Il est vrai néanmoins qu'il y a des esprits à qui la variété plaît dans les pratiques mêmes de piété, et à qui elle est en effet nécessaire pour les soutenir, et pour les retirer de la langueur où autrement ils ne manquent point de tomber. Il est encore vrai que c'est là l'état le plus commun ; mais du reste, si c'est le nôtre, nous avons là-dessus de quoi pleinement nous satisfaire par l'infinie multitude de ces prières dont nous parlons, et qui sont répandues dans tous les livres saints.
Est-on assailli de la tentation, et dans un danger prochain de succomber ; on peut dire alors comme les apôtres attaqués d'une rude tempête, et battus violemment de l'orage : Sauvez-nous, Seigneur; sans vous nous allons périr (Matth., VIII.).
Est-on dans le désordre du péché, et pense-t-on à en sortir ; on peut dire, ou avec David pénitent : Tirez mon âme du fond de l’abîme, ô mon Dieu ! et souvenez-vous que c'est mon unique (Ps., XXI.) ; ou avec le même prophète : Seigneur, vous ne mépriserez point un cœur contrit et humilié (Ps., L, 19.); ou avec le publicain prosterné à la porte du temple : Soyez-moi propice, mon Dieu : je suis un pécheur (Luc, XVIII, 13.); ou avec l'enfant prodigue : Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre vous (Ibid., XV, 21.).
Est-on dans l'affliction et dans la peine ; on peut dire, soit en reconnaissant la volonté de Dieu qui nous éprouve : Tout vient de Vous, Seigneur, et Vous êtes le Maître; soit en se résignant et en acceptant : Vous le voulez, mon Dieu, et parce que Vous le voulez, je le veux ; soit en offrant à Dieu ses souffrances : Vous voyez, Seigneur, ce que je souffre et pour qui je le souffre ; soit en cherchant auprès de Dieu du secours et du soulagement : Il Vous a plu de m’affliger, Seigneur, et il ne tient qu'à Vous de me consoler.
Si nous sentons notre foi s'affaiblir et chanceler, disons : Je crois, mon Dieu ; mais fortifiez et augmentez ma foi (Matth., IX, 23.). Si nous sommes dans le découragement et que nous manquions de confiance, disons : Qu'ai-je à craindre, Seigneur ? et tant que Vous serez avec moi, que peut tout l'univers contre moi (Psal., III, 7.) ; ou : Je puis tout en Celui et avec Celui qui me soutient (Phil., IV, 13.). Si notre amour commence à se refroidir, et qu'il n'ait plus la même vivacité ni la même ardeur, disons : Embrasez mon cœur de votre amour, ô mon Dieu ! et si je ne Vous aime point assez, faites que je Vous aime encore plus.
Dans la vue des bienfaits de Dieu, nous nous écrierons : Qu'est-ce que l’homme, Seigneur, et par où ai-je mérité tant de grâces (Job., VII, 17.) ? Dans le souvenir et le désir de l'éternelle béatitude où Dieu nous appelle, nous dirons : Quand viendra le moment, et quand sera-ce que j'entrerai dans la joie de mon Seigneur et de mon Dieu ? (Matth., XXV, 21.)
Dans la sainte résolution de nous attacher plus étroitement à Dieu, et de le servir avec plus de zèle que jamais, nous lui ferons la même protestation que le Roi-prophète : Je l'ai dit, Seigneur, c'est maintenant que je vais commencer (Psal., LXXVI, 11.); et nous ajouterons : Cet heureux renouvellement, ô mon Dieu ! ce sera l’ouvrage de votre droite.
Enfin, selon les conjonctures, les temps, et selon que nous nous trouverons touchés intérieurement et diversement affectionnés, nous userons de ces prières, et de tant d'autres que je ne marque pas, mais qu'il nous est aisé de recueillir conformément à notre dévotion, et d'avoir toujours présentes à la mémoire.