jeter les yeux sur son di-
vin Modèle pour comprendre jusqu’à quel point
Dieu se complaît dans les âmes obéissantes et
quelle récompense il leur réserve. Parce que
Jésus « s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la
mort de la croix, Dieu l’a exalté et lui a donné un
nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au
nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel,
sur la terre et dans les enfers»
(Phil., II, 8-10).



Mais si notre divin Sauveur est allé si loin dans
l’obéissance, qu’il a sacrifié sa vie, c’est parce
qu’il aimait sans mesure son divin Père et qu’il
faisait sa nourriture de sa sainte et adorable
volonté.



Que ceux qui embrassent l’état religieux et
se lient par le vœu d’obéissance, aient toujours
devant les yeux l’obligation sacrée qu’ils con-
tractent d’aimer assez Jésus pour vivre libres
et abandonnés à son bon vouloir manifesté par
leurs supérieurs, suivant la recommandation de
l’Apôtre : « Obéissez à ceux qui sont placés à
votre tête et soyez-leur soumis»
(Hébr., XIII, 17),
et qu’ils mettent tout leur zèle à mourir à eux-mêmes,
afin de trouver le bonheur et la paix
dans leur obéissance d’amour, comme le leur
promet le prophète Isaïe, quand il dit : « Si vous
évitez de faire votre volonté et si vous l’oubliez,
vous vous réjouirez dans le Seigneur »
(Is., LVIII,
13, 14).



Puissent-ils dire, à l’exemple de ce saint soli-
taire sur le point d’expirer, comme nous le lisons
dans la vie des Pères du désert : « Je meurs con-
tent, parce que je n’ai jamais fait ma volonté ».



Mourir à soi-même, pour que Jésus seul vive
dans notre volonté : voilà le triomphe de l’obéis-
sance parfaite !



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#56 Message par InHocSignoVinces » sam. 20 nov. 2021 11:34

CHAPITRE DIXIÈME - Objections et préjugés contre la Vocation Religieuse


Nous ne parlons pas ici des objections soule-
vées par les incroyants, les mauvais catholiques
et les mondains, lesquels ne comprenant rien
aux choses surnaturelles, ne peuvent en aucune
manière formuler une appréciation judicieuse
en une pareille matière ; aussi n’y a-t-il aucune
attention à prêter à leurs réflexions.



Nous voulons parler des objections qui ont
plus ou moins cours parmi les gens qui font pro-
fession de religion, et même qui appartiennent
à ce qu’on appelle le monde pieux. Il n’est pas
rare de rencontrer, dans ces milieux, des incons-
cients remplis de préjugés et même des adver-
saires réfléchis de la vocation religieuse. Les
âmes qui se sentent appelées à la vie religieuse
peuvent en être impressionnées et se laisser
tromper ; surtout si ces oppositions viennent de
personnes qui par leur qualité ou leur état exer-
cent une certaine autorité.



Nous ne pouvons mettre les âmes trop en
garde contre l’influence de ces principes per-
nicieux qui tendent à détruire la pratique des
conseils évangéliques dans la sainte Eglise de
Dieu.


Nous nous contentons d’indiquer ici les objec-
tions les plus ordinaires.


Première objection.On peut se sauver
aussi bien dans le monde que dans la vie re-
ligieuse.


Oui, si on y est à sa place, chacun ayant les
grâces de son état pour assurer son salut éternel.

Non, si on est appelé à une vie plus parfaite.
D’abord on ne peut pas s’y sauver aussi facilement, puisque de nombreuses grâces destinées
à son salut se trouvent dans une autre voie que l’on n’a pas suivie et qui, faisant défaut, peuvent exposer à des infidélités telles que le salut en soit compromis.


La vocation comprend tout un ensemble de
dons surnaturels et de considérations person-
nelles ayant trait au tempérament physique,
moral et spirituel, qui réclame un milieu appro-
prié et que l’on ne peut impunément changer de
théâtre et d’atmosphère. A chaque plante il faut
donner un terrain approprié, sinon elle s’étiole
et se dessèche.


Comment supposer qu’une âme qui a des aspirations de solitude plus grande, de prière plus assidue, de vie plus parfaite, puisse trouver dans le monde les secours correspondant à ces dons de la grâce ? Saint Cyprien dit avec raison que « l’assistance du Saint-Esprit nous est communiquée selon l’ordre et la disposition de Dieu, et non selon notre caprice ». C’est donc avant tout et uniquement la volonté de Dieu qu’il faut consulter dans l’affaire de sa vocation. Et si Jésus appelle à renoncer à tout, il ne faut pas se faire des réserves ; s’il invite à se séparer du monde et à se rapprocher de Lui, il ne faut pas prétendre qu’en ne répondant pas à ses avances, l’on puisse quand même se conserver aussi fidèle à son service.


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Re: La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils

#57 Message par InHocSignoVinces » lun. 22 nov. 2021 11:42

« Il en est plusieurs, dit le Pape saint Grégoire,
qui ne peuvent en aucune manière se sauver,
s’ils ne renoncent à tout. »
C’est aussi la doctrine
de saint Alphonse de Liguori, dans sa théologie
morale. « II ne paraît pas douteux, dit-il, qu’ils
n’exposent fort leur salut, ceux qui étant cer-
tains d’être appelés à la vie religieuse, s’efforcent
de se persuader qu’en restant ou en rentrant
dans le siècle, ils pourront se sauver aussi faci-
lement qu’en religion. »
Ailleurs, il développe
ainsi la même pensée :
« Remerciez le Seigneur
de vous avoir, invité à le suivre ; mais tremblez,
si vous ne correspondez pas à cette grâce privi-
légiée. Lorsque Dieu vous appelle à le servir de
plus près, c’est un signe qu’il veut votre salut ;
mais il veut que vous vous sauviez par la seule
voie qu’il vous a lui-même indiquée et choisie.
Si vous prétendez vous sauver par celle de votre
propre choix, vous vous mettez en grand danger
de vous perdre ; car en restant dans le siècle
tandis que Dieu vous veut en religion, vous se-
rez privé des secours efficaces qu’il vous avait
préparés dans sa maison, et, sans ce secours,
vous ne vous sauverez point. »



Pratiquement, dans une affaire de cette impor-
tance, allons au plus sûr. Ne nous exposons, à
aucun prix, à nous créer des inquiétudes angois-
santes et des remords éternels.



Nous pourrions ajouter une dernière considé-
ration, de grande valeur pour une âme qui tient
à être fidèle à son Dieu. Lors même qu’en toute
rigueur l’on pourrait se sauver indistinctement
dans le monde et dans le cloître, lorsqu’il est
constaté qu’il y a appel à la vie religieuse, il vau-
drait toujours mieux faire son salut là où Dieu
nous veut que là où il ne nous veut pas.



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Re: La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils

#58 Message par InHocSignoVinces » mer. 24 nov. 2021 11:36

Deuxième objection.Il est bon de connaître
le monde, avant d'entrer en religion.



Ceux qui tiennent un pareil langage ne réflé-
chissent pas à ce qu’il y a d’illogique et d’insensé
dans leurs maximes ; comme si l’on se mettait
dans le feu, pour expérimenter que le feu brûle ;
comme si l’on goûtait au poison, pour savoir
qu’il nous est nuisible.



On ne raisonne pas habituellement ainsi,
quand il s’agit d’éviter un mal physique ou de
fuir une contagion, ou de compromettre sa for-
tune. N’y a-t-il pas lieu, au contraire, d’apporter
plus de soin encore pour préserver les âmes de
la contagion du péché ?



Qu’aura-t-on gagné quand une âme se sera
brûlé les ailes, qu’elle aura perdu son inno-
cence, qu’elle se sera rempli l’imagination de
représentations malsaines, qu’elle aura fourni à
sa mémoire une réserve de mauvais souvenirs,
et qu’elle conservera pour la vie l’empreinte des
séductions du monde qui l’auront peut-être un
moment séduite ?



Qui donc pourrait avoir la légèreté de compromettre
ainsi le salut d’une âme, sous prétexte
que sa vocation sera plus éprouvée lorsqu’elle
connaîtra le bien et le mal, lorsqu’elle pourra
établir des comparaisons quasi expérimentales
entre le péché et la vertu, entre les attraits trom-
peurs du monde qui ont pourtant des charmes et
les austérités du cloître qui ne parlent que de sa-
crifice ? Est-il nécessaire de tant savoir, lorsque la
connaissance devient un danger ? Ne vaut-il pas
infiniment mieux se hâter de fuir pour échapper
au péril et s’empresser de donner à Jésus une
âme neuve en qui II prendra ses complaisances ?



Ecoutez ce qu’écrivait saint Jean Chrysostome à
une mère imprudente et inexpérimentée :
« C’est précisément parce que votre fils est jeune
et faible, qu’il a besoin de moins s’exposer et de
s’entourer de plus de moyens de défense... Vous
agissez à rebours, vous voulez attirer dans la
mêlée du monde ceux qui, à raison de leur âge,
de leur faiblesse, de leur inexpérience, ont plus
à redouter les périls du combat ? »



La conséquence de semblables principes est
inévitable : la majorité de ceux que l’on voudrait
ainsi exposer au danger, succomberaient. Et ce
qu’il y a de plus douloureux, c’est que souvent
ceux qui s’exposent de la sorte tombent dans les
plus grands désordres et demeurent dans l’état
lamentable du péché. Saint Thomas condamne
une semblable pratique et en montre l’illogisme.

« A celui, dit-il, qui pour l’amour du Christ veut
embrasser la pauvreté, qui oserait conseiller de
vivre d’abord dans les richesses, en observant
les lois de la justice, comme si la possession des
richesses préparait à la pratique de la pauvreté,
quand, au contraire, elle y apporte un obsta-
cle ?... Faudra-t-il dire à un jeune homme : Vivez
dans la compagnie des personnes de sexe diffé-
rent ou des libertins, afin de vous exercer ainsi
à la chasteté que vous garderez ensuite en reli-
gion, comme s’il était plus facile de pratiquer
cette vertu dans le monde que dans le cloître ?...
Ceux qui prônent une telle doctrine sont sem-
blables aux généraux qui exposeraient d'abord
aux plus rudes combats les jeunes gens qui dé-
butent à peine dans la carrière militaire. »



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Re: La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils

#59 Message par InHocSignoVinces » ven. 26 nov. 2021 12:04

Troisième objection.Il est utile d’essayer ses forces et de s’appliquer à observer les préceptes avant de pratiquer les conseils.


Ce raisonnement aurait une apparence de vé-
rité, si les conseils s’observaient distinctement
et indépendamment des préceptes; mais il n’en
est pas ainsi, puisque la pratique des conseils ne
va pas sans l’observance des préceptes. En effet,
comment se rendre à l’invitation de Jésus propo-
sant à l’âme une vie plus parfaite, et négliger en
même temps les devoirs essentiels qu’il impose ?



Mais là n’est pas directement le sens de l’ob-
jection. On prétend qu’avant de prendre de plus
grands engagements, l’on doit s’exercer à se
maintenir fidèle à des devoirs moindres. Ceux
qui raisonnent ainsi, tiendraient-ils le même
langage si, dans un commerce quelconque, il
s’agissait de gagner tout d’un coup une somme
considérable ; voudrait-on la sacrifier pour se
contenter d’une moindre ?



Rien ne justifie ce principe qu’il faille avancer
graduellement dans la pratique des vertus, pas
plus que dans le gain des choses temporelles.

Lorsqu’il s’agit du salut et de la sanctification,
il est sage d'employer tous les moyens qui s'of-
frent à nous pour en assurer le succès.
Or, une
âme qui se sent appelée à la vie religieuse, se
tromperait si elle se contentait pour un temps
de pratiquer les devoirs généraux, sous prétexte
qu'elle sera ensuite plus fidèle aux devoirs spé-
ciaux de sa vocation.



Le Docteur angélique, après avoir posé le
principe « qu'il ne faut pas que celui qui veut
arriver à un état supérieur commence par un
état moindre ; par exemple, qu'il n’est pas né-
cessaire que celui qui veut être clerc s’exerce
dans la vie laïque »,
en fait l'application à la
vie religieuse : « Quoique l’observation des pré-
ceptes prise en général précède les conseils dans
l'ordre de la nature, il n’est pas pour cela néces-
saire qu’elle les précède selon le temps. Il n’est
donc pas nécessaire que l'on observe les pré-
ceptes dans le siècle avant d’entrer en religion,
surtout parce que la vie du siècle ne dispose pas
à la vie religieuse, mais qu’elle l’entrave plutôt ».

« L’habitude de la vie du monde, dit-il encore,
crée à l’homme un obstacle pour l'observation
des conseils ».



Il ne faut pas oublier que toute la perfection,
comme toute la vie chrétienne, repose sur la cha-
rité. Vouloir être plus parfait, c'est vouloir ai-
mer davantage ; aspirer à la vie religieuse, c'est
aspirer à un amour plus grand.
Serait-il admis-
sible, dès lors, qu’on veuille demeurer dans un
état d’amour moindre, comme si on était plus sûr
qu’après cela on arriverait à un degré d’amour
supérieur ? Saint Thomas traite cela d’imbécilité :
« Qui donc, dit-il, est assez sot pour arrêter
quelqu’un qui veut aimer Dieu et le prochain
parfaitement, et l’obliger de s’exercer aupara-
vant à une charité moins parfaite ?... Y a-t-il lieu
de craindre que l’homme n’en vienne trop tôt à
un amour parfait pour Dieu ? »



Concluons donc, avec le Docteur angélique :
« qu’il est ridicule de prétendre qu’il faut écarter
de la vie religieuse ceux qui ne se sont pas exer-
cés à la pratique des préceptes ».
« En sorte que,
entrer en religion, c’est avantageux non seule-
ment à ceux qui sont exercés dans la pratique
des préceptes, afin de les conduire à une plus
grande perfection, mais encore à ceux qui n’y
sont pas exercés, afin qu’ils évitent plus facile-
ment le péché et acquièrent la perfection ».



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Re: La Vocation Religieuse - Réflexions et Conseils

#60 Message par InHocSignoVinces » sam. 27 nov. 2021 19:15

Quatrième objectionOn ne peut entrer en religion, si les parents s’y opposent.


Si l’opposition des parents provient de leur
état d’extrême pauvreté qui crée à l’enfant une
nécessité de les assister, il y a là un devoir de
droit naturel dont l’Eglise tient tellement compte
qu’elle en fait un empêchement canonique pour
entrer en religion. Encore faut-il que cette néces-
sité des parents soit bien avérée ; sans quoi l’en-
fant n’est pas tenu en conscience de les écouter.

Saint Thomas dit à ce sujet : « Si les parents ne
sont pas réduits à un état tel qu’ils aient un
grand besoin de leurs enfants, ceux-ci peuvent
entrer en religion, et même contre leur gré,
parce que, après l’âge de puberté, tout homme
est libre pour ce qui regarde le choix d’un état,
surtout en ce qui appartient au service de Dieu.»



Si cette opposition se manifeste plutôt sous
forme d’avis et de conseil, il n’y a pas lieu de
s’en inquiéter. L’enfant, par déférence, pèse les
motifs de l’intervention paternelle ou maternelle,
mais conserve toute sa liberté.



Mais les parents n’ont pas le droit de s’opposer
formellement à la vocation religieuse de leurs
enfants, leur autorité ne va pas jusque-là. Il est
ici question d’affaires d’âmes qui regardent le
salut éternel et l’accomplissement des volontés
divines ; c’est un terrain sur lequel le droit na-
turel n’autorise pas les parents à entrer. Ils ne
peuvent donc prétendre pouvoir s’ingérer avec
autorité dans ces choses de conscience ; mais,
s’ils sont chrétiens, ils doivent plutôt favoriser
la liberté spirituelle de leurs enfants. Qu’ils ré-
fléchissent au mal énorme qu’ils leur feraient,
s’ils parvenaient, par leur opposition, à les dé-
tourner de leurs saintes résolutions et à les
maintenir dans un état qui ne serait pas celui
que Jésus leur a destiné, et où, par conséquent,
ils seraient exposés à se perdre. Qu’ils entendent
ici les paroles terribles lancées contre eux par
saint Bernard : « O père dur, ô mère dénatu-
rée ! Parents cruels et aux entrailles sans pitié !
vous n’êtes pas des parents, mais des bourreaux,
vous qui mettez votre douleur à voir le salut
de votre fils, et votre consolation à le voir se
perdre ».



Les enfants, tout en conservant pour leurs pa-
rents le respect et l’amour qui leur sont dûs,
doivent se tenir en garde contre ces influences
humaines et par trop naturelles, et considérer la
question de leur vocation dans l’unique lumière
de la volonté divine. Saint François de Sales les
en avertit en ces termes : « Vous avez tort d’ap-
peler volonté de Dieu les empêchements qui sont
mis à l’exécution de cette aspiration, et pouvoir
de Dieu, le pouvoir de ceux qui vous empêchent
de le réaliser... Si, en l’affaire de votre vocation,
vous voulez croire ceux que Dieu vous a donnés
pour guides dans les choses domestiques et tem-
porelles, vous vous trompez vous-même, puisqu’en
ces choses ils n’ont point d’autorité sur
vous ».
Et il ajoute judicieusement que « s’il fal-
lait écouter les avis des parents, la chair et le
sang, en pareille matière, il se trouverait peu de
gens qui embrasseraient la perfection de la vie
chrétienne ».



A SUIVRE...

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