Quelques fiorettis du Grand Patriarche d'Assise

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Alexandre
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Quelques fiorettis du Grand Patriarche d'Assise

#1 Message par Alexandre » ven. 08 avr. 2022 11:30

Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ crucifié et de sa mère, la Vierge Marie, on a réuni dans ce
livre, comme autant de petites fleurs, les miracles et les pieux exemples du glorieux pauvre en
Jésus-Christ, saint François, et de quelques-uns de ses très saints compagnons, le tout à la louange
du Christ Jésus.
« PREMIEREMENT, il faut considérer que le glorieux saint François, dans tous les actes de sa vie,
fut conforme au Christ béni. Comme le Christ, au commencement de sa prédication, appela douze
apôtres à mépriser toute chose de ce monde, et à le suivre dans la pauvreté et dans les autres vertus ;
ainsi, saint François, dès le commencement de son Ordre, se choisit douze compagnons, possesseurs
de la sublime pauvreté.
Et, comme un des douze apôtres, qui s’appelait Judas Iscariote, apostasia, trahissant le Christ, et se
pendit lui-même par la gorge, ainsi un des douze compagnons de saint François, qui eut nom frère
Jean de la Chapelle, apostasia, et finalement se pendit lui-même par la gorge ; et ceci doit être pour
les élus un grand exemple et un grand sujet d’humilité et de crainte, s’ils considèrent que personne
n’est assuré de persévérer dans la grâce de Dieu jusqu’à la fin. Comme les saints apôtres parurent à
tout le monde merveilleux de sainteté, d’humilité et pleins du Saint-Esprit, ainsi les très pieux
compagnons de saint François furent tels, que, depuis le temps des apôtres jusqu’à nous, le monde
ne vit pas d’hommes si merveilleux et si saints.
En effet, l’un d’eux fut ravi jusqu’au troisième ciel,comme saint Paul ; et ce fut frère Gilles.
L’un d’eux, qui est frère Philippe le Long, eut des lèvres touchées par l’Ange avec le charbon
ardent, comme le prophète Isaïe.
L’un d’eux, qui fut frère Sylvestre, parlait avec Dieu comme fait un ami avec son ami, de la même
manière qu’autrefois Moïse.
Il y en eut un qui, par la pénétration de son intelligence, s’élevait d’un seul vol jusqu’à la lumière de
la science divine, comme l’aigle, figure de saint Jean l’évangéliste ; et ce fut le très humble frère
Bernard, lequel expliquait la sainte Ecriture avec une très grande profondeur.
Il y en eut un qui fut sanctifié de Dieu et canonisé dans le ciel, tandis qu’il vivait encore dans le
monde ; et ce fut frère Ruffin, gentilhomme d’Assise. . Et ainsi ils furent tous marqués du signe
privilégié de sainteté, comme la suite le fera voir."

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Alexandre
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Re: Quelques fiorettis du Grand Patriarche d'Assise

#2 Message par Alexandre » sam. 28 mai 2022 16:22

Ces Fiorettis mis en ligne sur ce site sont traduits par Frédéric Ozanam.

De frère Bernard de Quintavalle, premier compagnon de saint François.

Le premier compagnon de saint François fut frère Bernard d’Assise, qui se convertit de la manière
suivante. Saint François portait encore l’habit séculier, bien qu’il eût déjà rompu avec le monde, et
qu’il allât cherchant le mépris des hommes, tout mortifié par la pénitence, tellement que beaucoup
le prenait pour insensé. Il était donc honni comme fou et repoussé avec dégoût par ses parents et par
les étrangers qui lui jetaient des pierres et de la fange. Lui cependant passait au milieu de ces injures
et de ces mépris, patient comme s’il eût été sourd et muet.
Bernard d’Assise, qui était des plus nobles, des plus riches et des plus habiles de la cité, commença
à considérer sagement la conduite de saint François, son extrême mépris du monde, sa grande
patience à souffrir les injures, et comment, depuis deux années qu’il était en mépris et en horreur à
tous, il paraissait toujours plus ferme. Il commença donc à dire en lui-même : « Il ne se peut en
aucune manière que ce frère n’ait pas une grande grâce de Dieu. » ; la-dessus il l’invita le soir à
souper et à coucher, et saint François y consentit, soupa et coucha chez lui. Alors Bernard se promit
dans son coeur de contempler la sainteté de son hôte : il fit donc préparer un lit dans sa propre
chambre, où une lampe brillait toute la nuit.
Or saint François, pour cacher sa sainteté, aussitôt qu’il fut entré dans sa chambre, se jeta sur le lit, et fit semblant de dormir. Bernard de même, après peu de temps se coucha et commença à ronfler fort, comme s’il dormait profondément ; en sorte que
saint François, croyant vraiment que Bernard dormait, se leva au moment du premier sommeil et se
mit en oraison, levant les yeux au ciel, et avec une très grande dévotion et ferveur il disait : « Mon
Dieu ! mon Dieu !, et, disant ceci, il pleurait beaucoup, et il resta jusqu’au matin répétant
toujours : « Mon Dieu !, mon Dieu ! », et rien de plus.
Or, saint François parlait ainsi en
contemplant et admirant l’excellence de la majesté divine, qui daignait prendre pitié du monde
périssant, et qui voulait guérir et sauver l’âme du pauvre François, et, par son moyen, celles de
beaucoup d’autres. C’est pourquoi, éclairé de l’Esprit-Saint, qui est un esprit prophétique, prévoyant
les choses que Dieu devait faire par lui et par son Ordre, et considérant son insuffisance et son peu
de vertu, il priait et conjurer Dieu de vouloir bien, par sa bonté et sa toute puissance, sans laquelle la
fragilité humaine ne peut rien, suppléer, aider et accomplir ce qu’il ne pouvait par lui-même.
Bernard donc, voyant à la lumière de la lampe les pieux transports de saint François, et considérant
avec dévotion les paroles qu’il entendait, fut touché de l’Esprit-Saint, et inspiré de changer de vie ;
et, le matin venu, il appela saint François et lui dit : « Frère François, je suis tout disposé dans mon
coeur à quitter le monde et à t’obéir en tout ce que tu me commanderas. »
A ces mots, saint François se réjouit en esprit et dit : « Bernard, ce dont vous parlez est une œuvre si
grande et si difficile, qu’il en faut demander conseil à Notre-Seigneur Jésus-Christ, et le prier qu’il
lui plaise de nous montrer sur ce point sa volonté, et de nous enseigner comment nous pourrons la
mettre à exécution. Allons donc ensemble à l’évêché, où est un bon prêtre : nous ferons dire une
messe, puis nous resterons en oraison jusqu’à tierce, priant Dieu de nous manifester la voie qu’il lui
plait que nous choisissions, et pou cela nous ouvrirons le missel jusqu’à trois fois... »

A suivre…

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