par Si vis pacem » mer. 08 juil. 2026 22:45
Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie a écrit :
Ce séminaire aura un destin assez flatteur, car de grand séminaire de Vinhlong, il deviendra séminaire régional pour le Centre Cochinchine et, enfin, réquisitionné par les communistes.
Racontant ma "sécession" à Cainhum, j'ai dit que le grand séminaire de Saïgon s'est replié là pour échapper à l'étau des communistes qui harcelaient la capitale du Sud. Les bâtiments qui abritèrent alors ce séminaire appartiennent à la communauté des Catéchistes, religieux ayant les trois vœux. Le fondateur de ce couvent, dont les membres servaient le diocèse de Saïgon et celui de Vinhlong, était un saint homme, le Père Boismery, des Missions Étrangères de Paris. Quand je l'ai rencontré, il était perclus de rhumatismes et ne voyait presque plus. Il allait bientôt mourir. Après lui, un vieux Père vietnamien devint supérieur du couvent, sans autre aptitude que celle de pouvoir célébrer la Messe tous les jours pour les novices, leur donner des instructions, car une fois profès, ces religieux vont partout où on les appelle pour catéchiser les néophytes. Or, ce père supérieur ne connaissait pas les caractéristiques de la vie monacale. Ainsi, par exemple, pour le vœu de pauvreté, les religieux, là où ils travaillent souvent, ont besoin de permissions pour acquérir certaines choses d'où exemptions contre la pauvreté. Ils devaient alors écrire au P. Supérieur, exposer les raisons pour lesquelles ils demandaient une dispense. Or, le service de la poste qui existe dans les villes était inexistant dans les campagnes et il fallait recourir aux occasions : des voyageurs se rendant à Cainhum, un très petit bourg. Le P. Supérieur imagina alors cette solution : les religieux qui rentraient à la maison-mère pendant le mois de Vacances d'été, recevraient, avant de repartir en mission, du P. Supérieur un lot, par exemple, une vingtaine de dispenses sur la pauvreté. Ainsi, quand, dans le cours de l'année, ce lot serait épuisé, le religieux demandera un autre lot.
Mais former des religieux, sans vivre leur vie, sans connaître les caractéristiques de la vie religieuse, était une gageure. Il fallait y remédier. Il fallait que ces religieux puissent diriger leurs novices, il fallait qu’un ou deux de ces religieux puissent être ordonnés prêtres pour assurer la Messe et confesser leurs confrères. Je me mis à l'œuvre. J'en choisis trois que la communauté, par vote secret, estimait les plus doués pour remplir le rôle de supérieur. Moi-même me fis leur professeur en théologie et ainsi j'ai pu ordonner le premier prêtre sorti de la communauté des Frères de Cainhum. Plus tard, de jeunes religieux ont été envoyés en France faire des études littéraires, scientifiques, philosophiques et théologiques pour assurer la survivance de cette Congrégation si nécessaire et si méritante. Le Saint-Siège a approuvé ma manière de faire.
[quote="Mgr Ngo dinh Thuc - Autobiographie"]
Ce séminaire aura un destin assez flatteur, car de grand séminaire de Vinhlong, il deviendra séminaire régional pour le Centre Cochinchine et, enfin, réquisitionné par les communistes.
Racontant ma "sécession" à Cainhum, j'ai dit que le grand séminaire de Saïgon s'est replié là pour échapper à l'étau des communistes qui harcelaient la capitale du Sud. Les bâtiments qui abritèrent alors ce séminaire appartiennent à la communauté des Catéchistes, religieux ayant les trois vœux. Le fondateur de ce couvent, dont les membres servaient le diocèse de Saïgon et celui de Vinhlong, était un saint homme, le Père Boismery, des Missions Étrangères de Paris. Quand je l'ai rencontré, il était perclus de rhumatismes et ne voyait presque plus. Il allait bientôt mourir. Après lui, un vieux Père vietnamien devint supérieur du couvent, sans autre aptitude que celle de pouvoir célébrer la Messe tous les jours pour les novices, leur donner des instructions, car une fois profès, ces religieux vont partout où on les appelle pour catéchiser les néophytes. Or, ce père supérieur ne connaissait pas les caractéristiques de la vie monacale. Ainsi, par exemple, pour le vœu de pauvreté, les religieux, là où ils travaillent souvent, ont besoin de permissions pour acquérir certaines choses d'où exemptions contre la pauvreté. Ils devaient alors écrire au P. Supérieur, exposer les raisons pour lesquelles ils demandaient une dispense. Or, le service de la poste qui existe dans les villes était inexistant dans les campagnes et il fallait recourir aux occasions : des voyageurs se rendant à Cainhum, un très petit bourg. Le P. Supérieur imagina alors cette solution : les religieux qui rentraient à la maison-mère pendant le mois de Vacances d'été, recevraient, avant de repartir en mission, du P. Supérieur un lot, par exemple, une vingtaine de dispenses sur la pauvreté. Ainsi, quand, dans le cours de l'année, ce lot serait épuisé, le religieux demandera un autre lot.
Mais former des religieux, sans vivre leur vie, sans connaître les caractéristiques de la vie religieuse, était une gageure. Il fallait y remédier. Il fallait que ces religieux puissent diriger leurs novices, il fallait qu’un ou deux de ces religieux puissent être ordonnés prêtres pour assurer la Messe et confesser leurs confrères. Je me mis à l'œuvre. J'en choisis trois que la communauté, par vote secret, estimait les plus doués pour remplir le rôle de supérieur. Moi-même me fis leur professeur en théologie et ainsi j'ai pu ordonner le premier prêtre sorti de la communauté des Frères de Cainhum. Plus tard, de jeunes religieux ont été envoyés en France faire des études littéraires, scientifiques, philosophiques et théologiques pour assurer la survivance de cette Congrégation si nécessaire et si méritante. Le Saint-Siège a approuvé ma manière de faire.
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