LE MOUVEMENT LITURGIQUE - Abbé Didier BONNETERRE

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LE MOUVEMENT LITURGIQUE - Abbé Didier BONNETERRE

#1 Message par InHocSignoVinces » sam. 08 juin 2019 11:25

LE MOUVEMENT LITURGIQUE

Abbé Didier BONNETERRE


DE DOM GUÉRANGER À ANNIBAL BUGNINI OU LE CHEVAL DE TROIE DANS LA CITÉ DE DIEU

SANCTO PIO PAPAE X, QUI, PAUPER ET DIVES, MITIS ET HUMILIS CORDE, REI CATHOLICAE VINDEX FORTIS, INSTAURARE OMNIA IN CHRISTO SATAGIT, HOC OPUS HUMILITER DEDICAVIT AUCTOR

Je crois que le culte divin tel que le règlent la liturgie, le cérémonial, le rituel et les préceptes de l’Eglise romaine
subira prochainement, dans un concile œcuménique, une transformation qui,
tout en lui rendant la vénérable simplicité de l'âge d'or apostolique,
le mettra en harmonie avec l'état nouveau de la conscience et de la civilisation moderne.

Roca (1830-1893), prêtre apostat et sataniste dans «L'Abbé Gabriel».

Ce que veut bâtir la Chrétienté n'est pas une pagode,
c'est un culte universel où tous les cultes seront englobés.

Du même auteur dans «Glorieux Centenaires».



PREFACE

† Ecône, le 21 novembre 1979.

On a beaucoup écrit au sujet de la Réforme liturgique issue de Vatican II, on l'a analysée et à juste titre on y a découvert une ressemblance étonnante avec la Réforme luthérienne, avec la Réforme anglicane. On en a souligné les résultats douloureux causés par la désacralisation, la profanation. On ne le dira jamais assez.

Mais personne à ma connaissance n'avait recherché les origines prochaines de cette Réforme d'une manière approfondie et détaillée avec documents à l'appui. Ce sera le mérite de l'Abbé Didier BONNETERRE, directeur de notre Séminaire d'Albano, d'avoir mis à jour le travail de sape et de destruction de la Liturgie Romaine opéré depuis un siècle, avec une persévérance et une habileté consommées pour aboutir à la légalisation de cette destruction par la Réforme conciliaire et post-conciliaire.

Qui doutera après la lecture de ces pages qu'un esprit diabolique est à l'œuvre à l'intérieur de l'Eglise depuis de nombreuses années, comme le dénonçait déjà Saint Pie X ?

Grâce à la connaissance de ces faits il sera plus aisé de porter un jugement sur cette Réforme liturgique qui a déjà causé tant de ravages dans l'âme de millions de catholiques.

Puissent ces documents faire comprendre aux autorités de l'Eglise l'urgence* d'une contre-Réforme comme l'a réalisée le Concile de Trente ! en confirmant la sainte Liturgie Romaine de toujours. (*Nota de Javier: La urgencia, Mons. Lefebvre, era para declarar la SEDE VACANTE !!! Esa era la verdadera urgencia, en lugar de perderse en los árboles de la Liturgia y las demás reformas destructoras de la Roma postconciliar apóstata y herética. Si usted hubiera imitado al valiente Rev. P. Joaquín Sáenz y Arriaga, y hubiera tenido el coraje de declarar que Montini-Pablo 6 no era sino un pérfido impostor y un hereje pertinaz, la situación actual sería muy diferente para los católicos verdaderos. La urgencia era otra, Mons. Lefebvre, era otra mucho más importante y crucial...)

† Marcel LEFEBVRE.


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#2 Message par InHocSignoVinces » dim. 09 juin 2019 11:18

AVANT-PROPOS

L'insistance de nombreux amis nous décide à confier aux Editions FIDELITER la publication, en volume, de sept articles parus de mai 1978 à mai 1979, dans la revue «FIDELITER».

Nous avons revu et quelque peu complété ces articles, qui constituent les sept principaux chapitres de ce livre. Nous y avons ajouté un épilogue sur l'influence des milieux protestants sur la réforme liturgique, qui contient un document très peu connu et encore jamais exploité : le rite de l'Eucharistie de Taizé en 1959. Les portraits photographiques des principaux personnages mis en scène dans notre étude n'ont pas seulement pour but d'agrémenter cet ouvrage, mais ils veulent aussi aider notre lecteur à mieux comprendre ces personnes, car nous croyons, avec Barbey d'Aurévilly, que «le visage, c'est l'âme retroussée».

Notre étude n'est pas exhaustive, elle n'a d'autre prétention que d'être l'ébauche d'une recherche sur les causes de l'«autodémolition de l'église» que dénonçait Paul VI.

Notre diagnostic pourra peut-être paraître sévère à certains, à ceux surtout qui ont coopéré, dans leur jeunesse sacerdotale, au «Mouvement liturgique». Presque tous, aujourd'hui, se rendent compte que l'on a abusé de leur générosité. Si certains ne sont pas d'accord avec nos conclusions, qu'ils nous le disent, et nous indiquent nos erreurs.

Nous voudrions aussi mettre nos lecteurs en garde contre une certaine mode intellectuelle qui se répand comme une peste dans nos milieux réputés «traditionalistes» : l'esprit de surenchère dans l'opinion la plus extrême qui fait rechercher, à tout prix, la position la plus «dure», comme si la vérité d'une proposition souffrait d'être influencée par un parti pris volontariste d'anti-quoi-que-ce-soit.

Que notre lecteur fuie aussi l'esprit de simplification qui fait bon marché de toutes les distinctions nécessaires à un raisonnement juste.

Pour indiquer enfin l'orientation de nos travaux, nous souscrivons entièrement à l'envoi que l'Abbé Dulac adresse à qui veut l'entendre, en fin de son remarquable ouvrage sur «La collégialité épiscopale au deuxième Concile du Vatican» 1.

«J'adresse les dernières lignes de cet ouvrage, écrit l'Abbé Dulac, à mes condisciples, à nos amis, proches ou lointains. Ils souffrent, nous souffrons des humiliations subies par l'Eglise notre mère, au cours de ce Concile dénaturé, et après. Mais nous souffrons dans l'Eglise ! Ne pensons pas que c'est à nous, et à distance, de la guérir de ses blessures. Souvenons-nous du conseil vraiment catholique donné par Denys d'Alexandrie au schismatique Novatien : «Si, comme tu le prétends, c'est contre ton gré (que tu es séparé de l'Eglise) prouve-le nous en revenant, de ton gré»

«Et cet autre conseil, de notre Yves de Chartres, dont nous osons adapter le sens à notre objet : «S'il arrive que certains se plaignent d'avoir été accablés, à l'excès, par l'autorité de l'Eglise elle-même, alors que ce soit d'Elle à Elle qu'ils aillent chercher refuge ; qu'ils demandent le soulagement là même où ils ont éprouvé l'accablement : inde levamen... unde gravamen».

«Nous voulons, amis, violemment, garder la foi «de toujours» ? Que ce soit aussi la foi SALUTAIRE. Croyons, mais «comme il faut»: sicut oportet 2. Cette foi n'est pas une simple exactitude. Elle n'est certes rien, si elle n'est pas conforme, dans son objet et dans ses motifs, à la Révélation du Verbe de Dieu fait homme. Mais elle n'est rien, non plus, si elle n'est pas professée dans l'Eglise, in medio Ecclesiae : dans ce milieu biologique où nous avons été plongés au jour de notre baptême, la foi vitalisant l'eau et l'eau sanctifiant la foi, devenue la pure lumière qui joint l'âme du
fidèle à la Lumière de gloire du Seigneur, vivant dans Son Eglise.

«L'Eglise d'Afrique connut, au temps de Saint Augustin, une «crise» qui ressemble à la nôtre. Souvenons-nous des paroles que l'évêque d'Hippone adressa, un jour, à l'un des chefs de la secte donatiste, Emeritus, présent dans l'assistance . «En dehors de l'Eglise, il peut tout posséder, Emeritus, hormis le salut. Il peut avoir la dignité (de l'épiscopat), il peut avoir le Sacrement, il peut chanter l'Alléluia, il peut répondre Amen, posséder l'Evangile, avoir et prêcher la foi ; mais nulle part, sinon dans l'Eglise, il pourra trouver le salut».

«EGLISE D'ABORD I

«C'est Elle, Elle seule, la Catholica, visible dans son chef visible, l'Evêque de Rome, même un jour défaillant, elle seule qui saura séparer le pur froment et la paille de tous les aggiornamenti».

C'est pour aider à ce discernement du froment et de la paille que nous avons écrit ce livre, IN CARITATE NON FICTA.




1 «La collégialité épiscopale au deuxième Concile du Vatican», par l'Abbé Raymond Dulac. Ed. du Cèdre, Paris, 1979, pp. 159-160.
2 Expression consacrée, qu'on trouve, comme une formule définie, au Concile d'Orange (an. 529) : c. 6. Vd Dz. Sch.: 376. Son usage
est fréquent dans la théologie du Moyen Age.


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#3 Message par InHocSignoVinces » sam. 15 juin 2019 18:39

INTRODUCTION

LE MOUVEMENT LITURGIQUE DE DOM GUÉRANGER À ANNIBAL BUGNINI OU LE «CHEVAL DE TROIE DANS LA CITÉ DE DIEU»



Le rapprochement que suggère un tel titre paraîtra peut-être osé à notre lecteur. Mais ce n'est pas nous qui voyons un
lien de parenté entre l'auteur des «Institutions Liturgiques» et «le fossoyeur de la Messe», ce sont les autorités romaines elles-mêmes.

Paul VI écrivait, en effet, à l'Abbé de Solesmes le 20 janvier 1975 : «Je constate la solidité et le rayonnement de
l'oeuvre de Dom Guéranger, en qui le «Mouvement liturgique» contemporain salue son précurseur».
Déjà le «Proemium
de l'Institutio Generalis»
du nouveau missel prétendait que les réformes contemporaines étaient la continuation de
l'oeuvre de saint Pie X : «Vatican II», déclare la finale du Proemium, «a conduit à son terme les efforts visant à rapprocher
les fidèles de la liturgie, efforts entrepris pendant ces quatre siècles et surtout à une époque récente, grâce au zèle liturgique
déployé par saint Pie X et ses successeurs».
(Documentation Catholique 1970; p. 568).

Aussi donc, et nous pourrions multiplier les témoignages à l'infini, les «liturges» les plus avancés et «l'église conciliaire»
elle-même prétendent qu'il y a une continuité, voire un «développement homogène», dans le «Mouvement liturgique»
entre Dom Guéranger, voire saint Pie X, et Annibal Bugnini.

Voilà l'imposture, voilà ce que nous ne saurions admettre ! C'est pourquoi nous nous efforcerons de montrer en quoi ce mouvement a dévié. Certes, historiquement, Dom Guéranger et saint Pie X sont bien à l'origine du «Mouvement liturgique», mais il est faux et pernicieux de prétendre que ce «Mouvement», du moins dans ses formes contemporaines, soit l'héritier de leur pensée, pis encore, qu'il soit la continuation de leur oeuvre. Pour démontrer cette thèse, il nous faudra étudier l'histoire du «Mouvement liturgique», reconnaître ses magnifiques réalisations, mais aussi constater, devant l'évidence des faits, les précoces déviations de cette grandiose entreprise qui aurait pu apporter tant à l'Eglise.

M. Vaquié, dans son remarquable ouvrage sur «La révolution liturgique» (D.P.F. 1971 ; p. 79), appelait de ses voeux
une étude sur cette question : «Il faut espérer que cette période antéconciliaire fera l'objet d'une étude. On y verra déjà
les progressistes à l'oeuvre
, mettant au point leurs arguments et mettant en place leur personnel pour l'attaque décisive».


Puisse cette étude répondre à cet appel ! puisse-t-elle éclairer quelques points jusque-là restés obscurs ! puisse-t-elle
surtout faire comprendre que la révolution liturgique contemporaine n'est pas le fruit d'une génération spontanée, mais
qu'elle est, au contraire, le résultat d'un long et patient travail de sape !

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#4 Message par InHocSignoVinces » sam. 22 juin 2019 17:29

Déjà M. l'Abbé de Nantes abordait cette question dans un article intitulé «D'où vient cette réforme ?» (C.R.C. n° 101, janvier 1976) 3. Mais la conclusion de l'enquête de l'Abbé de Nantes diffère grandement de la nôtre. Pour lui, en effet, le «Mouvement liturgique» était une chose excellente sur laquelle aucune réserve n'est à faire ; ce mouvement devait aboutir à une bonne et sainte réforme liturgique et, si la réforme a dévié, c'est de la faute de Paul VI, seul responsable de cette déviation. Pour nous, au contraire, le «Mouvement liturgique», œuvre certes magnifique dans ses origines, a connu très tôt de graves déviations, et, par un processus commun à toute révolution, c'est-à-dire par un «dépassement permanent», ce «Mouvement» en est arrivé, bien avant Vatican II, à renier totalement ses origines, et à prêcher un réformisme qui ne pouvait aboutir qu'à la nouvelle messe. Pour nous, Paul VI, et nous ne cherchons pas en cela à l'innocenter, n'est pas le responsable de la déviation d'une réforme qui aurait dû être bonne. Pour nous, il n'est, en quelque sorte, que le «metteur en scène» d'un «scénario» dont il n'est pas le principal auteur. Dès avant Vatican II, le nouvel Ordo Missæ était déjà conçu, fruit empoisonné des déviations du «Mouvement liturgique».

Loin d'être négative, une telle étude permettra de discerner ce qu'il faut rejeter et ce qu'il faut conserver précieusement dans le «Mouvement liturgique». Il importe, en effet, par-dessus tout, que nous, qui travaillons au maintien de la liturgie catholique, nous soyons les héritiers et les continuateurs de l'œuvre de Dom Guéranger et de Pie X. Nous faisons nôtre la volonté de saint Pie X :

«Notre plus vif désir étant que le véritable esprit chrétien refleurisse de toute façon et se maintienne chez tous les fidèles, il est nécessaire de pourvoir, avant tout, à la sainteté, à la dignité du temple où les fidèles se réunissent précisément pour y trouver cet esprit à sa source première et indispensable, savoir : la participation active aux Mystères sacro-saints et à la prière publique et solennelle de l'Eglise» («Tra le sollecitudini» du 22 novembre 1903. Ed. Solesmes Liturg. I n° 220).


3 L'Abbé de Nantes emprunte sa documentation à l'ouvrage très lénifiant de Dom Bernard Botte. O.S.B. «Le Mouvement Liturgique». Témoignage et Souvenirs, Desclée, 1973.

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#5 Message par InHocSignoVinces » sam. 29 juin 2019 18:13

CHAPITRE PREMIER - DES ORIGINES JUSQUE VERS 1920


Nous définirons le «Mouvement liturgique», avec Dom O. Rousseau, comme «le renouveau de ferveur du clergé et
des fidèles pour la liturgie»
(L'Eglise en prière, ouvrage collectif. A.-G. Martimort 1961). Ce renouveau a pour principal
auteur un moine bénédictin justement célèbre : DOM GUERANGER.

Au XVIIIè siècle, la liturgie avait cessé d'être une force vitale du catholicisme. La liturgie, si admirablement restaurée
par saint Pie V (Saint Pie V, un pape pour notre temps, P. Tilloy, Forts dans la foi, 1974), avait subi les assauts répétés
du jansénisme et du quiétisme. Les disciples de Jansénius avaient détaché les fidèles de la pratique des sacrements. Le
quiétisme, qui prétendait atteindre Dieu directement, avait détourné les âmes de la liturgie, intermédiaire voulu par
l'Eglise entre Dieu et nous. C'est l'époque où le gallicanisme triomphant composait ses liturgies diocésaines dont le seul
point de ralliement était le caractère anti-romain. En Allemagne, Febronius, auxiliaire de Trèves, répandait ces idées ; en
Italie, c'était le travail de Ricci, évêque de Pistoie, condamné avec son synode par Pie VI dans la bulle «Auctorem Fidei»
du 28 août 1794 (DZ. 1501).

L'Europe entière sombrait donc dans «l'hérésie anti-liturgique», quand éclata la révolution en France. Le culte catholique fut interdit, et remplacé par celui de la déesse Raison. Le concordat de 1801 rendit l'espoir... mais que d'épreuves pour la liturgie ! Le peuple en avait perdu le goût ; le clergé lui-même n'aimait pas ces cérémonies qu'il ne comprenait plus vraiment... d'autant plus que la restauration du culte avait ramené la multiplicité des liturgies gallicanes.

Mais l'espoir d'une vraie restauration demeurait possible. Déjà Chateaubriand, avec ses ouvrages : «Le génie du Christianisme» et «Les Martyrs», avait révélé aux Français d'alors les merveilles de la liturgie du Moyen Age. Une nouvelle jeunesse était invitée à se pencher sur les manuscrits de l'Antiquité, pour y découvrir des cérémonies dont la liturgie si fragmentée de l'époque ne pouvait donner une idée exacte. Parmi ces jeunes têtes studieuses, il en est une qui émerge, c'est celle de Prosper-Louis-Pascal Guéranger (1805-1875)1. Ce n'est pas le lieu de retracer ici la vie du fondateur de la Congrégation Bénédictine de France ; nous nous attacherons seulement à dégager les grandes lignes de son immense activité liturgique, laissant volontairement de côté son oeuvre théologique et sa restauration du chant grégorien.

Dans ses « Considérations sur la liturgie catholique », publiées dans le « Mémorial » de 1830, le futur fondateur de Solesmes précisait la double orientation de son travail liturgique.

Tout d'abord, ramener le clergé à la connaissance et à l'amour de la liturgie romaine. A cette fin, il publiera, à partir de 1840, «Les Institutions liturgiques» 2, qui contiennent une attaque serrée contre les liturgies néo-gallicanes et une merveilleuse manifestation de l'ancienneté et des beautés de la liturgie romaine.

D'autre part, Dom Guéranger s'attachera à associer les fidèles à la hiérarchie pendant qu'elle célèbre le Sacrifice, administre les sacrements et célèbre l'Office. Pour cela, il publiera, à partir de 1841, une traduction commentée des textes liturgiques répartis au cours de l'année liturgique : c'est sa célèbre «Année liturgique».

«L'année liturgique de Dom Guéranger, écrit Dom Festugière, est tout simplement une merveille pour révéler à
tous les genres d'âmes, quel que soit le degré de leur instruction, les richesses spirituelles que contient la liturgie.
Cette faculté d'adaptation d'un même ouvrage constitue un fait très remarquable. L'Imitation de Jésus-Christ est loin
de la posséder au même degré. L'explication ? Mais c'est le tempérament de la liturgie elle-même, que l'Abbé de Solesmes
avait complètement pénétré. L'Année liturgique participe à quelque chose qui n'est pas sorti de la main des hommes»
3


1 Dom Guéranger, Abbé de Solesmes, par un moine bénédictin. 2 tomes Plon-Mame, 1910.
2 Institutions Liturgiques, 3 vol., Fleuriot, Le Mans 1840. - 2° éd. en 4 vol. de 1880. - «Extraits» par J. Vaquié. D.P.F. 1977.
3 La liturgie catholique, Essai de synthèse, Dom Festugière O.S.B. Maredsous, 1913.


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#6 Message par InHocSignoVinces » jeu. 04 juil. 2019 11:03

Entre-temps, Dom Guéranger avait fondé Solesmes et sa Congrégation qui pourraient continuer son oeuvre. OEuvre couronnée de succès, puisque, avant de mourir en 1875, il eut la consolation de constater que tous les diocèses français étaient revenus au rite romain, et que, déjà, la piété liturgique refleurissait parmi le clergé et les fidèles.

Pour Dom Guéranger, la liturgie est, avant tout, Confession, Prière et Louange, bien plus qu'enseignement 4.

«Dom Guéranger, écrit Dom Froger, redécouvrit donc la liturgie. Il discerna sans hésitation ce qui en est l'essence :
culte public par lequel l'Eglise, sous la motion du Saint-Esprit qui l'anime et prie en elle «avec des gémissements iné-
narrables», chante à Dieu sa foi, son espérance et sa charité.

«Sans méconnaître le moins du monde la valeur formatrice et éducatrice de cette prière pour les fidèles qui l'exercent,
Dom Guéranger considérait très justement que la liturgie, étant sacrifice spirituel, a pour fin suprême la louange,
et qu'elle chante la gloire de Dieu de façon désintéressée et dans l'oubli de soi.
Avant tout, expression de sentiments
de foi, de confiance, d'amour, de joie, d'espoir, etc. la liturgie ne peut que recourir au chant, à la musique, à la poésie,
comme au seul langage qui soit capable de traduire ses transports et «sa sobre ivresse». Ainsi la liturgie est-elle «lyrique
bien plus que didactique»
1.

La liturgie, pour l'Abbé de Solesmes, est essentiellement théocentrique. Dom Delatte pouvait écrire :

«Encore l'oeuvre de sanctification et d'éducation surnaturelle qu'elle accomplit au cours du temps dans les âmes
qui se confient à ses mains, se rapporte-t-elle comme à son terme à l'oeuvre de glorification et d'adoration qu'elle remplit
envers Dieu.
Les âmes se sanctifient afin d'entrer plus profondément dans les conditions de cet esprit et de cette
vérité où elles doivent adorer Dieu ;
les âmes s'élèvent pour que le culte qu'elles rendent à Dieu soit moins indigne de lui ; leur éducation surnaturelle se poursuit dans le temps pour qu'elles puissent sans fin glorifier et louer Dieu durant
l'éternité. C'est à Dieu comme terme et à sa gloire, qu'aboutit finalement tout l'ordre des choses»
2.

A la même époque, au Mesnil-Saint-Loup, le Père EMMANUEL travaillait à restaurer la vie liturgique dans sa paroisse.

«Là, dans ce cadre exigu où toute sa vie s'est écoulée, écrit Dom Bernard Maréchaux, il a si bien fondu ensemble
l'enseignement de la foi et celui de la liturgie, que les gens du pays ne croiraient pas être de vrais chrétiens,
s'ils ne cherchaient à comprendre les textes liturgiques pour mieux prier et pour honorer Dieu d'une louange plus
parfaite... Ce phénomène de vie chrétienne et liturgique dure depuis plus de cinquante ans, sans faiblir.
Ce n'est pas
un feu de paille. Il démontre ces deux points de très haute importance : que les simples fidèles, par la grâce de leur baptême, sont aptes à goûter la prière liturgique ; et que les affectionner en esprit de foi à cette prière, est le plus efficace
moyen, sinon le seul moyen, d'empêcher la désertion des églises.
Le Père Emmanuel, qui a mis en lumière
ces vérités, qui a résolu pratiquement un problème d'intérêt si palpitant, ne mérite-t-il pas que son nom figure à côté
de celui de Dom Guéranger ?»
3.


4 Institutions Liturgiques, de Dom Guéranger. Tome Ier, ch. Ier.
1 L'encyclique Mediator Dei et la liturgie, Dom J. Froger de Solesmes dans La pensée catholique, n° 7, 1948.
2 Dom Guéranger par un moine... , I, p. 260.
3 Dom Guéranger et le Père Emmanuel, Dom Maréchaux, dans Notre-Dame de la Sainte Espérance, oct. 1910.


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#7 Message par InHocSignoVinces » lun. 08 juil. 2019 17:45

Pour notre part, nous n'hésitons pas à donner une place à l'humble moine non loin du célèbre Abbé. Le Père Emmanuel
a été, en effet, le premier à mettre en pratique les principes de Dom Guéranger ;
et ils méritent bien tous les deux
d'être regardés comme les deux «co-principes» du «Mouvement liturgique», c'est-à-dire, du renouveau de ferveur du
clergé et des fidèles pour la liturgie.


Né de pères bénédictins, le «Mouvement liturgique» verra pour longtemps son histoire liée à celle de l'Ordre de saint
Benoît. Le «Mouvement» né avec la Congrégation de France allait se développer avec elle, et rapidement s'étendre au
delà des frontières françaises.

Tandis que Dom Mocquereau (+ 1930), Dom Pothier (+ 1923) et Dom Cagin (+ 1923) continuaient dans la maison
mère l'oeuvre du fondateur, Solesmes lançait ses premières fondations. Ce fut d'abord Beuron en 1863, qui fonda ensuite
lui-même Maredsous en 1872, puis le Mont-César en 1899, pendant que Dom Guépin partait en Espagne restaurer Silos
en 1880.

En France, l'expulsion des religieux allait, pour un temps, déplacer le centre de gravité du «Mouvement liturgique». Le
Centre n'en serait plus la France, mais la Belgique. Déjà en 1882 Dom Gérard van Caloen, moine de Maredsous, et futur
évêque de Phocée, publie «Le Missel des fidèles» en latin et français, suivi plus tard du «Petit Missel des fidèles», qui obtiennent
un beau succès. En 1884, il fonde le «Messager des fidèles», qui se transforme en 1890 en la savante «Revue
bénédictine».
En 1889, au Congrès eucharistique de Liège, il présente une thèse osée pour l'époque : la communion des
fidèles durant la messe. En 1898, une seconde revue est fondée dans la même abbaye de Maredsous, «Le Messager de
saint Benoît»
, qui, en 1911, s'occupe plus spécialement de liturgie sous le titre de «Revue liturgique et monastique».

Mais avant de continuer notre étude du «Mouvement liturgique» belge, il nous faut nous tourner vers Rome, où, en
1903, vient de monter sur le siège de Pierre celui qui devait donner au «Mouvement» une impulsion définitive, saint Pie
X.
Doué d'une expérience pastorale immense, ce saint pape a terriblement souffert de la décadence de la vie liturgique.
Mais il sait qu'un courant de renouveau est en train de se développer, et il est décidé à tout faire pour qu'il porte des
fruits.
C'est pourquoi, dès le 22 novembre 1903, il écrit son célèbre motu proprio «Tra le sollecitudini», par lequel il restaure
le chant liturgique. Dans ce document, il insère la phrase capitale qui va maintenant jouer un rôle déterminant dans
l'évolution du «Mouvement liturgique».

«Notre plus vif désir étant que le véritable esprit chrétien refleurisse de toute façon et se maintienne chez tous les
fidèles, il est nécessaire de pourvoir, avant tout, à la sainteté, à la dignité du temple où les fidèles se réunissent précisément
pour y trouver cet esprit à sa source première et indispensable, à savoir : la participation active aux Mystères
sacro-saints et à la prière publique et solennelle de l'Eglise».


Saint Pie X n'est pas un velléitaire, et il réalise énergiquement son programme de renouveau liturgique. Citons pour
mémoire : L'invitation à la communion fréquente et à la communion des enfants, par les décrets «Sacra Tridentina» du 20
décembre 1905, et «Quam singulari» du 8 août 1910 ; Lettre du 14 juin 1905 au Cardinal Respighi, dans laquelle il demande
que le catéchisme soit complété par une introduction sur les fêtes liturgiques ; la bulle «Divino afflatu» du Ier novembre
1911, par laquelle ce pape de génie réforme le bréviaire, «solution qui restaure l'office du temps, écrit Mgr Batiffol,
sans diminuer en rien l'office des saints : solution osée, élégante et, avec l'aide de Dieu, définitive»
(La Croix, du 28
décembre 1911). Saint Pie X, en désignant «la participation active aux mystères sacro-saints» comme «la source première
et indispensable du véritable esprit chrétien»
, a donné une nouvelle impulsion au renouveau de ferveur liturgique.
Saint Pie X a même constitué une Commission de réforme du missel en 1912, mais devant les tendances destructrices
déjà manifestées par quelques experts il dissout cette commission. Pour saint Pie X comme pour Dom Guéranger, la liturgie
est essentiellement théocentrique, elle est culte avant d'être enseignement des fidèles ;
cependant ce grand
pasteur a souligné un aspect important de la liturgie : elle est éducatrice du véritable esprit chrétien. Mais, redisons-le,
cette fonction de la liturgie n'est que seconde.

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...saint Pie X. Doué d'une expérience pastorale immense, ce saint pape a terriblement souffert de la décadence de la vie liturgique. Mais il sait qu'un courant de renouveau est en train de se développer, et il est décidé à tout faire pour qu'il porte des fruits.

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