Opinionisme, complicité d’hérésie et rejet des sacrements : critique d’un raisonnement

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Opinionisme, complicité d’hérésie et rejet des sacrements : critique d’un raisonnement

par Robin C. » lun. 11 mai 2026 9:06

Bonjour,

Le sujet ayant fini par dériver très loin du thème initial ( viewtopic.php?t=1617&sid=f3ccc1f8b11258 ... 8&start=20 ) — le mariage en période de fin des temps — il me semblait préférable d’ouvrir un sujet séparé afin de discuter plus précisément de cette vidéo et des thèses qui y sont défendues.

44. Opinionisme librement optionnel ou devoirs découlant de données de Foi ?
[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=_5xSQgIBdQw[/youtube]

C’est compliqué pour moi à réfuter, et je ne prétends pas avoir les compétences théologiques nécessaires pour trancher ce genre de questions avec assurance. Mais plusieurs points attirent quand même mon attention et me semblent poser de gros problèmes logiques dans votre raisonnement.

Si je comprends bien, la thèse développée est à peu près la suivante :

1- Il existe des hérétiques et schismatiques manifestes sans qu’une autorité encore existante ait besoin de les déclarer tels ; on peut donc invoquer les condamnations et principes anciens de l’Église pour les juger.
2- Bossuet dit :
« L’hérétique est celui qui a une opinion (...) suivre sa propre pensée et son sentiment particulier (...) tandis que le catholique suit sans hésiter celui de l’Église. »
3- Donc, puisque selon vous l’hérésie de la thèse cassiciacum serait démontrée, les prêtres qui hésitent à la condamner publiquement, qui refusent d’anathématiser ceux qui la soutiennent, ou qui continuent à donner les sacrements à des fidèles fréquentant ces milieux, seraient eux-mêmes hors de l’Église ; et il faudrait alors rejeter leurs sacrements, même si cela conduit concrètement à accomplir les commandements de l’Église d’une manière extrêmement dégradée.

Reprenons point par point.

1 — possibilité de condamner l'heresie par les fideles en se basant sur les condamnations existanctes de l'autorité. Jusque-là, on est 100% d’accord. C’est d’ailleurs exactement sur ce principe que nous rejettons Vatican II : l’Église n’a pas besoin d’attendre qu’une nouvelle autorité condamne à nouveau ce qui a déjà été condamné auparavant.

Mais ensuite, il me semble que votre raisonnement commence à glisser.

2- Quand Bossuet parle de suivre l’Église « sans hésiter », il parle d’une situation où la règle doctrinale était publique, hiérarchique, claire, vivante, avec un magistère fonctionnel, des condamnations rapides, un cadre beaucoup moins confus qu’aujourd’hui.

Or on ne peut pas dire honnêtement que savoir avec évidence absolue si Cassiciacum est hérétique, si telle position sur la nouvelle Semaine Sainte de Pie XII est intenable, ou si telle ligne sacramentelle implique nécessairement le schisme, soit aujourd’hui de l’ordre de l’évidence immédiate pour un fidèle ordinaire ni pour un pretre.

Au contraire, ces questions demandent :

une étude longue,
des distinctions fines,
des connaissances canoniques,
historiques,
théologiques,
et énormément de prudence.

Vos quarante années de travail n’ont manifestement pas servi à simplement démontrer des choses que tout catholique pouvait rejeter immédiatement « sans hésiter » comme dit Bossuet comme des évidences absolues. Elles ont précisément servi à mettre en lumière des erreurs complexes, insidieuses, difficiles à discerner, parfois volontairement conçues pour tromper et semer la confusion.

Donc il me semble impossible de tirer de Bossuet une proposition du type :

« Est pratiquement anathème celui qui, face à une question complexe, disputée et non explicitement tranchée dans son application concrète actuelle, hésite à conclure immédiatement à l’hérésie formelle. »

Même si les principes généraux sont anciens et déjà condamnés, leur application exacte à des cas extrêmement complexes peut parfaitement demander prudence et hésitation sans que cela fasse automatiquement sortir quelqu’un de l’Église.

3 — Ensuite, votre argumentation me paraît extrêmement faible concernant le passage entre :
« cette position contient des erreurs »
et
« donc tout prêtre qui ne la condamne pas publiquement comme vous devient lui-même non catholique ».

Là, je trouve que votre démonstration est largement en l’air.

a — Déjà, votre démonstration de l’hérésie de la thèse.
certes elle pointe réellement des propositions condamnées.
Encore faut-il démontrer :

que la thèse ne puisse absolument pas être formulée sans tomber dans ces propositions condamnées ;
que ses formulations récentes soient réellement identiques ;
que les prêtres concernés (Lafitte, etc) aient compris la démonstration comme vous ;
qu’ils soient intérieurement certains du caractère hérétique de la position
et qu’ils refusent malgré cela de condamner l’erreur.

Par exemple, je pense à la vidéo récente des deux jeunes abbés de Nantes : est-ce que leur formulation se réfute réellement de manière aussi simple ? Personnellement, je suis dans le doute sur plusieurs points de cette these car elle défendue par des gens mieux formés et plus intelligents que moi, et je peux tres bien comprendre que face a cette legere confusion, un pretre ne veuille pas jouer le salut de son ame en refusant de communier un fidele qui irait aux deux chapelles. pour moi c'est facile, j'ai juste a voter avec mes pieds, j'ai pas besoin de condamner, pour un pretre il faut un degré de certitude bien plus grand.

Donc déjà, toute la partie :
« les prêtres en question sont certainement convaincus de l’hérésie »
me semble complètement gratuite.

b — Ensuite, même si ces prêtres étaient coupables d’un manque de courage, de prudence excessive, ou d’un silence fautif, sur quels textes précis du magistère ou du droit canon démontrez-vous que cela ferait automatiquement d’eux :

des complices formels de l’hérésie,
des non-catholiques,
et surtout des ministres dont il faudrait éviter les sacrements ?

Vous citez des principes généraux :

saint Thomas,
Bossuet,
les censures ipso facto,
etc.

Mais où est le texte précis qui permet de conclure qu’un prêtre devient non catholique ou ces sacrements à éviter parce qu’il :

hésite sur une application concrète complexe ;
garde le silence ;
ou continue à donner la communion à des fidèles ayant des positions confuses ou fréquentant occasionnellement certaines chapelles douteuses?

Car là, visiblement, il faut surtout se fier à votre propre jugement d’application pratique.

Et ce jugement pratique implique des conséquences énormes :

se couper de prêtres ;
rejeter leurs sacrements ;
vivre durablement avec un accès très dégradé aux moyens ordinaires du salut.

Une conclusion aussi lourde me semble demander autre chose qu’une chaîne d’inférences théologiques discutées.

Votre raisonnement me paraît confondre plusieurs choses :

condamner une erreur ;
juger coupable celui qui ne la condamne pas avec votre degré de certitude ;
conclure qu’il faut éviter ses sacrements comme non catholiques.

Or chacune de ces étapes demande une preuve propre.

Vous démontrez peut-être la première.
Mais vous affirmez énormément plus que vous ne démontrez réellement la deuxième et surtout la troisième.

Pour résumer mon objection sous forme de syllogisme :

Majeure :
On ne peut déclarer pratiquement à éviter un prêtre et ses sacrements que si son hérésie, son schisme ou sa complicité formelle sont suffisamment certains.

Mineure :
Or vous ne démontrez pas avec certitude que ces prêtres adhèrent formellement à l’hérésie ou au schisme, et d'ailleurs ils expriment qu'il pensent que la these de cassisacum est erronée ; vous démontrez surtout qu’ils tolèrent, hésitent ou ne condamnent pas publiquement avec votre degré de certitude une position que vous jugez hérétique.

Conclusion :
Donc votre conclusion pratique — les considérer eux-mêmes comme non catholiques et éviter leurs sacrements — dépasse ce que vos preuves établissent réellement, n'est pas appuyé sur ce que l'église a toujours fait, mais sur votre opinion.

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