Débat Rama P. Coomaraswamy - Mère Teresa (1977)

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chartreux
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Re: Débat Rama P. Coomaraswamy - Mère Teresa (1977)

#81 Message par chartreux » ven. 12 juil. 2019 13:45

Rama Coomaraswamy traduit par le chartreux a écrit :
2) Pour démontrer que le "nouvel évangile" de Vatican II est clairement une permutatio, je vais donner quelques exemples. Note qu'un seul exemple suffirait.

Le Syllabus, dont l'encylopédie catholique anglaise précise que tous les catholiques doivent accepter extérieurement et intérieurement, et qui est un document ex cathedra comme précisé par S. Pie X lui-même, proscrit l'erreur suivante :
Syllabus a écrit : XV. Il est libre à chaque homme d'embrasser et de professer la religion qu'il aura réputée vraie d'après la lumière de la raison (8, 26). XVI. Les hommes peuvent trouver le chemin du salut éternel et obtenir ce salut éternel dans le culte de n'importe quelle religion (1, 3, 17). XVII. Tout au moins doit-on avoir bonne confiance dans le salut éternel de tous ceux qui ne vivent pas dans le sein de la véritable Église du Christ (13, 28). XVIII. Le protestantisme n'est pas autre chose qu'une forme diverse de la même vraie religion chrétienne, forme dans laquelle on peut être agréable à Dieu aussi bien que dans l'Église catholique.
En opposition à cela, Vatican II enseigne que
Dignitatis Humanae, §9 a écrit : le droit de l’homme à la liberté religieuse a pour fondement la dignité de la personne, dont, au cours des temps, l’expérience a manifesté toujours plus pleinement les exigences à la raison humaine.
Unitatis reintegratio, §3 a écrit : De même, chez nos frères séparés s’accomplissent beaucoup d’actions sacrées de la religion chrétienne qui, de manières différentes selon la situation diverse de chaque Église ou communauté, peuvent certainement produire effectivement la vie de grâce, et l’on doit reconnaître qu’elles donnent accès à la communion du salut.
Je remarque en passant que cette "liberté religieuse" accordée à "nos frères séparés" n'est pas accordée à ceux qui veulent vivre suivant les rites et les règles qui ont prévalu pendant des siècles dans l'Église Catholique.

Ce point n'est certes pas le seul ou Vatican II a inversé la position de l'Église. En voici quelques autres :
Gaudium et Spes, 62.6 a écrit : Qu’ils [les croyants] marient la connaissance des sciences et des théories nouvelles, comme des découvertes les plus récentes, avec les mœurs et l’enseignement de la doctrine chrétienne, pour que le sens religieux et la rectitude morale marchent de pair chez eux avec la connaissance scientifique et les incessants progrès techniques
Peut-être que toi et ton correspondant vous voulez que votre religion "marche de pair" avec les théories toujours changeantes (et rapidement changeantes) de la communauté scientifique. Un telle "morale de situation" n'a aucun interêt pour moi. Et c'est vraiment une relation adultère pour l'épouse du Christ - mais qui plaît sans doute à une genération de prostituées comme aurait dit le prophète Jérémie !
Gaudium et Spes, §6 a écrit : le genre humain passe d’une notion plutôt statique de l’ordre des choses à une conception plus dynamique et évolutive

C'est une pure niaiserie, n'en déplaise à Teilhard - d'ailleurs, l'Église devra sans doute ajuster encore son opinion bientôt, par ce que le monde scientifique commence à se lasser de la mode de l'"évolution" ...
(à suivre)

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Re: Débat Rama P. Coomaraswamy - Mère Teresa (1977)

#82 Message par chartreux » sam. 13 juil. 2019 14:11

Rama Coomaraswamy traduit par le chartreux a écrit :
Gaudium et Spes a écrit : §53.1 : C’est le propre de la personne humaine de n’accéder vraiment et pleinement à l’humanité que par la culture, c’est-à-dire en cultivant les biens et les valeurs de la nature. Toutes les fois qu’il est question de vie humaine, nature et culture sont aussi étroitement liées que possible.
§ 55 : À quelque groupe ou nation qu’ils appartiennent, le nombre des hommes et des femmes qui prennent conscience d’être les artisans et les promoteurs de la culture de leur communauté croît sans cesse. (...) Nous sommes donc les témoins de la naissance d’un nouvel humanisme ; l’homme s’y définit avant tout par la responsabilité qu’il assume envers ses frères et devant l’histoire.
§25. 1 : Le caractère social de l’homme fait apparaître qu’il y a interdépendance entre l’essor de la personne et le développement de la société elle-même. En effet, la personne humaine qui, de par sa nature même, a absolument besoin d’une vie sociale, est et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions. La vie sociale n’est donc pas pour l’homme quelque chose de surajouté ; aussi c’est par l’échange avec autrui, par la réciprocité des services, par le dialogue avec ses frères que l’homme grandit selon toutes ses capacités et peut répondre à sa vocation.
§6.3 : Des moyens de communication sociale nouveaux, et sans cesse plus perfectionnés, favorisent la connaissance des événements et la diffusion extrêmement rapide et universelle des idées et des sentiments
§32.1 : De même que Dieu a créé les hommes non pour vivre en solitaires, mais pour qu’ils s’unissent en société, de même il lui a plu aussi « de sanctifier et de sauver les hommes non pas isolément, hors de tout lien mutuel ; il a voulu au contraire en faire un peuple qui le connaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté ». Aussi, dès le début de l’histoire du salut, a-t-il choisi des hommes non seulement à titre individuel, mais en tant que membres d’une communauté.
§42.3 : L’Église reconnaît aussi tout ce qui est bon dans le dynamisme social d’aujourd’hui, en particulier le mouvement vers l’unité, les progrès d’une saine socialisation et de la solidarité au plan civique et économique.
Et oui, le concile a bien écrit cela ! Tu ne peux quand même pas me dire que pour être catholique je dois adhérer à toutes ces sornettes pseudo-sociologiques et pseudo-intellectuelles. Tu me répondras sans doute que je cite hors de contexte. Je réponds que c'est hors de contexte de citer les passages "orthodoxes" de Vatican II comme tu le fais - de toute façon, s'ils sont orthodoxes je les accepte.

Ce qui rend ce nouvel humanisme, ce dynamisme social, ce mouvement vers l’unité encore plus choquant, c'est qu'il n'est même pas catholique. C'est que, comme le dit GS au §42, "l’Église n’est liée à aucune forme particulière de culture, ni à aucun système politique, économique ou social, " Cette même "Église" "reconnaît aussi tout ce qui est bon dans le dynamisme social d’aujourd’hui, en particulier le mouvement vers l’unité" . Dans cette "nouvelle société", la "liberté religieuse" prévaudra et sera même un "droit civil" garanti par le gouvernement. L'hérésie jouira des mêmes prérogatives que la vérité. La "liberté religieuse" implique sans doute qu'aucune groupe religieux (ou peut-être même non religieux) ne doit être interdit de répandre sa doctrine propre. "La nature sociale de l’homme, enfin, ainsi que le caractère même de la religion, fondent le droit qu’ont les hommes, mus par leur sentiment religieux, de tenir librement des réunions ou de constituer des associations éducatives, culturelles, caritatives et sociales. "(Dignitatis Humanae, §4).
[Note de Rama C. : bien des membres de la Nouvelle Église nieraient bien sûr croire à ces sornettes. Mais qu'ils en soient conscients ou non, c'est bien cela que leur Église soutient officiellement. Il y a beacoup de confusion aujours'hui par ce que les gens croient ce qui les arrange. L'adhésion à la "Nouvelle Église" n'entraîne aucune obligation de croire. Dans l'ancienne Église, on croyait religieusement tout ce qu'Elle enseignait par ce qu'on avait confiance qu'Elle enseignait la Vérité et rien d'autre.]
(à suivre)

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Re: Débat Rama P. Coomaraswamy - Mère Teresa (1977)

#83 Message par chartreux » lun. 15 juil. 2019 13:02

Rama Coomaraswamy traduit par le chartreux a écrit :
La Nouvelle Église ne se considère plus comme devant être "au-dessus" de l'histoire mais "dans l'histoire". Comme le dit Vatican II, "Par chacun de ses membres comme par toute la communauté qu’elle forme, l’Église croit pouvoir largement contribuer à humaniser toujours plus la famille des hommes et son histoire."

En opposition à cette vision moderniste et "séculariste", la Vraie Église a toujours proclamé que son rôle était éternel et au-dessus des contingences historiques. C'est pour cela qu'elle n'abandonne jamais son role de supervision de la société, de l'économie, de la politique et de la religion. Comme le disait le pape Pie XII, "le bien des âmes dépend et découle de la conformité ou non de la forme de la société aux lois divines." La fin dernière de l'homme est d'"aimer, honorer et servir Dieu, et ainsi sauver son âme", et une société ou communauté n'est bonne que si elle aide l'homme à cette fin. L'autorité ne vient pas de l'homme (qu'il soit seul ou en grand nombre) et en ce qui concerne la "culture" moderne, cette "culture" que l'homme se créé pour lui-même, est l'antithèse de tout ce qui peut être dit vraiment "catholique". Une sociologie chrétienne doit être fondée sur la Révélation. L'idée d'un "droit civil" d'exprimer et d'enseigner l'hérésie est un délire condamné comme tel par deux encycliques. Comment le concile explique-t-il le changement de position ?
Gaudium et Spes, §44 a écrit : L’expérience des siècles passés, le progrès des sciences, les richesses cachées dans les diverses cultures, qui permettent de mieux connaître l’homme lui-même et ouvrent de nouvelles voies à la vérité, sont également utiles à l’Église.
Et certes, d'après les enseignements de Vatican II, il ne faut surtout pas envisager une société vraiment catholique, une société hierarchique où l'Église Catholique Romaine serait reine (la seule pensée de cela a déja des relents de "triomphalisme", sans doute). Si "promouvoir l’unité s’harmonise avec la mission profonde de l’Église" (Gaudium et Spes, §42), et si le clergé doit "écarter tout motif de dispersion pour amener l’humanité entière à l’unité de la famille de Dieu" (Gaudium et Spes, §43), si "parmi les éléments ou les biens par l’ensemble desquels l’Église se construit et est vivifiée, plusieurs et même beaucoup, et de grande valeur, peuvent exister en dehors des limites visibles de l’Église catholique " (Unitatis Redintegratio, §3) et "ces Églises et communautés séparées, bien que nous croyions qu’elles souffrent de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut : L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut" (Unitatis Redintegratio, §3) ; si ces "commautées séparées" croient que "par l’échange avec autrui, par la réciprocité des services, par le dialogue avec ses frères que l’homme grandit selon toutes ses capacités et peut répondre à sa vocation. " (Gaudium et Spes, §25), il en découle certainement que c'est le devoir de l'Église (ce "sacrement d'unité"), d'unir sous son manteau de charité tous ceux qui veulent vivre "dans un esprit d'amour fraternel" et travailler "pour le bien commun de l'humanité". Ce "nouvel humanisme" promu par la "Nouvelle Église" est clairement un humanisme où domine la "liberté religieuse".

Malheureusement, c'est un fait que la Magistère s'est toujours fermement opposé à une telle vision des choses. C'est le rôle du Magistère de nous imposer la vérité, de nous obliger moralement à l'accepter. Certes, il nous reste toujours une certaine licence psychologique, nous pouvons refuser la vérité, mais ce n'est certes pas là notre "droit inaliénable". Si l'homme manque à son obligation d'accepter la vérité, il risque la damnation éternelle.
(à suivre)

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Re: Débat Rama P. Coomaraswamy - Mère Teresa (1977)

#84 Message par chartreux » mar. 16 juil. 2019 13:18

Rama Coomaraswamy traduit par le chartreux a écrit :
3) Tous ces problèmes atteignent en quelque sorte un "point culminant" dans la question de la communicatio in sacris active. Ton correspondant écrit que "quand le concile a promulgué certains changements dans les relations avec nos frères séparés, cela a automatiquement révoqué toute disposition contraire dans le droit canon." Si cela est vrai, il semblerait alors que l'ancien droit canon concernant nos relations avec les protestants n'était pas fondé sur des principes chrétiens certains et permanents, mais plutôt sur un choix arbitraire et une compréhension plus "primaire" des choses, qui étaient donc changeables à volonté.

L'Église et le Magistère ont toujours encadré très attentivement la communicatio in sacris pour la simple raison que l'adoration en commun avec des "frères" hérétiques (et donc "séparés" pour cette raison) nous fait participer à un "culte faux". Il est absurde d'affirmer qu'un catholique peut obtenir des "grâces" d'une telle adoration, car cela démolit les principes mêmes de notre foi et de notre culte qui nous vient des Apôtres. C'est une désobéissance à la loi naturelle (par ce qu'il est clairement déraisonnable d'adorer d'une manière différente de celle indiquée par les Apôtres) et surtout, c'est interdit par le Premier Commandement. L'idée est condamnée par l'Ancien Testament comme on le voit dans l'histoire de Salomon, et dans le Nouveau aussi :
II Cor. 6:14 a écrit : Ne portez pas un même joug avec les infidèles ; car quelle union y a-t-il entre la justice et l'iniquité ? ou quelle association entre la lumière et les ténèbres ? ou quel accord entre le Christ et Bélial ? ou quelle part entre le fidèle et l'infidèle ? quel rapport entre le temple de Dieu et les idoles ?
En cela, on n'exclut pas la possiblité que des vérités puissent exister hors des limites visibles de l'Église ("toute vérité vient du Saint-Esprit" nous dit Saint Augustin), comme on le voit dans l'histoire de Job, qui n'était pas juif, ainsi que nous l'apprend S. Grégoire dans son commentaire. Il n'y a là aucune injustice faite aux incroyants non plus. Pour citer le pape Léon XIII,
Si l'Église juge qu'il n'est pas licite que des cultes divers aient les mêmes droits que la vraie Église, elle ne condamne pas pour autant ces dirigeants qui, pour un bien particulier ou pour éviter un mal particulier, tolèrent patiemment que des pratiques différentes aient chacune leur place dans l'État.



Une telle attitude est pleine de charité, cette charité qui exige que nous promouvions la vérité et condamnions l'erreur. Cela n'est pas du tout la même chose que de traiter l'erreur d'égal à égal (comme Vatican II prétend que nous devrions le faire). Comment ceux qui ont appris la doctrine de S. Augustin, de S. Thomas d'Aquin, de S. Jean Cassien, pourraient-ils traiter d'égal à égal avec des déterministes économiques, des communistes, des hérétiques, des athées ? Comme le dit Pie XI dans son encyclique Mortalium Animos, faire cela c'est "pervertir la notion de la vraie religion et la répudier", et "se solidariser des partisans et des propagateurs de pareilles doctrines, c'est s'éloigner complètement de la religion divinement révélée."
(à suivre)

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